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Full text of "Revue celtique"

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of 



Stephen B. Roman 

From the Library of Daniel Binchy 



REVUE CELTIQUE 



TOME XV 




A V/ FONDEE ^ ^~v 

^^A PAR ' \ J 

J&y H. GAIDOZ \^^ 

>/ 1870-, 88 5 VO* 

*^^^ PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE *^^\ 

H. D'ARBOIS DE JUBAINVILLE 

Membre de l'Institut, Professeur au Collège de France 
AVEC LE CONCOURS DE 

J. LOTH E. ERNAULT 

Doyen de la Faculté des Professeur à la Faculté des 

Lettres de Rennes Lettres de Poitiers 

ET DE PLUSIEURS SAVANTS DES ILES BRITANNIQUES ET DU CONTINENT 

G. DOTTIN 

Maître de Conférences à la Faculté des Lettres de Rennes 

Secrétaire de la Rédaction 



Tome XV 




PARIS 

LIBRAIRIE Emile BOUILLON, ÉDITEUR 

67, RUE DE RICHELIEU, &/ 
1894 



Digitized by the Internet Archive 

in 2011 with funding from 

University of Toronto 



http://www.archive.org/details/revueceltiqu15pari 



TABLE DES MATIERES 

CONTENUES 

DANS LE TOME XV 



Pages. 
ARTICLES DE FOND. 

Les Celtes en Espagne, par H. d'Arbois de Jubainville (suite et fin). i 
The Fragment of the Tdin Bô Cuailnge in MS. Egerton 93, by Max 

Nettlau (suite et fin). . 62, 198 

Notice du manuscrit irlandais de la bibliothèque de Rennes, par 

Georges Dottin 79 

Une phrase en moyen breton, par Emile Ernault 149 

Confession des péchés attribuée à saint Patrice, par Samuel Berger. . ï$ $ 

Index de l'article « les Celtes en Espagne », par P. Le Nestour. . 160 

Nennius retractatus, par L. Duchesne 174 

L'Espagne chez Homère, par Théodore Reinach 209 

Le celtique broga en roman, par Antoine Thomas 216 

Vie de saint Guénolé, mystère breton en deux journées et quatre actes, 

par P. Le Nestour 245 

The Prose Taies in the Rennes Dindsenchas, by Whitley Stokes. 272, 418 

Etudes bretonnes : IX. Sur l'argot de La Roche, par Emile Ernault. 337 

Esumopas Cnusticus, par Salomon Reinach . 413 

An old-irish Treatise de arreis, by K. Meyer 485 

MÉLANGES. 

Un ancien usage de l'Église celtique, parJ. Loth 92 

-ych à la 2 e personne. du singulier en gallois, par J. Loth. ... 93 

-hoiam =: hwyaf, par J. Loth 94 

gweled, par J. Loth 95 



vi Table des Matières. 

Restes du neutre en brittonique, par J. Loth 9$ 

hyd, fed; fcnos, jetez, par J. Loth 96 

rotguidou, par J. Loth 97 

Scquana, Sequani, par J. Loth 98 

esox, par J. Loth 99 

gour, par J. Loth 100 

A propos de calemay, parJ. Loth 100 

Gaufrei de Monmouth et le Livre de Llandaf, par J. Loth. . . . 10 1 

L'article *sento-, irlandais ind-, dans les langues brittoniques. . . 105 

Kassiteros, par Salomon Reinach 107 

A propos de guohi et ucher, par J. Loth 220 

dolmen, leachderch, peulvan, menhir, cromlech, par J. Loth. . . . 221 

walatr, walfaftir, par J. Loth 224 

enau, nuss, parJ. Loth 227 

Encore Scquana, parJ. Loth 368 

Remarques sur le Livre de Llandaf, par J. Loth 369 

Le mot désignant le cuir en germanique et en celtique 370 



BIBLIOGRAPHIE. 

Siiva Gadelica, a collection of taies in Irish, edited from MSS. and 
translated by Standish H. O'Grady (Kuno Meyer : 2 e et 3 e ar- 
ticles) 108, 371 

Le mirage oriental, par Salomon Reinach (***) 228 

Supplément lexico-grammatical au Dictionnaire pratique français-bre- 
ton du colonel A. Troude, en dialecte de Léon, par J. Moal (Emile 
Emault) 382 

NÉCROLOGIE. 

L'abbé Eugène Bernard 139 

Emile Bouillon 139 



CHRONIQUE. 

Anscombe (Alfred). Sur la mort de gâte pendant les premiers siècles du 

S. Columba, sur S. GilJas de moyen âge, 130. 

Ruys, et sur la chronologie des rois Bernard (J.-H.). La Bible en Ir- 

d'Irlande au VI e s., 402. lande, 1 52. 

Archéologie, 235, 403. Bezzenberger (Adalbert). Voir Sto- 

Berger (Samuel). Histoire de la Vul- kes. 



Table des Matières. 



Blanchet(A.). Mélanges d'archéologie 
gallo-romaine, 23 $. 

Cameron (Alexandre). Reliquiae cel- 
ticae : texls, papers, and studies 
in Gaelic literaturc and philology, 
p. p. Alexandre Macbain et John 
Kennedy, 401. 

Carnavon (Guide archéologique aux 
environs de), 403. 

Delisle (Leopold). Deux documents 
pour l'histoire du Collège de Fran- 
ce, 138. 

Droit. Voir Kovalewski. 

Duchesne (l'abbé Louis). Fastes 
épiscopaux de Fancienne France, 

1 3 3 - 

Epigraphie celtique, 237,403; ibé- 
rique, 137; latine, 140, 239, 243, 

403 ; ogamique, 144, 145; picte? 

242. 
Gaulois à Delphes. 408. 
Haverfield (F.). Roman Inscriptions 

in Britain, 40 3 . 
Hogan (le Père E.). Todd Lectures, 

vol. V, 398; — réélu Todd Lec- 

turer, 402. 
Holder. Altceltischer Sprachschatz, 

236. 
Hùbner (Emile). Monumenta linguae 

ibericae, 137. 
H y de (Douglas). Abhrdin grâdh 

chuige Connacht, 1 29. 
Joyce. Old celtic Romances, 399. 
Jusserand (J.-J.). Histoire littéraire 

du peuple anglais, t. I, 402. 
Kennedv (JohnI. Voir Cameron. 
Kovalewsky. Coutume contemporaine 

et loi. ancienne, 131. 
Langardière (Charles de). Inscription 

gauloise de Genouilly, 236. 
Larminie (William). West Irish Folk- 

tales and Romances, 235. 



Le Braz. La légende de la mort en 
Basse-Bretagne, 124. 

Lejay (Paul). La Pharsale de Lucain, 
236. 

Llywarc'h Reynolds. Voir Stephens. 

Loth (J.), nommé doyen de la Fa- 
culté des lettres de Rennes, 402. 

Loth (Ferdinand). Le pays de Galles, 

"33- 

Macbain (Alexandre). Voir Cameron. 

Mac-Sweeny (J.-J.). Rapport à la 
Société pour la préservation de l'ir- 
landais, 138. 

Maxwell (Herbert). Scottish land- 
names, their origin and meaning, 
234. 

Merlin et sa légende, 240. 

Meusel (H.). Lexicon Caesarianum, 

1 37- 

Meyer (Kuno). Textes irlandais iné. 

dits, 237; — nommé professeur à 
l'Université de Liverpool, 402. 

Nennius. 126, 146, 244, 404. Voir 
Zimmer. 

Promotions et distinctions honorifi- 
ques accordées à des celtistes, 402. 

Psautier de Cassel, 244. 

Rhys. 144, 410. 

Sépultures antiques. 239, 243. 

Société pour la conservation de la 
langue irlandaise. 23 8. 

Stephens (Thomas). Madoc. An Es- 
say on the discovery of America by 
Madoc ap Owen Gwynedd in the 
iweljth century, p. p. Llywarc'h 
Reynolds, 123. 

Stokes (Whitleyl. Wortschatz der 
keltischen Spracheinhcit (en colla- 
boration avec Adalbert Be/.zen- 
berger), 232; — Martyrologe de 
Maelihaire O'Gorman, 237; articles 
divers, 141, 143, 144, 146, 410. 



VIII 



Table des matières. 



Tristan et Iseut, 40$. 
Les Ub'u sont-ils Germains, 147. 
Vulgate. Voir Berger, Bernard. 
Warren (Rev. F.-E.). The Antipho- 
nary of Bùngor, 13$. 



Zimmer (Heinrich). Nennius uindica- 
tus, 126; — Sur l'accentuation du 
verbe irlandais, 134; articles di- 
vers, 143, 244, 404, 410. 



PÉRIODIQUES ANALYSÉS. 



Academy, 144, 242, 410. 

Annales de Bretagne, 145,239,411. 

Annales du Midi, 239, 41 1. 

Anthropologie, 141 . 

Archaeologia Cambrensis, 144, 329. 

Boletin de la Real Academia de la 
Historia, 411. 

Bulletin de correspondance helléni- 
que, 408. 

Comptes rendus de l'Académie des 
Inscriptions et Belles-Lettres, 404. 

Folklore, 146. 

Hermine, 409. 

Irish Echo, 410. 

Journal of the Royal Society of An- 
tiquaries of Ireland, 243, 412. 

Literaturblatt fur germanische und 
romanische Philologie. 242. 



Mémoires de la Société de Linguis- 
tique de Paris, 145 . 

Neues Archiv der Gesellschaft fur al- 
tère Geschichstkunde, 243, 404. 

Revue archéologique, 142, 243. 

Revue de Paris, 405. 

Revue de philologie, 147. 

Revue épigraphique du midi de la 
France, 146. 

Romania, 240. 

Sitzungsberichte der K.. Preussis- 
chen Akademieder Wissenschaften 
zu Berlin, 404. 

Transactions of the Royal Irish Aca- 
demy, 1 3 2. 

Zeitschrift fur vergleichende Sprach- 
forschung, 143. 



TABLE, par M. E. Ernault, des principaux mots étudiés dans ie t. XV 
de la Revue Celtique, p. 499. 



LES CELTES EN ESPAGNE 



Deuxième article 1 . 



Sommaire : § 9. Les Celtici du nord. — § 10. La Celtibérie, étude géographique. — 
§ 11. Les Celtibères du nord. — § 12. Les Celtibères du centre et de l'est ou la 

Celtibérie de Ptolémée. § 15. Les Celtibères de l'ouest, première partie, les 

Arevaci. — § 14. Les Celtibères de l'ouest, seconde partie, les Vaccaei. — § 1 5. Les 
Celtibères du sud. — ■ § 16. Les Celtibères pendant la seconde guerre punique. — 
§ 17. Les Celtibères après la seconde guerre punique. 



§ 9. Les Celtici du nord. 

La ville celtique la plus septentrionale de la région située 
entre le bas Tage et le bas Douro paraît avoir été celle qu'on ap- 
pelait au temps des Goths Calabria, aujourd'hui Gastello-de- 
Calabre en Portugal, province de Beira-Alta, sur la rive 
gauche du Douro, entre la frontière d'Espagne et le confluent 
de la Coa avec le Douro, c'est probablement la Coeliobriga de 
Ptolémée 2 et la ville à laquelle appartenaient les Caeilobricoi, 
d'une inscription trouvée un peu au sud-ouest de là, à Lamas- 
de-Moledo, un peu au nord de Vizeu, province de Beira-Alta, 
en Portugal. 

Entre le bas Douro et le Minho, on peut nommer quatre 
villes celtiques, Caladuiunn, Nemetobriga, Calubriga et proba- 
blement Bragance, qui doit être une antique Brigant'm. 



1. Voir plus haut t. XIV, p. 357. 

2. Ptolémée, 1. II, c. 6, §41. Ed. Didot, t. I, p. 163, 1. 9. 

3 . CI. L., II, n" 416, pages 47, 695. 

Revue Celtique, XV. 



2 H. d'Arbois de Jubainville. 

Cala-dunum appartient, suivant Ptolémée, aux Callaïci Bra- 
carii, peuple d'origine ibérique dont Brocard, aujourd'hui 
Braga, était la capitale . ! Mais Caladunum porte un nom celtique, 
qui est identiqueà celui d'un village de France, Châlons, com- 
mune d'Argentré, Mayenne, appelé Caladunnum dans une 
charte d'un évèque du Mans en 710 2 . Le Caladunum portu- 
gais paraît s'appeler aujourd'hui Cala et se trouve près de 
Mont-Alegre, dans la partie septentrionale de la province 
portugaise de Traz-os-Montes, district de Villareal, près de la 
frontière d'Espagne. Le Caladunum de Portugal a donc perdu 
son second terme dunuin. Son premier terme seul conservé 
est le nom primitif de Chelles, près de Paris ; Chelles s'est 
d'abord appelé Cala. 

Un peu plus au nord, en Espagne, Galice et province 
d'Orense, près de Puebla-de-Tribes, à Puente-de-Navea, sur 
un affluent de gauche du Minho, est l'emplacement de Nemelo- 
briga, ville des Tiburi, suivant Ptolémée 3. Nemeto-briga veut 
dire « château du temple », ou de Nemetos, nom d'homme. 
Nanterre, près Paris, qui est un ancien Nemeto-durus, offre 
avec Nemeto-briga une grande analogie. Calubriga, un peu au 
nord de Nemetobriga, sur le Sil, affluent de gauche du Minho, 
est aujourd'hui probablement La-Ru a-de-Valle-Orres, pro- 
vince d'Orense 4. 

De ces noms celtiques on ne peut séparer Bragance sur un 
affluent de droite du Douro, à peu près à la même latitude 
que Caladunum, et située comme l'emplacement de cette ville 
antique en Portugal, sur la frontière de l'Espagne. Bragance, 
qui donne son nom à la maison royale de Portugal, est une 
ancienne Brigautia. Brigantia est dans la grande Bretagne 
payenne et romaine un nom de divinité, dans l'Irlande chré- 
tienne c'est le nom d'une sainte qui est l'objet d'une dévotion 
particulière, sainte Brigite. En France, le thème de ce mot 
développé à l'aide du suffixe -0, -ouïs, a donné le nom de 

1 . Ptolémée, 1. II, c. 6, § 41 ; p. 162, 1. 7. 

2. Pardessus, Diplomata, II, p. 477, 478. Léon Maître, Dict.topogr.dela 
Mayenne, p. 66. 

5. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 36, p. 161, 1. 12. 

4. CI. L., II, 2610. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 37, p. 162, 1. 2. 



Les Celtes en Espagne. 3 

Briançon, Brigantio, -onis, chef-lieu d'arrondissement du dé- 
partement des Hautes-Alpes. 

Mais il y a hors de France deux noms de lieu qui nous offrent 
ce thème sans développement, ce sont deux Brigantium l'un 
en Espagne, — il va en être question, — l'autre aujourd'hui 
Bregenz, sur les bords orientaux du lac de Constance, à l'ex- 
trémité la plus occidentale de l'empire d'Autriche. 

Dans la région située au nord du Minho, en Galice, un petit 
groupe de Celtici se maintint distinct des Ibères jusque sous 
la domination romaine. Les Celtici de ce canton avaient été 
pour la première fois attaqués par les Romains au temps du 
propréteur D. Junius Brutus, 138-136 av. J.-C, nous le sa- 
vons par Florus. « Decimus Brutus,», nous dit-il, « soumit les 
« Celtici, les Lusitani et tous les peuples de la Gallaecia (au- 
« jourd'hui Galice), et il ne fit retourner en arrière ses éten- 
« dards qu'après avoir vu, non sans crainte de commettre un 
« sacrilège, le soleil tomber dans l'Océan en éteignant ses 
« feux dans les eaux 1 ». « Il y a », dit Strabon, « un promon- 
« toire appelé Nerios où se terminent à la fois la côte septen- 
« trionale et la côte occidentale de l'Espagne (on croit géné- 
« ralement qu'il s'agit du cap Finistère), autour decepromon- 
« toire habitent les Celtici, ils sont parents de ceux du Gua- 
« diana 2 ». Suivant Pomponius Mêla qui écrivait un peu plus 
de vingt ans après Strabon, vers l'an 44 de notre ère, ce pro- 
montoire s'appelle Celticus> : Neri est le nom d'un peuple cel- 
tique 4 qui habite auprès de ce promontoire et dont les plus 
proches voisins au sud sont les Tamarici, ainsi nommé du Ta- 
maris, aujourd'hui Tambre. Le Tambre se jette dans l'Océan, 
un peu au sud du cap Finistère. Les Tamarici paraissent être 
de nationalité ibérique, mais près d'eux Mêla met un autre 
peuple qui porte un nom celtique, ce sont les Praesa- 
marchi: dans leur territoire coule le Tamaris dont nous venons 
de parler, et le Sars, aujourd'hui Sar, affluent de l'Ulla, qui se 
jette dans l'Océan, un peu au sud du Tambre. Le nom des 

1 . Florus, 1. II, c. 17,- § 12. 

2. Strabon, 1. III, c. 3, § 5. Ed. Didot, p. 127, 1. 28-31. 

3. Pomponius Mêla, 1. III, c. 1, § 11. 

4. Celtici cognomine Neri, Pline, 1. IV, § 1 1 1. 



4 H. d'Artois de Jubainvillc. 

Praesamarci parait se composer de deux termes, l'un est le gau- 
lois marco-s « cheval », l'autre présente une ressemblance sin- 
gulière avec le premier terme du nom de Prasu-tagus, roi des 
Iceni en Grande-Bretagne, mort sous Néron l'an 62 de notre 
ère. Pline écrit Pracstamarci le nom de ce peuple et ajoute que 
ce sont des Celtici*. 

Les Art abri, ou mieux Arotrcbac, sont le principal des peu- 
ples gaulois de cette région. Artabri paraît être la forme ibé- 
rique de leur nom, Arolrcbac la forme celtique. Nous con- 
naissons par Strabon 2 et par Pline 3 la synonymie de ces deux 
termes, Mêla dit Artabri, Pline préfère Arrotrebae*. 

Aro-trebae est un mot composé dont le second terme est 
treba : on le retrouve dans le nom des A-trebates, en français 
Arras ; la racine est la même que celle de l'irlandais treb « ha- 
bitation » et du breton trev « village, succursale » . 

Chez les Arotrebac se trouvait, suivant Strabon s et Pto- 
lémée 6 , un port que l'on croit généralement être le golfe situé 
au sud du cap Finistère, mais que d'autres placent un peu 
plus au nord, entre Ferrol et La Coruna. 

Ptolémée attribue au même peuple une ville appelée No- 
vio-n7, qui serait Noya, en Galice, province de La Coruna, à 
l'embouchure du Tambre. Novio-n est \e neutre d'un adjectif 
gaulois qui veut dire « nouveau ». 

Les Arolrcbac ont dû posséder antérieurement aux conquêtes 
des Carthaginois et des Romains une ville qui leur fut en- 
levée par les Bracarii Lucenses, population voisine et de race 
ibérique: c'était Brigantium 8 ou Brigantia9. Elle était située 
sur les bords de l'Océan. Jules César, pendant son gouver- 



1 . Celtici cognomine Praestamarci, Pline, 1. IV, §111. 

2. Strabon, 1. III, c. 3, § 5. Ed. Didot, p. 127, 1. 39. 

3. Pline, 1. IV, § 114. 

4. Pline, 1. IV, § m, 1 19. 

5. Strabon, 1. III, c. 3, § 5. Ed. Didot, p. 127, 1. 38. 

6. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 2. Ed. Didot, p. 144, 1. 6. 

7. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 21 ; p. 156, 1. 6. 

8. Flavium Brigantium, Ptolémée, 1. II, c. 6, §4; p. 143, 1. 9. Dion 
Cassius, 1. XXXVII, c. 53. 

9. Orosc, 1. I, c. 2, § 33: éd. Riese, p. 64, 1. 25. Cosmographia, II, 
33; éd. Riese, p. 98, 1. 3. Notifia dignitatum, éd. Boecking, p. 113. 



Les Celtes en Espagne. 5 

nement d'Espagne en l'an 60 avant notre ère, s'y rendit par 
mer de Cadix avec une flotte qui étonna beaucoup les habi- 
tants, car ils n'avaient jamais vu tant de vaisseaux réunis 1 . 
Plus tard, les géographes qui écrivaient avec des cartes sous 
les yeux et qui n'avaient pas comme César visité les pays dont 
ils parlaient imaginèrent qu'à Briganîia il y avait une tour du 
haut de laquelle on voyait la Grande-Bretagne 2 . En effet, 
dans le premier segment de la Table de Peutinger, les îles 
Britanniques et l'Espagne sont disposées de telle façon qu'un 
étroit canal seulement les sépare. On a longtemps admis que 
Brigantium ou Brigantia était .Betanzos, dans la province de 
La Coruiïa, sur le Mundeo, à environ dix kilomètres de 
l'Océan. Il est plus vraisemblable que c'est La Coruiïa, ville 
située sur l'Océan même. 

On ne peut déterminer d'une façon précise la situation de 
la ville appelée par Pline Abo-bricaî ; elle est peut-être la même 
que Ado-brica de Mêla dont la situation est également indé- 
terminée 4 et que Mêla attribue aux Artabri. Nous ne savons 
sur quoi repose l'hypothèse qui fait considérer cette ville 
comme identique à Bayona, province de Pontevedra. 

§ 10. La Celtibèrie, étude géographique. 

Le mot celtibère a deux sens : un sens étroit et un sens 
large. Dans le sens étroit, qui est celui de Ptolémée, c'est-à- 
dire le sens admis au deuxième siècle de notre ère, les Celti- 
bères sont la partie la plus orientale des populations celtiques 
du centre de l'Espagne. Dans un sens plus large et admis plus 
anciennement, on comprend sous le nom de Celtibères toutes 
les populations celtiques de l'Espagne centrale. Les Celtibères, 
dans le sens restreint du mot, commencent près de la rive 
droite de l'Ebre, en Aragon, au sud-ouest de Saragosse, et 
dans la province de ce nom, occupent une bande de terrain 



1. Dion Cassius, 1. XXXVIII, c. 53. 

2. Voir les passages d'Orose et de la Cosmographie cités plus haut. 

3. Pline, 1. IV, § 112. Ed. Teubner-Janus, 1870, t. I, p. 180, 1. 24. 

4. Mêla, III, 1. 



6 H. d'Arbois de Jubainville. 

qui, de là, s'étend au sud jusqu'au bassin du haut Tage, du 
haut Guadiana et du haut Jucar, en Nouvelle Castille, au 
sud-est de Madrid, dans les provinces de Tolède et de Cuença, 
en poussant une sorte de pointe à l'est jusqu'à Segobriga, au- 
jourd'hui Segorbe, royaume de Valence, province de Castellon. 
Mais avant Ptolémée, on a donné au domaine des Celtibères 
un grand développement tant au sud qu'à l'ouest. Ainsi Plu- 
tarq'ue nous apprend que Sertorius, tribun des soldats sous 
les ordres de Titus Didius, qui commanda en Espagne de 98 
à 93 av. J.-C, passa un hiver à Castulon, ville des Celti- 
bères 1 . Or, déjà suivant Strabon qui écrivait sous Tibère un 
peu plus d'un siècle après les campagnes de Titus Didius en 
Espagne, Castulon est une des deux villes principales des 
Oretani 2 . Les Orctani sont un peuple celtibèrc. Ptolémée, 
parlant à'Oretum, ville qui leur a donné son nom, l'appelle 
Oretum des Germains?; c'était déjà la doctrine de Pline qui 
nous apprend que les Orctani s'appellent aussi Germani*. 
Germanus est un mot celtique ; cette dénomination montre 
que les Orctani étaient d'origine celtique et explique comment 
Castulon, une de leurs villes principales, était celtibère. Or 
Castulon est aujourd'hui Cazlona, dans le bassin du haut Gua- 
dalquivir, en Andalousie, province de Jaen. Dans la même 
province et dans le même bassin, les Orctani avaient les deux 
villes de Salaria > et de Tida 6 . L'importance de la position de 
Castulon était considérée comme très grande dans l'antiquité, 
parce que dans le voisinage se trouvaient des mines d'étain et 
que cet étain contenait de l'argent. C'est Strabon qui nous 
l'apprend"; suivant lui, cet argent est en trop petite quantité 
pour valoir la peine d'être extrait de l'étain. Mais au troi- 
sième siècle avant notre ère, il y avait aux environs de Castulon 
des filons argentifères dont l'exploitation était avantageuse ; en 



1. Plutarque, Sertorius, c. 3,_~ 3. Ed. Didot, p. 679, 1. 21. 

2. Strabon, 1. III, c. 3, § 2. Ed. Didot, p. 426, 1. 32, 33. 

3. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 58; p. 181, 1. 1. 

4. Pline, 1. III, c. 25. 

5. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 58; p. 1S0, 1. 7. 

6. Ptolémée. 1. II, c. 6, § 58; p. 182, 1. 5. 

7. Strabon, 1. III, c. 2, § 10. Ed. Didot, p. 1:2, 1. 42-45. 



Les Celtes en Espagne. 7 

effet, Polybe nous montre en 209 av. J.-C. Hasdrubal campé 
dans la campagne de Castulon, près des mines d'argent 1 . Les 
Celtibères s'étaient donc emparés d'une partie des mines d'ar- 
gent de l'Espagne. 11 est évident que les Celtibères sont arrivés 
même plus au sud que Castulon, Salaria et Tuia, c'est-à-dire 
qu'ils ont pénétré au sud du Guadalquivir, dans la Bétique. 
On a trouvé à Luque, en Andalousie, province de Cordoue, 
au sud-est de cette ville, l'épitaphe de Fabia Fabiana Esttledu- 
nensis, originaire par conséquent d'une ville appelée Esttle- 
dunum 2 . Enfin Pline mentionne parmi les villes de la Bétique 
un Arial-dunuml. Rappelons enfin ce qu'au § 7 {Revue Cel- 
tique, t. XIV, pages 383-385) nous avons dit des villes celti- 
bériennes de Certima et de Manda, toutes deux situées en 
Andalousie, l'une dans la province de Malaga, l'autre dans la 
même province ou dans celle de Cadix. L'établissement des 
Celtibères dans l'Andalousie orientale est un fait parallèle 
pour ainsi dire à l'établissement des Celtici dans l'Andalousie 
occidentale. Voir plus haut § 8 {Revue Celtique, t. XIV, 
p. 386-391). 

Au temps de Pline, c'est-à-dire environ un demi-siècle 
avant Ptolémée, la Celtibérie s'étendait à l'ouest jusqu'à 
Clunia*, dans la Vieille Castille, province de Burgos, en sorte 
que les Arevaci, dont Clunia est une ville, étaient compris dans 
la Celtibérie 5. C'est déjà la doctrine de Strabon chez qui les 
Arevaci sont une subdivision des Celtibères 6 . 

Mais antérieurement à Strabon et à Pline on comptait aussi 
parmi les peuples celtibères les Vaccaei. Quand en l'année 151 
av. J.-C, le consul Licinius Lucullus attaqua, comme dit Ap- 
pien, sans aucune bonne raison et uniquement par amour de 
la gloire et du pillage, les Vaccaei qui n'avaient commis contre 
Rome aucun acte d'hostilité, ce peuple était considéré comme 



1 . Polvbe, 1. X, c. 38, § 7 ; 2 e éd. de Didot, t. I, p. 469; cf. Tite-Live, 
1. XXVII, c. 18. 

2. C. I. L., II, 1601. 

3. Pline, 1. III, ; 10. 

4. Piolémée, 1. ÎII, §13. 

5. Pline, 1. III, c. 19; cf. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 55; p. 173, 1. 9. 

6. Strabon, 1. III, c. 4, j 13. Edition Didot, p. 135, 1. 51-53. 



8 H. d'Arbois de Jubainville. 

une nation celtibérienne r . Or, le territoire des Vaccaei s'est 
étendu de celui des Arevaci, c'est-à-dire de la province de 
Burgos en Vieille Castille, à l'est, jusqu'aux environs de la fron- 
tière du Portugal, dans le royaume de Léon, provinces de Za- 
mora et de Salamanque. Occlum Duri paraît être la ville même 
de Zamora, sur le Duero ; Salmantica est Salamanque, chef- 
lieu de la province de même nom, et située sur un affluent 
de gauche du Duero. Or, Ptolémée, quand il écrivait son 
livre, avait entre les mains deux documents contradictoires, 
l'un plus récent attribuait ces deux villes aux Vcttoncs, peuple 
ibérique, l'autre plus ancien les donnait aux Vaccaei, par con- 
séquent aux Celtibères 2 . 

Ainsi le territoire des Celtibères a été antérieurement à Pline 
et à Ptolémée beaucoup plus étendu au sud et à l'ouest que 
du temps de ces géographes; il en était de même au nord 
comme on verra dans le paragraphe suivant. 

§n. Les Celtibères du nord. 

Strabon nous apprend qu'à l'époque où il écrivait, sous Ti- 
bère, un peu avant Tan 20 de J.-C, les Celtibères habitaient 
sur les deux rives de l'Ebre, par conséquent au nord de ce 
Meuve, et qu'ils approchaient des côtes de la Méditerranée *. 
C'est en conséquence de cela qu'il met chez les Celtibères la 
colonie romaine de Caesar Augusta, aujourd'hui Saragosse*, et 
que nous trouvons sur la rive septentrionale de l'Ebre une ville 
à nom celtique, Octogesa. Le nom de cette ville apparaît deux 
fois en l'année 49 avant notre ère, dans le récit des opérations 
militaires laites par César contre les lieutenants de Pompée 5. 
Octogesa est un composé de deux termes : octo-, le premier, 
est identique au premier terme d'Octo-durus, aujourd'hui 



1. Appien, De rébus hispaniensïbus, § 51. Ed. Didot, p. 53. 

2 . Sur l'attribution de ces deux villes aux Vaccaei, voyez Ptolémée, 1. II, 
c. 6, § 49: p. 167. 1. 3, et 168, 1. 1. Sur l'attribution aux Vettones, 1. II, 
c 5, §7; P- '40, l. 7< et p. 141, 1. 2. 

3. Strabon, 1. III, c. 4, $ 20 ; Ed. Didot, p. 138, 1. 44-46. 

4. Strabon, 1. III, c. 2, § 13. Ed. Didot, p. 125, 1. 34. 

5. César, De bello civili, 1. I, c. 61, 70. 



Les Celtes en Espagne. 9 

Martigriy-en-Valais, où Galba, lieutenant de César, campa 
l'an 56 avant notre ère 1 . Quant à gesa, c'est le nom de la 
lance gauloise, c'est le premier terme du nom de lieu Geso- 
cribate, conservé par la Table de Peutinger et qui désigne une 
localité située en France, dans le département du Finistère 2 . 
On en a fait un dérivé *Gesorius, qui veut clire celui qui fa- 
brique ou celui qui manie l'arme appelée gesum : de là, le nom 
de Gesoriacus, aujourd'hui Boulogne-sur-Mer, en France, 
département du Pas-de-Calais. De là aussi le nom des Gesso- 
rienses, peuple évidemment celtibère et des environs du bas 
Ebre, puisque sous la domination romaine ce peuple fréquen- 
tait le convcntus Tarraconensis. Tarraco, chef-lieu de cette cir- 
conscription territoriale, est aujourd'hui Tarragona, en Ca- 
talogne, sur la Méditerranée, au nord-est de l'embouchure de 
l'Ebre. 

Mais au temps où écrivait Ptolémée, les Celtibères ne dé- 
passaient plus l'Ebre, déjàSaragosse, qui est sur la rive gauche, 
est chez Ptolémée une ville des Edetani ou Sedetani 3 et c'est 
un peuple d'origine ibérique. La ville elle-même de Saragosse 
doit être de fondation ibérique. Son nom primitif Salduba^, 
qu'on retrouve en Bétique > chez les Turduli^, paraît étranger 
à la langue des Celtes, mais son territoire a dû appartenir aux 
Celtibères quand leur domination s'étendait, comme dit 
Strabon, sur les deux rives de l'Ebre. Il n'y a donc aucune 
raison pour refuser d'admettre que plus au nord-est, dans la 
province de Gerona ou Girone, Besalû, plus anciennement 
Bisuldunum, ait appartenu aux Celtibères. 

Antérieurement à la conquête romaine, le territoire des 
Celtibères dut aussi avoir au nord-est une étendue beaucoup 
plus considérable que celle qu'il eut sous la domination des 
Romains : il comprit le territoire des Berones, des Caristi, des 



1. De belle gallico, 1. III, c. 1. 

2. Desjardins, Géographie de la Gaule d'après la carte de Peutinger, p. 199. 
3 . Ptolémée, 1. II, c. 6, § 62 ; p. 185, 1. 8. 

4. Pline, I. III, §24. 

5. Pline, 1. III, §8. 

6. Ptolémée, 1, II, c. 4, § 9; p. 118, 1. 1. Cf. § 7, p. 112, 1. 7. 



io H. d'Arbois de Jubainville. 

Àutrigones et des Turmodigi et ainsi atteignit sur les côtes 
septentrionales de l'Espagne L'océan Atlantique, tandis qu'à 
l'opposite il joignait de très près les côtes de la Méditerranée, 
sans toutefois les atteindre. 

Strabon, qui distingue les Bcrones des Celtibères, dit à deux 
reprises que les Berones sont d'origine celtique 1 , il met chez 
eux Varia, sur la rive droite de l'Ebre, un peu au sud de Lo- 
grono, Vieille Castille. Tite-Live parle de cette ville dans son 
récit des opérations de la guerre faite l'an 77 avant notre ère, 
à Sertorius par le général romain Q.. Caecilius Pius, et il y 
mentionne une ville voisine, mais située au nord de l'Ebre, 
probablement entre Logrono et Viana, Navarre, et qui s'appe- 
lait Contrebia ou Leucas. Le nom de Contrebia est certainement 
celtique et paraît signifier « groupe d'habitations ». Cette ville 
appartenait aussi aux Berones 2 . 

Le nom des Caristi est dérivé du nom d'homme Caros, au 
moyen d'un suffixe -isto-, qu'on trouve aussi dans un autre 
nom de peuple celtique, les Tolisto-bogii qui se sont, comme 
on sait, établis en Asie Mineure. Caros est un nom celtique, 
il était porté en l'an 153 avant notre ère par un habitant de 
Segeda. Caros, choisi comme général par les Arevaeï, gagna 
sur le consul romain Quintus Fulvius Nobilior une bataille où 
périrent six mille Romains et où le vainqueur lui-même 
perdit la vie >. Segeda, sa patrie, était une ville des Belli, na- 
tion celtibérienne4. Chez les Caristi coulait la Dèva, petite 
rivière dont le bassin fait partie de la province de Guipuzcoa 
et qui se jette dans le golfe de Bizcaye. La Dèva porte un 
nom celtique qui veut dire « la Divine ». A son embouchure le 
territoire des Caristi était baigné par l'Océan 5. Plus dans 
l'intérieur des terres, ils avaient une ville qui porte aussi un 
nom celtique: Ptolémée l'appelle Suestasion 6 , mais il faut cor- 
riger Suessation, c'est l'orthographe de Y Itinéraire d'AntoninT. 

1 . Strabon, 1. III, c. 4, § 5 et 12, p. 1 31, 1. 26; p. 134, 1. 40-43. 

2. Titc-Live, frag. du livre XCI. 

3. Appien, De revus hispaniensibus, c. 45, p. 51. 

4. Appien, De rébus hispaniensibus, c. 44, p. 51. 

5. Ptolémée, 1. II, c. 6, § cS, p. 147, 1. 10. 

6. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 44, p. 188, 1. 5. 

7. Suessatio à l'ablatif. Itinéraire iVAntonin, p. 434, 1. o, 



Les Celtes en Espagne. 1 1 

De là le nom des Suessetani. En l'an 212 av. J.-C, les Sues- 
setani envoyèrent aux généraux carthaginois, Magon et Has- 
drubal, qui tenaient tête à Publius Scipion en Espagne, un corps 
auxiliaire de sept mille cinq cents soldats. Publius Scipion 
alla au devant de cette petite armée, lui livra une bataille qu'il 
perdit et où il fut lui-même tué r . Six ans plus tard, les Sues- 
setani étaient alliés des Romains, tandis que le reste des Celti- 
bères soutenaient le parti des Carthaginois et venaient ravager 
le territoire des Suessetani 2 . En 195, les Suessetani se soumi- 
rent au consul M. Porcius Cato. En 184, A. Terentius assiégea 
et prit aux Suessetani la ville de Corbio dont il lit vendre les 
habitants comme esclaves?. Le nom des Suessetani, comme celui 
de la ville de Suessatwn, ne diffère que par le suffixe du nom 
des Suessiones, peuple gaulois, et- le nom des Suessiones est de- 
venu en français Soissons, aujourd'hui chef-lieu d'arrondis- 
sement du département de l'Aisne. Les Suessetani sont une 
subdivision des Caristi, peuple d'origine celtique. Suessation, 
lem capitale, était située dans la province d'Alava, une des pro- 
vinces basques, entre Vitoria et Alegria, au nord de l'Ebre. 

Les Autrigones, voisins des Caristi à l'ouest, doivent avoir la 
même origine. Leur nom à' Autrigones doit être une notation 
grecque du celtique * Autrigenaei. Les Autrigones avaient cinq 
villes dont les noms sont certainement celtiques : une d'entre 
elles, sur l'Océan, dans le golfe de Bizcaye, s'appelait Flavio- 
briga ; elle était située en Bizcaye, entre l'embouchure de la 
Dêva et celle de la Nerva, aujourd'hui Nervion, qui passe à 
Bilbaoî. La première partie du nom de Flavio-hriga paraît re- 
monter seulement au règne de Vespasien, elle remplace pro- 
bablement un autre mot plus ancien. Mais quant à la seconde 
partie elle est celtique comme les noms de quatre autres villes du 
même peuple : Uxama, Segisanwnculum, Deobriga et Vindeleia. 



1 . Tite-Live, 1. XXV, c. 34. 

2. Tite-Live, 1. XXVIII, c. 24. 

3 . Tite-Live, 1. XXXIX, c 42. 

4. Leur nom est peut-être le même que celui des Origenotnesci qui leur 
sont associés par Melà, 1. III, c. 1, § 15 : Per Autrigones et Origenomescos 
Namnasa descendit. 

5. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 7, p. 147, 1. 8. 



12 H. d'Arbois de Jubainville. 

Uxama veut dire la très haute, c'est un superlatif de la ra- 
cine ux qu'on trouve avec un suffixe différent dans le nom 
gaulois d' Uxellodunum. Il y avait en Espagne deux Uxama 
qui, toutes deux, s'appellent Osma aujourd'hui ; l'une était 
chez les Arevaci, nous en parlerons plus loin ; celle des Autri- 
gones se distinguait de l'autre par le surnom carthaginois de 
Barca. Uxama Barca 1 est aujourd'hui Osma, dans la province 
basque d'Alava, au nord de l'Ebre. 

Les autres villes des Autrigones qui portent un nom celtique 
étaient situées en Vieille Castille, dans la partie nord-est de la 
province de Burgos, au sud de l'Ebre. Ce sont, en allant du 
nord au sud : Dcobriga, aujourd'hui Miranda-de-Ebro, Fin- 
deleia, aujourd'hui Pancorvo, et Segisamonculum, un peu à l'est 
de Bribiesca, autrefois Virovesca, qui a aussi appartenu aux 
Autrigones 2 . Dcobriga, probablement pour Dêvobriga, signifie 
château de Dcos, mieux Dcvos, c'est-à-dire « château du dieu » (ou 
des dieux). Vindeleia dérive d'un thème vindelo-, d'où vient 
aussi le nom des Vinàdiçi, peuple celtique établi au sud du Da- 
nube, à l'est des Elvetii, dans une région qui est aujourd'hui 
la partie méridionale du Wurtemberg et de la Bavière. Le 
thème vindelo- vient du thème vindo- qui veut dire « blanc, 
beau, heureux ». Segisamonculum est un dérivé latin de Segi- 
samo, -onis, nom d'une ville des Turmodigi, qui est lui-même 
un dérivé de Segisama, nom de ville dont il sera question 
plus loin. Segisama est une formation analogue à Belisamd, 
nom à la fois d'une divinité gauloise et d'un golfe de Grande- 
Bretagne. Belisama est soit un dérivé du thème belo-, soit un 
composé dont belo- est le premier terme ; on trouve belo- dans 
deux noms d'homme celtibères : i° Cerdu-belus porté par un 
habitant de Castulon l'an 206 avant notre ère? ; 2 Antu-belus, 
nom du père de Boutius, dont on a trouvé Pépitaphe à Alean- 
tara, dans l'Estremadure espagnole, sur le Tage, province de 



1. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 52, p. 170, 1. 11. L'exactitude de cette lec- 
ture est confirmée par une inscription trouvée à Lara-dc-los-Infantes, pro- 
vince de Burgos ; c'est l'épitaphe d'un esclave dont le maître était originaire 
d'Uxama-Barca. C. I. L., II, 2834. 

2. Ptolcmée, 1. II, c. 6, § 52, p. 171 , 1. 1, 4 et 5. 

3 . Tite-Live, 1. XXVIII, c. 20. 



Les Celtes en Espagne. 1 3 

Caceres x ; le thème belo- paraît désigner l'acte de tuer quel- 
qu'un. Segisama vient du thème sego- qu'on trouve aussi dans 
Segobriga et qui désigne l'acte d'atteindre le but, par consé- 
quent de vaincre, de triompher. 

Les Turmodigi, comme Pline les appelle, sont les Murbogi 
de Ptolémée ; ils habitaient à l'ouest des Autrigones, dans la 
partie du bassin du Duero qui est le plus au nord-est, en 
Vieille Castillle, dans la partie septentrionale de la province 
de Burgos, au nord de cette ville ; on trouvait chez eux Segi- 
samo dont Pline appelle les habitants Segisamonenses 2 . Pto- 
lémée l'appelle Segisamon, c'est aujourd'hui Sasamon 3, un 
peu au nord-est de Burgos. Plus au nord était Deobrigula, à 
quelque distance à l'ouest de Huermeces4. Deobrigula est un 
diminutif de Deobriga, nom d'une ville des Autrigones déjà 
mentionnée. 

A ces noms de ville évidemment celtiques, Pline ajoute 
Segisama Julia dont il appelle les habitants Seg isama-julienses. 
Ptolémée attribue cette ville aux VaccaeiS. Cette ville a été 
connue de Polybe au deuxième siècle avant notre ère : il l'ap- 
pelle Segesama et l'attribue soit aux Vaccaei, soit aux Celti- 
bères. Le texte original est perdu, nous ne le connaissons que 
par une analyse de Strabon qui manque de clarté 6 . L'an 26 
avant notre ère, l'empereur Auguste y campa, et ce fut de là 
qu'il partit pour aller soumettre les Cantabri qui, révoltés 
contre les Romains, faisaient de fréquentes incursions dans le 
pays des Vaccaei, des Murbogi (?) et des Autrigones, sujets 
fidèles de l'empire 7. Segisama était donc situé sur les confins 
des Cantabri, des Turmodigi et des Vaccaei, c'est-à-dire pro- 



1. CI. L., II, 756. 

2. Pline, 1. III, § 26. L'orthographe de Pline est confirmée par une ins- 
cription où se trouve le génitif pluriel Segisamonensium , C. I. L., II, 291$. 
Cette inscription a été trouvée à environ six lieues au nord-ouest de Burgos, 
en Vieille Castille, province de Santander, entre Reinosa et Henestrosas. 

3. Ptolémée, 1. II, c 6 §51, p. 170, 1. 7. 

4. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 51, p. 170, 1. 5. 

5. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 49, p. 167, 1. 1. 

6. Strabon, 1. III, c 4, § 13. Ed. Didot, p. 135, 1. 12-14. 

7. Florus, 1. IV, c. 12, § 47, 48. Cf. Orose, 1. VI, c. 21. 



14 H. d'Arbois de Jubainville. 

bablement à peu de distance de Sasamon, au nord-est de 
Burgos. Il y avait en Espagne deux Segisama : l'une est Segi- 
saina Julia dont il est ici question, l'autre est Segisama Bra- 
saca, où était né le légionnaire C. Julius Reburrus dent l'épi- 
taphe a été trouvée à Tarragone I . 

On vient de voir que les Turmodigi touchaient aux Can- 
iabri ; il y a donc lieu de croire que c'est aux dépens des Tur- 
modigi que Ptolémée attribue aux Cantabri, peuple ibère, la 
ville de Julio-briga. Le second terme du nom de cette ville est 
celtique ; le premier terme paraît rappeler la campagne d'Au- 
guste chez les Cantabres. On croit reconnaître l'emplacement 
de Juliobriga à Reinosa, en Vieille Castille, province de San- 
tander, au sud de la chaîne cantabrique, dans le voisinage de 
l'emplacement où s'est trouvée l'inscription qui nous conserve 
le nom des Segisamonenses 2 . 

§ 12. Les Céltïbères du centre et de l'est ou la Celtibérie de Ptolémée. 

La Celtibérie de Ptolémée, dans le sens restreint du mot, 
comprenait : i° une portion du bassin de l'Ebre moyen sur la 
rive méridionale, c'est-à-dire le pays arrosé par le Jalon, 
affluent de droite de ce fleuve ; 2° la région élevée où se trou- 
vent, d'une part, les sources du Tage et du Guadiana qui se 
jettent, comme on sait, dans l'océan Atlantique, d'autre part, 
celles du Jucar et du Guadalaviar qui se jettent dans la Méditer- 
ranée. Sego-briga est la seule ville de la Celtibérie propre qui 
soit en dehors de ces deux parties de l'Espagne. Elles com- 
prennent, en Vieille Castille, la portion occidentale de la pro- 
vince de Soria, en Nouvelle Castille, les provinces de Guada- 
lajara et de Cuença, la partie orientale de celle de Tolède, en 
Aragon, la province de Saragosse et la partie occidentale de 
celle de Teruel. 

Dans la province de Saragosse étaient situées Nertobriga, Bil- 
bilis et Attacum. 



i. CI. L., II, 4157. 

2. Ptolémée. 1. II, c. 6, § 50, p. 169, 1. 4. 



Les Celtes en Espagne. 1 $ 

Nertobriga est aujourd'hui La-Almunia-de-Doiia-Godina x . 
La situation de cette ville est fixée parce qu'elle est placée par 
l'Itinéraire d'Antonin sur la route de Mérida à Saragosse, 
entre Bilbilis et Segontia 2 . Nertobriga fut en l'an 152 avant 
notre ère assiégé par le consul M. Claudius Marcellus qui con- 
traignit les habitants à traiter et obtint en même temps la sou- 
mission des Arevaci. Ce succès de Marcellus fit une grande 
impression sur l'esprit des Romains. Polybe 3 et Appien4 l'ont 
raconté en grec, Florus 5 et Valère Maxime 6 , en latin, ont 
chanté la louange du général romain qui eut la gloire de 
pardonner aux habitants de Nertobriga. 

Bilbilis était situé près de Calatayud 7 ; la mention la plus 
ancienne que nous ayons de cette ville se trouve chez Strabon, 
il associe son nom à celui de Segobriga et dit que près de ces 
villes Metellus et Sertorius ont fait la guerre 8 ; on sait que 
Q.. Caecilius Metellus fut envoyé par Sulla combattre Sertorius 
en Espagne l'an 79 avant notre ère et qu'il lutta avec succès 
contre son habile adversaire jusqu'à l'assassinat de Sertorius en 
73. Mais la principale célébrité de Bilbilis tient à ce qu'elle a 
été la patrie du poète Martial. L. Valerius Martialis naquit à 
Bilbilis vers l'an 42 de J.-C. Il fait plusieurs fois dans ses vers 
allusion à cette origine : 

Ille meas gentes et Celtas rexit Iberos 9 

dit-il, en parlant de Celer, gouverneur d'Espagne. 

Nos Celtis genitos et ex Iberis 10 
dit-il ailleurs dans une épigramme où il vante l'acier de Bil- 



1 . Ptolémée, 1. II, c. 6, 5 57, p. 177, 1- >• 

2. Itinéraire d'Antonin, p. 437, 1. 4, p. 439, 1. 2. 

3 . Polybe, 1. XXXV, c. 2, § 2. Ed. Didot, t. II, p. 121. 

4. Appien, c. 48, 50. Ed. Didot, p. 52, 53. 

5 . Florus, 1. II, c. 17, § 10. 

6. Valère-Maxime, 1. I, c. 1, § 5. 

7. Ptolémée, 1. II, e. 6, § 57, p. 177, 1. 6. C. I. L., t. II, p. 410. 
g. Strabon, 1. III, c. 4, § 13. Ed. Didot, p. 135, 1. 10-12. 

9. L. VII, épigramme 52. 

10. L. IV, épigramme 55. 



\6 H. d'Artois de Jubainville. 

bilis. Dans un autre endroit il se compare au Corinthien Car- 
menion, un efféminé : 

Cur frater tibi dicor, ex Iberis 
Et Ccltis genitus Tagique civis ' 

Dans une épigramme adressée à Macer, il associe de nouveau 
le nom des Celtes et des Ibères à celui du Tage qui prenait sa 
source en Celtibérie : 

Nos Celtas Macer et traces Iberos 
Cum desiderio tui petemus. 
Sed quaecunque tamen feretur illic 
Piscosi calamo Tagi nôtata. 

Son épigramme à Licinianus débute par l'éloge de Bilbilis : 

Vir Celtiberis non tacende gentibus, 

Nostraeque laus Hispanis ; 
Videbis altam Liciniane Bilbilim, 

Equis et armis nobilem 2 . 

L'œuvre littéraire du Celtibère Martial est un monument 
qui atteste avec quelle énergie puissante la civilisation romaine 
s'était emparée des Celtes d'Espagne dès le premier siècle de 
notre ère. C'est la confirmation des paroles suivantes de Strabon 
qui sont de vingt et quelques années antérieures à Martial : En 
Espagne, dit le géographe grec, habitent des peuples qu'on ap- 
pelle déjà « porteurs de toge », togati, c'est-à-dire pacifiques, 
aux mœurs douces, et qui avec le vêtement ont adopte la civi- 
lisation de l'Italie 3 ; cependant, dit-il ailleurs, ces Celtibères, 
porteurs de toge, ont été autrefois considérés comme les plus 
sauvages de tous les habitants de l'Espagne 4. 

Attacum, moins célèbre que Bilbilis et que Nertobriga, paraît 
être aujourd'hui AtecaS. 

Au sud-ouest des trois villes de Nertobriga, de Bilbilis et 



i . L. X, épigramme 65. 

2. L. I, épigramme 50. 

3. Strabon, 1. III, c. 4, § 10. Ed. Didot, r p. 138, 1. 41-44. 

4. Strabon, 1. III, c. 2, § 15. Ed. Didot, p. 125,1.37-39. 

5. Ptolémée, 1. II, c. 6, 5 57, p. 178, 1. 4. 



Les Celtes en Espagne. 1 7 

à'Attacum situées en Aragon dans la province de Saragosse 
dans le bassin de l'Ebre moyen sur le Jalon, affluent de droite 
de ce grand fleuve, on trouve toujours sur le Jalon la ville mo- 
derne dite Arcos-de-Medina-Celi, en Vieille Castille dans la 
partie méridionale de la province de Soria, elle a été construite 
sur l'emplacement de l'antique Arcobriga, qui faisait partie de 
la Celtibérie de Ptolémée r . Pline appelle les habitants Arco- 
brigenses 2 . Il y avait chez les Celtici, entre le Tage et le Gua- 
diana, un autre Arcobriga dont la situation est du reste incer- 
taine 3, tandis que la position de Y Arcobriga des Celtibères est 
connue par l'Itinéraire d'Automne. On peut supposer quArco- 
briga veut dire « château d'Arcos » ; d'Arcos est venu le nom 
d'homme dérivé Arco, dont les inscriptions romaines d'Es- 
pagne offrent plusieurs exemples : on en a trouvé deux à Villa- 
mejia, en Estremadure, province de Caceres, entre le Tage 
et le Guadiana, dans une région qui a appartenu aux Celtici î. 
Dans la même localité, une autre inscription nous offre au 
datif le nom d'homme Arcos dont Arco est dérivé ; c'est l'épi- 
taphe qu'une femme a fait graver pour Arcos, son mari : Arco 
conjugi 6 . Les éditeurs du C. I. L. ont vu, dans ce datif Arco, 
d'Arcos, le datif d'Arco, -onis, c'est une distraction de ces 
éditeurs ou plutôt du seul éditeur responsable du tome II de 
la grande collection des inscriptions romaines, M. Emile 
Hùbner. Ainsi, une des inscriptions trouvées à Villamejia, 
province de Caceres, nous fait connaître le nom d'homme 
Arcos, premier terme du nom de lieu Arco-briga, dont la géo- 
graphie romaine de l'Espagne offre deux exemples. 

Passons au sud du bassin de l'Ebre. 

A la Nouvelle Castille, province de Guadalajara, bassin du 
haut Tage appartient la ville celtibère de Cacsada, aujourd'hui 
Hita ou Trijueque7, dont on peut rapprocher le chef-lieu de la 

1 . Ptolémée, 1. II, c. 6, § 57, p. 178, 1. 1. 

2. Pline, 1. XXXIII, c. 24. 

3. Ptolémée, 1. II, c. 5, § 5, p. 134, 1. 9. 

4. Itinéraire d'Anioiiin,-p. 437, 1. 1, p. 438, 1. 13. 

5. CI. I., II, 664,668. 

6. C I. L., II, 668. 

7. Pline, 1. II, c. 6, § 57, p. 178, 1. 2. 

Revue Celtique, XV. 2 



i8 H. ti'Arbois de Jubainville. 

même province qui parait être l'antique Ariaca 1 . Arriaca, dé- 
rivé du gentilice Arrius, est un mot celtique. Dans le même 
bassin en Nouvelle Castille, province de Cuença, la ville celti- 
bère à'Ergavica devait se trouver dans l'endroit appelé Cabeza- 
del-Griego, entre Ucles et Saelices 2 . Ergavica est une des villes 
d'Espagne qui ouvrirent leurs portes aux Romains quand, en 
l'an 179 avant notre ère, le roi Thurrius offrit son alliance 
au propréteur victorieux Tib. Sempronius Gracchusî. 

Dans le bassin du haut Guadiana, en Nouvelle Castille, 
et dans la partie méridionale de la province de Tolède, au sud 
de Madrid, est situé Consuegra, identique, pense-t-on, à la 
ville celtibère dont le nom est écrit Condabora par les éditeurs 
de Ptolémée +, mais Consabrum dans l'Itinéraire d'Antonin. 

On suppose que Contrebia, capitale des Celtibères, est Al- 
barracin, sur le Guadalaviar, qui, beaucoup plus bas, se jette 
dans la Méditerranée, à Valence. Albaracin est en Aragon, pro- 
vince de Teruel, au sud de Saragosse. Il ne faut pas confondre 
cette Contrebia avec la Contrebia des Berones, dont il est ques- 
tion plus haut: la Contnbia des Berones était située sur l'Ebre, 
près de Logrono, chef-lieu d'une province de la Vieille Cas- 
tille; l'autre, comme on le voit par le texte le plus ancien où 
il en soit parlé, était voisine des Carpetani, dans le territoire 
elesquels se trouvait la ville de Tolède en Nouvelle Castille, 
bassin du Tage moyen : le préteur Q.. Fulvius Flaccus, faisant 
la guerre aux Celtibères en 181 avant notre ère, fit le siège de 
Contrebia dont il contraignit les habitants à capituler, et près 
de là il livra aux Celtibères une bataille dans laquelle il leur 
tua douze mille hommes et leur en prit plus de cinq mille, 
avec quatre cents chevaux et soixante-deux enseignes. Après 
cette bataille, la plus grande partie des Celtibères se soumirent 
aux Romains >. Moins de vingt ans plus tard, le consul Cae- 
cilius Metcllus, 143-142, combattant les Celtibères de nouveau 



1. Itinéraire d'Antonin, p. 436, 1. 3; 438, 1. 10. 

2. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 57, p. 178, 1. 6. 

3. Tite-Livc, 1. XL, c. 50. 

4. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 57, p. 179, 1. 2. 

5. Tite-Live, 1, XL, c. 3*3. 



Les Celtes en Espagne. 1 9 

révoltés, prit Contrebia, ce qui fut considéré comme un exploit 
merveilleux I . 

Au sud-est d'Albarracin est Segorbe, l'antique Segobriga des 
Celtibères, près de la Méditerranée, royaume de Valence, pro- 
vince de Castellon. Au sud-ouest, on a reconnu d'anciennes 
villes celtibériennes, à Valera-de-Abajo, et à Iniesa, en Nou- 
velle Castille, province de Cuença, comme Cabeza-del-Griego, 
l'antique Ergavica, mais dans le bassin du haut Jncar, qui se 
jette dans la Méditerranée, tandis que Cabeza-del-Griego est 
dans le bassin du Guadiana qui se jette dans l'Océan. Valera- 
de-Abajo est sur l'emplacement de la ville celtibérienne de 
Valeria 2 , et Iniesta sur celui de la ville celtibérienne appelée 
Laxta par les éditeurs de Ptolémée3. 

§ 13. Les Celtibères de l'ouest. Première partie, les Arevaei. 

Dans la Celtibérie de Pline et dans celle de tous les auteurs 
plus anciens, est compris le territoire des Arevaei qui touche 
à l'ouest celui des Celtibères de Ptolémée et dont l'histoire se 
confond avec la leur. Les Arevaei font leur apparition dans 
l'histoire l'an 153 av. j.-C. Sous le commandement de Caros, 
originaire de Scgeda, ville des Belli, ils remportèrent sur le 
consul Q. Fulvius Nobilior une première victoire qui fut, la 
même année, complétée sur le champ de bataille de Numance. 
Là Ambo et Leuco, généraux des Arevaei, tuèrunt quatre 
mille hommes aux Romains 4, Numance, on le verra plus loin, 
était une ville celtibérienne, elle appartenait aux Arevaei. 
L'héroïque résistance de Numance, assiégée par Scipion et 
prise par lui l'an 133 avant notre ère, est restée célèbre dans 
l'histoire ancienne comme, dans l'histoire moderne, le siège 
de Saragosse, autre ville celtibérienne malgré son nom romain 
de Caesar-Augusta. Mais Saragosse, cette victime de l'orgueil 



1. Velleius Paterculus, 1. II, c. 5, § 2, 3. Florus, 1. II, c. 7, § 10. Am- 
pelius, c. 18, § 14. Aurelius Victor, de viris ilhistribus, § 61. Valère 
Maxime, 1. II, c. 7, $ 10.. 

2. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 57, p. 179, 1. 5. 

3. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 57, p. 179, 1. 4. 

4. Appien, De rébus hispaniensibiis, 45, 46. Ed. Didot, p. 51, 52. 



20 H. d'Arboisde Jubainville. 

de Napoléon I er , est encore debout grande et fière, tandis que 
Numance, détruite parla vengeance impitoyable des Romains, 
ne s'est pas relevée depuis deux mille ans. L'implacable génie 
de Rome, qui a pardonné au nom de Carthage et a laissé cette 
ville se rebâtir, plane toujours triomphant et cruel sur les 
ruines celtiques de Numance. 

Pline prétend que le nom des Arcvaci est dérivé du nom 
d'une rivière Areva x . Si cette étymologie est exacte; elle nous 
offre un exemple de l'emploi du suffixe celtique -aco-. Mais on 
peut considérer cette étymologie comme douteuse et recon- 
naître dans le terme ethnique Arevacos, un composé dont le 
premier terme serait la préposition are et dont le second 
terme vaco-s serait identique au second terme du nom des 
Bdlo-vaci, peuple de la Gaule. Les Bello-vaci ont donné leur 
nom à la ville de Beauvais. 

Bello-, premier terme du nom des Bello-vaci, est identique 
au nom des Belli qui paraissent avoir été une subdivision des 
Arcvaci ou des clients de ce peuple plus important. Leur ville 
principale était Segeda. Elle fut comprise l'an 178 avant notre 
ère dans un traité conclu avec T. Sempronius Gracchus et par 
lequel les Celtibères vaincus consentirent à devenir les alliés 
du peuple romain. Une des conditions du traité était que les 
Celtibères ne bâtiraient pas de nouvelles villes ; or, vers 
l'année 154, c'est-à-dire vingt-quatre ans plus tard, les Belli 
entreprirent la construction d'une muraille autour de leur ville 
de Segeda 2 . Ce fut la cause d'une longue guerre entre Rome 
et les Celtibères. Cette guerre dura vingt ans, c'est-à-dire 
douze ans de plus que la conquête de la Gaule par Jules César, 
et pour la terminer par le prise de Numance, en 133, il fallut 
le génie d'un Scipion. 

Segeda est chez Appien une ville des Belli, peuple celtibère3. 
Chez Strabon, c'est une ville des Arevaci*. Segeda peut être 
un nom celtique, dérivé du thème sego- au moyen d'un 



1. Pline, 1. III, § 19. 

2. Appien, De rébus hispaniensibus, c. 44; cf. 43. Ed. Didot, p. 50, 51. 

3. Appien, De rébus hispaniensibus, c. 44. 

4. Strabon, 1. III, c. 4, § 13. Ed. Didot, p. 135, 1. 7. 



Les Celtes en Espagne. 2 1 

suffixe -edo, -eda par e long 1 . Mais ce qui est certainement 
celtique, c'est le nom du général des Arevaci, Leuco, qui, 
en 153, battit les Romains. Son nom est dérivé d'un thème 
leuco- « blanc, brillant » qui a donné le nom des Leuci, peuple 
belge, ami des Romains pendant les campagnes de César et 
dont le territoire paraît avoir correspondu à peu près à l'an- 
cien diocèse de Toul, Meurthe-et-Moselle. On trouve le 
thème leuco- dans deux des noms de lieu que nous fait connaître 
la table alimentaire de Veleia, ville de la Gaule cisalpine : l'un 
de ces noms est celui du fundus Licco-leucus 2 , l'autre est celui 
du sait us Leuco-melius i ou Leucu-mellus 4 . Le même thème est 
le premier terme du nom de femme gaulois Leuci-mara S, 
qui veut dire « grande par sa blancheur éclatante ». Du 
nom d'homme celtibère Leuco, -onis, dérivé du thème leuco-, 
on a tiré le gentilice romain Leuconius, dont une inscrip- 
tion de Barcelonnette, Basses-Alpes 6 , atteste l'existence en 
Gaule et qu'on trouve aussi dans d'autres parties de l'empire 
romain 7. 

En l'année 133 avant J.-C un Arevaque nommé Rheto- 
genes et surnommé Karaunios, accompagné de cinq amis et 
d'autant de valets, réussit à traverser les travaux de circonval- 
lation établis par Scipion autour de Numance et alla demander 
du secours aux autres villes des Arevaci. Les jeunes guerriers 
de la ville de Lutia se laissèrent gagner ; ils allaient se mettre 
en route, mais Scipion arriva sous les murs de Lutia avec un 
corps de troupes et donna aux habitants de Lutia le choix ou 
de lui livrer ces ennemis de Rome ou de voir détruire leur 
ville ; les habitants effrayés lui remirent cinq cents de ces 
jeunes gens auxquels Scipion fit couper les mains 8 . Environ 
quatre-vingts ans plus tard, en 51, César, en Gaule, devait 



1 . Grammatica ccltica, p. 79. 

2. Table, VI, 1. 23. 

3 . Table, VII, 1. 38. 

4. Table. III, 1. 72. 

5. CI. L., III, 5265, 

6. C. /. L., XII, 82. 

7. C. I.L., V, 4902; VIII, 9665. 

8. Appien, De rébus hispaniensibus, c. 94. Ed. Didot, p. 71. 



22 H. d'Arbois de Jubainville. 

traiter de même tous ceux des habitants cT Uxellodunùm qui 
avaient porte les armes contre lui l . 

Le nom de Lutin peut avoir la même racine que Lutctia, 
aujourd'hui Paris. Quant au nom de Rhetogenes, il paraît dé- 
figuré sous l'influence des habitudes grecques, c'est le celtibère 
Retugenus conservé par une inscription 2 et qui est une va- 
riante espagnole du mot plus complet Rectu-genos. Le nom 
d'homme Rectu-genos, qui veut dire « fils du droit », se trouve 
en Gaule et en Espagne 3, et le c qui devant le / devenait 
ordinairement spirant, est tombé dans ce mot comme dans 
le mot gaulois ambacios « serviteur », qui est toujours noté 
ambatus dans les inscriptions d'Espagne. 

Trois peuples secondaires qui paraissent avoir été les clients 
ou les sujets des Arevaci sont mentionnés par les auteurs de 
l'antiquité : ce sont, outre les Belli dont nous avons déjà parlé, 
les Titthi et les Pelendones. Le nom des Belli et des Tillhi est 
associé à celui des Arevaci dans le récit de la guerre des Ro- 
mains contre les Celtibères. Ces trois peuples luttèrent contre 
les Romains, d'abord de 153 à 151 4 avant J.-C, puis repri- 
rent les armes en 144 5 , et la guerre ne se termina définiti- 
vement qu'en 133. Les Romains durent leur succès à la poli- 
tique autant qu'au génie militaire ; ils profitèrent de la jalousie 
des Belli et des Titthi envers les Arcvaci pour détacher de la 
cause de l'indépendance celtique les deux premiers de ces 
peuples 6 . 

Les Pelendones apparaissent beaucoup plus tard, au plus 
tôt en 77 av. J.-C, si on admet qu'il faille corriger en Pelen- 
dones le Cerindones de Tite-Live dans le fragment du livre XCI 
où nous voyons Sertorius envoyer M. Marius, son questeur, 
lever des troupes chez les Arcvaci et chez les Cerindones. Sui- 
vant Pline, les Pelendones habitent à la source du Duero, et 

1 . De kilo gallico, VIII, 44. 

2. C. I. L., II, 2324 

3. C. 1. /.., II, 2402, 2907. 

4. Appien, Derebip hispaniensibus, c. \\, 48, 50. Ed. Didot, p. 31-33. 

5. Appien, /' ibus, c. 66, p. 39. Cf. c. 76, p. 63. 

6. On le voit par le fragment de Polybe où est racontée l'ambassade en- 
voyée par ces trois peuples au Sénat romain en 132. Polybe, I. X.WY. 
c. 2. Ed. Didot, t. II, p. 121. 



Les Celtes en Espagne. 2 5 

chez eux est Numance 1 . Mais Numance est, suivant Ptolémée, 
une ville des Arevaci 2 ; c'est déjà la doctrine de Strabon ?. 

On doit conclure de là que les Pelendones sont une subdi- 
vision des Arevaci. Ptolémée nomme trois villes des Pelen- 
dones : Visontium, l'une d'elles +, n'est citée par aucun autre 
auteur, et sa situation est inconnue. On a déjà remarqué la 
ressemblance de son nom avec celui de Besançon, Vesontio, 
mais nous ignorons si ces deux noms sont celtiques et s'ils ne 
remonteraient pas à une population plus ancienne, aux Li- 
gures par exemple. La seconde est Augustobriga ; on pense 
que les ruines de cette ville sont celles qu'on a découvertes à 
Aldea-del-Muro, près d'Agreda, Vieille Cas cille, province de 
Soria et dans le bassin de PEbre, mais à son extrême limite, 
près des sources du Duero 5. Ptolémée, d'après d'autres docu- 
ments, désigne la même ville par le nom de Nova Augusta 
et l'attribue aux Arevaci 6 . La source de Ptolémée paraît avoir 
été ici la même que celle de Pline. N&ua Augusta est une des 
six villes qui, suivant Pline, auraient appartenu aux Arevaci. La 
dernière ville des Pelendones est, suivant Ptolémée, Savia, que 
lui seul mentionne, et dont on n'a pas retrouvé la position ~. 
Mais Pline nous donne sur les Pelendones une indication très 
précise, c'est que chez eux auraient été situées les sources du 
Duero qui sont en Vieille Castille, province de Soria, au nord- 
est de cette ville. 

De tout ce qui précède, il résulte que nous avons trois indi- 
cations géographiques précises à l'aide desquelles on peut dé- 
terminer la situation des Pelendones. Chez eux étaient Augus- 
tobriga et les sources du Duero. Par conséquent, ils habitaient 
le nord de la province de Soria, ils étaient la portion septen- 



1. Pline. 1. IV, § 112; cf. 1. III, § 26. 

2. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 55, p. 174, 1. 1. 

5. Strabon, 1. III, c. 4, § 13. p. 134, 1. 33 et 34; p. 133, 1. 1. C'est 
aussi la doctrine d'Appien, De rehus fnspantensibus, c. 66, où il parle des 
événements de l'année 144 d'après un historien plus ancien, probablement 
Polybe. 

4. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 53, p. 171, 1. 9. 

5. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 33, p. 172, 1. 1. Cf. C. I. L., II, p. 390. 

6. Ptolémée, 1. Il, c. 6, § 55, p. 174, 1. 3. 

7. Ptolémée, 1. II, c. 6,5 53, p. 172, 1. 2. 



24 W. iï Artois de Jubainville. 

trionale du groupe de populations celtibères désignées sous le 
nom plus général à' Arevaci. 

Le territoire des Arevaci s'étendait à la fois sur le bassin du 
haut Duero et sur celui du haut Tage. Dans le bassin du 
Duero, il couvrait une partie des provinces de Soria, de 
Burgos et de Segovie en Vieille Castille, de Palencia, rovaume 
de Léon; dans le bassin du haut Tage, une partie de la pro- 
vince de Guadalajara, Nouvelle Castille. 

Dans la province de Soria se trouvaient, outre le territoire 
des Pelendones dont nous avons parlé, les deux villes à'Uxama 
et de Numance. Uxama, aujourd'hui Osma, porte un nom 
celtique dont nous avons déjà mentionné un exemple en Es- 
pagne : chez les Autrigones était Uxama Barca, aujourd'hui 
Osma, dans la province d'Alava, une des provinces basques. 
Des deux Uxama, la plus importante, à en juger par le nombre 
de ses inscriptions romaines, paraît avoir été celle des Are- 
vaci; elle se distinguait de la première par le surnom à'Ar- 
gaela 1 ; le passage de Ptolémée qui nous l'apprend est con- 
firmé par deux inscriptions recueillies, l'une, dans PEstrema- 
dure espagnole, à Caceres, l'antique Norba 2 ; l'autre, en Vieille 
Castille, près de Burgos 3. Ce sont les épitaphes de person- 
nages tous deux nés à Uxama Argaela, et l'un des deux porte 
un nom celtique : T. Magilius Rectugeni filius. On a trouvé 
dans la même localité une dédicace aux Lagoves, divinités qui 
sont le pluriel du nom du grand dieu celtique Lugns-*. Uxama, 
une des villes qui restèrent fidèles à Sertorius jusqu'après sa 
mort, en 72 5, paraît être celle des Arevaci. 

Numance était au milieu du second siècle avant notre ère 
une ville d'importance modeste pour lutter contre les Ro- 
mains: elle pouvait mettre huit mille hommes sous les armes 6 . 
Si donc on s'en rapporte aux procédés de statistique employés 



1. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 55, p. 173, 1. 5. 

2. CI. L, II, 696. 

3. CI. L., II, 2907. 

4. C. I. L., II, 2818. 

5. Florus, 1. III, c. 22, § 9. 

6. Appicn, De rébus hispaniensibus, c. 97. Ed. Didot, p. 72. Cf. c. 76, 
. 63. 



Les Celtes en Espagne. 2 $ 

par César à propos des Helvetii, Numance devait avoir trente- 
deux mille habitants 1 . 

Numance apparaît dans l'histoire romaine en 153, où les 
Arevaci, sous ses remparts, battirent les Romains 2 . Mais ce 
qui a rendu surtout cette ville célèbre, c'est la part qu'elle a 
prise à la lutte des Arevaci contre Rome quand ceux-ci, 
compris dans le traité de paix conclu par Claudius Marcellus 
avec les Celtibères en 151 ?, se laissèrent entraîner par le Lu- 
sitan Viriathe à reprendre les armes contre les Romains; c'était 
en 144 4 . Bientôt la plupart des villes des Arevaci se soumirent 
et Numance resta seule à tenir tète aux Romains; le siège, com- 
mencé par Q, Pompeïus Aulus l'an 141 av. J.-C, ne fut ter- 
miné que huit ans plus tard, en 133, par Scipio Aemilianus 
qui avait pris et détruit Carthage en 146, et dans l'intervalle 
les Numantins avaient forcé le général romain, C. Hostilius 
Mancinus, à une paix honteuse que le Sénat romain refusa de 
ratifier. Mancinus, par ordre du Sénat, fut livré aux Numan- 
tius qui refusèrent de le recevoir. A la fin du siège, les Nu- 
mantins, mourant de faim, furent contraints de se rendre sans 
condition. Mais pendant le délai de trois jours que la capitu- 
lation leur accordait, la plupart d'entre eux se donnèrent la 
mort de leur propre main. Scipion fit vendre les autres 
comme esclaves, à l'exception de cinquante mis en réserve 
pour être conduits à Rome et pour accompagner le vainqueur 
dans sa rentrée triomphale ; ils devaient être décapités aussitôt 
après la cérémonie. Quant à la ville, Scipion la fit détruire et 
il en partagea le territoire entre les peuples voisins *. 

Dans la province de Burgos, au sud-est de cette ville, à 
quelque distance au nord du Duero, les Arevaci avaient la 
ville de Clunia dont on a reconnu les ruines au bord d'un 
ruisseau appelé Arandilla, qui se jette dans un petit affluent 



1 . Suivant César, De beïîo gallico, I, 29, le nombre des Helvetii et de 
leurs alliés était de 368,000, dont 92,000 en état de porter les armes, c'est 
juste le quart. 

2. Appien, de rébus hispaniensibus, c. 46, p. 51, 52. 

3. Appien, ilu'd., c. 50, p. 53. 

4. Appien, ibid., c. 66, p. 59. 

5. Appien, ibid., c. 76-98, p. 63-73. 



26 H. d'Arbois de Jubainville. * 

de droite du Duero * ; c'était la dernière ville des Arevaci quand 
on suivait la route de Caesaraugusta (Saragosse) à Asturica, As- 
torga 2 , et voilà pourquoi Pline dit que Clunia est la fin de la 
Céltibérie?. Clunia apparaît dans l'histoire romaine l'an 76 
avant notre ère. Cette ville était alors du parti de Sertorius, 
qui y fut inutilement assiégé par Pompée 4. Il est encore 
question de Clunia vingt et un ans plus tard : pendant que 
César fut occupé à la guerre des Gaules en 55, les Celtibères 
se révoltent, le proconsul Q_. Caecilius Metellus Nepos met 
le siège devant Clunia et il est battu devant cette place par 
les Vaccaci qui, malgré lui, entrent dans Clunia, succès pas- 
sager qui se termina par une défaite 5. Plus d'un siècle après, 
Galba séjournait à Clunia, quand le vœu des armées soulevées 
contre Néron l'appela à l'empire 6 . Sous la domination romaine, 
Clunia était le chef-lieu d'une des circonscriptions adminis- 
tratives et judiciaires, ou conventus, entre lesquelles se parta- 
geait la Tarraconaise. A la même époque, les inscriptions 
nous offrent quelques traces de l'origine celtique des habi- 
tants : un des cultes les plus répandus chez les Celtes du nord 
des Pyrénées était celui des maires. Le seul exemple qu'on en 
ait trouvé au sud des Pyrénées appartient à Clunia, c'est une 
dédicace aux maires GallaicaeT, c'est-à-dire aux maires honorées 
par les Celtes, mêlés aux Callaici ou Gallacci, ou pour au- 
trement s'exprimer, par les Celtici du nord-ouest de l'Es- 
pagne. 

Plus à l'ouest, dans le royaume de Léon, province de Pa- 
lencia, entre cette ville et Burgos, les Arevaci possédaient 
sous l'empire romain la ville de Conflucntia, au confluent de 
l'Arlanzon et de l'Arlanza 8 . 

Les villes dont nous avons parlé jusqu'ici sont situées au 
nord du Duero. Au sud de ce fleuve, les Arevaci possédaient 

1. Ptolcméc, 1. II, c. 6, § 55, p. 173, 1. 3. 

2. Itinéraire à' Antonin, p. 439-443. 

3. Pline, 1. III, § 27. 

4. Tite-Live, Epitome du livre XCII. 

5. Dion Cassius, 1. XXXIX, c. 54. 

6. Plutarque, Galba, c. 6. Ed. Didot, p. 1258, 1. 8. 

7. C. /. L., II, 2776. 

8. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 53, p. 173, 1. 2, 



Les Celtes en Espagne. 27 

dans le bassin du Duero Segovia et dans le bassin du Tage 
Segontia. 

Segovia n'a pas changé de nom. Ce nom est d'origine cel- 
tique ; c'est un dérivé du thème si fréquent sego- qui veut dire 
« atteindre, triompher » . Ce thème dans Segovia a été développé 
à l'aide de deux suffixes dont le premier se trouve aussi dans 
le nom d'homme Segovax que César entendit en Grande-Bre- 
tagne, lors de sa seconde expédition, l'an 54 av. J.-C. Se- 
govax était le nom d'un des quatre rois du Cantium 1 . Le nom 
de Segovia apparaît dans l'histoire romaine, un peu plus de 
vingt ans avant celui de Segovax. L'an 78 avant notre ère, 
Hirtuleius, lieutenant de Sertorius, y remporta une victoire 
sur L. Manlius et Domitius envoyés de Rome en Espagne par 
le parti de Sulla 2 . Segovia était du parti de Sertorius qui, 
Tannée suivante, y fit lever des troupes 3. Enfin, en 75, Hir- 
tuleius périt dans une bataille livrée près de Segovia au pro- 
consul Q. Caecilius Metellus Pius+. Segovia est attribuée aux 
Arevaci par Pline s et par Ptolémée 6 . On y a trouvé trente- 
quatre inscriptions romaines 7. Parmi elles, l'épitaphe de Va- 
lerius Anno, fils de Luguadicus, originaire d'Uxama. Le sur- 
nom du père de ce personnage est un dérivé du thème lugu-, 
d'où le nom des Lugoves, divinités celtiques adorées à Uxama 
Argaela, comme on l'a vu plus haut. Segovia était sur la voie 
romaine de Cesaraugusta, Saragosse à Emerita, Merida qui 
traversait de part en part la Celtibérie. C'est aujourd'hui la 
capitale d'une des provinces méridionales de la Vieille Castille. 

Au bassin du haut Tage appartient Segontia, aujourd'hui 
Siguenza, en Nouvelle Castille, province de Guadalajara, sur 
le Henares, affluent du Jarama, qui est lui-même un affluent 



1. De bello Gallico, I. V. c. 22. 

2. Florus, 1. III, c. 22, § 6, 7. Tite-Live, Epitorae du 1. XC. Eutrope, 
1. 6, c. 1. 

3. Tite-Live, frag. du 1. XVI. 

4. Tile-Live, Epitome du 1. XCI. Orose, 1. V, c. 23, § 3. Cf. Frontin, 
et Mommsen, Roemisch Gcschichte, 6 e éd., t. III, p. 31. 

5. Pline, 1. III, S 27. 

6. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 55, p. 174, 1. 2. 

7. C. I. L., II, 2729-2262. 



28 H. d'Arbois de Jubainville. 

de droite du Tage. C'est dans le Jarama que se jette le Man- 
zanares, petite rivière près de laquelle est bâtie Madrid. La 
position de Segontia, près du haut Tage, s'accorde avec le pas- 
sage où Strabon dit que les Arevaci touchent aux sources du 
Tage. 

Le nom de la Segontia des Arevaci apparaît pour la première 
fois dans l'histoire romaine en l'an 195 avant J.-C. Le préteur 
P. Manlius faisait la guerre aux Turdetani, qui habitaient la 
partie la plus méridionale de l'Espagne, dans les environs du 
détroit de Gibraltar. Les Turdetani s'étaient procuré le concours 
d'une armée mercenaire qui s'élevait à dix mille soldats et qui 
venait de Celtibérie. Cette armée celtibérienne avait laissé ses 
bagages dans la ville de Segontia r . Le consul M. Porcius Cato, 
le fameux censeur et écrivain de ce nom, qui était venu en 
aide au préteur P. Manlius, s'approcha de Segontia avec l'in- 
tention d'en faire le siège, puis, considérant comme impoli- 
tique cette opération militaire, il se retira, comptant sur d'autres 
moyens pour détacher les Celtibères du parti qui, en Espagne, 
restait fidèle, soit au souvenir de Carthage, soit à celui de 
l'ancienne liberté. 

Segontia est un mot gaulois, c'est le féminin du participe 
présent du thème verbal sego-, d'où vient aussi Segovia. L'an 55 
avant notre ère, César, dans sa seconde expédition en Grande- 
Bretagne, obtint la soumission des Segontiaci 2 dont le nom dé- 
rive d'un thème segontio- ou segontia. Il y avait en Grande- 
Bretagne, sous l'empire romain, une localité appelée Segon- 
tiutn ; on croit qu'elle était située sur la côte nord-ouest du 
pays de Galles, en face de l'île d'Anglesey, à Carnarvon. 
L' 'Itinéraire d'Antonin mentionne en Espagne deux Segontia, 
elles sont toutes les deux, comme Segovia, sur la route de 
Saragosse à Merida; celle dont il s'agit ici se distingue de 
l'autre par le surnom de Lança 5, c'est la plus méridionale des 
deux, la plus éloignée de Saragosse. L'autre est la station in- 
termédiaire entre Saragosse et Nertobriga ; on pense que c'est 



1. Tite-Livc, 1. XXXIV, c. 19, écrit ce nom Seguntia. 

2. De bello Gaîlico. 1. V, c. 21. 

3. Ptolémée, 1. II, c. 7, 5 55, p. 173, 1. 7. 



Les Celtes en Espagne. 29 

Rueda, à peu de distance à l'ouest de Saragosse et au sud de 
l'Ebre, tout près au nord de la ville celtibère de Nertobriga, 
aujourd'hui La-Almunia-de-Dona-Godina. Il a existé encore 
d'autres Segontia en Espagne : Pline, parlant des deux villes 
de Segontia et à'Uxama qui appartenaient aux Arevaci, dit que 
ces deux noms de lieu sont fréquemment usités ailleurs 1 . Pto- 
lémée mentionne deux autres Segontia, une chez les Varduli 2 , 
probablement dans les provinces basques, une autre chez les 
Vaccaei^, c'est-à-dire dans le bassin du moyen Duero. Les 
Varduli sont probablement un peuple ibérique chez lequel Se- 
gontia était une forteresse celtique. La Segontia des Varduli 
et celle des Vaccaei étaient chacune surnommées Paramica. 

Les antiquités romaines de Siguenza, la Segontia des Are- 
vaci, n'ont pas été explorées, on connaît cependant une ins- 
cription romaine trouvée dans le voisinage 4 3 et on a recueilli 
ailleurs les épitaphes de deux individus originaires de Segontia : 
l'un est qualifié de SegontinensisS, l'autre de Segontinus 6 . 

Il ne faut pas confondre avec le nom des quatre Segontia 
l'une des Celtibères propres, les autres des Arevaci, des Vac- 
caei, enfin des Varduli, le nom de Sagontia, ville beaucoup 
plus méridionale, attribuée par Ptolémée aux Turdetanil . Elle 
est mentionnée sous le même nom par Pline 8 dans sa liste 
des villes qui font partie du conventus de Cadix, et c'est d'elle 
que parle Appien dans son récit de la guerre de Sertorius contre 
Pompée 9. 

§ 14. Les Celtibères de l'ouest. Seconde partie, les Vaccaei. 

Les Vaccaei occupaient le bassin du Duero moyen dans 
toute sa largeur, à l'ouest des Arevaci au sud, des Turmodigi 

1. Pline, 1. III, § 27. 

2. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 65, p. 189, 1. 3. 

3. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 49, p. 166, 1. 4. 

4. CI. L., II, 2847. 

5. CI. L., II, 3626. 

6. C. I L., II, 4195.. 

7. Ptolémée, 1. II, c. 4, § 10, p. 123, 1. 7. 

8. Pline, 1. III, § 15. 

9. Appien, 'De bellis civilibus, 1. I, c. 110. 



jo H. d'Arbois de Jubainville. 

au nord. Valladolid, chef-lieu d'une des deux provinces les plus 
occidentales de la Vieille Castille, peut être considéré comme 
le point central de leur territoire. Ils apparaissent dans l'his- 
toire en 219 : Hannibal, voulant terminer la conquête de l'Es- 
pagne, les attaqua au printemps de cette année et leur prit de 
vive force les deux villes de Selmanticct et Arbucala, dont l'une 
est aujourd'hui Salamanca, Salamanque, chef-lieu de province, 
célèbre par son université, dont l'autre est aujourd'hui Toro, 
dans la province et à l'est de Zamora l ; toutes deux appar- 
tiennent au royaume de Léon. 

Quand les Romains, vainqueurs des Carthaginois, entre- 
prirent la conquête de l'Espagne, les Vaccaei leur tinrent tête 
comme le reste des Celtibères. En 193, le préteur M. Fulvius 
Nobilior livra bataille près de Tolède aux armées réunies des 
Celtibères propres, des Vaccaei et des Vetiones, peuple de 
race ibérique; il les vainquit 2 . Mais pendant la première 
moitié du 11 e siècle, les Romains étaient trop occupés dans les 
parties orientales de la Celtibérie pour entreprendre la con- 
quête du territoire des Vaccaei ; ils la commencèrent en 150, 
et ce fut le proconsul L. Licinius Lucullus 3 qui en prit l'ini- 
tiative. 

Les Vaccaei n'avaient donné aux Romains aucun prétexte 
de guerre, le but unique de Lucullus était d'acquérir de la 
gloire par un succès militaire et de l'argent par le pillage. Il 
vint mettre le siège devant Cauca, ville des Vaccaei. Ceux-ci 
essayèrent de se défendre, et après un premier succès perdirent 
trois mille hommes dans une sortie. Une ambassade de vieil- 
lards vint alors, avec des couronnes et des rameaux d'oliviers, 
demander grâce au proconsul. Celui-ci exigea des otages, cent 
talents d'argent, des cavaliers auxiliaires et l'établissement 
d'une garnison romaine dans la ville. On lui accorda tout. 
La garnison romaine prit possession de Cauca, et immédia- 
tement Lucullus lit massacrer tous les habitants sans distinc- 

1. Polybe, 1. III, c. 14, § 1, 3. Tite-Live, I.XXI, c. 5. L'historien latin 
écrit d'après une source grecque, ce qui le prouve, c'est qu'il a remplacé par 
un /; Y S initiale du nom de Seltnantica. 

2. Tite-Live, 1. XXXV. c. 7. Cf. De-vit, Onomasticon, t. III, p. 166. 

3. Pline, 1. IX, § 89. Cf. De-vit, Onomasticon, t. IV, p. 146. 



Les Celtes en Espagne. 3 1 

tion d'âge ni de sexe : ils étaient au nombre de vingt mille. 
Puis la ville fut pillée. 

De Cauca, Lucullus se rendit a Intercatia, autre ville des 
Vaccaei, qu'il voulait traiter de môme, mais il l'assiégea en vain. 
Cependant les habitants, de guerre lasse, consentirent à traiter, 
ils livrèrent à Lucullus six mille sagum, une certaine quantité 
de bestiaux et cinquante otages. Mais, au grand désespoir de 
Lucullus, ils ne lui donnèrent point d'argent, et à sa grande 
honte, ils ne voulurent pas accepter la parole du traître qui, 
contrairement à la foi jurée, avait fait massacrer les habitants 
de Cauca, ce fut la parole du jeune P. Cornélius Scipio Aemi- 
lianus qui remplaça celle du général en chef. Scipion n'était 
que tribun des soldats, comme qui dirait aujourd'hui un 
simple colonel, mais par adoption il était devenu le petit- 
fils du vainqueur d'Hannibal, c'était lui qui devait plus tard 
détruire Carthage et Numance. 

Puis, Lucullus arriva sous les murs de Pallantia, aujourd'hui 
Palcncia, chef-lieu de province, royaume de Léon, au nord de 
Valladolid. Mais ce fut le terme de ses succès: les habitants le 
contraignirent a la retraite et le poursuivirent jusqu'au Duero. 
Ainsi se termina la première conquête des Romains dans le 
territoire des Vaccaei; elle avait été entreprise sans l'ordre du 
Sénat ni du peuple romain; elle déshonora le général qui la 
conduisit, mais malgré l'iniquité de sa conduite, aucune pour- 
suite ne fut à Rome intentée contre lui l . C'est peut-être pour 
cela que, de retour dans la grande ville, il construisit un temple 
au bonheur, fclicitati 2 . 

Les Romains laissèrent les Vaccaei en paix pendant quatorze 
ans. Le consul C. Hostilius Mancinus venait d'être forcé par 
les habitants de Numance à une paix humiliante, quand son 
collègue, M. Aemilius Lepidus, voulut réparer cet insuccès avec 
les Arevaci par un avantage sur les Vaccaei : il vint remettre 
le siège devant Pallantia, sous les murs de laquelle Lucullus 
avait trouvé le châtiment de sa conduite perfide et cruelle à 
Cauca. Lepidus ne fut pas plus heureux que Lucullus. Le 



1. Appien. De rébus hispaniensibus, c. 51-55. Ed. Didot, p. 53-45. 

2. Pline, 1. XXXV, § 57. Cf. De-vit, Onomasticon, t. IV, p. 146. 



2 2 H. d'Arbois de Jubainville. 

Sénat, prévoyant qu'il ne réussirait pas, lui envoya l'ordre de 
lever le siège. Lepidus s'obstina, mais les habitants de Pal- 
lantia furent encore plus opiniâtres que lui. Des partis celti- 
bères qui parcouraient la campagne rendaient très difficile l'ap- 
provisionnement de l'armée assiégeante ; la faim dans le 
camp romain eut plus de puissance que les ordres du Sénat. 
Lepidus se vit contraint de lever le siège, c'était en 13 e: 
moins heureux que Lucullus, Lepidus fut dépouillé de son 
commandement et condamné à l'amende r . C'était la punition 
de sa désobéissance aux ordres formels du Sénat. Lucullus 
avait pu sans crime faire massacrer par trahison les vingt mille 
habitants de Cauca : le Sénat ne le lui avait pas défendu. 

Deux ans plus tard, Scipion, chargé de terminer la guerre 
de Numance, dévasta le pays des Vaccaei qui fournissaient 
des vivres aux assiégés; une des difficultés du siège était les 
incursions par lesquelles les habitants de Pallantia gênaient les 
partis romains chargés des approvisionnements. P. Rutilius 
Rufus, tribun des soldats, plus tard un des écrivains romains 
qui ont raconté en grec l'histoire de leur patrie 2 , faillit périr 
dans une embuscade préparée par les guerriers de Pallantia 3. 
Au même moment, Scipion eut l'honneur de réparer autant 
qu'il était en son pouvoir l'iniquité commise par Lucullus 
envers les habitants de Cauca. Quelques-uns de ces malheu- 
reux avaient réussi, pendant le massacre, à s'échapper par des 
portes mal gardées. Scipion, traversant le territoire désert de 
leur ville détruite, fit annoncer publiquement que Rome leur 
permettait de revenir en prendre possession et de le cultiver. 
On ne peut déterminer exactement la date à laquelle le ter- 
ritoire des Vaccaei fut conquis par les Romains. Cette con- 
quête date probablement du premier quart du I er siècle avant 
notre ère. Le récit de la guerre de Sertorius suppose cette con- 
quête terminée. En 77, nous voyons C. Justeius, préfet des 
cavaliers, praefectus equitum, de Sertorius, lever de la cavalerie 
chez les Vaccaei *. Pompée, qui commandait les opérations 

1. Appien, De rébus hispaniensibus, c. 80-83. Ed. Didot, p. 65-66. 

2. Peter, Historicoium romanorum rélliquiae, t. I, p. cclxi, 187. 

3. Appien, De rébus hispaniensibus, 87-88, p. 6S-69. 

4. Tite-Live, fragment du livre XCI. 



Les Celtes en Espagne. 3 3 

militaires dirigées contre Sertorius, prit ses quartiers d'hiver 
dans le territoire des Vaccaei, à la fin de l'année 75, et y resta 
jusqu'au printemps de 74 r . 

Le territoire des Vaccaei, situé à l'ouest de celui des Are- 
vaci et des Turmodigi, comprenait le bassin du moyen Duero 
sur les deux rives, c'est-à-dire: 1° au nord du Duero, la partie 
occidentale de la province de Burgos, la province de Palencia, 
probablement tout entière, la portion septentrionale de celle 
de Valladolid, la partie nord-est de celle de Zamora; 2° au sud 
du Duero, la partie nord-est de la province de Segovia, proba- 
blement la partie méridionale de celle de Valladolid, la partie 
sud-est de celle de Zamora et la partie est de celle de Sala- 
manque; il était comme à cheval sur la Vieille Castille, où 
sont Burgos, Valladolid, Segovia, et sur le royaume de Léon 
auquel appartiennent Palencia, Zamora, Salamanque. 

Au nord du Duero, dans la province de Burgos, les Vaccaei 
possédaient les trois villes à'Autraca, de Raiida et de Cou- 
gium : Autraca 2 tirait son nom de celui de la rivière appelée 
aujourd'hui Odra. L'Odra est un affluent de gauche du Pi- 
suerga, l'antique Pisoraca qui passe à Valladolid et se jette 
dans le Duero. L'Odra a dû s'appeler plus anciennement Au- 
tra, peut-être Autura, qui est le nom antique de l'Eure ; nous 
parlons de la rivière de France qui est un affluent de gauche 
de la Seine, qui passe à Chartres et donne son nom à deux 
départements. Le plus ancien nom de Chartres est Autricum, 
dérivé du nom de l'Eure, Autura, et qui ne diffère à' Autraca 
que par les voyelles et le genre du suffixe, -aca en Espagne, -ico- 
en France. Probablement les Autrigones doivent leur nom à 
l'Odra : leur nom signifie fils de l'Odra, Autra, Autura. 

Cougium était situé sur la rive droite du Duero et c'était 
probablement la ville d'Aranda, en Vieille Castille, province 
de Burgos 3. 

Rauda est aujourd'hui Roa, province de Burgos, sur la rive 

1. Plutarque, Sertorius, -c. 21, § 5. Edition Didot, p. 691, 1. 21. Cf. 
Moramsen, Rœmische Geschichte, 6 e édition, t. III, p. 33. 

2. Ptolémée, 1. II, c. 6. § 49, p. 166, 1. 1. 

3 . Ptolémée, 1. II, c. 6, § 49, p. 167, 1. 4. 

Revue Celtique, XV. 3 



34 H. d'Artois de Jubainville. 

droite du Ducro, comme Arandâ, et à peu de distance à 
l'ouest x . 

Dans la province de Segovia, au nord-ouest de cette ville, 
était située la ville de Cauca que le consul Licinius Lu- 
cullus prit et détruisit par trahison en l'an 15 1 2 et qui dut son 
rétablissement à Scipion Emilien l'an 133 s elle est attribuée 
aux Vaccaei par Pline, qui appelle les habitants Caucenses*, 
et par Ptolémée 5. C'était sous l'empire romain une station sur 
la route de Merida à Saragosse 6 , et l'empereur Théodose le 
Grand y naquit. On y a trouvé deux inscriptions romaines". 

Dans la province de Palencia, tout entière située au nord du 
Duero, les Vaccaei possédaient quatre villes que nous énu- 
mérons dans l'ordre du nord au sud : Lacobriga, Avia, Finii- 
nacium, Pallantia. Lacobriga parait avoir été située entre Car- 
rion-de-los-Condes au sud, et Saldana au nord, sur les bords 
du Carrion, affluent de droite du Pisuerga 8 . Avia était un peu 
à l'est de Lacobriga, à Osorno 9. 

Viminacium se trouvait au sud-est de Lacobriga, au sud-ouest 
ci Avia. Ce serait aujourd'hui Carrion-de-los-Condes I0 , c'était 
une station sur la route d'Astorga à Saragosse 11 . 

Pallantia, aujourd'hui Palencia sur le Carrion r -, est chef-lieu 
d'une province en Léon. Mêla dit que cette ville est dans la 
Tarraconaise, la plus vaste des trois provinces romaines de 
l'Espagne, la ville qui, avec Numance, a les plus illustres sou- 
venirs 1 ?. Nous avons vu, en effet, qu'après avoir résiste avec 
succès à Lucinius Lucullus en 15 i 1 -*, elle repoussa également 



1. Ptolémée, 1. II, c. 5,§ 49, p. 166, 1. 7. 

2. Appien, De rebus bispaniensibus, c. 51-32, p. 55-54. 
3 . lbid., c. 89, p. 69. 

4. Pline, 1. III, § 27. 

5. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 49 ; p. 167, 1. 5. 

6. Itinéraire d'Antonin, p. 435, 1. 4. 

7. C. /. I., II, P . 378. 379. 

8. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 49, p. 166, 1. 2. 

9. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 49, p. 166, 1. 3. 

10. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 49, p. 165. 1. 5. 

11. Itinéraire d'Antonin, p. 449, 1. 2, p. 453, 1. 9. 

12. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 49, p. 167, 1. 2. 

13. Mêla, 1. II, c. 6, §4. 

14. Appien, De rebus bispaniensibiis, c. 55, p. 55. 



Les Celtes en Espagne. 3 5 

en 136 les attaques d'Aemilius Lepidus x et que deux ans plus 
tard des soldats sortis de ses murs tinrent tête aux troupes de 
Scipion Emilien 2 . Pline, qui appelle ses habitants Palantini, 
est d'accord avec Ptolémée pour attribuer cette ville aux Vac- 
caeil. Strabon commet une erreur évidente quand il la met 
dans le territoire des Arevaci*. Sous l'empire romain, Pal- 
lantia était une station de la route d'Astorga à Tarragone5. 

Dans la province de Valladolid qui, probablement, appar- 
tenait tout entière aux Vaccaei, les villes de ce peuple que nous 
connaissons étaient au nombre de quatre, toutes situées au 
nord du Duero; c'étaient Pintia, Septimanca, Amallo-briga, 
Porta Augusta. Pintia 6 probablement aujourd'hui Valla- 
dolid, était sous l'empire romain une station sur la route 
d'Astorga à Sarragosse/. On peut supposer que Pintia est un 
dérivé de l'adjectif gaulois qui veut dire cinquième ; c'est le 
correspondant du latin Ouintia et de l'osque Pontia. Septi- 
manca, au sud-ouest de Pintia, est aujourd'hui Simancas, 
ville célèbre de la Castille, où sont conservées des archives 
bien connues des savants. Plus au sud-ouest encore se trou- 
vait la station romaine d'AinalIo-briga, aujourd'hui Torde- 
sillas. Septimanca et Amallobriga ne nous sont connues que 
par Y Itinéraire d'Antonin 8 . Aucun texte ne nous affirme expli- 
citement que ces deux villes appartinssent aux Vaccaei, mais 
leur situation géographique rend cette attribution évidente. 
Porta Augusta est attribuée aux Vaccaei par Ptolémée, et on 
suppose que cette localité était située là où le Pisuerga venant 
de Valladolid se jette dans le Duero 9. 

La province de Zamora comprend cinq villes des Vaccaei, 
quatre au nord du Duero: Brigaeciuni, Intercatia, Albocola, 
Oceluni Duri ; une au sud du Duero : Sarabis. 



1. Appien, ibid., c. 80, 82, p. 65, 66. 

2. Appien, ibid., c. 88, p. 66, 69. 

3. Pline. 1. III, §26. 

4. Strabon, 1. III, c. 4, § 13, p. 135, 1. 7, 8. 

5. Itinèrairt d'Anlonin, p. 9, 1. 441, p. 453, I. 8. 

6. Ptolémée, 1. II, c. 6, §49, p. 168, 1. 2. 

7. Itinéraire d'Antonin, p. 440, 1. 4. 

8. Itinéraire d'Antonin, p. 435, 1. 1 et 2. 

9. Ptolémée, 1. II, c. 6, 5 49, P- 165, 1. 6. 



}6 H. d'Arbois de Jubainville. 

Brigaecium est aujourd'hui Benavente, sur la rive droite de 
l'Esla, l'antique Astura, affluent de droite du Duero. Ptolémée, 
dans un endroit, fait de ses habitants une tribu des Astures, 
peuple ibère 1 . Ailleurs, dans un passage un peu corrompu, où 
Brigaecium est écrit Bargiacis, il se rectifie et rend cette ville 
aux Vaccaei 2 . C'est le Brigecum situé sur la route d'Astorga à 
Saragosse, d'après Y-Itinéraire d'Antonini. Les Astures, nation 
ibérique, ont dû tirer leur nom de celui de YAstura ou 
donner leur nom à cette rivière. Brigaccium est une forteresse 
"celtique bâtie dans le territoire des Astures. En l'an 25 avant 
J. C, P. Charisius, lieutenant de l'empereur Auguste, attaqué 
subitement par les Astures, était perdu, si les habitants de 
Brigaecium ne l'eussent à temps prévenu de l'approche des 
ennemis 4. 

Intercatia est aujourd'hui Vilalpendo, sur le Yalderaduey, 
qui se jette dans le Duero, près de Zamora. Sa situation est 
déterminée par Y Itinéraire d'Antonin'K Cette ville apparaît dans 
l'histoire Tan 151 avant notre ère. On a raconté plus haut 
comment cette ville fut alors assiégée par le consul L. Lici- 
nius Lucullus et comment le siège se termina par un traité 
sans que les Romains eussent pu pénétrer dans les remparts 
de cette place forte 6 . On a prétendu que Strabon et Polybe 
attribuent Intercatia aux Celtibères dans le sens restreint du 
mot. Mais le passage de Strabon qu'on a ainsi interprété n'a 
pas le sens précis qu'on lui attribue 7. Ptolémée ne commet 
point d'erreur en attribuant Intercatia aux Vaccaei 8 . Sa doctrine 
est confirmée par une inscription trouvée à Tarragone : c'est 
l'épitaphe d'une femme Cantabre d'origine; cette épitaphe a 
été gravée par les soins de son mari, originaire à'Intercatia et 
de la nation des Vaccaeiv. 



1 . Ptolémée, 1. II, c. 6, § 29, p. 160, 1. 4. 

2. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 49, p. 165, 1. 3. 

3. Itinéraire d' Antonin, p. 439, 1. 8; p. 440, 1. 1. 

4. Florus, 1. IV, c. 12, § 54-56. 

5. Itinéraire d' Antonin, p. 440, 1. 2. 

6. Appien, De rébus hispaniensïbus, c. 53, 54, p. 54, 55. 

7. Strabon, 1. III, c. 4, § 13, p. 135, 1. 12-15. 

8. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 49, p. 165, 1. 4. 

9. Intcrcat iensis ex gente Vaccaeorum, C. I. L., II, 4233. 



Les Celtes en Espagne. 37 

Il y avait une autre Intercatia en Asturie, et par conséquent 
beaucoup plus au nord. L'existence de cette autre ville homo- 
nyme de la première est établie à la fois par un passage de 
Ptolémée * et par une inscription du musée de Bonn qui nous 
conservé les noms d'un soldat originaire d' Intercatia et qui, en 
même temps, appartenait à la nation des Astures 2 . Suivant 
Ptolémée, cette Intercatia était une ville des Orniaci. Les Or- 
niaci, dont le nom paraît celtique, ne sont pas un peuple ima- 
ginaire. SemproniusPerpetuus, de cette nation, Orniacus, figure 
en l'année 152 de notre ère dans une inscription d'Astorga, 
l'antique Asturica (royaume et province de Léon), principale 
ville des Astures 3. 

Ce document, celtique malgré la langue dans laquelle il est 
rédigé, qui est le latin, complète une convention plus ancienne 
remontant à l'an 27 de notre ère. Cette convention confir- 
mait l'existence d'une clientèle qui avait été antérieurement 
organisée. Les parties contractantes sont au nombre de six qui, 
tous, paraissent porter des noms celtiques; ce sont: i° Arausa, 
Blecaeni (comparez au nom d'homme Arausa le nom de lieu 
dérivé Arausio, aujourd'hui Orange, Vaucluse) ; 2° Magilo 
Clouti (deux noms gaulois bien connus); 3 Turaius Clouti 
(on ne peut contester que Cloutus, nom du père de Turaius, 
ne soit gaulois) ; 4 Bodecius Burrali (Bodecius est un dérivé 
de la même racine que le gaulois Boduus et Burralis dérive de 
Burrus, surnom d'Afranius,. préfet du prétoire sous Claude et 
sous Néron; Afranius Burrusétait originaire de Vaison, Vau- 
cluse) 4; 5 Docius Elaesi, et 6° Elaesus Clutami. Clutamus, 
nom du père d'Elaesus, portait un nom celtique ; il était donc 
Celte lui-même, ainsi que Docius, son petit-fils, et fils d'Elae- 
sus. Arausa Blecaeni, inscrit le premier, est le patron dont les 
cinq autres sont les clients, il appartient à la gcnt'ùitas, ou si 
l'on veut, au clan des Desonci, et il est originaire de Zocla, 
aujourd'hui Castro-de-Avellans, en Portugal, dans la province 



1. Ptolémée, 1. II, c. 6,"§ 31, p. 161, 1. 2. 

2. Orelli, 154. 

3. C I. L., II, 2633. 

4. CI. L., XII, p. 525. n° 5842. 



3 8 H. d'Arbois de Jubainville. 

de Traz-oz-Montes I , au nord-ouest de Maranda-do-Douro, à 

peu de distance à l'ouest de Zamora, l'antique Occllum Duri; 
ses cinq clients appartenaient à la gentilitas ou au clan des 
Tridiavi, aussi de Zoda. La convention a été conclue avec 
l'intervention du magistrat de Zoda, qui était Abienus, fils de 
Pentilius ou Pentilus. Pentilus est un dérivé de pentos pour 
pemptos, en gaulois « cinquième ». Comparez le latin Quin[c]- 
tilius. 

En l'an 152 de notre ère, c'est-à-dire cent vingt-cinq ans 
plus tard, les deux clans des Desonci et des Tridiavi subsis- 
taient, le premier exerçant toujours droit de patronage sur le 
second, et les Desonci, avec le consentement de leurs clients 
les Tridiavi, acceptèrent dans leur clientèle trois nouveaux 
membres. Sempronius Perpetuus Orniacus est nommé le pre- 
mier ; il appartenait à cette petite nation des Orniaci, à la- 
quelle Ptolémée attribue une ville appelée Intercatia, différente 
de VIntercatia des Vaccad. Ces deux villes d' 'Intercatia portent 
probablement un nom celtique, et les détails qui viennent 
d'être donnés établissent que sous la domination romaine il y 
avait encore dans les régions de l'Espagne, considérées comme 
exclusivement ibériques, des populations celtiques qui con- 
servaient leurs mœurs. 

Ocelum Duri, aujourd'hui Zamora, chef-lieu de la province 
de ce nom, est placé par ^Itinéraire d'Antonin à la fois sur les 
deux routes de Meridaet d'Astorga à Saragosse 2 ; c'est la loca- 
lité que Ptolémée appelle Octodurum et donne aux Vaccad'. 

AJbocola, d'où le dérivé Albocolensis dans l'épitaphe trouvée 
près de Salamanque d'une femme appelée Amma est appelée 
Albocda par Ptolémée*; c'est aujourd'hui Toro, sur le 
Duero, à l'est de Zamora >. Polybe et Tite-Live ont une ortho- 
graphe légèrement différente et qui probablement représente 
une prononciation plus ancienne : c'est ArlnicaJa chez le pre- 
mier, Arbocala chez le second. Il s'agit d'événements qui re- 



1. CI. L., II, p. 363, n" 2606. 

2 Itinéraire dAntonin, p. .154, 1. 6, p. 439, 1. 10. 

3. Ptolémée, 1. II, c. 6, § .(9, p. 168, 1. 1. 

4. C 1. L., II, 880 

5 . Ptolémée, 1. II, c. 6, § 49, p. 166, 1. 6. 



Les Celtes en Espagne. 59 

montent à Tannée 219 avant notre ère. AnnibaL avant de 
partir pour l'Italie, achève la conquête de l'Espagne au sud de 
l'Ebre, et avec beaucoup de difficultés, après une vive résis- 
tance, il s'empare d'une ville très grande et très peuplée des 
Vaccaci qui s'appelait Arbucala x ou Arbocala 2 . 

Sarabis, dans la province de Zamora, mais au sud du 
Duero, tandis que les quatre villes précédentes sont au nord 
de ce fleuve, était aux environs de la localité appelée El-Cubo- 
de-la-Pierra, à mi-chemin, entre Zamora et Salamanque 3; c'est 
la station mentionnée sous le nom de Sibaria dans une des 
deux routes de Mérida à Saragosse que donne l'Itinéraire 
d 'Antonin* . 

Dans la province de Salamanque, au sud-ouest de celle de 
Valladolid et au sud de celle de Zamora, les Vaccaei possé- 
daient les deux villes de Schnantica, plus tard Salmantica, et 
de Sentice, probablement aussi celle de Mirobriga dont nous 
parlerons a propos de Salmantica. La première de ces villes est 
aujourd'hui Salamanque, chef-lieu de la province, autrefois cé- 
lèbre par son université et située sur le Tormes, affluent de 
droite du Duero. Les manuscrits de Ptolémée écrivent son 
nom Eldana 5. Il faut corriger Elmana avec un esprit rude qui 
tient lieu d'un s initiale. Le plus ancien nom de Salamanque 
paraît avoir eu deux formes, Selmana et Schnantica ; la 
seconde est dérivée de la première. Nous avons déjà parlé 
de la prise de cette ville par Annibal en 219. En nous appre- 
nant ce fait, Polybe appelait cette ville Hclmantica 6 , et Tite- 
Live Hermandica 7. Dans l'Itinéraire d'Antonin, cette ville 
s'appelle Sahna[n\ticc et elle est située sur une des deux 
routes de Mérida à Saragosse 8 . La même orthographe, sauf 
la dernière voyelle Salmantica, est celle de Ptolémée dans 
le passage où il attribue cette ville aux Vettones, peuple 

1. Polybe, 1. III, c. 14, § 1. Ed. Didot, t. I, p. 127. 

2. Pline, 1. XXI, c. 5. 

3. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 49, p. 168, 1. 4. 

4. Itinéraire d'Antonin, p. 434, 1. 5. 

5. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 59, p. 167, 1. 3. 

6. Polybe, 1. III, c. 14, § 1. Ed. Didot, t. I, p. 127. 

7. Tite-Live, 1. XXI, c. 5. 

8. Itinéraire d'Antonin, p. 434, 1. 4. 



40 H. d' Artois de Jubainville. 

d'origine ibérienne, qui étaient les voisins occidentaux des 
Vaccaei 1 . Cette notation représente la prononciation du- 
temps de l'empire romain; on le voit par l'épitaphe trouvée 
à Salamanque d'un certain L. Julius Capito, qualifié de Sal- 
mantic\ensis] 2 . Cette notation est confirmée par trois inscrip- 
tions 3 qui nous apprennent qu'en l'an VI de notre ère, l'em- 
pereur Auguste fit faire un bornage entre Salmantica, au- 
jourd'hui Salamanque, et les deux villes voisines de Blctisa, 
aujourd'hui Ledesma, au nord-ouest de Salamanque, sur le 
Tonnes, comme Salamanque, et de Mirobriga, aujourd'hui 
Ciudad-Rodrigo, au sud-ouest de Salamanque. 

Sentica est aujourd'hui Frades-de-la-Sierra, au sud de Sala- 
manque 4. U Itinéraire d'Anton in mentionne cette ville et la 
met sur une des deux routes de Mérida à Saragosse*. 

Mirobriga, aujourd'hui Ciudad-Rodrigo, ne nous est connu 
que par le bornage fait par l'empereur Auguste entre cette ville 
et celle de Salmantica, l'an 6 de notre ère. Elle était alors 
située en plein dans le territoire des Vettones, peuple ibère 6 , 
mais son nom est celtique comme celui de Mirobriga, ville des 
Ce! t ici, appelée Merobrica par Pline 7, aujourd'hui San-Jago-da- 
Cacem, en Portugal, près de l'Océan, au sud de Lisbonne 8 , 
et comme celui de Mirobriga, ville des Orelani, aujourd'hui 
Capilla, dans l'Estremadure espagnole, province de Badajoz , 
il en sera question plus loin. Nous n'avons pas de preuves que 
Mirobriga, aujourd'hui Ciudad-Rodrigo, ait appartenu aux Vac- 
caei, peut-être est-ce une ville des Celtici; ce qu'il y a de 
certain, c'est que ce sont des Celtes qui ont fondé cette 
ville. 



i . Ptolémée, 1. II, c. 5, § 7, p. 140, 1. 7. 

2. C. I.L.,11, 870. 

3. C. /. L., II, 8)7, SjS, 859. 

4. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 4g, p. 168, 1. 3. 

5. Itinéraire d'Antonin, p. 434, 1. 3. 

6. Ptolémée, 1. II, c. 5, § 7, p. 140-142. 

7. Pline, 1. IV, §116. 

8. Ptolémée, 1. II, c. \, § 5, p. 134, 1. <S. 

9. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 58, p. 180, 1. 3. 



Les Celtes en Espagne. 41 



§15. Les Celtïbères du sud. 

Les Oretani paraissent avoir été le groupe le plus méri- 
dional des Celtibères; leurs possessions étaient situées : i° dans 
le bassin du haut Guadiana, l'antique Anas ; 2° dans celui du 
haut Guadaîquivir, autrefois Baetis, et plus anciennement Tar- 
tessus, deux fleuves qui, comme on sait, se jettent dans l'océan 
Atlantique; 3 dans le bassin du Jucar, autrefois Sucro, qui 
se jette dans la Méditerranée. Elles se trouvaient dans l'Estre- 
madure espagnole, province de Badajoz, en Nouvelle Castille, 
province de Ciudad-Real, en Andalousie, province de Jaen, 
en Murcie, province d'Albacete. 

Au bassin du haut Guadiana appartiennent: i° Mirobriga, 
aujourd'hui Capilla dans la province de Badajoz; 2° les quatre 
villes de Sisapo, aujourd'hui Almaden, Orcium, aujourd'hui 
Granatula, Salica, aujourd'hui La Solana, Mentesa, aujour- 
d'hui Villanueva-de-la-Fuente, dans la province de Ciudad- 
Real. Sont comprises dans le bassin du haut Guadaîquivir : 
Castulo, aujourd'hui Cazlona, Vivatia, aujourd'hui Baeza, Sa- 
laria, près d'Ubeda, Tugia, aujourd'hui Toia, toutes quatre 
dans la province de Jaen. C'est dans le bassin du haut Jucar 
que se trouve Libisosa, aujourd'hui Lezuza, dans la province 
d'Albacete. 

Mirobriga, attribuée aux Oretani et à la Tarraconaise dans 
un passage de Ptolémée I , est, dans un autre passage du même 
auteur, mis dans la Bétique, chez les Turdetani, peuple d'ori- 
gine ibérique 2 . Cette seconde doctrine est à peu près celle de 
Pline, qui donne Mirobriga aux Turdulil. Il est évident que 
Ptolémée a fait usage de deux documents différents, dont l'un 
attribuait cette ville au peuple celte qui l'avait fondé et dont 
un autre la rendait aux Ibères sur le territoire desquels elle 
était bâtie. La situation de cette ville de Mirobriga est fixée à 
la fois par Y Itinéraire d'Antonin qui la place sur une route de 



1 . Ptolémée, 1. II, c. 6, § 58, p. 181, 1. 3. 

2. Ptolémée, 1. II, c. 4, § 10, p. 124, 1. 4. 

3. Pline, 1, III, c. 14. 



42 H. d'Arbois de Jubainville. 

Mérida à Saragosse 1 et par trois inscriptions romaines trouvées 
à Capilla : dans une d'elles, le génitif pluriel Mirobrigensium 
est écrit en toutes lettres 2 , dans les deux autres on ne lit que 
les quatre premières lettres Miroi. Nous avons déjà cité deux 
autres Mirobriga espagnoles, mais plus occidentales, l'une 
chez les Celtici, entre le Guadiana au sud et le Tage au nord, 
l'autre entre le Tage au sud et le Duero au nord, proba- 
blement chez les Vaccaei. 

Sisapo est attribuée aux Oretani par Ptolémée*, mais, sui- 
vant Pline, c'est une ville des Turduli, peuple ibère ; la cause 
est la même que pour Mirobriga. Sisapo devait une grande 
importance à ses mines d'argent. Strabon en parle. « Il y a », 
dit ce géographe, « beaucoup d'argent dans les environs de 
Sisapo », et il distingue deux Sisapo, le vieux et le nouveau, 
probablement voisins î. Au temps de Pline, environ un demi- 
siècle plus tard, les filons d'argent exploités à Sisapo étaient 
épuisés, mais on y avait découvert des filons de minium qui 
rapportaient un revenu au peuple romain 6 . L'importance des 
mines de Sisapo a donné à cette ville, comme à Castulon sa 
voisine, l'intérêt qui a attiré les Celtes dans cette région. Le 
nom de Sisapo se lit dans une inscription destinée à rappeler, 
entre autres choses, la réparation d'une route qui y conduisait". 
Cette inscription a été trouvée à Cazlona. Sisapo est aussi men- 
tionnée dans l'Itinéraire d'Antonin sur une des routes de Mé- 
rida à Saragosse 8 . 

Qrctum, près de Granàtula, a donné son nom aux Oretani 
dont elle paraît avoir été la capitale, et son nom est encore au- 
jourd'hui conservé par l'ermitage de Nuestra-Senora-de-Oreto; 
on l'appelait Oretum Germanorum9 } et les Oretani étaient sur- 
nommés Germani io . 

1. Itinéraire d'Antonin, 444, 1. 6. 

2. Cl. L., 11,2366. 

3. C. I. L., II, 2375, 2367. 

4. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 58, p. 180, 1. 8. 

5. Strabon, 1. III. c. 2,5 3, p. 117, 1. 48-50. 

6. Pline, 1. XXXIII, § 118, 121. 

7. C. I. L., II, 3270. 

8. Avec l'orthographe défectueuse Sisalone pour Sisapom, p. 444, 1. 7. 

9. Ptolémée, 1 . II, c. 6, § 58, p. 181, 1. 1. 
10. Pline, 1. III, § 23. 



Les Celtes en Espagne. 43 

Salica, aujourd'hui probablement Solana, n'est mentionnée 
que par Ptolémée qui l'attribue aux Oretani I . 

Mentesa, aujourd'hui Villa-nueva-de-la-Fuente, appartient 
aux Oretani suivant Pline 2 , comme suivant Ptolémée 3. Cette 
ville paraît identique à Mentissa, mentionnée par Tite-Live 
dans le récit de la guerre entre les Carthaginois et les Romains 
en Espagne pendant l'année 211 av. J.-C.+. 

Dans le bassin du haut Guadalquivir en Andalousie, pro- 
vince de Jaen, se trouvaient Castulo, Vivatia, Salaria et Tugia. 

Casîulo, aujourd'hui Cazlona^, est une des villes celtibères 
mentionnées à la date la plus ancienne par les historiens. On 
a déjà vu que la femme d'Annibal en était originaire. Cepen- 
dant, en 214, quatre ans après le. départ du général cartha- 
ginois pour l'Italie, cette ville se laissa déjà entraîner dans le 
parti des Romains 6 . Elle le quitta après la défaite et la mort 
des deux Scipion en 212 7, et quand le futur Scipion l'Africain 
eut de nouveau rendu la victoire fidèle aux enseignes ro- 
maines, elle abandonna les Carthaginois pour revenir aux Ro- 
mains en 206 8 . L'auteur de la capitulation portait un nom 
celtique : il s'appelait Cerdubelus. Castulo avait des mines 
d'argent dont il est déjà question au 11 e siècle avant notre ère 
chez l'historien Polybe dans le récit des événements de l'an- 
née 206 av. J.-C. 9. On a trouvé à Cazlona les ruines de Cas- 
tulo et un grand nombre d'inscriptions qui ne laissent aucun 
doute ni sur le nom, ni sur la position de cette ville antique 10 . 

Vivatia, aujourd'hui Baeza, est appelée Municipium Fla- 
vium Vivatiense dans deux inscriptions 11 qui ont été trouvées 



1 . Ptolémée, 1. II, c. 6, § 58, p. 181, 1. 4. 

2. Pline, 1. III, § 25. 

3 . Ptolémée, 1. II, c. 6, § 58, p. 182, 1. 1. 

4. Tite-Live, 1. XXVI, c 17. C. /. L., t. II, p. 434. 

5. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 58, p. 181, 1. 7. 

6. Tite-Live, 1. XXIV, c. 41. Publius Scipion y passe ses quartiers 
d'hiver la dernière année de sa vie. Appien, De rebits hispaniensibus, c. 16, 

P ' 7 Tite-Live, 1. XXVIII, c. 19. 

8. Tite-Live, 1 XXVIII, c. 20. 

9. Polybe, 1. X, c. 38, § j;\. XI, c. 20, § 5. Ed. Didot, t. I,p. 469-491. 

10. C. /. L., II, p. 440 et suivantes. 

11. C. L L., II, 3251, 3252. 



44 W. d'Arbois de Juhiinvillc. 

à quelque distance dans les ruines de l'antique Baesucci et qui 
concernent plusieurs villes des environs. A Baeza même, 
quelques inscriptions du temps de l'empire romain attestent 
que cette localité était alors habitée 1 . 

Salaria était située près d'Ubeda, sur la rive droite du Gua- 
dalquivir 2 . Cette ville est mentionnée non seulement par Pto- 
lémée, mais aussi par Pline' et par une inscription trouvée 
près de là à Toia-*. 

Tugia est aujourd'hui Toia, près de Cazorla*. L'orthographe 
exacte de son nom est donnée: i° par deux inscriptions 6 , 
celles qui nous ont déjà indiqué d'une façon exacte le nom an- 
tique, Vivatia, de Baeza; 2° par Y Itinéraire d'Antonin, où 
Tugia est une station sur la route de Cazlona à Malaga7. 

Dans le bassin du Jucar, les Oretani possédaient la ville de 
Libisosa, aujourd'hui Lezuza, province d'Albacete 8 . La situa- 
tion de Libisosa est établie d'une façon certaine par une ins- 
cription où cette ville est appelée Colonia Libisosanorum ; cette 
inscription a été trouvée à Lezuza 9. D'ailleurs Libisosa est 
dans l' Lti néra ire d'Antonin une station de la route de Laminium, 
aujourd'hui Fuenllana, à Saragosse io . 

En l'an 179 avant J.-C, la Celtibérie s'étendait dans l'An- 
dalousie moderne, au sud du territoire des Oretani que nous 
venons de décrire. Ainsi Cartama, province de Malaga, était 
une ville celtibérienne. On l'a vu plus haut au § 7 (Revue Cel- 
tique, t. XIV, p. 383-384). On ignore si Cartama appartenait 
aux Oretani. 

§ 16. Les Celtibères pendant ta seconde guerre punique. 
Lorsque, en 218, la seconde guerre punique commença, 

i . CL L., II, p. 449, 450. 

2. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 58, p. 180, 1. 7. 

3. Pline, 1. III, §25. 

4. C I. L., II, 3329. 

5. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 58, p. 182, 1. 5, écrit Tuia. 

6. C I. L., II, 3251, 3252. 

7. Itinéraire d'Antonin, p. 404, 1. 3. 

S. Ptolémée, 1. II, c. 6, § 58, p. 181, 1. 5. 

9. C. /. L, II, 3234. 

10. Itinéraire d'Antonin, p. 446, 1. n. 



Les Celtes en Espagne. 4 5 

l'Espagne tout entière était soumise aux Carthaginois : leur 
joug avait été accepté, non seulement par la population ibé- 
rique habituée depuis plusieurs siècles à la domination étran- 
gère, mais aussi par les Celtes, maîtres de presque toute la 
péninsule depuis plus de deux siècles. En leur prenant les 
villes de Sel 'niant ica, Salamanque, à'Arbucala, Toro, A 11- 
nibal avait triomphé des dernières résistances. Sa politique et 
son argent avaient transformé en alliés ces ennemis vaincus 
contre lesquels Cartilage en Espagne combattait depuis dix- 
huit ans. Partant pour l'Italie, le général carthaginois em- 
mena avec lui des troupes auxiliaires levées en Espagne, no- 
tamment chez les Celtibères 1 . Dès la première année, les 
Romains remarquèrent des cavaliers celtibères dans l'armée 
carthaginoise qui pendant l'hiver les harcelait aux environs 
de Plaisance 2 . Deux ans plus tard, un corps de cinq cents Cel- 
tibères concourut puissamment au succès des Carthaginois à 
la célèbre bataille de Cannes : par ordre d'Hannibal, chacun 
des cinq cents hommes était armé de deux épées, l'une longue 
et visible, l'autre courte et cachée sous ses habits. La consigne 
donnée par le général carthaginois était de se rendre aux Ro- 
mains, de livrer les longues épées apparentes, en gardant les 
courtes qu'on ne pouvait voir, et d'attaquer l'armée romaine 
quand arriverait le moment favorable. Les Celtibères exécu- 
tèrent ces prescriptions. Le général romain auquel ils se ren- 
dirent se contenta de leur ôter leurs grandes épées, il plaça en 
arrière de ses troupes les cinq cents transfuges, mais ceux-ci, 
tout d'un coup, tirant de dessous leurs vêtements les courtes 
épées qu'ils avaient gardées, se précipitent sur les Romains 
les plus rapprochés, les frappent par derrière, les tuent avant 
qu'ils aient pu se mettre en défense. L'effroi se répand dans 
le reste de l'armée romaine qui se voit de toute part entourée 
d'ennemis : elle perd confiance en elle-même et la déroute 
commence 3. Sur quatre-vingt-six mille soldats que les Romains 
à Cannes opposèrent aux Carthaginois, soixante-dix mille res- 



1 . Appien, De bello Annibalico, c. 4, p. 76. 

2. Tite-Live, 1. XXI, c. 57- 

5. Appien, De bello Annibalico, c. 20, 22, 23, p. 83, 84. 



46 H. d'Arbois de Jubainville. 

tèrent sur le champ de bataille. Hannibal les avait vaincus 
avec cinquante mille hommes. Il n'avait perdu que cinq mille 
sept cents hommes, dont quatre mille Gaulois cisalpins 1 . En 
effet, alors, la grande force d'Hannibal en Italie était l'appui 
des Gaulois cisalpins qui comptaient sur l'appui des Cartha- 
ginois pour échapper au joug de Rome. 

Au même moment, la politique romaine en Espagne con- 
sistait à s'appuyer sur les Celtes de la péninsule, tous frémis- 
sant sous la honte du joug que, depuis dix-huit ans, Carthage 
triomphante prétendait leur imposer. Tandis qu'Hannibal 
luttait avec succès en Italie contre les généraux romains et 
prétendait frapper au cœur la future dominatrice du monde, 
Rome était assez forte pour menacer, en Espagne même, l'état 
carthaginois formé par la famille Barca, et le nom des Scipions 
y acquit un éclat qui fit pâlir l'étoile de la dynastie d'Hamilcar. 
La politique romaine en Espagne fut la même que celle d'Han- 
nibal en Italie. Publius Cornélius Scipio, chargé de diriger la 
guerre avec le titre de proconsul et l'aide de Cnaeus Corné- 
lius Scipio Calvus, son frère et son lieutenant, rechercha 
l'alliance des Celtibères. Ceux-ci se soulevèrent contre Car- 
thage. Tandis que les généraux carthaginois cherchaient à les 
soumettre, les deux Scipion se rendirent près de Sagonte où 
étaient gardés les otages qui garantissaient aux Carthaginois 
la fidélité des populations d'Espagne encore soumises à leur 
domination ; ils eurent l'art de se les faire livrer, leur rendi- 
rent la liberté, et par cet acte de générosité gratuite attirèrent 
du côté de Rome en Espagne beaucoup d'esprits que l'abandon 
et la ruine de Sagonde, alliée de Rome, laissée sans secours 
par elle et prise par Hannibal après une longue et inutile résis- 
tance, avaient rendus hostiles à la grande et orgueilleuse répu- 
blique italienne 2 ; c'était en 217, l'année qui précéda la ba- 
taille de Cannes. Trois ans plus tard en 214, Castulon même, 
la ville celtibérienne où était née la femme d'Hannibal, aban- 
donnait Carthage pour entrer dans !e parti des Romaine ; . 



1. Polybe, 1. III, c. 117, §6. 
2 Tite-Live, 1. XXII, c. 22. 
3. Tite-Live, 1. XXIV, c. 41. 



Les Celtes en Espagne. 47 

Cependant l'armée carthaginoise d'Espagne comptait encore 
dans ses rangs un certain nombre de soldats mercenaires d'ori- 
gine celtibérienne. Cette année même, 214, deux rois d'ori- 
gine celtique, Moenicaptus et Vismarus, furent tués dans les 
rangs de l'armée carthaginoise par les Romains qui recueil- 
lirent dans le butin beaucoup de colliers et de bracelets de 
même forme que ceux des Gaulois cisalpins 1 . Mais les deux 
Scipion offrirent aux Celtibères mercenaires une solde égale à 
celle que payaient les Carthaginois. Les soldats celtibères 
acceptèrent ce marché et passèrent dans le camp des Romains. 
C'était en 213, trois ans après le désastre des Romains à 
Cannes. Alors la nation celtibérienne tout entière embrassa la 
cause romaine avec une telle ardeur que plus de trois cents 
jeunes gens des plus nobles familles partirent pour l'Italie, 
afin de se mettre en relation avec les troupes auxiliaires qu'Han- 
nibal y avait amenées d'Espagne et pour les exciter à quitter 
Hannibal et à se ranger du côté des Romains 2 . 

Toutefois ce zèle pour la cause romaine ne fut que momen- 
tané : les généraux carthaginois proposèrent aux Celtibères 
qui, au nombre de vingt mille, combattaient dans l'armée ro- 
maine, de leur payer une solde égale à celle que payaient les 
Romains, ils n'y mettaient qu'une condition : les Celtibères 
se retireraient du champ de bataille, ils ne verseraient plus leur 
sang ni dans l'intérêt de Rome ni dans celui de Carthage, ils 
laisseraient les deux cités ennemies lutter l'une contre l'autre 
avec leurs propres forces. Les Celtibères acceptèrent ce nouveau 
marché ; les deux armées romaines, inférieures en nombre, 
furent vaincues, les deux Scipion périrent sur le champ de ba- 
taille et la cause de Rome en Espagne parut quelque temps 
perdue, 212?. Cependant le chevalier L. Marcius, élu général 
par les soldats romains, non seulement les sauva d'un désastre 
complet que tout faisait craindre, mais releva leur courage par 
deux victoires qui eurent alors un prodigieux retentissement. 
La perte des Carthaginois fut, dit-on, de cinq mille hommes 



1. Tite-Livc, 1. XXIV, c. 42. 

2. Tite-Live, 1. XXIV, c. 49. 

3. Tite-Livc, 1. XXV, c. 32-36. 



48 H. d'Arbois de Jubainville. 

dont la renommée fit d'abord vingt et un mille, ensuite 
trente-sept mille 1 . Quoi qu'on puisse penser de ces chiffres con- 
servés par les plus anciens annalistes de Rome et reproduits 
par Tite-Live dans son œuvre aussi éloquente que dépourvue 
de critique, les Carthaginois ne puant tirer aucun parti de la 
défaite des Scipions. 

Les Celtibères, subjugués par les Barca, avaient pu, grâce à 
la rivalité des Carthaginois et des Romains, recouvrer leur in- 
dépendance. Entre les régions ibériennes du nord de l'Ebre 
conquises par les armées romaines et la région méridionale sur 
les bords de la Méditerranée et de l'Océan, du bas Guadal- 
quivir et du bas Guadiana, occupées depuis longtemps par des 
colonies phéniciennes, s'étendait au centre de l'Espagne, de 
l'Ebre au Guadalquivir, le vaste territoire de la Celtibérie in- 
dépendante. Toutefois les Ibères du nord-ouest, c'est-à-dire les 
Lusilani, les Callaici, les Astures, les Cantabri et d'autres peu- 
ples moins importants sujets des Celtes avant Hamilcar Barca, 
avaient profité de l'abaissement des Celtes par Carthage pour 
recouvrer leur liberté ; les Celtes ne purent les remettre sous 
le joug. Ces Ibères du nord-ouest surent même plus tard dé- 
fendre leur indépendance contre les armées romaines à une 
date où les Celtes d'Espagne avaient accepté la domination de 
Rome. Des regrets que firent éprouver aux Celtes d'Espagne la 
perte de la portion occidentale de leur territoire, aucun his- 
torien n'a parlé. Des textes nombreux attestent le succès pro- 
longé de leurs efforts pour conserver leur liberté au centre de 
l'Espagne. 

Deux ans après la défaite des deux Scipions, on vit bien à 
quel point la puissance de Carthage avait décliné. Le propré- 
teur G. Claudius Nero, envoyé de Rome pour prendre l'of- 
fensive, attaqua sans grand succès les Carthaginois, laissant 



i . Tite-Live, 1. XXV, c. 37-39. Le chiffre de 37,000 se trouvait déjà 
dans les Annales d'Acilius qui écrivait environ un demi-siècle après l'évé- 
nement, vers le milieu du deuxième siècle avant notre ère. Le chiffre de 
5,000, qui est probablement plus exact, est donné par son contemporain 
L. Calpurnius Piso Frugi, tribun du peuple en 14g, consul en 133; le 
chiffre intermédiaire nous a été conservé par Yalerius Antias, au commen- 
cement du premier siècle. 



Les Celtes en Espagne. 49 

naïvement échapper pendant des négociations illusoires avec 
Hasdrubal, frère d'Hannibal, une armée qu'il aurait pu faire 
prisonnière ; mais, fait significatif, le théâtre de ces mala- 
droites opérations militaires était la frontière méridionale de la 
Celtibérie, le pays /les Oretani, qu'une faute de copiste a, 
chez Tite-Live, transformé en Ausctani, peuple du nord de 
l'Ebre ; les deux armées étaient en présence dans la province 
de Jaën, sur les bords du Guadalquivir, entre Iliturgis, au- 
jourd'hui Andujar, en Andalousie, province de Jaën, et Men- 
tissa ou Mentes a, — soit Mentesa des Basîuli, aujourd'hui La 
Guardia, en Andalousie, province de Jaën, soit Mentesa des Ore- 
tani, aujourd'hui Villanova-de-la-Fuente, en Nouvelle Castille, 
province de Ciudad-Real *. — Tout le pays situé au nord du 
Guadalquivir avait échappé aux Carthaginois : les Celtibères 
étaient libres du joug des Carthaginois comme de celui des 
Romains. 

Bientôt le jeune P. Cornélius Scipio, mis à la tête des 
troupes romaines d'Espagne, ramena définitivement la victoire 
du côté des Romains. Comme ses oncles, au début de leurs 
campagnes en Espagne, il dut son succès au moins autant à 
la politique qu'à l'habileté de ses opérations militaires. Comme 
eux, il s'empara des otages qui garantissaient aux Cartha- 
ginois la fidélité des diverses populations de l'Espagne. En 
217, ces otages étaient gardés à Sagonte. Les deux Scipion 
les en avaient fait sortir par ruse et par la trahison d'un cer- 
tain Ovelux, gagné par eux après avoir tenu pour les Cartha- 
ginois. Quand le jeune Scipion arriva en Espagne, les otages 
étaient enfermés à Carthagène, Carthage la Neuve, fondation 
d'Hamilcar, la plus forte place des Carthaginois, leur capitale 
de l'Espagne. Le jeune Scipion vint l'assiéger, s'en empara 
par un coup de main aussi imprévu que hardi. Ce succès 
qui semblait découronner Carthage émut en Espagne tous 
les esprits ; on se demandait d'une extrémité de la péninsule à 
l'autre quel était ce génie nouveau qui venait réparer par cette 
conquête la honte de la défaite et de la mort de son père et 
de son oncle. 

1. Tite-Live, 1. XXVI, c. 17. 

Revue Celtique, XV. 4 



jo H. d'Arbois de Jubainville. 

Scipion, imitant l'habile générosité des deux généraux 
dont il renouvelait les succès sans reproduire les désastres, 
rendit aux otages la liberté. Cest ici que se place un trait dont 
ont beaucoup parlé les moralistes. Ils l'ont lait d'un ton qui a 
dû toujours exciter le sourire des hommes politiques. Parmi 
les otages était la fiancée d'Allucius, prince des Celtibères. 
Scipion rendit cette jeune fille à ses parents, et après avoir reçu 
d'eux comme présent l'or qu'ils avaient apporté pour rançon, 
il donna cet or en cadeau de noce au futur époux Allucius. 
Celui-ci alla immédiatement lever parmi ses clients quinze 
cents cavaliers avec lesquels il se joignit à l'armée romaine. 

La puissance de Carthage en Espagne avait reçu un coup 
dont elle ne put se relever 1 . Cependant les Carthaginois con- 
tinuèrent à résister. Le théâtre de la lutte était resté sur la 
frontière méridionale de la Celtibérie, alors presque tout en- 
tière acquise non à la domination, mais à l'alliance des Ro- 
mains. On se rappelle que Castulon, aujourd'hui Cazlona, 
était la patrie de la femme d'Hannibal. Castulon s'était ralliée 
aux Romains au temps où la fortune était du côté du père et 
de l'oncle du jeune Scipion. Cette ville était retournée aux 
Carthaginois depuis la défaite des deux généraux romains; 
elle semblait être la place dont le sort devait fixer définiti- 
vement la destinée de l'Espagne. Près de Castulon, qui appar- 
tenait aux Oretani, se trouvait Baecula, ville ibérique qu'il ne 
faut pas confondre avec une autre Baecula située beaucoup 
plus au nord près des Pyrénées, dans les environs de la ville 
moderne de Gerona 2 . Chacune, sous la domination romaine, 
s'appela Baeculo, Baecuîonis; de là, pour la Baecula du sud, 
située sur la limite des Oretani celtibères et de leurs voisins 
ibères, les Turdetani, le nom de Baylen célèbre dans l'histoire 
de France au xix e siècle : à Baylen, l'antique Baeculo ou 
Baecula, le général Dupont signa le 20 juin 1808 la capitu- 
lation célèbre qui, alors, décida de l'avenir de l'Espagne et 
prépara l'expulsion définitive des Français. Vingt siècles plus 



1. Titc-Live, 1. XXVI. c. 41-51; ce récit est fort abrégé chez Polybe, 
1. X. c. 19. Ed. Didot, t. I, p. 456. 

2. Pline, 1. III, § 2;. 



Les Celtes en Espagne. $ 1 

tôt, se livrèrent à Baecula deux batailles qui consommèrent la 
chute de la puissance carthaginoise en Espagne : la première 
date de l'an 209 av. J.-C. Hasdrubal, frère du célèbre Han- 
nibal, était campé, nous apprend Polybe, dans le territoire de 
Castulon, près de Baecula, non loin de ces fameuses mines 
d'argent qui étaient alors considérées comme les principales 
richesses des maîtres de l'Espagne 1 . Scipion, en personne, vint 
l'attaquer, lui tua huit mille hommes et le mit en fuite 2 . Le 
général carthaginois abandonna l'Espagne aux Romains et em- 
mena avec lui, entre autres troupes, un corps de Geltibères3, 
gagna l'Italie où il trouva la mort en allant porter secours à 
son frère au moment où celui-ci s'attendait à la joie de le re- 
voir. La tête sanglante et livide d'Hasdrubal décapité fut jetée 
par un soldat romain dans le camp des Carthaginois. 

La seconde bataille de Baecula fut livrée en 206, trois ans 
après la première. Les Carthaginois, malgré leurs nombreux 
insuccès, s'obstinaient à la résistance. Maîtres encore de la 
pointe méridionale de l'Espagne qui, entre la Méditerranée et 
l'Océan, formait à la vieille colonie phénicienne de Cadix unç 
sorte de vaste banlieue, ils continuaient la lutte sur la frontière 
méridionale de la Celtibérie, trouvant toujours avec leur or 
des armées mercenaires de soldats celtibériens à opposer aux 
armées et au génie militaire des Romains. Après une bataille 
livrée dans une localité dont les historiens n'ont pas pris la peine 
de nous donner le nom et dans laquelle en 207 Junius Silanus, 
lieutenant de Scipion, battit à la fois les Carthaginois et les Cel- 
tibères, leurs alliés, au nombre de neuf milieu Scipion en per- 
sonne livra bataille aux Carthaginois pour la seconde fois sous 
les murs de Baecula. Hasdrubal, fils de Gisgon, Hasdrubal, vain- 
queur de Cnaeus Scipion en 212, le plus grand homme de guerre 
qu'eussent alors les Carthaginois après Hannibal, commandait 
les troupes opposées à Scipion. Il fut battu, s'enfuit à Cadix5. 



1. Polybe, I. X, c. 38, §7. Ed. Didot, t. I, p. 469. 

2. Polybe, 1. X, c. 59, p. 469, 470. Tite-Live, 1. XXVII, c. 18. 
3 . Appien, De rébus his'paniaisibus, c. 28. 

4. Pline, 1. XXVIII, c. 1-2. 

5. Tite-Live, 1. XXVIII, c. 13, 14. Polybe, 1. XI, c. 20-24. Ed. Didot, 
t. I, p. 49°-493- 



5 2 H.d'Arbois de Jubainville. 

La défaite d'Hasdrubal à Baecula, 206, décida du sort de 
l'Espagne : la péninsule appartenait aux Romains, et la résis- 
tance désespérée qui s'y prolongea pendant deux siècles fut 
acte de héros, mais il était décidé d'avance que ces héros 
étaient vaincus. 

Les Celtes et les Ibères étaient, les uns comme les autres, des- 
tinés à la servitude. On en vit le présage cette année même, à 
Iliturgis, chez les Turduli 1 , et à Castulon chez les Oretani. 
C'étaient deux villes voisines. Iliturgis, aujourd'hui Espeluy, 
sur la rive gauche du Guadalquivir, est comme Cazlona, Tan- 
tique Castulon, dans la province de Jaen. Baecula (Baylen), ce 
fameux champ de bataille, est sur le chemin qui mène de l'une 
à l'autre. Les Romains entreprirent en même temps le siège 
des deux villes. Les habitants à? Iliturgis avaient massacré, 
après la défaite des deux Scipion en 212, ceux des Romains 
vaincus qui s'étaient réfugiés dans leurs murs. Scipion, qui 
voulait venger la mort de ses malheureux compatriotes, se 
rendit en personne sous les murs à'Iliturgis. Les habitants, sa- 
chant bien le sort qui les attendait, étaient tous sur les remparts 
sans distinction d'âge ni de sexe, les hommes lançant les pro- 
jectiles, exhaussant les fortifications, les femmes, les enfants 
apportant des javelots et des pierres à leurs maris, à leurs 
pères. Scipion ordonna l'assaut ; il fit apporter des échelles. 
En voyant ses troupes hésiter, il cria à haute voix, par forme 
de défi, qu'à défaut d'un plus brave, il allait monter le pre- 
mier. Les soldats romains s'élancèrent en avant avec une ar- 
deur irrésistible; les habitants ftlliturgis, armés ou non armés, 
hommes, femmes, enfants, furent massacrés jusqu'au dernier; 
puis le feu fut mis à la ville et quand l'incendie s'éteignit, le 
marteau détruisit ce que les flammes avaient épargné. Rien 
ne resta de la ville où des murailles encore debout auraient été 
en quelque sorte un monument du désastre des Romains et de 
la mort funeste des deux Scipion 2 . 

Puis le vainqueur marcha sur Castulon dont les murailles 
abritaient une partie des Carthaginois vaincus à Baecula. Ils 



1 . Ptolémée, 1. II, c. 4, § 9, p. 115, 1. u. 

2. Tite-Live, 1. XXVIII, c. 19 et 20. 



Les Celtes en Espagne. 55 

étaient là sans leur général, réfugié à Cadix, et prêt à prendre 
la mer pour gagner Carthage. Un chef obscur, nommé Hi- 
milcon, les commandait. Craignant d'être traités comme les 
habitants à'IIiturgis, les Celtibères de Castulon n'osèrent asso- 
cier leur sort à celui de cette garnison étrangère. Cerdubelus, 
leur chef, traita avec les Romains. Scipion fit les Carthaginois 
prisonniers et laissa aux habitants de Castulon la vie et la 
, liberté J . 

Peu après, Scipion se rendit à Carthagène où il fit célébrer 
des jeux en l'honneur de son père et de son oncle morts tous 
deux six ans auparavant. Leur désastre se changeait en triomphe. 
Des combats de gladiateurs devaient être le principal ornement 
de la fête, et ces mêmes Celtibères qui, après la défaite des 
généraux romains, étaient passés du côté des Carthaginois vic- 
torieux, vinrent s'offrir eux-mêmes à Scipion pour jouer le 
rôle de gladiateurs et pour s'entr'égorger en l'honneur de son 
père et de son oncle. Une maladie qui survint au général ro- 
main peu de temps après fut le signal d'une révolte à laquelle 
prirent part les Celtibères 2 , mais elle fut rapidement réprimée. 
L'année même les Carthaginois quittèrent l'Espagne, et Cadix 
elle-même, après avoir fermé ses portes à Magon, le dernier 
général des Carthaginois en Espagne, les ouvrit aux Romains 3. 

Les Celtibères n'avaient pas tous, comme les gladiateurs vo- 
lontaires de Carthagène, l'adoration du succès : on en avait vu 
la preuve dans un des engagements qui précédèrent la bataille 
de Baecida ; les troupes romaines étaient commandées par ce 
même Marcius qui, choisi comme chef provisoire par les sol- 
dats après la mort des deux Scipion, avait battu les Cartha- 
ginois vainqueurs. Il avait en face de lui un corps de Celti- 
bères et d'Ibères commandés par le Carthaginois Magon. Tous 
étaient originaires de villes qui avaient fait leur soumission 
aux Romains, ils restaient fidèles aux Carthaginois. Marcius 
leur tua quinze cents hommes. 

Une autre fois, il rencontra un autre corps de troupe sem- 



1. Tite-Live, 1. XXVIII, c. 20. 

2. Tite-Live, 1. XXVIII, c. 24. 

3. Tite-Live, 1. XXVIII, c. 37. 



54 W. d'Arbois de Jubainville. 

blablc commandé par le Carthaginois Hannon : sept cents 
cavaliers et six mille fantassins. Marcius parvint à les 
bloquer et les contraignit par la famine à lui livrer les dé- 
serteurs, leur général et les prisonniers qu'ils avaient faits ; 
puis, prenant un ton menaçant : Vous avez mérité la mort, 
leur dit-il, vous qui vous êtes associés à nos ennemis et qui 
portez les armes contre vos patries, sujettes des Romains ; tou- 
tefois je vous fais grâce, déposez les armes et partez. Mais les 
Celtibères n'hésitèrent point, ce fut chez eux un cri unanime : 
ils refusèrent de rendre leurs armes et une bataille terrible 
commença. La moitié des Celtibères resta sur le champ de 
bataille, la moitié réussit à échapper par la fuite, mais le 
nombre des Romains tués était presque égal à celui des enne- 
mis qui avaient succombé 1 . 

Chez les Celtibères comme chez les autres populations de 
l'Espagne, beaucoup de cœurs généreux avaient accepté l'al- 
liance de Rome, mais ne pouvaient admettre que cette alliance 
se transformât pour eux en servitude et leur donnât des 
maîtres. L'Espagne évacuée par Carthage en 206 n'avait pas 
accepté le joug de Rome. En 202, l'armée carthaginoise oppo- 
sée à Scipion en Afrique comprenait un corps de 4,000 Celti- 
bères, des traîtres, disaient les Romains : ■ — ■ non, des hommes 
libres et braves; — ils se firent tuer jusqu'au dernier 2 . 

§ 17. Les Celtibères après la seconde guerre panique. 

Les guerres des Romains contre les Celtibères après la se- 
conde guerre punique peuvent se distinguer en trois périodes : 
la première, de 195 à 178, prend fin par un traité d'alliance 
qui accorde aux Celtibères une indépendance à peu près com- 
plète. La seconde, 153-133, succède à vingt-cinq ans de paix: 
elle a pour objet la conquête, et ce but est atteint au bout de 
vingt ans cnviroii, douze ans avant le premier établissement 
des Romains dans la Gaule transalpine. La troisième période 
commence après la conquête, 133, elle se termine vers l'an 80 



1. Appien, De rébus hispaniensibus, c. 31, p. .15, 46. 

2. Polybe, 1. XIV, c. 7, § 5, 7 ; c. 8, S 7'H- 



Les Celtes en Espagne. 5 $ 

de notre ère; elle comprend des alternatives de soumission et 
de révoltes cruellement réprimées. 

Avant l'année 153, la politique romaine en Espagne ne 
paraît pas avoir pour objectif la conquête de la Celtibérie. Les 
Romains sont maîtres des côtes de l'Espagne à l'est et au sud, 
sur la Méditerranée et sur l'Océan depuis les Pyrénées jusques 
et y compris Cadix, et même probablement au delà. Car, dès 
l'année 153, les Celtici du sud étaient leurs sujets. A cette 
bande de terre où leur domination est incontestée, ils veulent 
joindre deux régions, l'une est située au nord de la Celtibérie, 
entre l'Ebre et les Pyrénées, elle appartient à l'Espagne cité- 
rieure, c'est-à-dire en deçà de l'Ebre * ; l'autre comprise dans 
l'Espagne ultérieure (c'est-à-dire au delà de l'Ebre), est au sud- 
ouest de la Celtibérie, sur les bords du Guadalquivir, du Gua- 
diana et du Tage ; là habitent diverses populations ibériques ; 
les principales sont les Turduli, les Turdetani, les Lusitani, 
les Vettones, les Carpetani. Chez les Turduli est située Corduba, 
Cordoue 2 . Sur le Guadalquivir les Turdetani ont pour ville 
principale Hispalis, Séville 3 sur le même fleuve, et s'étendent 
jusqu'à l'embouchure du Tage; les Lusitani sur l'Océan oc- 
cupent les côtes dans la région entre le Tage et le Douro, qui 
est aujourd'hui le centre du Portugal, et s'avancent dans l'in- 
térieur des terres, Merida, dans l'Estremadure espagnole, sur le 
Guadiana, était dans leur territoire 4; les Vettones habitent à 
l'est des Lusitani; à l'est des Vettones on trouve les Carpetani, 
chez lesquels était Toletum, Tolède 5. Madrid, capitale moderne 
de l'Espagne, a été bâtie sur le territoire des Carpetani. Telle 
était au sud et au sud-ouest de la Celtibérie la portion de la 
péninsule ibérique dont la conquête fut le but des généraux 
romains pendant le demi-siècle qui suivit la seconde guerre 
punique, 202-152. Quant à la région du nord-ouest, au nord 
du Ducro, elle resta longtemps étrangère à leurs préoccu- 



1 . Les populations ibériques du nord de l'Ebre avaient déjà accepté l'al- 
liance romaine en 218; Polybe, 1. III, c. 76, 5 6. Ed. Didot, t. I, p. 172. 

2. Ptolémée, 1. II, c. 4, § 9, p. 117, 1. 1. 

3. Ptolémée, 1. II, c. 4, § 10, p. 122, 1. 2. 

4. Ptolémée, 1. II. c. 5, 6, p. 136, 1. 2. 

5 . Ptolémée, 1. II, c. 6, § 56, p. 175, 1. 7. 



$6 H. d'Arbois de Jubainville. 

parions. Là, outre une portion des Ccltici, habitaient les CaJ- 
laici, aux environs de Braga en Portugal, province dite Entre 
Douro e Minho, et autour de Saint-Jacques-de-Compostelle, 
en Espagne, dans la région encore appelée Galice r . A l'est des 
Callaici les Astures 2 habitaient sur les bords de leur homo- 
nyme YAstura, aujourd'hui l'Esle, qui est un affluent du 
Duero, et qui baigne la ville de Léon. Oviedo, l'antique 
Ovetum, était située chez les Astures. De leur nom dérive 
celui à'Àsturica, maintenant Astorga, royaume et province de 
Lton, et celui d'Asturie qui est encore un terme géogra- 
phique. A l'est des Astures venaient les Cantabri, dans la 
Vieille Castille, province de Santander et dans la partie orien- 
tale des Asturies, c'est-à-dire de la province d'Oviedo'. 

Ces peuples du nord-ouest restèrent pendant longtemps en 
dehors de la sphère d'action des armées et de la politique ro- 
maine. Le premier général romain qui pénétra chez les Cal- 
laïci fut le consul Decimus Junius Brutus pendant son gou- 
vernement de l'Espagne, 138-136 ; il passa pour les avoir sub- 
jugués *. Quant aux Cantabri et aux Astures l'honneur de les 
dompter était réservé à l'empereur Auguste, cent dix ans plus 
tard. 

Dans la première période qui suit la seconde guerre punique, 
202-152, les Romains ne combattent les Celtibères que pour 
repousser les secours donnés par ces derniers aux peuples 
ibères dont Rome a décidé la conquête, et, chose curieuse, 
quand en 153 le sénat de Rome décide que la Celtibérie sera 
réunie à l'état romain, ne voulant pas imposer à ses armées 
une tâche trop forte, il n'entend pas comprendre le territoire 
des Vaccaei dans le territoire dont il veut s'emparer; de là, 
plus tard, la doctrine géographique qui met les Vaccaei, quoique 
Celtibères, en dehors de la Celtibérie. 

Voici quelques détails sur les guerres qui eurent lieu dans 
la première période : 

La première période s'ouvrit par une bataille où les Celti- 

1. Ptolemée, 1. II, c. 6, § I, 22, 38, p. 143. 144, 136, 137, 162, 163. 

2. Ptolemée, 1. II, c. 6, § 28, 33, p. 1 59-161. 

3. Ptolemée, 1. II, c. 6, § 6, 50, p. 147, 168, 169. 

4. Appieu, De rébus hispaniensïbus, c. 71-72, p. 61-62. 



Les Celtes en Espagne. j7 

bères auraient eu vingt mille hommes engagés. Le préteur 
M. Helvius sortait de l'Espagne méridionale et voulait se 
rendre dans le nord de la péninsule; il rencontra les Celtibères 
près â'Iliturgis, chez les Turduli, et leur tua, dit-on, douze 
mille hommes 1 , 195 av. J.-C. La même année, le préteur 
P. Manlius, en guerre avec les Turduli, peuple ibère de l'Es- 
pagne méridionale, se trouva un jour en face d'un corps de 
dix mille Celtibères, soldats mercenaires à la solde des belli- 
gérants, il leur rit offrir le choix entre trois partis : i° passer 
dans les rangs de l'armée romaine avec une solde double de 
celle que leur payaient les Turduli ; 2° rentrer chez eux avec 
assurance de n'être pas inquiétés par les Romains ; 3 faire la 
guerre aux Romains, et en ce cas convenir du jour et de l'en- 
droit où la bataille serait livrée. Les Celtibères ne purent 
prendre un parti ; le préteur supposa qu'ils voulaient la paix 
et ne les attaqua point 2 . 

Les Romains prirent l'offensive deux ans plus tard. L'un des 
deux préteurs qui commandaient en Espagne assiégea et prit 
la ville d'Ilucie, chez les Oretani ; l'autre gagna la bataille de 
Tolède sur une armée composée de Vetlones, peuple ibère, 
de Celtibères proprement dits ou orientaux, et de Vaccaei, 
c'est-à-dire de Celtibères occidentaux, 193 5 . Tolède était sur 
le territoire des Carpetani, peuple ibère 4. 

Sept ans plus tard, en 186, le préteur L. Manlius Acidinus 
remporta deux victoires sur les Celtibères : on ne sait où fut 
livrée la première de ces batailles ; la seconde eut lieu près de 
Calagurisï, dans le nord de l'Espagne, soit Calahorra, sur la 
rive droite de l'Ebre, en Vieille Castille, province de Logrono, 
soit Loarre en Aragon, province de Huesca, un peu au nord de 
cette ville 6 , 203. L'année suivante, 185, les deux préteurs, 
C. Calpurnius Piso et L. Quintius Crispinus, ayant réuni leurs 
troupes, tuèrent, dit-on, près de Tolède, trente et un mille 



1 . Tite-Live, 1. XXXI, c. 10. 

2. Tite-Live, 1. XXXIV, c. 17-19. 

3. Tite-Live, 1. XXXV. c. 7. 

4. Ptolémee, 1. II, c. 6, § 56, p. 175. 1. 6. 

5. Tite-Live, I. XXXIX, §22. 

6. Ptolémee, 1. II, c. 6, 5 66, p. 190, 1. 5. 



5 8 H. d'Arbois de Jubainville. 

hommes sur trente-cinq mille dont se composait une armée de 
Celtibères et de Lusitani, alors alliés contre Rome. Ils obtin- 
rent tous deux, en 184, les honneurs du triomphe; dans le 
butin produit par leur victoire et porté solennellement dans la 
pompe triomphale, on remarqua cent soixante-six couronnes 
d'or et vingt-quatre mille livres d'argent r . 

En 182, les Celtibères voulurent forcer le préteur Q. Ful- 
vius Flaccus à lever le siège à'Urbicua dont la situation est in- 
connue. Ils furent repoussés, mais après avoir blessé et tué 
beaucoup de soldats romains 2 . 

En 181, le préteur Q. Fulvius Flaccus était campé chez les 
Carpetani, sous les murs à'Aebura, près de Tolède. Aebura 
était déjà soumise aux Romains. Les Celtibères, au nombre de 
trente-cinq mille, vinrent attaquer Flaccus. Le général romain 
avait deux légions, soit environ vingt mille hommes, à leur 
opposer, en comptant les troupes auxiliaires ; il battit l'en- 
nemi, il lui tua, dit-on, vingt-trois mille hommes et lui rit 
quatre mille sept cents prisonniers; il ne perdit lui-même, 
prétend Tite-Live, que trois mille quatre cents hommes en- 
viron, presque tous des auxiliaires, les soldats romains morts 
ne dépassèrent pas deux cent trente?. Puis Flaccus entra en 
Celtibérie et vint assiéger Contraria, qu'il contraignit à capi- 
tuler, et une nouvelle armée celtibérienne étant venue un peu 
trop tard au secours de cette place, il lui tua douze mille 
hommes. Après ce succès il put sans obstacle ravager la Celti- 
bérie et y prendre un grand nombre de forteresses secondaires, 
181. En général il évita, probablement crainte d'insuccès, le 
siège des villes. Il ne fit exception que pour Complega, ville 
nouvelle, qui s'était rapidement accrue et qui était fortifiée. 
Cette ville avait servi de refuge à beaucoup de Celtibères qui, 
habitant la campagne, fuyaient devant les Romains. Fiers de 
leur nombre, ils sortirent en armes, et envoyèrent à Flaccus 
des députés qui le sommèrent de donner une réparation pour 
la mort des guerriers celtibères qui avaient succombé depuis le 



1 . Tite-Live, 1. XXXIX, c. 30, 31, 42. 

2. Tite-Live, 1. XL, c. 16. 

3. Tite-Live, 1. XL, c. 30-33. 



Les Celtes en Espagne. ^ 

commencement de la guerre; ils demandaient par homme tué 
un sagum, un cheval et une épée : « Je vous amènerai beau- 
coup de sagum », répondit Flaccus ; les soldats romains por- 
taient le sagum, et Flaccus vint avec son armée camper sous 
les murs de Complega. Les habitants effrayés s'enfuirent 1 . 

TiberiusSemproniusGracchus, successeur de Flaccus en 179, 
fit lever le siège mis par les Celtibères devant Car avis, aujour- 
d'hui Magallon, rive droite de l'Ebre, en Aragon, province 
et au nord-ouest de Saragosse 2 . Caravis était une ville alliée 
des Romains ; ensuite Gracchus, comme son prédécesseur, prit 
la ville de Complega 3. Suivant Polybe, qui était contem- 
porain, Gracchus se serait emparé en Celtibérie de trois cents 
villes. Poseidonios, près d'un siècle après l'événement, pré- 
tendit que, lorsque Polybe avait écrit ce chiffre de trois cents, 
il avait pris des tours pour des villes, comme on fait souvent, 
ajouta-t-il, dans la pompe triomphale 4. Tib. Sempronius 
Gracchus termina la guerre de Celtibérie en 178 par un traité 
qui fusait des Celtibères les alliés du peuple romain, à la 
charge de payer un impôt, dont nous ignorons le montant, et 
de fournir aux Romains une certaine quantité de troupes auxi- 
liaires, enfin à condition de ne pas bâtir de nouvelles villes 
fortes 5. Un règlement fait en 195 par le consul Porcius Cato 
avait, dit-on, prescrit la démolition des remparts des villes 
d'Espagne 6 , mais ce règlement n'avait reçu qu'une exécution 
fort incomplète ou plus exactement ne concernait que la portion 
de l'Espagne située au nord de l'Ebre/, au sud duquel était 
située la Celtibérie. Peu après la fin du gouvernement de 
Gracchus, les Celtibères obtinrent la décharge de l'impôt et du 

1 . Appien, De rébus hispanicnsibus, c. 42, p. 50. • 

2. Itinéraire d'Antonin, p. 448, 1. 1. 

3 . Appien, De rébus bispaniensibus, c. 43, p. 50. 

4. Strabon, 1. III, c. 4, § 1 3, p. 135, 1. 19-23. 

5. Appien, De rébus bispaniensibus, c. 44, p. 50-51. 

6« Appien, ibid., c. 41, p. 40: cf. Polybe, 1. XIX, f. 1, p. 631 (Extrait 
de Plutarque « Caton l'Ancien »). 

7. Zonaras, IX, 17, dit que l'ordre de démolir les remparts des villes 
concernait xoùç fie'xp' tou v I67)poç xatoixouvtaç, qui exécutèrent cet ordre. Il 
nons montre ensuite Caton passant l'Ebre pour attaquer les Celtibères. Il 
résume plus exactement Polybe que ne l'a fait Plutarque dans son « Caton 
l'Ancien », où il a écrit Bétis au lieu d'Ebre. 



60 H. d'Arbois de Juboinville. 

service militaire I ; cela rendait leur situation trop bonne pour 
pouvoir durer longtemps. Ils s'en aperçurent en 153, quand 
après vingt-cinq ans de paix la guerre recommença, terrible: 
Polybe l'appelle guerre de feu 2 . 

Le nom de Sempronius dut à Tib. Gracchus une grande 
popularité en Espagne. Ce gentilice fut adopté souvent par les 
habitants de ce pays qui devinrent citoyens romains; les 
inscriptions du temps de l'empire mentionnent en Espagne 
quatre-vingt-dix Sempronius et trente-trois Sempronia, et ce- 
pendant quand l'empire romain commença, bien d'autres noms 
illustres étaient venus en Espagne éclipser le sien, comme le 
gentilice des Scipions, Cornélius, ou celui de César conservé 
par le premier empereur romain, Julius. La mémoire du sur- 
nom de Sempronius Gracchus fut conservée par une ville des 
Vascones, Ilurcis, qui depuis l'année 178 s'appela Gracchuris. 
Elle était située sur la frontière des Celtibères ; c'est aujour- 
d'hui Alfaro, province de Logrono, sur l'Alhama, affluent de 
droite de l'Ebre>. On la considérait comme un monument de 
la soumission des Celtibères-*. Mais cette soumission n'était 
pas la servitude, et vingt-six ans plus tard, les députés des Are- 
vaci, admis à soumettre leurs demandes au Sénat romain, 
disaient que leur désir était qu'on exécutât le traité conclu avec 
Tib. Sempronius Gracchus >. 

La guerre celtibérienne qui suivit ces négociations eut pour 
cause la construction des remparts de la ville celtibérienne de 
Segeda. Cette opération était conforme au traité suivant les 
Celtibères, contraire au traité suivant les Romains. 

La gravité de cette guerre parut dès le début tellement 
grande aux Romains qu'ils résolurent d'en charger un consul, 
au lieu d'un préteur, et afin que ce consul pût se mettre en 
route plus tôt, ils avancèrent de deux mois et demi son entrée 
en charge. Jusque-là, c'était le 15 mars que les nouveaux 
consuls remplaçaient les anciens; en 153, la mutation eut lieu 



1. Appien, ibid., c. 41, p. 40. 

2. Polybe, 1. XXXV, c. 1, § 1, 6; 2 e édition Didot, t. II, p. 121. 

3. Ptolémée, 1. II. c. 6, § 65, p. 190, 1. 4. Festus au mot Gracchuris. 

4. Tite-Live, Epi tome du livre XLI. 

5. Polybe, 1. XXXV, c 2, § 15. Edit. Didot. t. II, p. 122. 



Les Celtes en Espagne. 6 1 

le I er janvier, et désormais le I er janvier fut le jour où les 
consuls prirent possession de leurs fonctions, le I er janvier 
devint le commencement de l'année. Ainsi la terreur inspirée 
aux Romains par les Celtes d'Espagne est la cause de l'usage 
universel qui nous fait encore aujourd'hui commencer l'année 
le I er janvier 1 . 

Nous ne raconterons pas la guerre celtibérienne qui est bien 
connue. Elle commença en 153 par la défaite du consul 
Q. Fulvius Nobilior le 23 août, qui depuis, pour les Romains, 
fut un jour de mauvais augure, comme le 18 juillet, jour où 
la bataille de l'Allia, 237 ans plus tôt, avait ouvert aux Gau- 
lois les portes de Rome. Elle fut interrompue par une trêve 
de sept ans en 151 et reprit en, 144 pour ne se terminer 
qu'en 133 par la prise de Numance et le triomphe définitif des 
Romains. 

H. d'Arbois de Jubaixville. 

Jubainville (Vosges), octobre 1890. 



Mommsen, Roemische GeschichU, 6 e édition, t. II, p. 5. 



THE FRAGMENT OF THE 

TAIN BÔ CUAILNGE 

IN MS. EGERTON 93 (ff. 26a I-Jjb 2). 
(Suite !). 



63 6 3 . Andsiw congztt Lo'mg ipubull Aill(illa) 7 Mh(cdb)a. 
Cidh am arumtugadhsa chugaibhsi eter aile bhar Lorag. do- 
cho///lo;/d 7 dochomrag re Comc(ulainn) bhar M(edb) 7 da- 
dhingbail din« arath rehuair namaidni muichi amarach. 

64 6 4. Desidar awd inaidhchisiw 7 doghabasdairsiuw dolaim 
iwcomlowdsiw 7 incowrag dhodhenamh 7 doeirigh Loiwg go- 
moch arnamharach 7 tainig rewi gohath i«chomlamd 7 i;/- 
chowraig 7 oraiwig geoghai» C(u)ch(ulainn) é 7 

65. 7 bafiadhnaisi do M(edb) innism. 



6). Garmadh Long abpuball Mhcidhbhe. et geallas Meaàhbha 
mor chumha dhô À. timtheacht dha fhear deag deidiugha gâcha 
datha. et carp(a)t thri shecht ccomh(a)l. Et Fionnabhair do 
mhnaoi. Et cuirm a cCruachain do gbnath. 

64. Tainic Long accomhair Chuchulainn. Et marbhas Cuchu- 
lainn Long. 



i . Voir Bévue Celtique, t. XIV, p. 254. 

63. (LU. 74 b, 13-15). 

64. (LU. 74b, 15-16). 



Tdin bô Cuailnge. 63 

66 66 . Andsiw dosrengtharraiwgtha Loiwg godorus publa 
abrathar. 

6y 6 7. Andsi» doeirigh Loch môr m(a)c Nafebis amach 7 
dothogaibh aghuth nard naibheoil niwsgailti bharaird 7 dorai- 
dliEsdar dhamadh ulchach dhoghowadhso dogowfaidher e ider 
7 dodighélta air 7 bafiadhnaisi do M(edb) doraidhsiuw siw. 

68. Anwsiw faidhis M(edb) caega nodhacaegaid doningliEn- 
raidh doiwnsaighidh C/w/zc(hulainn) 7 daradh ris ddmadh ailigh 
les comlowd no cowrag dhodhenuw ré dEghléchaibh nô re dEgh- 
ôgaibh fer nEr(enn) bhoghni ulcha smerthaiw fair bhathaidh- 
bhsi ulcha draiàhechta 7 tigeadh do thaiseal-j f. 28b2|-bhadh 
achrotha 7 adhealbha dhonaslûaghaibh amawngleawd. 

69 6 9. Andsiw tawgadar iwingliEnradh rowpo gohairm imbai 
C(u)ch(ulainn) 7 doghabhadar agarâdh siw ris. Madhdil leawsa 
siw bhar C(u)ch(ulainn) dagentar leum e. 

70/ . Andsin bhoghni C(u)ch(ulainn) ulcha smerthaiw iair 
am(ail) taidhbhsi ulcha draidhechta 7 tainig do thaisealbhadh 
achrotha dhonaslûaghaibh imawgleawd. ■ 

7 1? 1 . Is ulchach iwfer ud amh adchiusa thall f(or) M(edb) 7 is 
cubhaidh dhoniadh co/wrag fns7 agresacht Loich roraidh si siw. 



68. Is ann sin a dubhairt Meadhbha le banchaire da bannail 
toigheacht dagallamh Chuchullainn. da radh leis ulcha smeartha 

o o 

./. feasog bhreige do ghabhail fair. 

6y. Tangadar an bhantracht dfios Chuchulainn. go ndubhradar 
leis ulcha smeartha do ghabhail fair uair ni fiu le degh laoch is an 
dunagh toigheacht do chamhracc leat air siad. Et tu g(an) ulcha • 
gan fheasoig. 

70. Is ann sin do chuir Cuchulainn ulcha smeartha fair. Et 
tainic air an tulaidh os ceann fhear nEireann. et taisbeanas an 
ulcha dhaibh go choitchcann. 

ji. LU. 74b 40-42 : Fir orinbantrocht is ulcach Cûchul(ainn) 



66. (LU. 74 b, 15-16. 

67. LU. 74 b, 16-18. 

69. LU. 74b, 35-38. 

70. LU. 74 b, 38-40. 



G\ Netilau. 

72" 2 . Ni dhiwgensa comrag gocEnd sEcht laithi on diu (ris 
f(or) Loch. Ni cubhaidh dhuinni gewfhobairt infir ûd fnsi//- 
résiw ar M(edb) 7 tabhratw fiawlaéch gach naidhchi dosheilg 
fair tus iwtairrimis abhaéghul. 

Dognith iaramh samhlaidh. DothéghEdh fianlséch gach 
naidhchi doshelg fairseon 7 noghonadsow uili iad. Àtiat sco 
.c. anawmanw nafer rogho/zadh a»d .i. ilii. ConalW .un. nAezz- 
ghusi .un. nUàrgh«Jâ .uii. Cebhri. ocht Feich .x. nAilealla 
.x. nDElbhaith .x. Tasaigh. Itiadsiwgniwïa nasEchtmhainisiw 
dosozz iwath Ghrmcha. 

7375. Coniacht M(edb) comaiûl tus cidh doghenadh iW- 
Coi«c(ulainn) arbàhaingcis mhôrlé anrobhîth les diâslôghaibh. 
Isi cozzzairli araiwig acu ses fégh f(or)ûallach dochor anaewfEcht 
dia haighthm intan ticfadh iwairis dâla | f. 29a 1 | diahagall- 
aimsi. Arbai aireas dâla dhisi arnamhârach fWCoi/zculfainn) 
dodhénaz/zZ? shidha celgi (ris diaûiairachtain. Faédhidhsi techta, 
uaithi diahaighidh arawtisadh nacoizzni 7 gomadh amhlaidh 
thisadh se anarmdha fodhaigh niraghadhsisi acht si conabann- 
trocht diaagallaizzzsinzz. Luidhidh intechtain À. Tnzighthczz 
m(a)cTraighlEthai?z gohairm imbai C(u)ch(ulainn) 7 aidhfed 
dô aithesg Mh(edb)a. baighis C(u)ch(ulainn) condighseadh 
amhlaidh. Çeadho» cinwas is ail duidsiu dola indail M(edb)a 
i/zzârach aChùchul(ainn) arLségh. am(ail) coniacht M(edb) 
da(no) ar C(u)ch(ulainn). Ad mora glonwa M(edb)a ariwtara 
7 adaghur lâmh ar cûl aicci. Cinzzas asdenta dhunzz amhlaidh 
arse. DochlaidliEmh fôdchoizzz. ari/ztara arnâchadfaghaithEr izzz- 
baêghul arnidhligh lséch aeweaclarm diambé inegmais airm conidh 
cain mhidhlaigh nosdligh fowsamhail si». Dentar amlaidh ar 
C(u)ch(ulainn). 



is cubaid doniaid comme jriss. Ocgressacbt Loich on dorigensat 
s(o)m anisin. 

Eg. 209 : do chonairc Loich m(or) mhac Mo Feibheis sin. 
Ulcha shud air\f. 26 b\Cbucbulaim\ air se. is eadh airMeadhbha. 



72. LU. 74 b 43-7S a 9. 

73 . LU. 7$ a 10-76 a 15. 



Tain bô Cuailnge. 6$ 

I sand {arum bai iwchowdhail iward aighnEch fWsiraiter Fo- 
chaird mdiu. 

Tig iaru/;/ M(edb) isi/zdail 7 inlis cethri firu deg diasEn- 
mhui/mr fesindoneoch asdEch Engnomhabaidhibh f(or)achi;zd. 
Atiadso awawmanwa ,i. da Las Si/ma dham(a)c Bhuicn'dhi dà- 
Ardai// dam(a)c Lice da Las Oghma dha m(a)c Cruiwd Drucht 
7 Dealt 7 Dathew Téa 7 Tasgwr Tûalawg 7 Taur 7 Glése. 

Tig iar(u)/;z C(u)ch(ulainn) iwdail M(edb)a. Adrachtadar 
iwfhir dô 7 srethaid cethra ghô dheg iwaenfhEcht fair. Nosdi- 
din C(u)ch(ulainn) iar(u)w cowariacht tond no faesgamh fair. 
imsai fui- | f. 29 a 2 | -thibh \zr(u)m 7 marbhais iad acethri 
firu deg fonidh iadse/z cethri fit deg Fhoicherda 7 isiad fir 
Chrônigi arisin Chroinig igFocherd rosbitha coniàh de asben 
C(u)ch(ulainn) : 

Fô mocherd Ixchâhachta. b(en)ai»z bembEnd aghmhara f(or) 
sluagh siabhra sorchaidhe mtaighim dgh iri ilshlûaghaibh \m- 
dhith eri'Edh awghlondach sgéo Mheadhbha 7 Aill(ella) altai 
droch ruini derchoibhlidh gosa dobhrain bha/zmhasa cEngaid 
celga uârghosa fh'bâgh errEdh awghlonwach awgebh dâghruw 
deghmEsa ogfir dhiawtig dagharliudh imawglonwa fô. fô. ma. 
cherd. 1. 

Conadh des'm da(no) dhodlil anaimn as Fhocherd dcwinudh 
si« .i. focherd .i. io maith 7 cerd ai/mi dhonghaisgEdh. Maith 
mcherd ghaisgidh dcwnEcmhaiwg dho Coinchul(ainn) anwsin. 

7474. Tainig dha(no) Cûchul(ainn) iarsiw 7 ddsnEdarraidh 
arnaslûaghaibh aggabhail dunaidh 7 bitha dhaDhaighri 7 da 
Ànli 7 cethri Duwghais imligh-. 

7 5 75. Gabhais M(edb) anwsiw f(or)g;rsadh Loich gomôr 7 
is(edh) roraidh. Môr iwcuidmhEdh 7 ingen duid arsi infEr ro- 
mharbh dhodliErbhrathairdhobheith agdithughudh arsloigh id- 
fhiadhnaisi gEntEcht dochowrasr f;7s aris dearbh li/zd nidhemha 



j) b. Eg. 20 <) : geai las Meadhbha na m (or) chumha ceadhna do 
Loich air ccosg Chuchulainn dhiobb. 

74. LU. j6 a 16-19. 

75 . LU. j6 a 19-29. 

Revue Celtique, XV. 3 



66 Nettlau. 

siri bras birdha mar é iri bruth 7 iri ferg niadh mhôrchalma 
marthusu 7 isaeM mhuimi forcEciail conroùiacht gaisgEdh duibh 
dibhlwaibh. 

y67 6 . Tainig da(no) Loch inaighidh CZ«//cul(airm) dodhi- 
ghail abhrâthar fair otharfàs dô gowbahulcha bai lais. 

7777. Maith | f. 29 b 1 | a Chûchul(ainn) bhar Loch nafEr 
co;;/lond duiwd f(or)sh/ ath nEsgo;/gsa eter ôrEsgong 7 esidhan 
lesiuw iwtâth bharsandrochair abhrathair. 

787 8 . Acht ata ni cheana thawgadar bharsanàth nûachtarach 
ctèr Mhédhi 7 Ghédhi icind Tiri Moir 7 awroladh doibh anw 
réliEdh clan 7 rétrewsi fada dho chlEsaibh 7 dimghuifl 7 diw- 
bualadh 7 dobhe/>/ean;/aibh bratha. 

797?. Andsi/z dodliEchaidh chucusun inMhôrrighu înghen 
Aedha Ernmhais bharairngert dô iwtrâth bhadh aire dhô icom- 
lon» 7 icowrag réhamlcéch arsluaigliEdh mhôr Th(ana) B(o) 
C(uailnge). 

80 80 . 7 dochuaidh sén irricht (I) tshaidhi gairbhi glaisi 7 
tEsgaisadhoid C/;o»c(u)l(ainn) 7 tagasdair C(u)chul(ainn) ur- 



76. Tainic Loich a ccomhalr Chuchulainn go ttarla da cheile 
iad air an ath ann air thuit Long. 

77. Tarr romhaing air ath uachtrach so. Thuas air Loich. oir 
ni chanihracam air ath so. uair budh heasganih(ai)! leisean an 
tath air ar thuit a bhrathair. is an sin rochamhracsad air an ath 
uachtrach 

79. go ttainic an Mhor Rioguin inghean Earnmhais a siodh- 
aigh. daithmhiUcadh Chuchulainn. Oir do ro gheall atTaiu Bo 
Rcanihain. go ttiucfadh daithmhilleadh Chuchulainn. au trath do 
bheadh a ccamhrac h Loich f air Thaiu Bo Cuailgne. 

So. (= III, in Eg. 2oy). ... Tainic an Mh(or) Rioguin an 
treas feacht a riucht saighthe gairbhc glaise, go cerctos fhoslaice 



76. LU. 76b 1-3. 

77. LU. 76 b 4-6. 

78. (Cf. LU. 77 b 15). 

79. (Cf. LU. 77a, 20, 21). 

80. LU. 77 a 5-7. 



Tdin bô Cuailnge. 67 

chur dhachletizz cIiIes fuirrthi godmiihdil diig gorosbris aleath- 
rosg iwaciwd 7 iwcowmd dobhisiun agursglaighi na saidhi geo- 
shai/z Loch tranhid adhdlûan é. 

81 81 . bâthaighisi aitherroch rEchta ele dha(no) .i. irricht 

(II) easgui/zgi 7 bha sdidh mozzlizzd 7 bhochErd cwru 7 snadh- 
manwa eter dhibh cosaibh 7 dibh sliasdaibh 7 dibh ladhraibh 
do Choi;zchul(ainn) condrochaiv fien fotharsna 7 aghabhaidi 
dis izzairdi fair 7 suil rainig les érghi geogham Loch tremhid 
athrozzzaibh é gorghabhasdair i/zsleg urraizzdi thremhid. 

82 82 . Ole on um arFerghzw izzgni;/zsi/z i fiadhnaisi anamhad 
7 ghrfô(adh) nEch uaibh afhiru arse Irl dmhuin/ztir iwter nd- 
tœd inosgaidh. adracht Bn'criu Nemthengtha m(a)c Carbh- 
| f. 29 b 2 | -adha 7 gabhais f(or)g/'EsacZtf Chonc(u)l(ainn). 
Roscaig dhonert arse i/zta/z asbrrtdan bEg dhodtnzsgair mtrath 
dolïlead Ultu asacEs chugud. Doiligh dhuid gnim nerred do- 
dhenu/zz no dhoghabhail f(or)t ifiadhnaisi fer nEr(enn) 7 léch 
anwsa dho dhingbhail agaisgiudh fo/zsamhailsi/z. 

83 8 3. Doérigh C(u)eh(ulainn) îrisin ngrEsacht sin 7 tug 
builli dhahshail chli nacEnd co/zdmia lethizzchizzd di armbrzsiudh 
alethchizzd. 

84 8 4. bôthaighisi aitherroch rEchta ele da(no) .i. irricht 

(III) saz/zaisgi fiwdi odhergi gocaegaid dohaz/zasgaibh uiwpi. 



cbuige et anfad a bhi Cuchuîainn ag a dioghehur dhc. treaghdas 
Loich dur chur gathe e. 

Si. (= II, in Eg. 209). ... Tainic an Mhor Kioguin a ris a 
riacht easgainne sîeimhne duibhc ris an sruth. go ro iomnaisg i 
fein fo chossa Chuchulainn. cian gairid bhi Cuchuîainn ag a 
diochar dhe. ro ghoin Loich urtharsna tre chumpair a chleibh e. 

84. (= I, in Eg. 209; (after 79)) .- 

Tainic iarramh an Mhor Rioguin an sin a riucht sanihaisge 
finne druim dheirge go caog(a)d samhasg uimpe agas rôn jiond- 
ruinne coiarra. 



81. LU. 76 b, 14-16, *7-i8. 

82. LU. y6b, 19-29. 

83. LU. 77a 1-2. 

84. LU. 77 a 7-8. 



68 Nettlau. 

85. Andsi// faidhis îwinghewradh gEsa bharChoi//c(u)l(ainn) 
mawsamaisgi dhasdôdh doibh. 

86 86 . Isam/siw tugasdair C(u)ch(ulainn) urchur dadhelchlis 
fuirthi gurbhriseasdair agErrgara. 

87 8 ". 7 dobert torannchleas .ix. 7 tri .1. 7 tri .c. f(or)si//- 
sgiath «wdechaidh intain dartairr wtluaigh sair gombertadar 
napuible manadharcaibh leô gohard napuball. 

88. 7 an«si« tug Loch builli cloidhiw dhô gorthesgasdair 
aluàn ardhô. Doigh aw nirasribhlainwgEsdair Cûch(u)l(ainn) 
bheith màbhrâthbhemeawdaibh no mdbhudidhrendaibh Loich 
mhoir in mhilEdh 

89 8 9. 7 dastaigh i/mga mbulga f(or) Lasgh m(a)c Rian- 
ghabhra 7 doleg iwtara dhô lâsi#sruth 7 fn'thoilis C(u)ch(u- 
lainn) é 7 odchuala Loch si« tug urchur dowsgiath sis gorlâ 
dharadhatnan ingr/an 7 ingaiweamaiw 7 ingrindell wàtha. 

is anwsiw dolegEsdair siu» suas irwga mulga | f. 30 a 1 | dha 
in/zsaighidh tarbrollach na luirighi 7 iwsgeth gorbharaen iwlEth 
nalltarach dhe art/'Eghdadh achridhi nachliabh. 

9o9°. leôr armsi« aile bharLôch 7 dorocharsa dhe sin 7 arfir 
doghoili 7 doghaisgidh rit. telg troighiôh damsa nach abrdd 
fit Er(enn) is maidhm 7 istecliEdh dawsa datoitea mé armo- 
chûlu. doghebhasu sin bhar C(u)ch(ulainn) or is aisgidh 
thirlaich conaighi. Telgis C(u)ch(ulainn) traighidh dhô con- 
drochair Lôcli araaighidh 7 gordheligh aainiw réchorp. 



S). Tangadar an bhanthracht cona ndraoigheacht athuaithne 
ionzs go niadb moitié thiacfaàais Chuchulainn g(an) fhasdogha 
g(an) aithmhilleadh 

S6. ach brathas Cuchulaum a ni sin. Et tug roth a nurchair 
ai. go ro bhris rosg na Mor Rioguine. 

89. Is ann sin ro eirghe fuasnamh feirgeChoncculain \f.27 
a | le Loich [hère L. L., 75 a 1 begins] go ro ghuin don gha 
bulga e. ag treaghdugha a chroidhc na chliabh. 



86. LU. 77 a, 9-1 1. 

87. (LU. 77*2-4). 
89. LU. 77 a, 21-24. 



lu. 77 a, zi-zq. 

LU. 77 a, 25-26). — LL. 7J a 2-10. 



Tain bô Cuailnge. 69 

91. 7 fadhbhaigis L^êgh é 7 toitis C(u)ch(ulainn) itaisibh 7 
ka//mellaibh 

92 S2 . 7 arnérghi dhô is(edh) asbm. Maith a Laigh bhar 
C(u)ch(ulainn) dô dhet ro/;/ud gohUltu 7 raidh riu tEgad in- 
diaidh atâna bhodliEsda. doigh nifhédaimsea anathanach ai- 
[1 ?]atha dhiwdhEdail ni bhasiru naso. Doigh am ni fir fEr 7 ni 
comrag comhtrow dhoneoch. inMhôrrighu igaadhgall. 7 aga- 
adhmilliudh 7 Loch agâghuiw 7 igàthrEghdadh 

9393. 7 adbert i/zlaidh an» : 

9494. — ii. — Erg ùiùm aLaigh laiter sluaigh can dam 
i/zEmhai/z armruaidh. amtoirrsEch gach niadh san chath. orsaw 
crechtach crolindtEch. 

2 2 . — Mothasbh dEs is moth^bh clé. anwsu mEs arcEchtar 
né. nilam inghini rohshlaidh dirghiudh fala fidhfabhaigh 

33. — Snighidh bmen falatharmharm. dhowrala crechtach 
co/;/gharbh. niwthig cara arbaigh narbroid. acht mddh ara mo- 
charboid. 

44. — Baigh argach mbaigh i/zgilla. bràdan | f. 30 a 2 | 
araadariwda. baighimsea eweuch c2e.n1 cownach aw torwol imae- 
»or. 

5 s. — Amûathadhsa arcind izztloig gach laithi ami tiri moir. 
bhâ liu laich goleth fodhbha gorom(a)caibh righdhomna 

6 6 . — SEnfhocul sosrEthaibh clann nilasawai» gach nsén 
chranw dambcdis adhô no atri dholasfadh araiaithmni. 

77. — Intasnchran» nihusu achlôdh minifhaghbha arith- 
fhadôdh arûathadh iwzirther gô nochobhréo margach naen- 
breo. 

8 8 . — Madh ûathadh luchd achaire. caittr les m(en)ma ele 
cuid i/ztloish caidhi ahamail. nithoillean» arafaghail. 



92. LL. 75 a 12-1 5. 

93 . LU. 77 a 1 1. — LL. 75 a 16. 

94. 1 . LL. js a ij-18 (1). 
2. LL. 75 a 19-21 (2) 



2. LL. 7; a iy-21 {2). 

3 . LL. 7/ a 26-28 (5). 

4. LL. 75 b 3-4 (17). 

5. (LU. 77a 13)— LL. 75341-43 (11). 

6. LL. 75332-33 (7)- 

7. LL. 75 a 34-36 (8). 

8. LL. 75 a 39-40 (10). 



70 Nettlau 

99. — Mddh amfliEr avicamicoYiii nihairfidiudh gach naen 
chorn maith ilarciuil acornaibh is(edh) isbhi/zd donchobhlaigh. 

io 10 . — Abair réhUlltaibh âna. TEgad indiaidh atâna. rug- 
sad m(ei)c Mhâghach ambû. is roroizzdsEd etarrû. 

1 1 11 . — Doleadair Loch adhamlûaw. romtEsgiwtshadhgharbh 
ghlasrùadh. rozzgeoghai/z Loch mothro/zza. imcreâhbann i/zEs- 
gonga. 

i2 12 -. — Doghabh mochletizz achosg. arasaidh gorbris arrosg. 
dobz'fsius agErrgara. artosach nahagartha. 

13 1 ). — Odhahi/zdlEdh ga Aifi. risinsruth bhaséol saithi. 
tarlaigius izzga nger ngnis. gorbhath Loch m(a)c Emonuis. 

14H. — Nirsad bronaigh broinbgrbha. izzocht izzdunudh 
MEdhbha. toirsigh nuall awaigh nezzzni. nagairi armuigh Mzzr- 
■thewnï. 

15*5. — Isead atchûala isfir dha;/z srainter go argach niia- 
thadh. is(edh) nach fulainghter dhe. tren tursgur nasochaidhe. 

16. — | f. 30 b 1 | Iss(ed) adchuala remhe. nach li/z 
marbh ar sochraidhe. fail leaw dhodhalaibh derbha. do sgéo 
Oill(illa) is MhEdhbha. 

17 1 /. — Ceadh dUlltaibh gazztabhraid cath. is me czrchtach 
crolindtEch. fir Er(enn) uili iz/zgach gddh. imaighidhsea 
mhaewurân . 

18 18 . — Abair ré Cowchobhur c»m. amtoirrseach tiachair 
gérthrén. dochlaxhlô mochruth amne. m(a)c dil drongach 
Deghtine. 

19*9. — Cfl/zchobhui" nithig amach. no gowbe se lin don 
cath. intrâth nach fillid azzzne. aiwsna airm arnérghe. Erg. u. 

95. Et gé adubhairt siuzz si/z niraibhi ac[u ?]mhai»g eter 
aigi Laégh dhizzzdher/;/ uâdh. 



9. LL. 75 a 29-31 (6). 
10. LU. 77 a, 14-15. — LL. 75 b 1-2 (16). 
u. LL. 75 a 44-45 (12). 



LL. 75 a 44-45 U 2 ;- 

12. LL. 75 a 46-47 (13). 

13. LL. 75 a 48-50 (14). 

14. LL. 75 b 5-6 (18). 

15. LL. 75 a 37-8 (9). 

17. LL. 75 a 51-52 (15). 

18. LL. 75 a 22-23 (>)■ 

19. LL. 75 b 7-8(19). 



Tain bô Cuallnge. 71 

969 e . Andsiw tugadh cuig'mr chuigisiu« arnamhârach àer- 
thaiw chojnlaittd ris 7 geoghaiw C(u)eh(ulainn) iad conàro- 
chradar les 

97. gorub cuigiur Chi//d Chuirsighi id^rar riu 

989 8 . Iss(edh) seo azzmanzza inchuigir si« .i. da Chruaidh 
7 dâ Chaladh 7 Dtfrothor. 

9999. Andsin tugadh sesiur arnamhârach dhochoz/zlonzz 7 
dochozzzrag ré Coizzcul(ainn) 7 isiad seo awmarma intesirisiw .i. 
Traigh 7 DonzjjJDtTim 7 Gol 7 Meabhol 7 Eris a 7 geoghahz 
C(u)ch(ullain) iad cozzd/'ochradar les. 

ioo 100 . Andsi« tugadh c(et) fEr narmach dhochoz/zlon/z 7 
dochowrag ré Coi/zc(u)l(ainn) 7 geoghaiw Cûch(u)l(ainn) iad 
andsiw condrochair i/zc(et)sizz les. 

ioi Ior . Cuillenzz Chizzd Duizze aizzm natulcha izzzbai M(edb) 
7 Ail(ill) iwaidhchisiw 7 âth Ch(inn) Chuille ai/zm i/zatha 

102 102 . 7 Glais Chrô aizzm naglaisi. 

Doigh is uizzzi iderar Glais Chrô ria doigh robo chiamair dho 
chrii 7 dfhuil | f. 30b 2 | i conaxlzighter ré Coi;zc(u)l(ainn). 

I03 I0 5. 7 dofhûabair C(u)ch(ulainn) nasluàigh dhodhibh- 
rugudh adElga i/z Mwrthemni anEs iwaidhchisiw «ogormharbh 
c(et) dalaechraidh gosolustrath érghi dho 16 arnamhârach : 

i04 I0 4. Doghabhasdair athsgis môr é ahailti nahaidhchi 7 
ita mhér ahaithli nahathsgisi eter 

105 io 5. 7 nician dazzzbai and im(orro) gofacaigh chuigi 
sentonzz chaillighi crini crapghluimghi cosfhada 7 bô bhuidhi 
bhlicht ar thri shini aici 

106 106 . conachfaigh C(u)ch(ulainn) digh bhariwcailligh 7 



96. LU. 77 a, 28, 29. 

98. LU. 77 a, 28, 29. 

99. LU. 77 b 13-15. — LL. 75 b 10-13. 
00. LU. 77b, 16-18. — LL 73 b 35-38. 
01 LU. 77 b 20). — (LL. 75 b 41-42). 
02. (LU. 77 b 19). — (LL. 75 b 42 sq.). 

103. (LU. 77^ 33-35)- — (LL. 75 b, 15-16). 

104. (LU. 77a 36). 

105 LU. 77a 36-38. — LL. 7$b 19-21 
106. LU. 77 a 38-39. — LL. 75 b 24-27. 



100 
101 
102 
103 



J-2I. 

-27. 

K Cf. LU: Col 7 Mebul 7 Eraise ; LL. : Col 7 Accuis 7 Eraisi. 



72 Neîilau. 

blighis antrEs sini dho»bhoi» do 7 atibh C(u)ch(ulainn) éiwa- 
dhigh bhàslâna nem dharasasin achaillEch bhar C(u)ch(ulainn) 

107 10 ". 7 bennacbi dé 7 andé fort arse. déi léoso» intaés cu- 
machta 7 andé im(orro) biles ti'Ebhtha 

108 108 . bha slan lEthshuil nacaillighi fô ch(ct) oir 

i09 I0 9. conachtzîgh C(u)ch(ulainn) digh ele bharincailligh. 
dhobhligliEsdarsi i;zdalasi//i dho//bhoi// 7 dob/rthea dho Choi/z- 
ch(u)l(ainn) 7 atibh 7 adlvrt bhâd slâna nem dhamsa si;; ira 
bhar C(u)ch(ulainn) 7 bha sla/z alethchendsi bha ch(ct) oir 

no 110 , conachtidh C(u)ch(ulainn) digh ele bharsancailligh. 
dobhlighEsdairsi iwtrES sini dho//bhoi» 7 dob/rthea dhoChoi//- 
ch(u)l(ainn) 7 ibhis inadhigh é. bha sla« cai« ane/// 7 bhari- 
àhnacht dawsasiw abEn bhar C(u)ch(ulainn) 7 benacht nandèi 
adhartha ortsu arse. is maith inÛmxiacht 7 i«thoirithi« tugais 
oru/// 7 bhâslânsi bha ch(et) oir. 

ni" 1 . Maith a Chuch(u)l(ainn) bhar m Mhôrrighu bhar- 
airngertais damsa nach bfaaighiwd îuriacht nafoirithin dhodla///- 
aibh. Madafksaiwd gomadh tû dhobheth an« nirisfaighbhithea 

112. | f. 31 a 1 | Andsin doluidhsi iricht enchi .i. thEn- 
noigi ariwsgiaigh osgrEllaigh dolair iwuigh Mwrthewni is dotla 
dealbh eoin suwd saiiwriudh bhar C(u)ch(ulainn) gorub desi/z 
atâ Sge naTxEwchi arMurthemni. 

1 I3 IX 3. Is an/zsi/z doghabhsadar fir Er(enn) iwaidhchisin 
du/zadh 7 lo//gphort igath aladh ind imuigh Marthemne. 

H4 11 -). 7 rolaisead anernail bhûair 7 bhroidi secco fodhEs 
îclithar bhô Uladh. Gabhais C(u)ch(ulainn) igonthert i Lear- 
gaibh îcomïhogus doibh 7 adais aara tewidh dhô trath «ona 
inaidhchisi« .i. Laéghm(a)c Rianghabhra. 

1 1 5 IX 5 . Adchonnaircsiuw ùadh gr/staitnEmh na nar/zz nglan- 
ordha 7 nadairedha dibhergi 6s ci/zd chethri noll chuigEdh 
nEr(enn) ré fui/ziudh néll nôna 



107. LU. 77 a 40-41. — LL. 75 b 31-33. 

10S. LU. 77 a 42-43 (II). — LL. 75 b 27 (I). 

109. LU. 77a 41-42 (I). — LL. 75 b 28-29. 

110. LU. 77 a 43 b 1. — LL. 75 b 30-31, 33-34. 
m . LU. 77 b, 2-4. 

113. LU. 77 b 21-23. — LL. i$b, 41-49- 

1 14. LU. -/-] b 2}-2~. — LL. 7; b 49-4611 ;. 

115. LU. 77 b, 2-]-2ç. — LL. -joli, 4-6. 



Tâin bô Cuailnge. 73 

116. 7 roérigh C(u)ch(uLiinn) anzzsùz 

117 11 /. 7 cresaighis ashkgha 7 tartaighis achlaidliE/zz. 

u8 IlS . 7 doghabhasdair luiudi mhôr esiuzz réhilar abhidh- 
bhadh 7 rehiz/zadh anâmhadh 7 aechtrazzd 7 rèuahecbt agdi- 
ghail a chnEd 7 aaladh orrtho 

H9 IJ 9. 7 dobm arrem churadh asabraighid gorarEgradar 
ba>zanaigh 7 bocanaigh 7 genidi glinui 7 dEmhna aér réhuath- 
graiw nagraine dhoberadh araird gordasmEsg anemain f(or) 
i/zslôgh. Dolodar i/zar/;/chrith chethri côigidh Er(enn) iwrEn- 
daibh astegh 7 azzarm fodhesùz rondébhladar c(et) léch laidir 
lawchalma dhibh duathbhds 7 dochridhEmhnas arlâr dhûnaidh 
7 lo;zgphairt fer nEr(enn) réhurgrain nagraini 7 naguairi 
doben C(u)ch(ulainn) bharaird. 

120 120 . Nician diawbai Lségh an;z gofhacaigh izza^zôglach 
dhai/zdsaighidh | f . 3 1 a 2 | fiar tharsin duwaid 7 longpart fer 
nEr(enn) anairthuaidh gach ndiriuch. aen fhEr su/zd chugaizzd 
a/zosa aChugugan bhar Lœgh. Cinnas fîr anzzsizz ar Cûchu- 
l(ainn). ni(nse) im(orro) ar Lségh fer cain môr anzz da(no) 
berradh tetha/z fair. bratuai/zidhi if(or)cibul uiz/zi. éo oir isiw^ 
bhrut osabhruin/zi. leni dhorroll righ fodf/'ginliudh dod^rgor 
icusdal frz'achnEs. claidhe/zz lEtruisbhair môr i/zalai/zz. dubh- 
sgiath go caladhbhuailidh izzdruini fair. Skgh choigrizzd i/zalaim. 
fogha fôghabhlaighi nafarradh. ingnadh a/;z rEbha 7 abhairt 7 
adhabhair doghni acht nishaigh nEch fair 7 nishaighseozz f(or)- 
nEch am(ail) nach faicEdh nEch e. Cia egi/z dozzzchairdibh 
sidhchaireadhsa sizz aile bhar C(u)ch(ulainn) or doigh f(or)- 
eadarsozz izzdnith mor izzarfuiliwsea iwaszzur izzaighidh chethri 
nollchuigEdh nEr(enn) igmarbhadh flair arath gach lai 7 .1. 
gach naidhchi ûair nidhawaid fîr Er(enn) fir fEr na cowrag 
e/zfhir dha/zzsa omhEdon lai amach gach lai 7 bha fir dhosozz 
inzzisiu. 

raizzig i/ztôglach airm i/»bai C(u)ch(ulainn) 7 airchisis de 
iiomor. 



117. LU. 77 b 31-33. — LL. j6 a 9-10. 

118. LU. 77 b, 29-31. — LL.j6a,6-8. 

1 19. LU. 77 b, 35-42. — LL. y 6 a, 10-18. 

120. LU. jjb42-j8a 15. — LL. 76 a 18-40. 



74 Neitlau. 

121 121 . f(er)dha sin a Chuch(u)l(ainn) arse. niwfhoirsidhe 
c/n-f(or) Cûch(u)l(ainn). Dolvrsa dha(no) cobhair dhuid arint- 
ôglâch. Cia thusu eter arCuchul(ainn). Ismisi thathairsiu a 
sidhaibh bharésiuw .i. Lugh m(a)c Ethleawd 

122 122 . 7 codailsiu bhig aChû ariwtôglach dothrbwthoir- 
thiw codulta tamfhertsa ilLErgaibh | f . 3 i b 1 | gocEnd téora 
la 7 teora naidhchi 7 fifadsa f(or)snasliiaghaibh iwairEdhsin». 

I23 I2 3. Canaidh achele f(or)dhord do contuili (ris. comice 
nach orecht an« robo ghlaw. 

is an« ashen Lugh éle Logha andso sis iwasdEch. 

Atrai am(a)c mhoir alaidh fôdoshlawchrechtaibh cuirEtha 
fnnaiwdiu fer iiieII darath mor adhaigh dotewathar dia ferra- 
ghaibh sligh ethar îortacht sluaigh iwnen ard nerethar f(or)- 
tacht asidh ssér f(or)udud isin bhruigb axcona. thaibh gotaw- 
mhaiw arfochertar fôchiallathar sewghilla arclith arbuaibh baife- 
dhae slighdhelbh silsa reud. Ni fui léo donert shaéghul fer 
dobharaiwd bhruthaighthe goniurt f(or)dho locht naimdibh 
ciwgidh carbad comhgliwd isiarsi/z nithatrai. atrai. 

124 12 -*. Téora la 7 téora naidhchi bai Cûch(u)l(ainn) i//a- 
chodludh. 

i25 I2 5. Bhâ dethbhir amh gerobhi domhéd mchodulta bai 
domhed nahaisgi. onluan iarsamaiw saiwruidh gosin c(ét)ain 
iarniwbulg nirochodail Cuch(u)l(ainn) fnsinresiw acht màdh 
minichodladh fïthisi;z mbig fh'àgha iarmEdhow midhlai acht 
achend f(or)adhorn 7 adorn iwdgha 7 agha f(or)aghluw acht 
ag slaidhi 7 agslechtadh igairlEch 7 agesorgain chethri noll- 
ehuigEdh nEr(enn) fnsiwrésin. 

126 126 . Isanwsin focherd iwlaéch sidhe losa 7 luibhi ici 7 
slawsena icnEdhaibh 7 irrEchtaibh màltaibh 7 milghonaibh 
C/;o/zc(u)l(ainn) goternd C(u)ch(ulainn) i//achodludh ganrâth- 
aghudh 7 ganfhis do eter. 

i2j I2 7. | f . 3 1 b 2 | Isisiw tra aimser 7 ûair dholodar i«m(a)c- 

121 . LU. 78 a, 15-19. 

122. LU. 78 a, 20-23. — LL. 76 a, 40-43. 

123. LU. 78 a, 23-34. 

124. LU. 78 a 34-3 S- — LL. 76 a, 45-47: 76 b, 17-19. 

125. LU. 78 a, 35-43. — LL 76 a, 47-b 2. 

126. LU. 78 a 43-b 1. — LL. 76 b, 2-5. 

127. LU. 78 b, 2-n. — LL. 76 b, 6 17. 



Tdin bô Cuailnge. j< 

raidh atuaidh oEmhaiw Mhacha màFhallamaiw m(a)c Concho- 
bhair tri coegad m(a)cam bdsEdh aliw 7 dobertadar téora catha 
dhowaslûaghaibh condrochradar atrichomlin leô 7 condrochra- 
darsun uili rtfZtf mâdh Fallawain aaénur 7 baighis Fallamaiw 
mdbrethir nachrachadh arculu gohEmaiw Mâcha bharais dori- 
dhisi no gorugadh Œn/z Aill(illa) gusinmind righ bai udsa. 
Nir bho rédh rewi léosozz in/zisi/z airdharadadh min« righ 
Aill(illa) t'/rr dham(a)c Bhethi m(i)c Bhain dd m(a)c mhuimi 
7 aidi dho Aill(ill) 7 rogheoghnadar Fallamaiw fo/zdrochair leô 
awadh gléo nam(a)craidhi 7 aidhidh Fhallam(ain) m(i)c Cozz- 
chobhair mddh conmgisïn. 

128 128 . Andsi/z adracht C(u)ch(ulainn) asachodludh 7 do- 
ri/mi rothmsél corcovdcrg dhe omhullach gotalmhai/z 7 bhdnert 
les am(en)ma 7 tisadh iwaswach «o'itoichim «0 iwbandail «o 
icoirmtEch «0 iprimaewach dophriwaenaighibh Er(enn). cia fod 
attisa s'm chodludhsa anois aLaich ar C(u)ch(ulainn). Tri la 7 
trz haidchi ariwtôglach. Rpmairgsea desefr bhar C(u)ch(ulainn). 
Œdhon arintôglach. nasîuaigh ga?zfhobairt risi«résiw ar C(u)- 
ch(ulainn). nifhuilead uni bar mtôglach. Cia radasfôbair aile 
bhar C(u)ch(ulainn). Lodar izzm(a)craidh atuaidh oEmhai» 
Mâcha tri coegad m(ei)c righ baliEdh allin iwFhallamhai« 
m(a)c Cowchbbhair 7 dokrtadar téora catha dozzasludghaibh 

I29 I2 9. awdrochradar athrz chomlm léo 7 go/zdrochradarso/z 
uili acht Fallam(ai)n aaewur 7 baighis Fallam(ain) mdbmhir 
nachrachadh foth uaidh dorisi gohEmhaùz Ma-|f. 32 ai[-cha 
gobruiwdi bmtha 7 bEthadh gorabe/zadh Œnn Aill(illa) gusin- 
mind righ bai udsa. Nirbho rédh remi leoso/z innisin uair- 
thugadh mizzd oir Aill(illa) arcairthi eter dha m(a)c Bhethi 
m(i)c Bhain 7 rogheoghnadar Fall(amain) cowdrochair léo go- 
rub gléo nam(a)craidhi ai«m hzsgéoil s'm artana. 

i30 T 3°. Abraiwd ndbdsa f(or)rhonirt desidhe/z ar C(u)ch(u- 
lainn) uair diâmbenwsea formonirt nithoitfidis i;mi(a)craidh 
am(ail) dorochradar 7 nkhaethsadh Fall(amain) m(a)c Con- 
chobhair. 



128. LU. jSb, 14-25.— LL. j6b, 19-31. 

129. LU. 78b 26-28. — LL. 76 b 32-34. 

130. LU. 78 b 29-40. — LL. 76 b, 34-46. 



76 Nettlau. 

Cosai// iarchi-na aChûgan nihaisg dhodtiwchaibh 7 nitair 
dodghaisgiudh barmtôglâch. 

Maith aôglaigh bhar C(u)ch(ulainn) tegum malle dhodhi- 
ghailt na m(a)craidhi bharnasludghaibh. Nirachu/// a/;/ aile 
bhar iwtoglach. cidh esidhe/z bhar C(u)c(hulainn). ni(nse) 
ariz/tôglach. gidh môr doghniwarthaibh 'goili 7 gaisgidh do- 
nEth nEch itochairsiu nihair ien dobhiadh anôs na aalludh na 
oirdhercus acht is ortsu bhias anôs 7 aalludh 7 aairdhercus 7 
tabhair {en nErt dolamha bharnaslûaghaibh 7 ni léo ata cornus 
tarana edir dhowehuairtsea. 

131. Is an//si/z daimthigh intôglach sidhech uaithibh 7 nir- 
fliEdadar càconak imarlodh. 

132. maith a///phoba a Laigh bhar C(u)c(hulainn). teguw 
imall dodhighail na m(a)craidhi arnaslûaghaibh. rachaidsea lEt 
on bhar Leégh. 

I33 I 33. Agus iwearbad serdha amophoba a Laigh bhar Cû- 
chul(ainn) iwacasmnagair aiwnEll 7 i//ata athrElu/// leat. ma- 
condrigi ai/mEll 7 madhata athrElu?// Ieî rodoni»dill 7 mini- 
If. 32 a 2|-uil athrelum athrElu/// Ieî nachasni;mill eter conàri- 
gewn uni aile bhariwgilla 7 radaniwdeltar. 

I34 1 34. Isanwsiw adracht iwtara 7 roghabh afhiawerrEdh na- 
raidher/;/a i///e. bha do/zfliianerrEdh araidher/rtasin .i. ai//ar 
blaith biannaidhe sésûaiti srebnaidhe uaighthi osleathair se 
édrum aerdha cottachgebhEdh arlûaiwmibh ala/// amaigh an- 
echtair. 

I35 I 3S. Roghabasdair f(or) brat fai/zg thairise// amaigh an- 
echtair dobrrthea iwaisgidh ohShimon draï do Ner dhorigh 
Roman 7 gotard Ner dho CTw/zchobhur 7 dobrethea oCho//- 
chobhur do Cboiwchul(ainn) 7 tin//laicis C(u)ch(ulainn) do- 
Lségh m(a)c Ria/zghabhra dâara charbaid. 

I36 1 ' 6 . Roghabhasdair dha(no) acliothb(arr) drach clàrach 
Œtharochair conihr gâcha datha 7 gâcha dnlblia dharamhidh- 
ghuaillibh siar SElsEchtair. bhàsowaisi dhôsowsi// 7 nirthro- 
7/zoghudh fair. Taraill alaw les ingibni dergbhuidhi am(ail) 



133. LU. -jSb, 41-43. — LL. 761,46-49. 

134. LU. 78 b 44-79 a s- — LL. 76 b 49-7711 4. 

135. LU. 79 a 4-7. — LL. 77 a 4-8. 

136. LU. 79a, 7-20. — LL. 77 a, S-21. 



Tdin bô Cuailnge. 77 

bhadh la//d derg oir dhobhro/z dôrbhruithi re eda» di//dcho;/z- 
artha zraiàhechta sEch athigerna. Rog(habhasdair) afhidhada 
ursloicthi each 7 adhel iwtlaisi wadhesra. rog(habhasdair) ési 
asdudha aEch iwathuaisri .i. aradhna aEch inalaim chli réhim- 
cho//ms aaraidher/;/a. FocliErd aluirEcha iarnaidhe intlâsi wn- 
Echaibh «wgebhether dhoibh othul gohurdhorn hn doghai- 
nibh 7 dobhirinibh 7 leghinibh 7 bhir chruâidhibh. 

1 3 7 137 - Isanwsiw focherd celtair chomgha tharaEchaibh 7 
taracho/walta coniïbhz 1er dhoneoch sa/z-duH | f. 32 b 1 | iadso/z 
7 guwba 1er dhaibhseo/z câch u///po. roghonadhso câch thairsi 
7 t/rthi 7 sechi 7 nigontàso/z tairsi nathrethi nâseci. 

Bha dethb(ir) dôso/zsi/z arrobhâdar atheora bûadha araidh- 
echta f(or)i//araidh iwlâsiw .i. le//z dharbuilg 7 fosgul ndiri/// 7 
imochor ndellEnw. 

r 3 8 X 3 8 . Isarozsin roeirigh incur 7 mcathmhilidh 7 mtinwel- 
chrô bodhbha fer riEir(enn) .i. Cûch(u)l(ainn) m(a)c Sual- 
taigh 7 doghabhasdair achatherrEdh catha 7 coralaiwd 7 com- 
raig uimi 7 bhd do(no) chatherrEdh chatha 7 ch(omlainn) 7 
ch(omraig) roghabh uîmi .i. aocht cneslewti .xx. ciartha clâr- 
tha comdhlûta bidis fôthédaibh 7 rothaibh 7 réfedhaibh ic#.r- 
dal fr/achnEs arnachasdechradh achonw nach achiall nacha 
ch(et)faidh iwtrâth rasfigEdh aluth lathair dho. rog(abhasdair) 
achathchris colamdha cwrata thairsibh amaigh anechtair don- 
chodudleathar chrûaidh chortghidhi dorana .uii. ndawshe- 
cliEdh ndartadha congebliEdh dô othana athaibh gotiugh aach- 
saili. bidh uimi rédkhur ghai 7 l'Enn 7 err 7 slegh 7 saigEd 
ar/;/ 7 fhsêbhur uair is cuwa foclurdidis de 7 gomadh dochloich 
no docharraig no dhochongna dhochiuchlaidis. rog(abhasdair) 
aûathroig sreabhnaidhi sroill ro/zaciwais dobhawôr bric îrii 
rémsèthichtar amhedhoi/z. rog(habhasdair) aûathroig ndon/z 
lEthair ndErghshuaiti dhoon/ma .iiii. ndamshecliEdh ndarta- 
dha awacathchris docholaz/maibh f(er)ba tua tharaûath- 
|f. 32 b 2|-roig srEbhnaidhi sroill sechtair awgebhéthir dhô- 
so/z othawa athaibh gotiugh ashliasda owrigEdh gôchathchris 
cw/'ad arnûachfar. 



137. LU. 79 a, 22-28. — LL 77 a, 23-29. 

138. LU. jçaiy-b 17. — LL. 77 a 30-b i). 



78 Nettlau. 

Andsiw roghabh inrighnia 7 i/zrighmhilidh achatharm cathay 
cowraig jœmhlnd 7 bha do(no) catharm chatha 7 ch(omlainn) 
7 ch(omraig) roghabh .i. aocht cloidhbhmi mawcolg nded 
ndrazhsholus 7 aocht sleghini ma»slegh caegnnd 7 aocht ngoth- 
natha mawngoth nded 7 aocht cletiw min delclis. Roghabhas- 
dair a .uiii. sgiathu clis iwawcromsgiath ndâna ndubhdwg ina- 
tegEdh tore taiselbhtha iwathul tarla iwsgeth mhoîr milÊtasiw 
coiiàb'ûi aith ailtnidhi i/;/gher iaranwchrûaidh i«ahuirrthi;//chEll 
gotesgfadh fiwda inaighidh rotha araithi 7 arailtnidhEcht 7 arim- 
géri. Doigh amh inuâir dharigEdh alEs intôglâchsiw fsébhur- 
cIiIes dodhe»amh dhibh çuma« ro«go«adhso/7 dâsgiath 7 dâghà 
7 dàchloidhew inênecht. Rog(habasdair) achirchathbharr catha 
7 co7//raig 7 cowlaind imàchEnd arambàdar cetheora geaw carr- 
mhogaill f(or)gachnaird 7 f(or)gach nairchind de agachai»- 
chumdach asangaireadh gair ch(et) nôglach dohireghmhibh 
gâcha cerna 7 gâcha cuilidhe gâcha hairdi 7 gâcha hoirchiwd. 

i39 I 39. rétestthoghla i;;mhilEdh 7 i;//anghlui»d 7 rémai- 
dhiuw namôrecht dognithea fûa. 

(A suivre.) 

Max Nettlau. 



139. LU. -jçh, 19-21. — LL. -jjb, 18-19. 



NOTICE 

DU 

MANUSCRIT IRLANDAIS 

DE LA BIBLIOTHÈQUE DE RENNES 1 



On conserve à la bibliothèque de Rennes un manuscrit ir- 
landais in-4 de 125 folios. C'est un recueil de pièces de diffé- 
rents genres ; il est facile de voir que le manuscrit a été formé 
de trois fragments distincts. Le premier, du folio 1 r° au folio 
74 v°; le second, du folio 75 r° au folio 89 v° ; le troisième, 
du folio 90 r° au folio 125 v°. 

M. Vétault, le savant bibliothécaire de Rennes, a bien 
voulu nous donner le résumé suivant de l'histoire de ce ma- 
nuscrit. 

« Le manuscrit irlandais.de la Bibliothèque de Rennes fai- 
« sait partie, au milieu du xvm e siècle, de la riche collection 
« du président de Robien 2 , archéologue distingué, membre 
« de l'Académie de Berlin. Il passa dans le dépôt municipal 
« en l'an II, avec toute la bibliothèque du président (plus de 
« 4,300 volumes, dont 62 manuscrits), confisquée sur son fils 
« émigré. 

« Ce manuscrit avait été communiqué aux savants auteurs 
« du Nouveau Traité de diplomatique (Dom Tassin et Dom 

1 . M. Whitley Stokes a bien voulu lire une épreuve de cette notice. 

2. Christophe-Paul de Robien, chevalier, baron de Kaer, vicomte de 
Plaintel, né à Rennes le 4 novembre 1698, conseiller au Parlement de Bre- 
tagne (1720) et président à mortier en 1724; mort le 6 juin 1756. 



80 G. Dottln. 

:< Toustain), qui n'en purent rien déchiffrer. Dom Taillan- 

:< dier écrivait à ce sujet, au président de Robien, le 26 no- 

< vembre 1753: « ... Nos deux diplomaticiens... ont reçu avec 
:< reconnaissance le beau manuscrit irlandais que vous leur 

avez envoyé. Ils l'ont déjà parcouru : ils y ont trouvé des 

lettres singulières dont ils comptent faire usage. Pour le 
:< fond des choses renfermées dans ce manuscrit, c'est un 

chiffre dont ils n'ont pas la clé... » On le vit bien par la 
:< notice qu'ils lui consacrèrent au tome III de leur ouvrage 
:< (p. 200, Ecriture onciah anglo-saxonne') : « ... Quoiqu'on 

l'ait cru fort ancien, » concluent-ils, « il ne doit être au plus 
:< tôt que de la fin du xn e siècle, puisque S. Bernard y est 

< cité... » Vingt ans plus tard, Dom de Vaines, dans son Dic- 
tionnaire raisonné de Diplomatique, t. I. p. 456, l'attribue au 
xm e siècle et en tire la « preuve que les Irlandois se ser- 

:< voient encore de la minuscule saxonne longtemps après la 
conquête d'Irlande, faite en 1171 par Henri II... » C'est 
d'après ces données des bénédictins que fut rédigée la notice 
du ms. irlandais qui figure sous le n° 138 dans la Description 
des manuscrits de la bibliothèque de Rennes, par D. Maillet, 
publiée à Rennes en 1837. 

« La première analyse sérieuse du recueil fut donnée en 1867 
à Dublin, par James Henthorn Todd, sous le titre : « Some 
account of the Irish manuscript deposited I by the président de 
Robien in the public library of Rennes, 18 pp. in-8. » Tirage 

à part des Proceedings of the Royal Irish Acadeinx, Irish mss. 

séries, vol. I, pp. 66-81. 



Première section. 

I. Fol. 1 r°, col. 1, 1. 1. Traduction irlandaise du De con- 
temptu mundi sive de miscriis humanae conditionis composé par 
Innocent III, publié chez Migne, Patrologia latina, t. 217, 



1 . On a expliqué plus haut quand et comment se fit ce dépôt. 



Le Manuscrit irlandais de la Bibliothèque de Rennes. 81 

col. 701-746. La division en chapitres n'est pas la même dans 
la traduction irlandaise que dans le texte original. 

Commence : Deo patri carisimo petro dei gra/ia portusenci 
.i. an anoir dia SLthar 7 peadflr daftiwdscnad^ an leab/;ar-sa 7 
indocens do bi in a deochain 7 in a cartanoir. « En l'honneur 
de Dieu le père et de Pierre a été commencé ce livre, et In- 
nocent qui fut diacre et cardinal. » 

Finit fol. 22 r°, col. r, 1. 19 : mur dtvbus an lebwr-so re 
n'abwrar i/mocent ar docnùdccht m ci/zed daewna. Finit 
« comme l'a prouvé ce livre composé par Innocent sur la 
honte de l'espèce humaine » . 

Ce traité est encore contenu en entier dans les manuscrits 
suivants : Paris, fol. 60 r°, col. 1 — fol. 72 r°, col. 2; Eger- 
ton 1781, p. 113 — p. 150, ou fol. 57'r — 75 v°. Lesmss.Eger- 
ton 93, fol. 147 a, et Egerton 91, fol. 1, en contiennent des 
fragments. 

Au bas du folio 14 r°, on lit le prénom Edmond ; au bas du 
folio 18 r°, col. 2, on lit le nom Roger macc Cragh. 

IL Fol. 22 r°, col. 1, 1. 20. Homélie. 

Commence : Foue[a]t in principio uirgo maria 1 meo .i. co iur- 
tacbtaigJÀ Muire bantigerna dam a tosach m' oibr/V/;ti. « Que 
madame Marie m'aide au commencement de mon œuvre. » 

Finit fol. 24 v°, col. 2, 1. 37 : qui cum deo ptf/re et sp*W/u 
sancto uiuit ac ragnat deus per ow/na s[e]c«la s[e]c/dor«;/;. 
Amen, finit. 

Ce morceau est aussi contenu dans le ms. de Paris, fol. 58 r°, 
col. 1 — fol. 59 v°, col. 2. 

Au bas du fol. 23 v°, on lit à l'envers : Marg darbscalbsuil 
dfocruin nabfaig bï ant suil do tsiar mura mbian angrad. 

III. Fol. 25 r°, col. 1, 1. 1. Homélie sur la sainte Vierge. 
Commence : Ut dixit bernardus in se/'mone de beatà maria 
u^-gine 2 etc, .i. adeir bemard nœm cid bé ni maith do b'ail let 

1 . C'est ainsi sans doute qu'il faut lire le mr du ms. de Paris, transcrit 
mater dans la Revue Celtique, t. XI, p. 398, 1. 29. 

2 . C'est sans doute le sermon De beata Maria virgine, à tort attribué à 
saint Bernard et publié chez Aligne, Patrologia lai ina, t. 184, col. 101 3-1022. 

Revue Celtique, XV. 6 



82 G. Dottin. 

do ullmugud, tabwr fa lam/;aib Mure hé. « Saint Bernard dit : 
quelle que soit la bonne chose qu'il t'a plu de préparer, remets- 
la dans les mains de Marie. » 

Finit fol. 26 r°, col. 2. 1. 10: acht beir le trocaire féin a 
flaitheamnus iatt. Finit. « mais conduis-les par la miséricorde 
même dans le royaume des deux ». 

IV. Fol. 26 r°, col. 2, 1. 11. Homélie. 

Commence : Grad/;aig/; do Dia 7 do tigerna os do craidhi 7 
6s- do chuiwne 7 os t'anam mur ade/r Matha 1 . « Aime ton 
Dieu et ton seigneur de tout ton cœur, de toute ton intelli- 
gence, de toute ton âme comme dit Matthieu. » 

Finit fol. 28 v°, col. 1, 1. 22 : eirgem docum dia 7 maram 
co bûan na fochwr in secwla secwlor^m. Amen. « Elevons-nous 
vers Dieu et restons éternellement auprès de lui. » 

La dernière ligne du fol. 26 v°, col. 2, qui termine le troi- 
sième cahier, est répétée au commencement du fol. 27 r°, col. 1 . 

V. Fol. 28 v°, col. 1, 1. 23. Homélie. 

Commence: Fons qui in alto ontur de facili ad loca inpmôra 
diuértatur .i. an tobar tsuididttr an inad/; ard is urusa a tarrsdng 
an inad isel. « La source qui est située dans un endroit élevé, 
c'est facilement qu'elle gagne un endroit moins élevé. » 

Finit fol. 29 r°, col. 2, 1. 17 : d' ar b' ainm Genuencis do 
ord na mbrathwr preciur don grad/;. Finit. Amen. « que l'on 
nomme Genuencis, de l'ordre des frères prêcheurs, de la cha- 
rité. » 

VI. Fol. 29 r°, col. 2, 1. 18. Traité. 

Commence : Do chorp Cr/'st and-so, ôir atat tri ni ré tu'icsin 
an«. <'■ Du corps du Christ [il est traité] ici, car il y a trois 
choses à y considérer ». 

Finit fol. 30 v°, col. 1, 1. 30: 7 cid bé g:\bus co midiwg- 
mala hé 7 n:\cb coimetann co duthnzf/;/ach do gebrt</ iîemri. 
Finit. Amen. « et quiconque le reçoit indignement et ne le 
garde pas avec de bonnes dispositions aurait en partage l'enfer » . 

1. Mathieu, XXII, 37 -, Luc, V, 27. 



Le Manuscrit irlandais de la Bibliothèque de Rennes. 85 

VIL Fol. 30 v°, col. 1, 1. 31. Traité de la Résurrection du 
Christ. 

Commence : Do eiseirgi xp d'eis a chésta ann so, 7 mur dli- 
g/;mitt a tuicsin do rer Bonauentwra r . « De la résurrection 
du Christ après sa passion [il est traité] ici, et comme nous 
devons l'entendre selon Bonaventure. » 

Finit fol. 31 v°, col. 2, 1. 15 : 7 a tiàhcad dçrhictcch an 
spirut nœm cétna mur adubruwtfr qui uiuit 7 régnât D^«s yer 
omnia secwla seclorww. Amen. « et le don profitable du même 
Saint Esprit comme nous l'avons dit, >•> etc. 

VIII. Fol. 31 v , col. 2, 1. 16. Traité de la Passion du 

Christ. 

Commence: Pasio Xri secundum Bernardww 2 .i. mur adeir 
Bernard naew ar pais xp. « C'est-à-dire comme dit saint Ber- 
nard au sujet de la Passion du Christ. » 

Finit fol. 33 v°, col. 2, 1. 28 : 7 na croiche céstâ, ac a 
facbail folamina fdsach. Finit. « de la croix de la passion en le 
laissant vide dans sa solitude. » 

IX. Fol. 33 v°, col. 2, 1. 29. Traité de la pauvreté. 
Commence : Don bochtacht and-so, ôir adeir bemard cwrab 

conùch an bochtacht toilem/;ail. « De la pauvreté [il est traité] 
ici, car Bernard dit que la pauvreté volontaire est heu- 
reuse. » 

Finit fol. 35 r°, col. 2, 1. 27: an dia 7 an duine qui uiuit 
ac ragnad deus \>cr omnh secula ceulomm. Amen. Finit. Amen. 
« Dieu et homme qui, etc. ». 

X. Fol. 35 r°, col. 2, 1. 28. Traité de la confession. 
Commence: Siad so na se cuingill dégc dMigis an faeisidin 

do beth indti amal iideir sanctus Towas. « Voici les seize con- 



1 . Au chapitre XXIII, De résurrection? Christi du Compendii Theologicae 
veritatis liber quartus de. Christi humanitate (Sancti Bonaventurae... opéra, 
Lugduni, Bordes, 1668, p. 749, col. 2). 

2 . Sans doute le Liber de passione Christi et dolorïbus et pîancttbus matris 
ejus, chez Migne, Patrohgia Mina, t. 182, col. 1133-1142. 



84 G. Dotlin. 

ditions qui doivent être dans la confession, comme le dit saint 
Thomas 1 . » 

Finit fol. 36 v°, col. 1, 1. 11 : cid ed icfair a pwrgatoir cacb 
bteth nacb icùiir ahus. Finit. « cependant sera payé en purga- 
toire tout jugement qui ne sera pas payé ici-bas. » 

XI. Fol. 36 v°, col. 1, 1. 12. Traité de la confession. 
Commence: Don faeisidin bèus À. a oidi 7 a zxhair inmai/z, 

i/zdisim mo chair do Dia 7 dibsi. « De la confession encore, 
c'est-à-dire : ô confesseur et cher père, je raconte ma faute à 
Dieu et à vous. » 

Finit fol. 37 v°, col. 2, 1. 19 : 7 breithewn«^ aithn^e do 
cengal oruw. Finit. « et le jugement du repentir à nous lier. » 

En marge de la première colonne du folio 37 v° on lit : is 
teirc duhze an Erin/z doni a faesid/'/z mur adeir an leabwr-so 
« il y a peu de personnes en Irlande qui lassent leur confession 
comme le dit ce livre ». Todd pense que cette phrase a été 
écrite par Charles O'Conor de Belanagare. 

Les trois dernières lignes du folio 36 v°, col. 2, qui ter- 
minent le quatrième cahier, sont répétées au commencement 
du fol. 37 r°, col. 1. 

XII. Fol. 37 v°, col. 2, 1. 20. Homélie. 

Commence : Do indarbad Luxeifir do neiw and-so sis. « De 
l'expulsion de Lucifer hors du ciel [il est traité] ci-dessous. » 

Cette homélie est formée de parties fort différentes. Elle 
commence par un récit de la création et des premiers temps 
du monde et se termine par un recueil de sentences morales. 

Elle finit inachevée fol. 43 r°, col. 1 : coma airsin dlegrtr 
dul co hinill dia caithem... acsinagaid... 

XIII. Fol. 43 r°, col. 2, 1. 1. Homélie. 

Commence : [zjelus dommus tue coraetit mé 2 .i. romgab et 
imo tegais, a de. In spin// nôem, in spintf do roisgi cech 



1. in Librum qtiartum sentetitiarum distinct. XVII, 39, 4, 4, 1. et Somme 
III, 9, 4, 4, I. 

2. Psaume LXVIII, v. 10. 



Le Manuscrit irlandais de la Bibliothèque de Rennes. 85 

spin/t ros'msoTchaid in eciais. « Le zèle pour ta maison me 
consume, ô Dieu. L'Esprit saint, l'esprit qui surpasse tout 
esprit qui a éclairé l'Eglise. » 

Finit incomplet fol. 44 v°, col. 2, 1. 27 : conid tria gresacht 
dvjbulda faslaigter forra iatt « en sorte que c'est par un attrait 
diabolique qu'ils sont attirés vers eux ». 

Cette homélie est contenue dans le manuscrit de Paris, 
fol. 22 r°, col. 1. 

Au milieu du blanc qui reste au bas de la colonne 2 du 
folio 44 v°, on lit la note suivante : 

air na sgnobhath re Eilb/;e- uat/; Hailiot/; eirionnt/;ac/; don 
Chmâhezdheth M/nleaid/; san blhgna de /;aois Xt 1755 Nan- 
netis. S. D. G. E. U. « écrit par Ailbhe O'Hally (O'Healy) 
irlandais, de la race de Mile, en l'an du Christ 1755, Nantes 
S. D. G. E. U. »'. 

Une pièce conservée aux archives départementales de Ren- 
nes 2 nous donne la liste des Irlandais résidant à Nantes en 
1756. Cette liste ne contient point le nom de O'Hally. Mais 
une note annexée à la pièce nous apprend qu'il existait à 
Nantes une communauté d'environ 50 prêtres et étudiants 
irlandais. C'est parmi eux sans doute qu'on trouverait l'anno- 
tateur du ms. irlandais de Rennes. 

XIV. Fol. 45 r c , col. i,l. 1. Recueil de sentences3 sur la pa- 
tience tirées de saint Augustin, saint Grégoire, saint Jérôme, 
saint Bernard, saint Jacques, saint Paul, Origène, Job, les 
Nombres, l'Ecclésiaste, le Lévitique, le Deutéronome, Isaïe. 

Commence : [PJaciencia s^czmdzmi AugM5/nzum etc. .i. aàeir 
Augustin cid bé bus {oigh'mdecb ac fulang an andlig^i is é bus 
laidm a f/rz///;t'amnus. « Augustin dit : celui qui sera patient 
pour supporter l'injustice, celui-là aura un règne plus puissant <*. » 

1 . Je dois cette traduction à MM. O'Growney et Douglas Hyde. 

2. Archives d'Ille-et-Vilaine, liasse C. 59. 

3 . Ce recueil n'est pas identique au Seinlillarum liber de Defensor (Migne, 
Patrologia latiha, t. 88, ccl. 597-713, bien qu'il s'en rapproche sur un grand 
nombre de points. Saint Bernard, qui est très souvent cité dans notre texte, 
ne figure pas dans le Scintillarum liber. 

4 . Qui ergo fuerit patientior ad injuriam, potentior constituetur in regno. 
Scintillai uni liber, c. II; Migne, Pair, lai., t. 88, col. 602 D. 



86 G. Dottin. 

Finit fol. 47 r°, col. 2, 1. 13 : ôir ni fétmâid aen ni maith 
do denwm na do ùgbail don taeb amuich do dia qui uiuit ad 
radnad àeus \>er omnm s[e]cula secul[orum]. Amen. « Car 
nous ne pouvons ni faire ni trouver rien de bon en nous pas- 
sant de Dieu, etc. » 

Un chapitre De pasiencia est contenu dans la pièce intitulée 
Liber centenillarum sentensiarum, ms. de Paris, fol. 101 r°, 
col. 1— 104 r°. col. 1. Cf. Revue Celtique, t. XI, p. 402. 

XV. Fol. 47 r°, col. 2, 1. 14. Recueil de sentences sur la 
charité, tiré des mêmes auteurs que le précédent. 

Commence : Labrum anos don trocaire. « Parlons maintenant 
de la charité ». 

Finit fol. 48 v°, col. 1, 1. 29 : a grasa fei/j dôib da n-eisergi 
on peccad « ses grâces mêmes à eux pour les relever du péché ». 

Un chapitre De caritate est contenu dans la pièce intitulée 
Liber centenillarum sentensiarum, ms. de Paris, fol. 10 1 r°, 
col. 1 — 104 r°, col. 2. Cf. Revue Celtique, t. XI, p. 402. 

XVI. Fol. 48 v°, col. 1, 1. 30. Traité. 

Commence : Adeir an lebar re n'aparnr flecto genua .i. Bo- 
nauentura 1 curab on foid/;kdi aderar cesad cr. « Le livre inti- 
tulé flecto genua, c'est-à-dire Bonaventure, dit que c'est de la 
patience que parle la passion du Christ. » 

Finit fol. 49 r°, col. 2, 1. 32 : 7 do saerad \n dui«e 6 na 
cumachtaïb. Finit. « Et l'homme a été sauvé des puissances. » 

XVII. Fol. 49 r°, col. 2, 1. 33. Recueil de sentences sur les 
peines de l'enfer, extraites de saint Augustin, saint Grégoire, 
saint Bernard, saint Jérôme, saint Chrysostome, Isaïe, l'Ecclé- 
siaste, saint Matthieu, saint Luc, les Actes des Apôtres, Hugues 
de Saint- Victor. 

Commence : Labrum do pein ifiVnw an« so. « Parlons du châ- 
timent de l'enfer ici. » 



1 . C'est sans doute le Soliloquium de quatuor mentalibus exercitiis (Sancli 
Bonaventurac opéra, Lugduni, Bordes, 1668, t. VII, p. 105, col. 1) qui com- 
mence en effet par les mots flecto genua. 



Le Manuscrit irlandais de la Bibliothèque de Rennes . 87 

Finit fol. 52 r°, col. 2,1. 22: 7 ic dol a flfl/7/.œamnus do 
cumsznaà sa gloir suthflm tri bithu. Finit. « Et allant dans le 
royaume des cieux pour reposer dans la gloire éternelle dans 
les siècles des siècles. » 

XVIII. Fol. 52 r°, col. 2, 1. 23. Version irlandaise par 
Finghin O'Mahony des Voyages de Sir John Mandeville. 

Commence : Locc don lebur-sa Ross Broin a crich hua nE- 
çhach Muman 7 pearsa dô Seon Maudauil, ridt'ri do muiwdtir 
rig Saxan, do faccaib Saxa la feile Michil 7 do siblaig moran 
do tbinlmb in domain mar ata an Fraingc 7 an Almain 7 ant 
slige assin co hlâxusalem. « L'endroit où est ce livre est 
Rossbrin, dans le territoire des O'Echach du Munster, et 
son auteur est Jean Mandeville, chevalier de la maison du roi 
d'Angleterre, qui quitta l'Angleterre à la fête de saint Michel 
et parcourut un grand nombre de pays du monde tels que la 
France, l'Allemagne, et la route de là à Jérusalem. » 

Finit incomplet, fol. 69 v°, col. 2, dernière ligne : 7 mordu 
do tïgernaibh 7 do ridmb .ii. 7 bid da airdespw/c .x. 

La lacune est d'un folio ; il reste encore du folio disparu 
une marge étroite sans trace d'écriture. 

La dernière ligne de la colonne 2 du folio 66 v° est répétée 
au commencement du folio 67 r° qui commence maintenant le 
huitième cahier. Mais ce cahier commençait anciennement 
par un feuillet blanc dont il reste une marge étroite. Ce 
feuillet blanc, et le feuillet dont nous venons de parler, com- 
plètent le huitième cahier. 

Au bas du folio 69, on lit cette phrase écrite par la même 
main que le texte : Dardséin manwddla iwdiu 7 ar comurci 
an fer do caithes iwdiu dam/; 7 a Cill Creïdhi damh 7 domaitfoii 
ni gûitrengrtc/; an vam.nd.ter gd tu. « C'est aujourd'hui le jeudi 
saint et je me mets sous la protection de celui que j'ai reçu 1 
aujourd'hui, et je suis à Kilcrea 2 et la communauté avec la- 



1 . Littéralement « mangé ». 

2. John Fleming, Old lrish and the spoken language, dans The Aca- 
demy, 1889, t. I, p. 171, col. 1. 



88 G. Dottin . 

quelle je demeure... » La copie de notre texte irlandais a 
donc été faite à Kilcrea, comté de Cork. 

Le récit des Voyages de Mandeville est encore contenu dans 
le ms. du British Muséum : Egerton 1781, fol. 129, col. 1 — 
146 col. 4 (pp. 255-299). Le texte est également incomplet à 
la fin, mais la lacune est moins considérable que dans le ms. 
de Rennes. La langue des deux mss. a été étudiée par John 
Abercromby, Two Irish 15* century versions of Sir John 
Mandeville's travels, Revue Celtique, t. VII, p. 66 sq., 210 sq., 
358 sq. 

XIX. Fol. 70 r°, col. 1, 1. 1. Traité connu sous le nom de 
Teanga bithnua. « La langue toujours nouvelle ». 

Commence : [Ajirdrig/; ûasal an dom/jain, is treisi na car/; 
ri, is airài na gach tig^rna. « Grand Roi suprême du monde, 
plus fort que tout roi, plus élevé que tout seigneur. » 

Finit fol. 74 r°, col. 2, 1. 4 : 7 bâ hé in tecusc sin tue in 
t[eng]a b[ith-nûa] tosach in creidi/zz. Finit. « Et voilà l'ensei- 
gnement que donna la langue toujours nouvelle au commen- 
cement du christianisme. » 

Ce texte est encore contenu dans les mss. suivants : Paris, 
fol. 24 r°, col. 1—27 v°, col. 1 ; Livre de Lismore, fol. 46- 
52 ; Egerton 171, p. 44-65 ; Trinity Collège Dublin H. 2. 16, 
col. 700-707; Phillips 9754, fol. 7 r°-9 r°. Le texte du livre 
de Lismore commence par les mots : In principio fecit Deus 
coelum et terram. 

XX. Fol. 74 r°, col. 2, 1. 5. Fragment d'une vie de saint 
relatif aux rapports -de saint Brendan avec sainte Brigitte. Ce 
fragment commence par l'épisode des monstres marins, se con- 
tinue par l'épisode du rayon de soleil ; il se termine par le 
commencement du récit d'un troisième miracle de Brigitte. 

Commence: Seacht mbliadna bôi Brenuizzzz for muir ic iar- 
rair t/;ire tarrngrre. « Il y avait sept ans que Brennuinn était 
sur mer cherchant la terre promise. » 

Finit : 7 fo/-femd/;es a bleith and... 

L'épisode du rayon de soleil qui ne se trouve point dans la 
vie de sainte Brigitte éditée par M. Whitley Stokes, Lives of 



Le Manuscrit irlandais de la Bibliothèque de Rennes. 89 

saints from the Book of Lismore a été publié d'après le Leabhar 
Breac par M. Whitley Stokes, Three middle Irish homilies, 
p. 83. Cet épisode est traduit de Colgan, Trias thaumaturga, 
secunda viia, c. 7 ; tertia vita, c. 92. Le commencement de la 
pièce se trouve à la page 41 du ms. des Franciscains de Dublin, 
qui porte le nom de Liber Hymnorum. Il est cité chez Stokes, 
Lives of saints from the Book of Lismore, p. 353, cf. 333. 

Le verso du folio 74, aux deux tiers blanc, contient la note 
suivante : 

Ambitiosus honos, luxus, turpisque voluptas, 

hase tria pro trino numine mundus habet. 

Misi Emand og o CealluigZ? do scnobb an rawd laid/misi a 
Baile puirt an ridm .i. an sa Gleand an se'ueth la do mi Au- 
gust 1599 an cet blian do cogad/; Muimnec/; an aigaid&i Gall 7 
go ma leosan creoctas si» ma t/;a toil Dia Ymn docum na 
guig/;i si;/ do d/;enaw. « C'est moi, le jeune Edmond O'Kelly 
qui ai écrit ce distique latin à Baile puirt an rideri x , c'est-à- 
dire dans la Vallée, le sixième jour du mois d'août 1599, la 
première année de la guerre des habitants de Munster contre 
les Anglais 2 . Puisse cette violence retomber sur eux, si la vo- 
lonté de Dieu est avec nous pour faire cette prière. » 

Une phrase à moitié effacée à la suite de la note précédente 
nous donne le nom de Tomas mac hEdbhard (Edward) et la 
date du 19 janvier 1640 : mile se ced agus da xx aois cr. 



Deuxième section. 

XXI. Fol. 75 r°, col. i,l. 1. Vie de saint Colman mac 
Luachain. Cette vie semble n'avoir pas été connue de Colgan 
qui donne seulement une courte notice de saint Colman 3 et 
nous apprend que la fête de ce saint tombait le 30 mars. 



1 . Todd, d'après Reeves, conjecture que ce doit être Glin ou Glenn-Cor- 
braighe, comté de Limerick. 

2 . L'expédition malheureuse du comte d'Essex en Munster, d'après Todd. 

3. Acta sauctorum Hiberniae, t. I, p. 792-793. 



90 G. Dottin. 

Dans les Annales des Quatre Maîtres, publiées par O'Dono- 
van, t. II, p. 1015, on trouve à l'année 1122 une note rela- 
tant la découverte de la châsse de saint Colman. 

Commence : Uiriliter agite et confortetur cor uestvum omnes 
qui speratis in Domino 1 . An spirat noem, in sn'irat as uasle car/; 
spirat. « L'Esprit saint, l'Esprit qui est le plus élevé que tout 
esprit. » 

Finit fol. 89 v°, col. 2, 1. 15 : 7 is se dorigne scrm \ni na 
taisib cetni. Finit. « Et c'est lui qui a fait un sanctuaire pour 
les mêmes reliques. » 

La dernière ligne du folio 84 v°, col. 2, est répétée au com- 
mencement du folio 85 r° qui commence le dixième cahier. 

XXII. Fol. 89 v°, col. 2, 1. 16. Une main moderne a écrit 
à la suite de la pièce précédente, avec une encre très pâle, un 
morceau de piété qui se termine inachevé au bas de la colonne. 
Ce morceau assez difficile à lire et d'une orthographe défec- 
tueuse commence par les mots : Tri padricha dognait/; gabh 
ar tus do Mure. « Chante toujours d'abord trois pater pour 
Marie. » 

Il ne reste que les talons des trois folios terminant le 
dixième cahier. 



Troisième section. 

XXIII. Fol. 90 r°, col. 1, 1. 1. Dinn-senchas, recueil de 
légendes en prose et en vers, sur les noms géographiques de 
l'Irlande. M. Whitley Stokes pense que le Dinn-senchas a été 
compilé au xn e siècle. 

Commence: Senchas dind Erend inso, dorigne Amorgcin 
mac Amhalga, in fili do na Déisib Temrach, ba file féin mie 
Cearbaill. « Archéologie géographique d'Irlande ci-après, que 
composa Amorgein Mac Aulay, poète des Dési de Tara, poète 
lui-même du fils de Cerball. » 

1 . Psaume XXXI, v. 24. 



Le Manuscrit irlandais de la Bibliothèque de Rennes. 91 

Finit incomplet fol. 125 v°, col. 1, dernière ligne. Cette 
dernière colonne est effacée et fort difficile à lire. 

La seconde colonne du fol. 125 r° se termine par : nar/; rab 
aidblad/; do gabail rigi n-Ulad. 

Le texte du Dinn-senchus est encore contenu dans les mss. 
suivants: Livre de Leinster, p. 151-170, 191-216 du fac- 
similé; Livre de Ballymote p. 349-410 du fac-similé; Livre 
de Lecan, p. 461-525 ; ces trois mss. font partie de la Biblio- 
thèque de la Royal Irish Academy; H. 3. 3, de la bibliothèque 
de Trinity Collège, Dublin, f° 36. Le Rawlinson B, 506, de 
la Bibliothèque Bodléienne d'Oxford contient, p. 11-15, environ 
un tiers de la partie en prose du Dinn-senchus; M. Gaidoz a 
signalé dans la Revue Celtique, tome VI, p. 113, un frag- 
ment du Dinn-senchus dans le ms. Kilbride XVI de la Biblio- 
thèque des avocats d'Edimbourg 1 . 

Le texte du Rawlinson B. 506, a été publié avec une tra- 
duction anglaise, des notes critiques et explicatives par 
M. Whitley Stokes, Folklore, t. III, 1892, p. 467-516. 

Il manque deux folios au milieu du quatrième cahier de la 
seconde partie du ms. Ces deux folios seraient compris entre 
le folio 114 et le folio 115. Cette lacune a été signalée par 
M. Whitley Stokes. 

La seconde colonne du fol. 125 v° semble avoir contenu 
de courtes notes en écriture cursive. Cette écriture a été 
grattée ; on n'en distingue plus que quelques lettres. Au milieu 
de la colonne on a écrit sur l'ancien texte une note en gros 
caractères, assez effacés. 

A la fin de cette note on peut lire : milesimo quinqna- 
gesimo[.s7f, lisez : quingentesimo] ottagesemo sexto. Cette date 
de 1586 est la plus ancienne des dates contenues dans notre 
manuscrit. 

G. DOTTIN. 



1 . M. Whitley Stokes nous apprend que le ms. XIX de la bibliothèque 
des avocats d'Edimburg contient un poème géographique qui n'est point le 
Dinn-senchus. 



MÉLANGES 



UN ANCIEN USAGE DE L'ÉGLISE CELTIQUE. 

M. l'abbé Duchesne a réédité dans la Revue de Bretagne et de 
Vendée, de janvier 1885, une lettre des évêques Licinius (de 
Tours), Melanius (de Rennes), et Eustochius (d'Angers) 
aux prêtres bretons Lovocatus et Catihernus. Comme le fait re- 
marquer M. Duchesne, c'est le plus ancien document se rap- 
portant à l'émigration bretonne en pays armoricain. Cette 
lettre est en effet écrite vers la fin du règne de Clovis ou peu 
après sa mort. Parmi les griefs de ces saints évèques, je relève 
le suivant (je reproduis la traduction de l'abbé Duchesne) : 
« Aussi avons-nous cru devoir vous avertir et vous supplier, 
pour l'amour du Christ, au nom de l'unité de l'Eglise et de 
notre commune foi, de renoncer, aussitôt que la présente lettre 
vous sera parvenue, à ces abus de tables en question que nous 
ne doutons pas sur votre parole avoir été consacrées par des 
prêtres, et de ces femmes que vous appelé^ conhospitae, d'un nom 
qu'on n'entend ni ne prononce sans un certain tremblement, d'un 
nom propre à diffamer Je clergé et à jeter la honte et Je discrédit 
sur notre sainte religion. C'est pourquoi, selon la règle des Pérès, 
nous ordonnons à votre charité non seulement d'empêcher ces fem- 
melettes de souiller les sacrements divins en les administrant illi- 
citement, mais encore de n'admettre à habiter sous votre toit aucune 
femme qui ne soit votre aïeule, votre mère, votre sœur ou votre 
nièce ». Cet abus, d'après M. l'abbé Duchesne, consistait à 
confier à des femmes la distribution de l'eucharistie sous l'es- 



Mélanges. 95 

pèce du vin, et, en général, l'assistance du prêtre à l'autel, le 
ministère diaconal proprement dit. C'était, paraît-il, la résur- 
rection de l'hérésie que les pères d'Orient appellent Pépon- 
dienne, en l'attribuant à un certain Pepundius, et qui, à ce que 
croit l'abbé Duchesne, a particulièrement contristé les prélats. 
Le nom paraît réellement tiré de la ville de Pepu^e. 

Cet usage a-t-il été général dans l'église celtique ? Un docu- 
ment reproduit par Haddan et Stubbs (Connais and ecclesias- 
lical documents relating to Great Britain and Ireland, II, part. II, 
p. 292), ferait incliner pour l'affirmative. Ce document, en 
tout cas, est au moins aussi ancien, d'après Haddan et Stubbs, 
que le milieu du vm e siècle (voir p. 294, note a). C'est une 
espèce de sommaire de l'histoire de l'église celtique en Irlande. 
Parmi les traits indiqués comme caractéristiques de l'état an- 
cien de cette église (primus ordo Catholicorum sanctorum), à 
l'époque la plus ancienne (440-543 ?) je relève ce qui suit: 
« Mulierum administrationem et consortia non respuebant, quia 
super petram Christi fundati, ventum tentationis non time- 
bant. » A l'époque suivante (secundus ordo) (543-599), cet 
usage a disparu : Abnegabant mulierum administrationem, sépa- 
rantes eas a monasteriis. 

Il semble donc certain qu'à l'époque la plus ancienne, au 
moins jusqu'au commencement du vi e siècle, l'église celtique 
ait été infectée de l'hérésie pépundienne ou pépuçienne. 

J. LOTH. 
II. 

-YCH A LA 2 e PERSONNE DU SG. EN GALLOIS. 

M. Whitley Stokes, dans son travail The neo-celtic verb sub- 
stantive, p. 29, signale comme forme de Yinjonctifkh 2 e pers. 
du sg. bych. Cette terminaison -ych se trouve à côté de -yt à 
la 2 e pers. du sg. du conjonctif: a chymer y niver a vynuych 
gyt athi « et prends le nombre que tu voudras avec toi » 
(Gr. Cek. 2 , p. 5 12). Il est impossible de songer à voir ici une 
confusion entre la 2 e pers. du pluriel et celle du sg. : cette 
explication ne serait possible que si, en gallois, au moins dia- 
lectalement, le tutoiement avait disparu au profit des formes 



94 Mélanges. 

plurielles de la 2 e personne ou bien si l'inverse s'était produit : 
ce qui n'est pas le cas. M. Whitley Stokes voit dans ch le ré- 
flexe du pronom grec uii ou de son enclitique goi, ce. C'est 
une explication à laquelle il a sans doute renoncé depuis long- 
temps, jj étant dû aux cas obliques, et zi = xFl. Les formes 
en -ych de la 2 e pers. du sg. me paraissent devoir être rappro- 
chées des 2 es personnes de l'impératif moyen du sanscrit en 
-sva :dhatsvâ, impér. moy. 2 e pers. de la racine dha — indo- 
eur. dhë, placer (Brugmann, Grundriss, II, p. 1328). Sva est 
le pronom réfléchi. Si on remarque que, comme en sanscrit, 
c'est à la 2 e pers. de l'injonctif que ces formes se montrent de 
préférence, le doute sur la valeur de -ch n'est guère permis. Il 
faut surtout rapprocher des formes sanscrites des formes 
comme : henffych ivell, porte-toi bien, salut, vieux-gallois anbiic 
guell (Oxon. post., Gr. Celt. 2 , 1063; gloses considérées à tort 
comme comiques). La formation galloise remonte-t-elle à 
l'unité indo-européenne ? 

La forme bec h = gall. bych est en usage, en Bretagne, à 
Saint-Gilles-Pligeaux (Côtes-du-Nord). 

J. Loth. 

III. 
-HOIAM = HWYAF. 

Le gallois a pour comparant à hl-r, long = irl. sl-r, bwy — 
irl. sia (=■ *sê-jos et non sî-jos?) et pour superlatif bwyaf 
formé probablement sur bwy. Le breton armoricain n'a rien, 
à l'époque moderne, qui rappelle bwy, ni Irwyaf. Le Cartulaire 
de Redon qui nous a déjà conservé le superlatif leiam, le plus 
petit, = gall. lleiaf dans salina leiam, me semble avoir éga- 
lement l'équivalent de hwyaf, c'est-à-dire hoiam en compo- 
sition dans des noms propres comme Hael-boiam, Iarn-hoiam, 
Posid-boiii(m), Rcenhoiam, Uuiu-hoiam. 

J. Loth. 

IV. 

GJVELED. 

On rapproche habituellement le gallois et breton gweled, 



Mélanges. 95 

voir, du grec z z soj et du latin vereri. Le vocalisme grec n'est 
pas un obstacle insurmontable à cette identification, mais r 
pour / m'en paraît un sérieux. La racine vel- me semble iden- 
tique avec celle qui a donné le latin velle, goth. viljan, lit. 
wêlyti, désirer, skr. var-, choisir. L'écart de sens entre voir et 
vouloir n'est guère plus grand qu'entre voir et savoir (video, 
z'izy?). Un idiotisme gallois actuel le montre bien. Pour tra- 
duire notre s'il vous plaît, on dit couramment : os gwehvch yn 
dda, si vous le trouvez bon, si vous le voulez bien; en don- 
nant à gwelwch le sens habituel, on traduirait : si vous le voye^ 
bon! 

J. LOTH. 

V. 

RESTES DE NEUTRE EN BRITTONIQUE. 

Les noms neutres dans les dialectes brittoniques ont géné- 
ralement passé au masculin, comme le montre la comparaison 
avec l'irlandais. Deux mots me paraissent cependant avoir con- 
servé la forme neutre ancienne ou plutôt devoir être expliqués 
par elle: l'un est gallois, deigr, larme; l'autre, breton, tra, chose. 

On trouve dans les dictionnaires gallois les formes deigr, 
dagr pour le singulier, dagrau, deigron pour le pluriel. La forme 
la plus ancienne pour le singulier paraît être deigr. C'est celle 
que donne le Livre Noir (deigir avec i irrationnel, Skene, 
Four anc. boohs, II, p. 61, vers 28), et aussi du Livre de Ta- 
liesin : bum deigyr yn aiuyr, je fusse larme (goutte) dans l'air. 
Le pluriel dans ce dernier livre est dagreu (ibid., p. 136, 
v. 20 ; p. 124). Dagr a été formé sur dagrau et facilité par les 
composés comme le vieux-gallois dacr-lon, gl. uvidus (dacr ■==■ 
*dacriï). Deigron se dénonce comme récent; c'est un double 
pluriel formé comme meibion, fils, breton mibien, qui suppo- 
sent respectivement meib et meb ; deigron suppose deigr. Deigr 
n'est pas réductible à àacrh, Vu bref final ne produisant nulle- 
ment infection. Deigr remonte à dacrit, forme à rapprocher 
des formes latines comme pecil, verû, genû, cornu et des formes 
adjectives védiques en û comme purû : purû-vâsu, beaucoup 
de bien ; purû, multa (Brugmann, Grundriss, II, pp. 557, 684). 



ç)d Mélanges. 

Le mot tra, chose, présente cette particularité de subir la 
mutation sonore dans son initiale au singulier, tout en n'étant 
pas féminin : an dra man, cette chose-ci, eun dra, une chose; 
mais daou dra, deux choses, et non diou dra. Le pronom usité 
pour ce mot est le pronom masculin neutre. Les grammai- 
riens bretons comme Hingant en ont été eux-mêmes frappés 
et citent le mot comme une exception à la régie qui veut que 
les féminins seuls subissent la mutation au singulier. Je ne 
vois d'aure explication possible à ce phénomène qu'en suppo- 
sant dans tra un ancien neutre. A part les noms en -o, en 
indo-eur., le nominatif-accus, sing. neutre n'était autre chose 
que le thème nu. Tra a dû être un thème vocalique neutre et 
aura ainsi provoqué la même mutation que les thèmes fémi- 
nins tout en conservant son genre. Le pluriel est traou. Il en 
est de même en comique: an dra ma, cette chose-ci; plur. 
traow. Le mot n'existe en gallois que comme suffixe en compo- 
sition: cyflcusdra. 

J. LOTH. 

VI. 

HYD, FED; FENOS, FETEZ. 

Le Dictionariutn duplex de Davies donne, au mot hyd, le 
long de, durant, la îormtfed pour le pays de Dyfed. Ce dou- 
blet me paraît expliquer d'une façon plausible les expressions 
suivantes citées par M. Ernault dans son Glossaire moyen-breton 
au mot benary: a jet nos, de nuit, vannet. a fœd-no^, pendant 
la nuit. Les expressions hed dé, hed an de^, hedan nos, sont cou- 
rantes. Il me paraît inutile et impossible de supposer ici le mot 
jet du français fait. 

La forme du moyen breton ve% nos, cette nuit, existe encore 
au Faouët (Haute-Cornouailles) sous la forme fesnos. 

Le doublet fed me parait rendre difficile le rapproche- 
ment, ingénieux d'ailleurs et plausible, que M. Ernault a fait 
defetei%, vetei%zvec benary, biscoa^, bi^viquen. 

Le vannetais aurait, d'après lui, mieux conservé l'initiale 
primitive dans bité (Dict. de l'Ami, au mot maishuï). Ce mot 
existe en bas-vannetais et en Haute-Cornouailles sous la 



Mélanges. 97 

forme bété dans des expressions comme : ne chôme' ket beté du^e, 
ne restez pas indéfiniment là-bas ; ma beté ober on dra, il est 
un temps infini à faire une chose. Beté remonte certainement à 
beth -j- de~, comme a dit M. Ernault. Mais, en Haute-Cor- 
nouailles, à côté de beté, existe la formé fêté qui me paraît irré- 
ductible à l'autre. 

Il est fort possible que dans d'autres dialectes les formes 
composées de beth, luth et de fed se soient confondues par 
suite de la composition syntactique (*vete%, * a vete% = *a 
bete^) et que l'explication de M. Ernault soit à retenir pour 
plusieurs d'entre elles. 

Pour fe^ no%j beth semble à première vue plus plausible, 
mais le changement de t en spirante sonore devant n est un 
phénomène bien connu en moyen-breton, dans les noms com- 
posés : Ca^jieved, Caneved =■ Cat-nemet. 

A Saint-Gilles-Pligeaux, on se sert de la forme vénos et 
même véd en nos (véd = féd dans ce sous-dialecte), forme 
décisive en faveur de mon explication. 

J. LOTH. 

VII. 

ROTGUIDOU. 

Dans les délimitations de champs, en gallois, du Livre de 
LlandafF apparaît le mot rotguidou : tref eithinauc di nant hirot- 
guidou (édit. Rhys-Evans, p. 126) « de Trê Eithinog jusqu'au 
ruisseau des Rhodividdè (ibid, p. 366). A la page li de l'intro- 
duction de l'édition nouvelle de MM. Rhys-Evans, dans le 
vocabulaire des mots non traduits, on propose pour Rotguidou 
la traduction de forts en bois, et on rapproche rot de l'irlandais 
ràth. Rotguidou a donné en gallois moderne rhodiuyddêu ou avec 
l'écriture adoptée actuellement pour le pluriel rhodwyddau 
(dans la prononciation rhodwydda ou rhodwydde) , pluriel de 
rhodwydd, mot bien connu en breton comme en gallois, mais 
mal compris par les Gallois actuels. Le sens véritable de rho- 
dwydd n'est pas open course comme le prétend Owen Pughe, 
mais bien gué, passage sur une rivière : ar rodwydd Forlas y 
Revue Celtique, XV. 7 



98 Mélanges. 

gwyliaf « sur le gué de Morlas je veillerai » (Llyiv. Hen, d'après 
Pughe). Le Cartulaire de Landevennec a fort heureusement 
traduit ce mot : rodoed Carn, id est vadum corneum. 

Rodocd se retrouve dans le nom de commune Rodocd-gallec 
(charte de 1160), Roudoeç-gallec (1521), aujourd'hui Roud- 
oualléc (prononcez Roiukuàlcc), canton de Gourin, arrond. de 
Pontivy, anciennement de l'évêché de Cornouailles. Il existe 
encore treize ou quatorze noms de lieu en rodoué (= rodoe's) 
dans le Morbihan, indiquant tous des ponts on passages sur des 
ruisseaux (v. J. Loth, Chrestom. bref., p. 162). 

Quoi que l'on pense de la terminaison (il est possible que 
guid- signifie bois et que le sens primitif ou amené par l'éty- 
mologie populaire ait été passerelle en bois), rot- doit être rap- 
proché de rhodio, traverser, marcher, de rhaivd, chemin, et 
vraisemblablement de l'irlandais moderne rod, chemin, pas- 
sage. Il faut sans doute le séparer de l'irlandais roth, roue, et 
du latin rota. Rot- me semble tiré de la même racine que le 
gaulois ritu (Augusto-ritum) dont il a le sens, gallois rhyd, 
gué; au lieu de remonter comme ritu- a *prtu-, allem. furt, il 
supposerait * prj- avec liquide sonante longue. Pour la racine 
à des degrés différents, et pour le sens, cf. icepctw, portus. 



J. Loth. 



vm. 

SEOUANA. SEOUANI. 



Le ~qu- de ces deux noms propres a déjà fait verser des flots 
d'encre sans qu'on soit arrivé à une solution satisfaisante. Si 
on a affaire réellement à un -qv- vieux-celtique, ne donnant 
pas p en gaulois, on est en présence d'un phénomène celti- 
quement inexplicable. Il y a, ce me semble, un moyen de dé- 
barrasser la phonétique celtique de ce cauchemar : c'est de voir 
dans Sequana, et par conséquent dans Sequani un mot com- 
posé : Seco-vana ou secu-vana, forme que les Romains ne pou- 
vaient traduire dans l'écriture autrement qu'ils l'ont fait. Je ne 
me hasarderai pas à chercher l'étymologie de ce mot. Je terai 
remarquer seulement que les langues brittoniques possèdent 



Mélanges. 99 

une racine sec- qui signifie couper : gallois besg, armor. hesc, 
irl. sescenn, sorte de glaïeul à bords coupants, = sec-sco ; bes- 
ken, scie. Quant à -luana, on pourrait le rapprocher du gallois 
gwanu, percer, pénétrer à travers. 

J. LOTH. 

IX. 

ESOX. 

Le latin esox, esocem, saumon, a pour correspondant le gallois 
eaïug, eog, armoricain eeuc on eoc = * esàcan = indo-européen 
*esôcn. Le vieil-irlandais eu — *esox, génitif iach. L'emprunt 
par les Latins n'est pas douteux. Emprunté par les Celtes, à 
l'époque romaine, le mot eût conservé s médial. La disparition 
de Y s montre que s est s simple intervocalique. Latin, esox eût 
évolué en erox. Dans mon travail sur les Mots latins en britto- 
nique, j'ai fait la remarque que esox avait été emprunté à une 
époque où ô long indo-européen n'était pas encore devenu â 
en celtique ou était venu aux Latins par une fraction des 
Celtes qui n'opérait pas encore cette transformation. La suppo- 
sition est erronée. Il y a une explication de ce phénomène à 
la fois plus vraie et plus intéressante. Les Latins ont généralisé 
dans leur déclinaison Pô fermé du nominatif. L'irlandais eu 
-=■ * esux, esox et montre fermé, par conséquent ô non accen- 
tué. Le gallois eaïug, arm. eeuc remonte à *esâcan avec l'accent 
sur la pénultième. Nous arrivons donc à ces formes pour le 
vieux-celtique: nominatif ésôx, accus. *esâcan. Le doublet breton 
eoc, eeuc n'a rien d'extraordinaire-: ôc se colore ou recolore 
souvent en ôc après e : Tremeoc, près Quimper, en moyen-ar- 
moricain, Treff-maeheuc ; cf. Lan-vèoc. 

Le saumon coureur porte en breton le nom de keur-euc. Il 
me semble que le premier terme est identique au gallois cawr, 
géant, irl. air, héros, champion; cf. corn, cawr-marcb, cha- 
meau. Keur-euc aurait le sens de grand saumon. Je ne connais 
pas d'autre exemple de keur en breton. 

J. Loth. 



l oo Mélanges 

X. 

GOUR. 

On fait venir la particule gour, du breton, de vor, et on 
l'identifie avec le gaulois ver. En quoi faisant, on confond en- 
semble deux particules bretonnes de sens et d'origine tout à 
fait différents. L'une, gour, guor, wor = ver- et a une valeur 
intensive et augmentative. L'autre, au contraire, a une valeur 
diminutive : gour-gle^e, épée courte, poignard ; gour-hent, petit 
chemin ; gour-vade^, petit baptême, ondoiement ; gour-^én, 
petit homme ; gour-ni^, petit-neveu. On remarquera que cette 
particule amène la transformation des sourdes en sonores, des 
sonores en spirantes, et paraît avoir eu une terminaison vo- 
calique. L'irlandais a une particule identique : gor : gor-mhac 
traduit par O'Reilly par grandson, nephew ; dans le Félire, 
gormac a le sens de fils adoptif (p. clxviii). Le g de l'irlandais 
montre que le g breton est étymologique et que cette particule 
est absolument différente de la première. 

J. LOTH. 

XL 

A PROPOS DE CALEMAY. 

Godefroy, dans son Dictionnaire de l'ancien français, trouvant 
le mot breton calemay dans une charte française du xv e siècle, 
l'a traduit par Chandeleur. J'ai relevé l'erreur au mot calan 
dans mes Mots latins en brittonique (vocabulaire). Calemay est 
pour calanmae les calendes, le premier de mai. Le mot est en 
usage aujourd'hui encore. En comique on avait de même 
Kalcmay. On pouvait se demander où M. Godefroy avait pris 
cette singulière traduction. Il l'a prise dans le Dictionnaire de 
Kelham, qui a vu dans Kalamay, Candlcmas ! 

Les savants les plus éminents ont eu quelquefois de ces mé- 
prises. C'est ainsi que Lhwyd (Arch. brit., p. 182) traduit le 
mot camps de la grammaire de Maunoir par the dawning of the 



Mélanges loi 

day, pour avoir mal compris aube (de prêtre). Ce qu'il y a de 
plus singulier, c'est que dans sa reproduction du dictionnaire, 
il l'explique correctement. 

Polwhele, qui savait encore plus mal le comique que Bor- 
lase et Pryce réunis, dans son History of Cornwall, traduit da- 
ladur, doloire, par platane, parce qu'il a trouvé quelque part 
à côté du mot comique la traduction anglaise plane, qui a les 
deux sens. J'en passe et des meilleures. 

J. Loth. 



XI. 



GAUFREI DE MONMOUTH ET LE LIVRE 
DE LLANDAF. 

Dans sa préface à l'édition diplomatique du Livre de 
Llandaf qu'il vient de publier avec la collaboration de M. Rhys, 
M. Gwenogfryn Evans émet l'opinion que le compilateur- 
auteur de ce recueil ne serait autre que Gaufrei de Monmouth 
(pp. xviii-xxviii). A l'appui de cette hypothèse, il n'apporte 
guère que d'ingénieuses présomptions. Sans entrer à fond dans 
une discussion qui entraînerait une étude minutieuse et fort 
longue du Livre de Llandaf, je crois- pouvoir dès maintenant 
opposer à l'hypothèse de M.. G. Evans des arguments irréfu- 
tables de fonds et de forme. 

La doctrine de Gaufrei, en ce qui concerne l'église galloise, 
est entièrement opposée à celle du Livre de Llandaf. Dans 
celui-ci, nous lisons que saint Germain et saint Loup consa- 
crèrent Dubrice archevêque de toute la Bretagne du sud, et 
qu'avec l'agrément du roi Mouric, ils établirent son siège ar- 
chiépiscopal à Laniam (Llandaf — De primo statu Landavensis 
Ecclesiae, p. 68-69; c ^ ylta Oudocei, p. 131-132; vita Tei- 
liavi, p. 98 et suiv., passim.). Gaufrei (Hist. IV, 19) fait 
créer du temps du pape Eleuthère trois archevêchés, l'un, à 
Yorc, l'autre à Londres, un troisième à Caer Lleon. C'est de 
ce dernier que relèvent les églises galloises. Livre VII, 3, dans 
la Prophétie, Gaufrei fait passer la dignité archiépiscopale non 
à Llandav, mais à Menyw : Menevia pallio Urbis Legionum in- 



102 Mélanges. 

duetur. Livre VIII, 12, Aurelius donne Eboracum à saint 
Samson, plus tard archevêque de Dol, et Urbem Legionum à 
Dubrice. On remarquera que Gaufrei et le Livre de Llandav 
sont encore en complet désaccord en ce qui concerne S. Sam- 
son. Gaufrei fait Samson d'abord archevêque d'York, puis, 
les payens l'en ayant chassé, archevêque de Dol (IX, 7). Le 
Livre de Llandai le fait ordonner successivement diacre, prêtre, 
évêque par Dubrice, puis l'envoie en Armorique fonder le 
monastère de Dol (vita Samsonis, pp. 6-24). 

Suivant Gaufrei (IV, 19), lors de l'établissement du chris- 
tianisme en Bretagne, du temps du roi Lucius et du pape Eleu- 
thère, il se serait fondé 28 évêchés. D'après le livre de Llan- 
daf (p. 26), 15 évêques seulement auraient été ordonnés. Le 
Livre de Llandaf mentionne le martyre d'Alban, de Julien et 
Aaron (p. 26, 225). Il n'y est pas question du fabuleux Am- 
phibalus de Gaufrei (Hist. V, 5 ; VI, 5 ; XI, 4). 

Le style de Gaufrei présente un contraste frappant avec 
celui du Livre de Llandaf en ne prenant même qu'à partir de 
la page 68 où commence la main A. Gaufrei écrit dans un 
latin facile, clair, qui ne manque pas d'élégance et qui est, en 
général, correct. Il n'en est pas de même du Lib. L. malgré 
les prétentions visibles de l'auteur. Un trait frappant, c'est 
que Gaufrei ne pèche jamais sérieusement (je n'en ai relevé 
qu'un exemple qui ne prouve d'ailleurs rien) contre les règles 
du latin classique 'concernant les pronoms réfléchis et l'emploi 
de sans, sua, suum. C'est le contraire dans le Lib. L. En 
voici des exemples tirés de la vie de S. Teilo : sanctus Du- 
bricius qui hue usque fuerat 'suus preceptor (le maître de 
Teilo), quique jam intelligebat se non posse sibi magistrari, 
voluit ut sibi succederet in magisterio cum eum excederet doc- 
trino et ingenio (p. 98). — Quo viso, predictus persequtor et 
tota domus sua (p. 101) — Traxit enim (la peste) Mailconum 
regem Guenedotiae, delevit et patriam suam (p. 107) — 
sanctus Samson consecratus est in episcopum, ut in vita sua 
testatur (p. 109) — rogavit que (Samson) sanctum Teliaum 
ut cum illo habitasset (ibid.) — Et statim ipse rcx et totus 
suus exercitus genua flexerunt ante eum (p. no). Ce trait se 
retrouve un peu partout dans le Livre. Le privilège de l'église 



Mélanges. 105 

deLlandafen offre au début un exemple topique (p. 118) : Privi- 
legium sancti Teliaui est et ecclesiae suae Landaviae, datum sibi et 
omnibus successoriis5;«V. Le latin du moyen âge est coutumier 
d'ailleurs de ce genre de fautes. La vie la plus ancienne de saint 
Samson en offre bon nombre d'exemples. Mais il est remarquable 
et caractéristique que VHistoria de Gaufrei en est exempte. 

La construction de la phrase est aussi fort différente chez les 
deux auteurs. Chez Gaufrei, c'est à peu près la construction 
classique; on sent un écrivain qui a fréquenté les bons auteurs. 
Dans le Lib. L., notamment dans la Vie de Teilo, l'auteur re- 
cherche les assonances à la fin des propositions, une certaine 
rythmique assez difficile à définir. En voici des exemples; je 
mets en italiques les mots qui assonnent : militavit itaque vir 
dei deo, orationibus insisîendo, omniaque quas possidebat indi- 
gentibus erogando. — Lucremur igitur sic nosmetipsos/ra/w, 
ut lucrum non perdat Jeneratores . — 
qui sua aliis distribuebat 
ut ditesceret, 
seipsum macerabat 
ut alios impinguesceret . — 

Aliorum miserebatur , ut misericordiam consequeretur . — Egre- 
gius igitur confessor fuit, qui prêter virtutes quid confiteretur 
non habuit (le tout, page 97). 

Confudit itaque multorum hereses, multorumque correxit 
errons (98-99) — Quippe *per eum gradiebatur qui est via, et 
ab eo docebatur qui est sapientia — 

Ecce fratres karissimi qualiter Deus sanctos suos adunat in 
terris, quos futuros eligit cives in cclis (p. 98). 

— Nec mirum istam superari ab illa, nam picta gens erat 
subdola, et multis conflictionibus terra et mari exercitata ; ista 
autem quamvis viribus corporis esset predita, tamen simplcx 
et pacifiai, et quia nondum esset a quoquam temptata, quasi 
bellandi nescia. 
Non solum illis invidebat, 
sed etiam quia illos tam attentos 
in servitio vident,' 
multa eis opprobria sepe dicebat, 
ut sic eos a christo séparant (p. 100). 



1 04 Mélanges . 

On voit le système. Cette sorte de cursus rhythmicus est très 
accentué dans le début surtout du De Excidio de Gildas, et 
dans diverses vies de saints armoricains. Il y aurait, à ce point 
de vue, une curieuse et fructueuse étude à faire. 

L'expression dcxtralis Britannia pour le sud de l'île de Bre- 
tagne, le pays de Galles et la Cornouailles, est usuelle dans le 
Lib. Land. ; elle n'apparaît jamais dans Gaufrei. 

De cette étude, quelque sommaire qu'elle soit, je crois pou- 
voir conclure sans hésitation que l'auteur-compilateur du Livre 
de Llandaf n'est pas Gaufrei de Monmouth. 

Un mot en terminant sur la vie de saint Teliau, la seule 
qui ait une réelle importance, surtout parce qu'il n'en existe 
pas d'autre. J'y relève, après d'autres, un trait curieux. A la 
prière de Teliau, les Bretons armoricains auraient eu à cheval 
une telle supériorité qu'ils valaient sept hommes à pied. Il y 
a un écho de cette légende dans Gaufrei : les Bretons insulaires 
auraient dû une de leurs plus célèbres victoires à la cavalerie 
armoricaine (Hist., VIII, 4, 9). La légende ici repose sur un 
fonds historique. La principale force des Bretons armoricains, 
dès le ix e siècle, était dans la cavalerie. C'est à cheval qu'ils 
gagnèrent sur Charles-le-Chauve la victoire décisive de Ballon. 
Saint Teliau a été tout aussi honoré, tout aussi connu en Ar- 
morique qu'en Galles. Il a donné son nom à Lan-Deleau, 
paroisse entre Carhaix et Chàteauneuf-du-Faon ; à Saint-Thélo, 
entre Uzel et Loudéac (Côtes-du-Nord) ; à PU-Délia (Ploe- 
Deliâw), non loin de Lamballe. Pour cette commune, l'or- 
thographe officielle est Plcdcliac. Pledéliâw étant en zone fran- 
çaise et ayant été accentuée en breton sur à, les paysans pro- 
noncent régulièrement Plédélia. Les noms gallo-romains en 
-ac étant prononcés de même -a, nos savants plumitifs les ont 
confondus. C'est ainsi que Sant-Sulia (== Saint-Suliàii) est 
devenu Saint-Suliac, que Saint-Turia (=■ Turiâw) est devenu 
Saint-Tburial. Pour des raisons analogues, Rotcneu (ancien- 
nement Rotencuc) près Saint-Malo, est devenu Rolbeneuf. 

J. LOTH. 



Mélanges . 105 



XIII. 



L'ARTICLE *SENTO-, IRLANDAIS IND-, DANS LES 
LANGUES BRITTONIQUES. 

A ma connaissance, on n'a pas relevé de traces de l'article 
masculin et féminin irlandais, article dont la forme peut être 
ramenée à un vieux-celtique *scn-to-, *sen-iâ I , dans les langues 
brittoniques. Son existence cependant dans ce groupe est hors 
de doute : je le retrouve dans les formules adverbiales et pré- 
dicatives. Une des façons de former l'adverbe en gallois, en 
comique et en armoricain, c'est de faire précéder l'adjectif de 
ce qu'on a appelé improprement la préposition *ïn, * en, gallois 
yn, comique yn, armorie, en, eut. On a confondu yn, en avec 
la préposition yn = * in, en, latin in, grec èv ; quant à l'armo- 
ricain eut, on l'a comparé à h-J.. Que yn, en adverbial soit en- 
tièrement différent de la préposition, cela saute aux yeux : yn 
préposition est et était terminé par un n, et provoque sur les 
consonnes suivantes tous les effets ordinaires de la nasale 
finale; elle amène la nasalisation de la consonne suivante, 
absolument comme le pronom possessif de la première per- 
sonne du sg. fy n: fy nghi, mon chien; ynGbaer, à Chester, etc. 

Yn adverbial provoque au contraire l'affaiblissement de la 
consonne qui suit, transforme la sourde en sonore, et la so- 
nore en spirante sonore : yn fynych, fréquemment, = yn 
mynych ; yn arw, rudement, grandement = yn garw ; yn dda 
= yn da, bien. Il en est de même en comique : yn harow = 
yngarow, cruellement : cf. armoricain er vat, bien, armoricain 
moyen en mat. Le yn gallois et comique était donc terminé 
par une voyelle. L'armoricain prouve que la voyelle finale était 
précédée de t : ervat, en vat — en mat, mais enta = ent da, 
bien; ent tenu, instamment. Le comique yn fas = ynt-mad 
trahit aussi la présence d'un /. La forme ent se présente même 
en armoricain devant des voyelles : ent abil, habilement, mais 
ce n'est sans doute qu'une orthographe peu exacte. La véri- 

1. Cf. Brugmann, Grundriss, II, p. 767. 



i o6 Mélanges . 

table forme end- est figée dans l'expression actuelle enn-déeun, 
enn-déon (sic), tout justement. Le Gonidec qui donne cette 
orthographe, l'explique ainsi : « sorte d'adjectif ou d'adverbe 
qui se place toujours après les pronoms personnels ou les ad- 
verbes de lieu, pour marquer plus expressément la personne 
ou la chose dont on parle; môme. Méenn déeun eo, c'est moi- 
même. Aman enn-déeun eo bct lacet, c'est ici-même qu'il a été 
tué ». Enndéeun doit s'écrire end éeun, tout droit, tout juste- 
ment, et est identique au gallois yn iawn, qui a le même sens. 
La seule différence qu'il y ait entre le gallois et l'armoricain 
est dans le traitement de l'ancien t de ent-. Il a été assimilé 
en gallois par divers procédés conformes au génie de ce groupe ; 
en armoricain, il est resté devant le mot commençant par une 
dentale : enta est à yn dda comme gantaff à ganddo (== haut- 
vannetais getou = * gento). L'identification de ent, àvu, semble 
phonétiquement impossible : il n'y a aucune raison pour que 
l'a primitif se soit affaibli en e, Yi de *anti étant bref (latin 
antè). Quoi qu'il en soit, la comparaison avec les formules ir- 
landaises similaires rend impossible ce rapprochement. 

L'irlandais forme souvent l'adverbe avec l'adjectif au datif 
avec les formes de l'article de ce cas, sans aucune préposition : 
inbiucc, paulum (becc, petit); intanisiu, secundum (tanise). 
Daus d'autres formations, le cas de l'adjectif ne peut se dis- 
tinguer par la terminaison, mais on trouve devant les voyelles 
et les liquides la forme de l'article ind i : ind oa, minus ; ind-il, 
multo, etc. C'est exactement la construction armoricaine end 
éeun. On trouve in devant les autres consonnes. Il serait facile 
d'établir une longue liste de constructions identiques de ce 
genre en gallois et en irlandais : ind laigiu, minus = gallois 
yn liai; inmar, admodum = ynfawr; inmenicc = yn fynycb ; 
immou, magis = ynfwy, etc. 

Devant les infinitifs gallois on trouve yn également, mais cet 
yn ne produit aucun effet sur le verbe : y mae yn fyw, il est 
vivant ; y mae yn byw, il vit, il habite. Cet yn est différent, ou 
à un autre cas, ou n'est pas en construction syntactique avec 
le verbe. 

J. Loth. 

i. Cramm. celt. 2 , p. 608. 



Mélanges. 107 



XIV. 



KASSITEROS. 

Depuis la publication de mon article sur YEtain celtique, 
j'ai eu l'occasion de m'apercevoir que, dès 1810, Fortia 
d'Urban avait proposé de dériver le nom grec de l'étain des 
îles Cassitérides. 

L'ouvrage de Fortia, intitulé : Tableau historique et géogra- 
phique du monde depuis son origine jusqu'au siècle d'Alexandre, 
fut l'objet d'un compte rendu d'Eloi Johanneau dans les Mé- 
moires de l'Académie celtique, t. V (18 10), p. 3 13. A la p. 3 14, 
on lit ce qui suit : 

« Après avoir reconnu que le nom des îles Cassitérides ve- 
nait du grec kassiteros, étain, parce qu'elles en produisaient 
beaucoup, M. de Fortia ajoute que le mot kassiteros n'a aucune 
racine dans cette langue et vient plutôt des îles Cassitérides, 
car il n'est pas vraisemblable, dit-il, qu'il vienne de la langue 
phénicienne, puisque l'étain se dit en hébreu datîl ou anach, 
et en arabe qasdîr; sur quoi je le prie de remarquer: i° que 
Kassiterides est évidemment dérivé de kassiteros, et non pas 
kassiteros de Kassiterides ; 2° que kassiteros, étain blanc, trouve 
sa racine dans le grec ka^ô (orno), kassa (courtisane qui se 
farde), parce que rétain, dit Schrevelius, paraît de l'argent et 
n'en est pas; 3 que l'arabe qasdîr est également emprunté au 
grec kassiteros, contracté et dépouillé de sa finale, si le mot 
grec ne vient pas lui-même du mot arabe. » 

J'ajoute que, d'après un compte rendu inséré dans Y Anthropo- 
logie (1892, p. 745), M. L. Wilser aurait affirmé, dès 1890, 
que le mot kassiteros était celtique (Ausland, 1890, p. 20). 

Je tiens d'ailleurs à dire, pour éviter tout malentendu, 
qu'en considérant kassiteros comme un mot celtique, et en es- 
sayant de l'expliquer, je n'ai nullement prétendu que l'étain 
des bronzes primitifs de la Chaldée et de la Chine y ait été 
apporté des Iles Britanniques. Pour l'Egypte, la question est 
liée à celle du commerce de l'ambre et doit rester ouverte. 

Salomon Reinach. 



BIBLIOGRAPHIE 



Silva Gadelica, a collection of talcs in Irish edited from MSS. and 
translated by Standish H. O'Grady. [Suite du compte rendu critique 
inséré t. XIV, p. 321-37.] 

Quite apart from the mistakes made by Dr. O'Grady in 
transcribing from the MSS.. he might hâve given his readers 
a much better text and translation, if he had chosen to avail 
himself of the materials at his disposai. If he had taken the 
trouble to consult previous éditions and translations of the 
pièces selected by him, if for the meaning of rarer words he 
had turned to the glossaries generally accompanying thèse 
éditions, he might hâve avoided many of his mistakes. But for 
some occult reason he has preferred not to do so, and in his 
bibliography (I, pp. vi-xix) he passes over in silence many 
previous important labours of his fellow-students. On pp. 207 
and 208 of this volume the Editor of this Review has alreadv 
mentioned several of such omissions. I will add the following, 
at the same time giving références to other extant copies of Dr. 
O'Grady's texts. 

I. Life of St. Kieran of Saighir. This has been translated 
into English by John O'Daly in John Hogan's St. Kieran. 
Kilkenny, 1876 (pp. 219-252). There is also a Latin version in 
the Acta Sanctoram. at March 5 th. 

IV. Life of St. Cellach. Dr. O'Grady says (II, p. vm) that 
this prelate is not mentioned in the Martyrology of Donegal . 
He will find his name on p. 116 (May Ist), where instead of 
Ceallân read Cealtac//. His life is also given in the .Acta Sanc- 
torum. at May Ist: De Sancto Kellaco (pp. 104-107). Itisapity 
that Dr. O'Grady was unable to collate his text with the copy 



Bibliographie. 1 09 

in the Bibliothèque Royale at Brussels, which supplies the nu- 
merous lacunae in LBr. 

VI. Death of King Dermot. The prophecies ol Becc mac Dé 
ip. 75) and of Ruadân (p. 78) are also found in LBr. p. 260 b. 
A complète copy of the poem beginning Mairg thochras fri 
clérchib cell (p. 78) is found in LL. 149 b. 

X. Tesmolta ' Cormaic. This pièce was edited by me from 
Laud 610 in the Appendix to Cath Finntrâga, pp. 72-76. 

XII. Agallamh na Senorach. The poem on p. 104, beginning 
Tri tuile is found in LL. p. 206 a, 52, where it is ascribed to 
Finn. It is also in Rawl. A/487, fo. 14b 2. The poem on p. 113, 
beginning Géisidcûan is also found in Cath Finntrâga, 1. 995. 

XIX. Bodach an Chôta Lachtna, already translated (by 
OTJonovan?) in the Irish Penny Journal, Dublin, 1841, 
pp. 130-135. 

XXIX. Fragmentary Annals. The whole pièce relating to 
Diarmait and Guaire (pp. 396-401) is identical with the Cath 
Cairnd Chonaill, of which there are good copies in LU. 115b 
and LL. 276 b. The story about Oenu 2 maccu Laigse (p. 401) 
is also found in H. 3. 18, p. 48 b and in Harl. 5280, fo. 25 b. 

From a collation of thèse éditions and MSS. we are enabled 
to make the following additional corrections in Dr. O'Grady's 
texts. I also take this opportunity of adding corrections of va- 
rious other mistakes, omitted in my former list. 

P. 78, 6, for atchuingid read atcomaic. 

7, for dubthemell read dub Themrach. 
11, for dobibar read dobibuir. 
for chlaidedh read chlaidbiud. 

82, 20, for câra read câna. 

83, 11, for tucu read tuca. 

25, for corn chirtisea read comchirt-sea. 

1. Dr. O'Grady wrongly prints Tesmolad and misrenders the word by 
« panegyrics », as if it were a compound of molad « praising ». It means 
« characteristics, qualities ». See Wind. s. v. Atkinson, Irish Lexicography , 
p. 29. Cath Finntr. p. 87, n. 1037. Alex. 806, 834, 927, 952. 

2. Dr. O'Grady prints Aena and in his translation further changes this 
to Enna. 



i io Bibliographie. 

P. 85, 8, for ac cuinchid read athchninchid. 
86, 37, for seise read sisi. 

88, 8, for im slân read imsldn. 

89, 29, for saibris read saidbris. 

31, for &az fo'as read bérlai bûain bias. 

90, 2, the MS. has meoir. But this is miswritten for rn 

[fh]eôir, as Laud 610 shows. 
17, for î!s e [wzz'r] bafann read is e baferr. 

91, 17, for darlim read der£ /zw. 
26, for uathmar read airchenta. 

41, before df/rô insert trâag. 

42, for a?2;z dfo cirrbad read a/2/z docer in. 

92, 7, The lines hère quoted from Maelmuru Othna's 

cronic are very corrupt. See the original in LL. 
135 a, 21. 
104, 12 and 16 for ruladh read rulaid. 

112, 25, ïov saith read saich. With the phrase maith nô 

saich cf. Manks wze as sze « good and bad ». 

113, 3, for /z* inche read luincech. 

31, for amdhabach read damdabac/i. 
1 19, 30, for rogaeth read rogôet. 
131, 39, for for grain read fograin. 
134, 18, for arbitin read arbith in. 
137, 28, for scithlim read scithlim. 

256, 22, for dechside read deochaid. 

25, for deochadassa read deochad-sa. 

257, 3, for rottioncubsa read 7'oticub-sa. 
8, before m tslûaig insert /ez7z. 

1 $ , for Z)er read Z)e'/\ 

23, before Chonnacht insert teora. 
311, 11, for tfz/3 read Ailill. 
396, 26, for /es read /eo. 

30, for cAzïfc read clôithe. 

3 3 , for asberti read asberthe. 
398, 1 1, for indna read findne. 

1 3 , before doarbart insert wr m>. 
for z/azVe read zza ôenûaire. 

34. for tigern read tigirn. 



Bibliographie. 1 1 1 

P . 398, 55, forfu igell read fu idell. 

36, for chuter read clôithir. 

37, for duibgen read Dubchend (.i. claideb, LU. LL.). 
399, 5, for léicither (!) read doléicther. 

7, for semathar read sernatar. 

8, for /s /a/ d/as read /s î dt'as. 
401, 12, for mac ù read maccu. 

19, for s m read/ë/s. 

20, for amendocân read amenocân or aminicén. This 

is a diminutive of awen or amin. 

21, for [Warlraï/ncread ronânaic. 

II. 

P. 466, 43, for co/re read coirthe. 

496, 28, for belach muccud read belach n-ucut. 
5 18, 38, ïov sabh ildanach read samildânach, and see Rev. 
Celt., XII, p. 123. 

Perhaps the absence of the necessary critical qualities in Dr. 
O'Grady is most conspicuous in the treatment to which the 
numerous poems throughout his book hâve been subjected. It 
is certainly désirable to attempt a restera tion of the older poetry 
to its original correctness and purity. and we may eventually 
hope, by registering ail the changes ofsounds and forms, to ar- 
rive at apretty définitive Conclusion as to the âge at which each 
poem was composed. Meanwhile we must protest against any 
arbitrary dabbling with thèse important documents by an editor 
who has notfully mastered either the forms of the language or 
the laws of the mètres in which they are composed. 

In the first place Dr. O'Grady has frequently failed to reco- 
gnise a pièce of poetry as such. On p. 100, 1. 1 he prints as 
prose what is plainly a quatrain : 

Doratsamar Artdir linn, 
co n-derna a cura re Finn, 
co m-ba 6glach d'Fhinn iar sain 
cusin laithe luid d' écaib. 



1 1 2 Bibliographie. 

The same thing has happened to him on p. 44, 1. 36. Read: 

Maignenn firtach, 
fer ' nâr cintach 

rîam re mnâi, 
Maignenn fàthach, 
fer lé[r] 2 gndthach 

beith ca cài. 

On p. 79, 1. 20, with the help of the other versions J — ail 
of tHem at Dr. O'Grady's disposai as much as at mine — the 
corrupt text of Egerton 1782 may be mended thus : 

A Dia, 

cid nach dingbai dm in cia? 

dûs in ruirmemis a lin 

in tslôig doboing bretha dm. 

Sluag doching i timchill chairn, 
is mac ainbthe nodusmairn, 
is é mo drûi nimm-éra, 
mac Dé is frinni congéna. 

Is âlainn feras al-lûad 
gabar Baetâin rissin slûag, 
fô la Baetin fuilt buidi, 
beraid a éren fuiri. 

Dr. O'Grady often shows by his way of printing that he 
has not fully mastered or failed to recognise the laws of the 
various mètres. Thus, on p. 317, 1. 15 heprints: 

Ni éla gâire. 6 luid Dadera. etc. 

This should be : 

Ni éla 

gâire 6 luid Dadera, etc. 

1 . O'Gr. has omitted this word. 

2 . O'Gr. prints an impossible lc[an]. 

3. The Four Masters, A. D. 555. Chron. Scot. A. D. 561. The Yellow 
Book of Lecan, cited in Petrie's Tara, p. 99 and Tigernach's Annals, Rawl. 
B. 488, fo. 8» 1. 



Bibliographie. 1 1 3 

The quatrain is written in a modification of the mètre called 
rannaigecht cetharchubaid garit recomarcach. See Thur- 
ney sen, Mittelir. Verslehren, p. 15. It is a peculiarity of this 
mètre that the first line should consist of three syllables only. 
The same applies to the mètre called rannaigecht cetharchu- 
baid garit dialtach or rannaigecht baccach (see Thurneysen, 
1. c. and p. 79), spécimens of which occur frequently through- 
out the Siha Gadelica. Dr. O'Grady, however, by arbitra- 
rilyinserting and repeating words, always makes up the first 
line to seven syllables, e. g. p. 248 : 

Beir mo gô on beir mo gô, 
instead of : 

Beir mo gô. 

Again, if he had remembered thelaws of the mètre, he would 
not hâve printed the meaningless ferchath on p. 363, 19, in- 
stead oïfer chath (« give battle »), the mètre requiring a mono- 
syllable at the end of the line. Vice versa, he would not hâve 
printed a ter instead of atér (= atbér) on p. 567, 34, where 
the mètre demands a word of two syllables. On p. 245, 25 he 
would not hâve extended the contraction bl. wrongly to blâth 
instead oiblâith, if he had recognised that assonance with câich 
was required. He would hardly hâve printed d' iplib doss on 
p. 364, 7, if he had remembered that allitération, apart from 
the sensé, requires us to read diplib doss. 

Hère I will leave the texts for the présent, and pass on to 
the second volume containing the translation. It is certainly 
the better half of the book. To a foreigner Dr. O'Grady will 
notallow an opinion on style; but his wonderful command over 
the language and his success in rendering the original in ail its 
varying moods strikes even such a reader. It is agréât pity that 
such a good translation should be marred by so many inaccu- 
racies and elaborate mistakes. Of thèse in the course of my 
reading I hâve noticed the following, which may be taken as 
samples of what may be expected in those parts of the transla- 
tion where I hâve not been able to consult the original. 

Revue Celtique, XV. 8 



i6, 


«3» 


18, 


24, 




22, 



1 14 Bibliographie. 

Vol. II. 

P. 1, last line, after ?îcs^ insert anaf took lier with him and 
wounded lier (agus rug leis gur chréchtnaig é). 
6, 4, for sore penance vcad judgmentof penance (breith 

aithrighe). 
12, 7, after judgment insert of penance (breithemhnas 
aithrighe). 
for rt;za? read red (dearga). 
after brethren insert whose name was Batan (darbh' 

ainm Batan). 
for Ninl read Nél. 

for Bàithin read Batan '. Before lie spilt insert on 
another day (la" eile). 

20, 14, foF head-monk in miracles read the head of ma)'- 

vellous monks (ceann manach mirbhulla). 

21, 13, for Ailerdn the Wise read Ailerdn (or Airerdn) 

of the Wisdom (ind écnai). See FM. A. D. 664. 

Stokes, Tripartite Life, Index. 
33, 5, ïov precedence read headship (cendus). 
40, 30, for miracles read great wonders ofpiety (diamrai 

crâbaid). 
53, 19, for grossness read w*7es (tuathacht). Cf. tûathe, 

Aisl. MeicCongl. p. 5, 24, 26. LL. 277b. 15: 

mdr immorro a tiîathi na ninl Bantûathech, 

LL. 137 a 19; bantuathach n'iicli. Rev. Celt., 

XII. p. 113. 
27, îovfraughtnnth heavy loil read much going astray 

(môr n-aistir). 

58, 3, for forcboding violence read that tends not topea- 

cemaliing (nach téit taithlech). 

59, 1, for that as a Jlame falls on tlie ground read that 

comelh not on ihejloor of my little cell ma taed 
for lâr m'airiucldn 2 ). 

1 . Batan is also a woman's name. One of the daughters of Ailill Cend- 
nathrach, who were slain by Dunlang at Tara, was called Batan M sûla. 
See Comram na Cloenflierta, Rawl. B. 502. 

2 . This is the readinçr of the Brussels MS . 



Bibliographie. 1 1 $ 

P. 78, 26, after oath insert by Ciardn's hand (fo lâim 
Ciarâin). 

28, for the bacuc read Ambacuc. 
79, 8, for the womàn uttered a loud inarticulate cry 
read the womb of the woman roared (géisis bru 
na miiâ"). 

55, read: pas, go tôin, amârach, and translate : pal- 
mam, usque ad podicem, mane. Thèse are the 
three answers in inverse order to the three 
questions proposed to Becc. See the same story 
in LBr. p. 260 b, 12, where the answers are : 
tri meôir, co cruachait, ambarach, i. e. three 
fingers, up to the'hip 1 . to-morrow. — In 1. 35 
aithesc 2 should hâve been translated by answer 
instead of by discourse, and in 1. 57 for dis- 
courses read questions. 
83, 10, for Then upon the royal hearth Ruadhan impreca- 
ted the blackness ofdarkness read ThenRùaddn 
struck the Black (bell) of Tara on the hearth. 
Cf. LBr. 260 b, 29 : is and atcomaic Rûaddn in 
dub Themrach (.i. cloc) isin tellach. As to the 
custom of striking bells ? against a person in 
tokenof his excommunication, cf. p. 82, 7: The 
clerics... rang (leg. struck) their bells against 
the king (robensat a clucu forsin rig). 

28, dele [i. e. the inhabitants], and for such peoplés 
brogues for them read their shoes. With the 
whole passage compare the poem in LL. 

1. cruachait or crochet « chine », Germ. Kreuz. See Stokes, Irische 
Texte, III, p. 188, 1. 7 and the note thereon. Ib., p. 52, 1. 22 : sliachtair croi- 
chetin eich (the crupperof the horse). A cruachait was the portion of the ael- 
taire and sâer at the feast of Tara ; ir-ch uachait that of the mac furmid and fo- 
chloc ; les-chruachait that of the scolaire, tânaise sûad and deogbaire;lon-chrua- 
chail that of the brill.vm, sùi litlri, muirech and aireforgaill. See LL , p. 29. 

2. aithesc is a word with gegensinn, as it raay mean either answer or 
question. It glosses responsio, Ml. 35 c, 21. 51 b, 9. athesc-loc oraculnm. 
Tog. Tr. 176, 179. In the following passage it means address : « Cach 
maith duit, a ri féne ! » bar in mac bec. Aithesc da»o cungeda neich 6 
neoch in t-athesc sain, LL. 64b. 

3 . The tongueless Irish bells were struck, not rung. 



1 16 Bibliographie. 

149 b, of which the first quatrain only is given 
hère. 
3$, for the speedier read speedy (liiatha). 
P. 87, 25, for crop read slomach (egluis) = Bret. elas. gésier, 
foie. 

89, 1, for at such epoch read in that wise. The phrase 

in tucht sin also occurs LU. 133 b, 15. Karlsr. 

Gl. 36 [Ir. Texte. II, p. 150). 
21, after need insert putling her hands round her 

lie ad. 
26, for God I invoke read may God grant in requital 

for this (co tuca Dia friss). O'Gr. reads tucu, 

wrongly. 
38, for Bri read Brec. 

90, 5, for acceptable to any read of equal riglit with any 

(comchirt-sea do neoch). 

91, 6, îor gentle read worthy. O'Gr. confuses cain (rhy- 

mes with Mumain) with cdin, now caoin. 

93, 37, for 5/ this time the king was clothed read At this 

the king grew jealous. O'Gr. mistranslates de 
and confuses étaigim « I grow jealous » with 
étaigim « I cl o the ». 

94, 25, after killed insert //zej Aaye killed none (ni rogon- 

sat nech). 

95, 18, for mutinied read committed a sin (dorénsat im- 

arbhas). 

96, 31, for intellect read nnsdom (ecna). 

33, for judicial rights read rocks oj judgnient. In the 
Laud copy (Cath Finntr. p. 73) this is teora ai- 
lig anscui[ch]thi breth e] the three immovable 
rocks of judgmenl. Cf. it e trénailce in sein 
frisastaither bretha in bethu those are thejinn 
rocks to which the judgments of the world are 
fastened. Laws I. p. 30, 27. Ail brethri do 
fhacbîiil forro co brâth, LL. 114 b, 46 ; ind ail 
brethri fâcbais-siu for in tir se. Silva Gad. II. 
473, 7, which O'Gr. misrenders by mocking 
word (p. 518, 28). 



Bibliographie. i 1 7 

P. 97, 8, for with the finger's tip read from the top of the 
grass (do barr iiydl [fVedir). 

19, for justice read proportion (côire). 

20, for equity read symmetry (cutrumma). 

97, 25, after domination insert of sensé and liberality, of 
dress and weapons (itir chéill 7 tidnacal, itir 
eirred 7 arm). 

101, 8, for Culaing read Czz Laigen. 

11, for ... a«d? Uadgarb read Riach and Ruadgarb. 

102, 3o, for s/ze /s corne fo the point where she must swim 

read ?Y /zas co??ze fo azz enrf of lier swimming, 
i. e. /zer career (dorala i ciunn a snâma). 

103, 15, for Heaven's distinguished one read the salmon of 

the kingdom oj Heaven (in t-eô fiaithemnais). 
ioç, 6, for jBr/Y read the Briton, i. e. the Welshman. 

106, 16, for Eochaid read Eogan. 

2 1 , for nine days 'read threedays and nights (ndmaide). 

107, 22, for we hâve brought — follower read : 

We hâve brought Arthur with us 
T liât lie may enter into bonds with Finn. 
That henceforth lie may be (one) of Finn s war- 
Until the day of his death. [riors 

1 09, 2 1 . for leaping went on and fawns ivere skipping read 
skipping of fawns. trouts leaping (surdghail 
laeig, breca ac bedgaig). 
30, after from him insert southivards. 
1 1 2, last line. for Oesan read Cesan. 

115, 3$, for never renounce to back thy luck read be not 
niggardlyin thy bounty(nà dénadibe' fâd rath). 
11 S, 1. for Cuarnait's read Cnarnatan's. 
1 19, 6, for variegated read little (beca). 

14, for severities read dangers (gâibthe). 
36, for régions read the sides (tiebaib). 
122, 32. for in -the battle read ozz a day of danger (i 16 
gâidh). Gâdh .i. gabhadh, O'Clery. 

1 . As to the meaning of dibesee Aisl. Meic Congl. Ind. s. v. 



1 1 8 Bibliographie. 

P. 124, 36, for we ascd nol io make any hait read we would 
7iot hurry (nocha dénmais digairse ')" 
131, 27, for lie produced an almha 01' « lierd ofkine » read 
lie put alum on thefortress (dogab almain don 
dûn). Cf. LL. 282 a, 41 = LU. 41 b, 30 : 

dond alamain tue da thaig, 
is de ati Almu ar Almain. 

.133, 16. for a certain space read titrée days and nights 
(n<5maide). 

1 34, 38, for and every sting that vexes me is but rendered 

the more keen by this read the younger thorn 
is alivays the sharper (is âithe cach n-delg as 
s6). Cf. Cath Finntrâga, p. 85. 

135, 35, dele and, and after anger insert and through rc- 

proach (ocus tré aitheisj. 
36, dele gave me vitupération. 
41, for chiefs read feasts (na fled). 

1 36, 28, for âth na Boinne read Tara. 

137, 5, for Thus... this ivas no long drauni destruction 

read / never san> any destruction like that (ni 
faca urchra mar sein). 

32, for meic Néra read mac n-Eirc. 

33, for Nera's son read Eres sons. 

138, 29, for path read slope (leirg). 

1 44, 1 4, for witli its dire energy read and its point (ocus a 

fogrâin 1 ). 

145, 36. for bloiving ofhorns read the panting {ov snorting) 

0/ the horses (seitfedach na n-ech). 

146, 25, after sons msQvt/rom the isles of Gades (a hinn- 

sib Gaid). 

147, 13, for the réhabilitation read because (arbithin). 

Perhaps Dr. O'Grady thought of airmitin. 



1. Cf. ferr lûaithi digairsi « better speed than hurry », LL. 54s c 

2. Cf. dar a slind 7 dar a fograin, LL. 267 b, 17 ; and sec Merugud Uïlix, 
Ind. s. v. fograinne- 



Bibliographie. 119 

P. 1 5 1, 6, for a debility infected lus vigour read his vigour 
vanished (scithlim do dul ar a luth). 

153, 36, âfter and insert Garbdaire with his weapons was 
foand in it and (Garbdaire cona armgaisced). 

171, 4, for pillow read ^one. 

198, 24, for twelve provinces read great fifteenth (cf. LL. 
265 b, 48). 

200, 3, for dulcet-chorded read nine-chorded (nâi-thédach 

2= SVVSX/OCGOç). 

206, 32, for laying out read washing (tonach). 
33, for burial read washing (tonach). 

266, 32, îov from whom read 'Tisfrom that Conaing. 

268. 31, for never — /bes read their armour shonld be on 
their dunghills (a n-gaisced fora n-ottraigib). 

278, 32, for suffer... to corne headlong down read put down. 
viz. on the hearth or fire (léig sis). Mr John 
Fleming lias somewhere dealt with this phrase 
and given the following modem examples of its 
use: cuir sios teine mhaith an n si n put down a 
good fire there ; bhi an teine shios am' choin- 
ne a fire was down (i. e. made) before me ; cuir 
sios an corcân put the pot down, i. e. on the 
fire. 

285, 14, for the shape imposed on me by Iubhdan read the 
prompting which the woman gave me (in tecusc 
tue dam-sa in ben). 

287, 7, for to rule read to inherit (inforba). 

13, for sidh Chormaic read ûaim Chormaic or Cor- 
mac' s cave. 

288, j, for oh dearl read woe ! (fa). 
6. for a fellow read one (in fer). 

22, for [and are there) read vi\. Cormac gave them 
land in the east and the stewardship Créditas) 
ofTara. 
291. 19, for maid read tear. O'Gr. reads der, which means 
« daughter », instead of dcr. 
31, for Connacht's royal power read the kingship of 
the three Connaughts (rige teora Connacht). 



1 20 Bibliographie. 

P. 354, 8, for High Urne it is.father, read O dearfather (a 
bâidathair). 0"Gr. reads abaid and takes this 
to stand for abaig. O. lr. apaig «' ripe ». 
38, for they loosed lier hold for lier read shc faite 
back (do-s-cuiredar tar a cenn). O'Gr. not un- 
derstanding the infixed s, must hâve thought 
either of scaraim or scuirim. 
357, 22, for that the love once theirs I now bestow on Mac- 
con read l give miseries to Mac Con (dobiur 
ingra do Mac Con). O'Gr. not understanding 
vigra (see Wind. Woerterbuch s. v. ingor) 
took it to stand for a n-grâd. 
31, 36, for greensiitff, read woad. 
359, 21, for morning read battlc (matan '). 
364, 35, for the culaite of Brcgia read till Doomsday (eu 

laithi brâtha). 
366, 27, for played this trick read sold me (m'athrecad- 

sa). 
373. 32, after his seed insert of plebeians, and for sorry 
set of plebeians read badger (broc), 
for made ont at ail read known. 
after banquet insert in the isle of Dornglas. 
for his most formidable agent in war read his 

striker in battle (tuairgnid catha). 
for afitting matter ivith winch to taunt thon read 

as trophies (i comrama). 
Beirbhe. This is the Irish form for Bergen in 

Nonvay, O. N. Bjôrgvin. 
for comical read delightful (ait). 
for pi~oduct read cup (biast-ain). 
for power to hold ont read care ovith winch itwas 

watched (deithide = O. Ir. dethitiu). 
Une, for bulk read choice (forcla = forglu). 
for excellent read dauntless (urranda). 
36, after grief insert so that every one said : « Rough 



1 . For this meaning of matan see Stokes, Rev. Celt. XIII, p. 472, and 
add: môrmadan Atha Buide, BB. 496. 





33, 


374, 


3i, 


37$, 


21, 


377, 


10, 


381, 


12, 


393- 


10, 


39$, 


12, 


397, 


$, 


393, 


lasl 


400, 


8. 


402. 


36, 



Bibliographie. 1 2 1 

is this washing! » HenceGarb-thonach « Rough 
Washing » is so called. 
P. 404. $, for bosses ofgold read ... of bronze (co n-acôidib 
creduma). 

408, 8, for Coirpre read Corp. 

414, 22, for seminary of adult clerks read school of C lon- 
more. 

419, 3, for wadfe /z/s plaint to them read èegvr;? //o urge 
them on (atnaig 'ca n-achain). 

450, 34, for vehemently read incestuously (co colach). 
55, for jealousy read abhorrence (adéitchiugud). 

434, 18, for shirt of dusky red read blue-coloured shirt 

(léine denngorm).' 

435, 28, for îm companionship read on f/fe 6e?2c/z (i forad). 
437, 6, for Enna read Oenu, and so throughout. 

21, for yb;- comfort read fo beg for them (dâ faighde). 
441, 26, for kinsmen read hostile brothers (a brâithre ad- 

bartnaigthi). 
27, dele unperceived at night. a guess to render the 

misreading adbart naigthe. 
445, 2, for ?Vz Canterbury's ancient Abbey read a£ *7/e sy- 

720^ of Canterbury (i senad Chantabric). 
511, 37, for had to wife read ravished. 
jii, 39, for cauldron read pillar-stone (coire. phonetic 

spelling for coirthe). 
516, 2, for magie spell read druid's fence (airbhe 

drûadh). 
5 18, 30, for many a slaughter — after read grief willfol- 

low thee because of our journey (fotlile cuma 

de ar ar targraid). 
$22, 47, for hâve not atiained read shall not attain (cen co 

roosa). 
523, 25, for eôron read the Yew of Ross (eô Rosa). 
527, 42, for having borrowed read going to (i ndul co). 
530, 39, for the bovine product read cowdung (cac na mbo) . 
533, 41, for angular harps' read lûtes' (mennchrott, lit. 

« kid-harp »). 
536, last line, dele caelchéis. 



122 Bibliographie. 

P. 537, i, after thither insert Caelchéis, vi\. — G. is the namc 
of one of Drebrenrf s swine. 



There are other parts of Dr. O'Grady's work with which I 
hâve to find faiilt'. The Indices for instance are far from com- 
plète. They leave out ail names both of places and persons in 
the poems that hâve not been translated. But my paper has 
already reached such a length that I must cease. It is easy to 
prai.se, perhaps to exaggerate the good points of Dr. O'Grady's 
work, and I think they hâve had their meed of praise. I am 
not blind to them. But for the benefit of those who possess the 
book and are themselves unable to criticise I thought it well to 
point out its shortcomings. My only regret is that time and 
opportunity hâve not permitted me to make my lists of corri- 
genda more complète. It is impossible touse the book with any 
degree of confidence either for linguistic or other purposes so 
long as ail the texts are not collated and the results published. 
I hope to be able to do this on some future occasion, when 1 
shall also add a glossary of the rarer words. 

Kuno Meyer. 



i . Dr. O'Grady once instructed me in the correct use of English. May I 
repay it by telling him that the genitive plural of vulnus is vulnerum (II, 
562, 1. 35), and that dos ding an sich on p. xiv is metaphysic Irish for die 
sache selbst. 



CHRONIQUE 



SOMMAIRE : I. Est-il vrai que les Gallois aient, au douzième siècle, découvert l'Amé- 
rique? — II. Le Braz, La Légende de la Mort en Basse-Bretagne. — III. H. Zim- 
mer, Nennius vengé, Recherches sur l'origine, l'histoire et les sources de /'Historia 
Brittonum. — IV. Chansons d'amour de Connaught, publiées par Douglas Hyde. — 
V. Samuel Berger. Histoire de la Vulgate. — VI. Kovalewsky, Coutume contempo- 
raine et loi ancienne. — Vil. Mémoires du Rév. J.-H. Bernard sur le Domnach 
Airgid et sur l'évangile de saint Jean contenu dans le fonds Stowe de l'Académie 
d'Irlande. — VIII. Le pays de Galles dans La Grande Encyclopédie. — IX. L'abbé 
Duchesne, Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule: — X. L'accentuation celtique et le 
cinquantenaire du professeur Roth. — XI. L'Antiphonaire de Bangor publie parle 
Rév. F.-E. Warren. — XII. Les Monumenta linguae ibericae par M. H.-E. Hùbner. 
— XIII. Meusel, Lexicon caesarianum. 



I. 

Toutes les personnes qui se sont occupées de littérature celtique connais- 
sent au moins de nom l'ouvrage de Thomas Stephens : The Literature of the 
Kymry, encore le meilleur ouvrage sur le sujet, quoiqu'il remonte aujour- 
d'hui à cinquante-cinq ans. 

La librairie Longmans, Green, and Co., Londres et New- York, vient de 
publier un ouvrage posthume de ce savant auteur. C'est un mémoire pré- 
senté par lui à l'Eisteddfod de Llangollen, le 21 septembre 1858, où un 
concours était ouvert « pour le meilleur essai sur la découverte de l'Amé- 
rique au douzième siècle, par le prince Madoc ab Owain Gwynedd ». Le 
prix devait être vingt livres, soit cinq cents francs et une étoile d'argent. Six 
mémoires furent envoyés. Cinq admettaient l'authenticité de la soi-disant 
tradition qui fait du prince gallois un prédécesseur de Christophe Colomb. 
Le sixième établissait ce que vaut cette prétendue tradition. Il avait pour 
auteur Thomas Stephens, couvert par le voile de l'anonyme. Il fut exclu 
du concours par cette bonne raison que sa conclusion étant négative, il ne 
traitait pas le sujet proposé aux concurrents : découverte de l'Amérique. Une 
protestation écrite de M. D. Silvan Evans ne fut pas lue à la séance ; le 
président déclara qu'un des mémoires reçus par la Commission ne traitait 
pas le sujet, que, quant aux autres, les juges n'avaient pas pu se mettre 
d'accord sur la question de savoir lequel était le meilleur. En conséquence, 
il n'y avait pas de prix décerné. On ne pouvait être ni plus prudent, ni plus 



124 Chronique. 

économe. Le mémoire de Thomas Stephens est resté inédit pendant plus 
d'un demi-siècle. Il faut dire que dans cette composition critique le célèbre 
écrivain n'est pas toujours très aimable pour ses compatriotes. Il est, dit-il, 
passé presque en proverbe qu'un Gallois a de l'imagination de quoi en 
fournir cinquante poètes et en même temps pas assez de jugement pour un 
(p. 217). Il raconte l'histoire d'un certain John Evans qui, en 1792, entre- 
prit un voyage en Amérique pour y visiter la colonie galloise conduite, 
croyait-il, dans ce pays, par Madoc, au douzième siècle. Aussi zélé que 
croyant, il supporta sans se plaindre toutes les mésaventures ; il fut, faute 
d'argent, obligé de se placer quelques mois comme employé chez un mar- 
chand ; il passa pour espion, ce qui le "fit mettre en prison. Son énergie 
triompha de tous les obstacles ; il obtint le concours des Anglo-Américains 
et des Espagnols, et après avoir beaucoup voyagé, constata que les Gallois 
d'Amérique étaient introuvables et mourut de la fièvre. Il n'y a aucune 
preuve que Madoc ab Owain Gwynedd soit de son vivant jamais monté 
dans un vaisseau. Mais, comme il vivait au douzième siècle, il est certain 
qu'il est parti pour l'autre monde. Il y a donc quelques probabilités qu'il 
est monté dans; la barque de Charon ou dans la barque de verre qui enleva 
au roi d'Irlande Cond, son fils Condla. Et voilà comment il a découvert 
l'Amérique. 

Le mémoire de Thomas Stephens est intitulé : Madoc. An essay on thedis- 
covery of America by Madoc ap Owen Gwynedd in the tweîfth century. Nous en 
devons l'édition à M. Llywarc'h Reynolds. 

IL 

Parmi les sages recommandations que le fondateur d'un ordre religieux 
célèbre a laissées comme héritage aux membres de sa congrégation se 
trouve une recette infaillible, dit-on, pour immédiatement et sans manquer 
à la politesse, se débarrasser de tout visiteur importun. C'est de faire tourner 
adroitement sur la mort le sujet de la conversation. Aussitôt le visage de 
l'ennuyeux quidam s'assombrit et ce gênant personnage s'esquive malgré 
les efforts apparents qu'en homme bien élevé le prêtre ravi fait pour le re- 
tenir. 

M. Le Braz n'est pas Jésuite. C'est ce qui lui a fait écrire le volume inti- 
tulé : La Légende de la Mort en Basse-Bretagne, un volume in- 12 de 495 pages, 
sans compter 71 pages de préface dues à la plume de M. Marillier, son 
complice dans cette contravention aux principes de saint Ignace ' . 

L'intérêt principal de ce volume est de montrer quelle puissance énorme 
exerce aujourd'hui comme dans l'antiquité sur les populations celtiques la 
foi dans la persistance de la personnalité après la mort. Il v a dans une 
grande partie des récits publiés par M. Le Braz un point de départ qui re- 
monte plus haut que la date, déjà si ancienne pourtant, à laquelle le chris- 



1. Paris, Honoré Champion, 1893. 



Chronique. 125 

tianisme a fait la conquête des populations celtiques. Ce ne sont pas des lé- 
gendes pieuses dans le sens chrétien du mot. C'est la résultante de cette 
croyance païenne à l'immortalité de lame qui a jadis tant frappé les Ro- 
mains. César a cru reconnaître en cette croyance une doctrine analogue à 
la métempsychose. Homme politique et guerrier, il a pensé que cette doc- 
trine avait été inventée par des hommes politiques pour donner plus de 
courage aux soldats '. Lucain a mieux compris la théorie celtique. « Suivant 
« vous », dit-il en s'adressant aux druides, « les ombres ne se rendent pas 
« aux demeures silencieuses de l'Erèbe, et dans le royaume profond du pâle 
« Dis. La même âme commande à un corps dans un autre monde, et, si 
« vous savez ce que vous chantez, la mort est le milieu d'une longue vie. 
« Certainement les peuples que du haut du ciel l'étoile polaire contemple 
« sont heureux de leur erreur. La plus grande de toutes les craintes, la 
« terreur de la mort, est sans action sur eux. De là cette ardeur avec la- 
ce quelle les guerriers se précipitent sur le fer ennemi, leur courage en face 
« de la mort ; il serait lâche d'épargner une vie qui reviendra 2 ». 

Le livre de M. Le Braz peut être considéré comme un développement ou 
un commentaire des paroles de l'auteur latin. M. Le Braz n'ayant pas 
trouvé à propos de donner le texte breton des morceaux qu'il publie, je ne 
puis lui faire de mauvaise querelle sur la fidélité de ses traductions d'une 
langue que certainement il doit connaître mieux que moi. Il y a cependant, 
au point de vue linguistique, un détail qui, dans son livre, me choque. 
M. Le Braz prend souvent plaisir à intercaler dans son texte français un mot 
breton qu'il ne traduit pas ; ce mot est anaon, et notre savant auteur le fait 
singulier masculin. A la page 15. par exemple, il est question d'une quête 
faite dans une église ; l'objet de cette quête est de recueillir les honoraires 
du curé pour une messe de mort. 

« Pour V Anaon ! Pour le pauvre cher Anaon ! » crie le quêteur. 

Anaon est un féminin pluriel. C'est la prononciation bretonne d'un celtique 
*ânïmônës « les âmes », c'est-à-dire « les morts », ou, pour parler comme 
MM. Hatzfeld et Darmesteter (Dictionnaire général de la langue française, p. 83) 
v les âmes séparées du corps (après la mort) ». On dit en français « les 
âmes du purgatoire, » et le « jour des âmes » est en français une des expres- 

1 . Imprimis hoc volunt persuadere, non interire animas, sed ab aliis 
post mortem transire ad alios, atque hoc maxime ad virtutem excitari pu- 
tant, metu mortis neglecto. (César, De bello gallico, 1. VI, c. 14, § 5). 

2 . .... Vobis auctoribus umbrae 
Non tacitas Erebi sedes Ditisque profundi 
Pallida régna petunt : régit idem spiritus artus 
Orbe alio ; longae, canitis si cognita, vitae, 

Mors média est. Certe populi quos despicit Arctos, 
Felices errore suo, quos ille timorum 
Maximus liaud urget leti metus. Inde ruendi 
In ferrum mens prona viris animaeque capaces 
Mortis et ignavum rediturae parcere vitae. 

(Lucain, Pharsale, 1. 1, v. 454-462). 



126 Chronique. 

sions familières qui désignent le 2 novembre, lendemain de la Toussaint. 
De ces observations résulte que la demande du quêteur: cvit an anaon, evit 
ar paour-keai anaon, devrait être traduite : « Pour les âmes, pour les pau- 
vres chères âmes ». Je ne comprends point par conséquent le titre du cha- 
pitre VI, p. 269 : « l'anaon », autant vaudrait dire en français « l'âmes » 
avec l'article au singulier et le substantif au pluriel. M. Le Braz me pardon- 
nera cette petite critique de son intéressant ouvrage, que liront avec plaisir 
tous ceux qui s'intéressent aux choses celtiques. 

III. 

« Nennius vengé, recherches sur l'origine, l'histoire et les sources de 
YHistoria Brittonum » " , tel est le titre d'un nouvel et savant ouvrage dû à 
la plume redoutable du critique belliqueux qui a écrit les Glossae hibernicae, 
les Keltische Studien et nombre de mémoires également retentissants publiés 
dans diverses revues érudites d'Allemagne. De quoi donc M. Zimmer veut- 
il venger Nennius, ce pauvre homme qui, délivré des soucis de notre misé- 
rable vie depuis plus de dix siècles, dort en paix dans une tombe inconnue? 
Vous ne savez donc pas : Nennius a été gravement insulté, et cela date 
d'hier. Il y a dix ans, en effet, M. de La Borderie a publié un mémoire in- 
titulé l'« Historia Brittonum attribuée à Nennius », et M. Gaston Paris en a 
rendu compte dans la Remania Or, ces deux écrivains français, qui jouis- 
sent d'une si légitime autorité, se sont entendus pour adresser à la mémoire 
de l'auteur insulaire la plus grave injure qui puisse jamais atteindre un 
homme de lettres. Ils ont été jusqu'à nier qu'il eût jamais existé. Ils ont écrit 
— on ne peut le répéter sans indignation, horresco referais — que YHistoria 
Brittonum est un « ouvrage anonyme ». 

Le but du livre de M. Zimmer est de démontrer que Nennius a eu la 
gloire d'abord de vivre — et il a eu cela de commun avec beaucoup d'autres 
hommes — ensuite d'écrire une partie du livre très médiocre que la plupart 
des manuscrits lui attribuent. Voici la conclusion à laquelle arrive le savant 
professeur de Greifswald : 

Vers l'an 540 Gildas composa le sermon où il censure si durement la no- 
blesse et le clergé de Grande-Bretagne. La première partie, § 5-26, de ce 
morceau intitulé De excidio Britanuiac, contient un court résumé de l'his- 
toire de cette île jusqu'en l'an 44 de la vie de Gildas, et ce résumé circula 
comme histoire séparée sous le titre d' Historia Brittanniae. En 679, une con- 
tinuation v fut ajoutée. Elle va jusqu'en 679. Elle a pour auteur un Cymro 
du Nord bien au courant des choses bretonnes et anglo-saxonnes dans la 
partie de l'île qu'il habitait. Entre 737 et 758 on intercala dans cette conti- 
nuation quelques indications supplémentaires concernant les faits historiques 
qui s'étaient produits depuis 679. De tous ces travaux résulta un ouvrage 



1 . Nennius vindicatus, ùber Entstehung, Geschichte und Quellen der 
Historia Brittonum. — Berlin. Weidmann, 1893, in-8, vin-342 pages. 



Chronique. 127 

breton septentrional sur l'histoire de Grande-Bretagne jusque vers l'an 758. 
Cet ouvrage se composait de deux parties essentiellement différentes à tout 
point de vue : i° la jérémiade écrite par Gildas vers 540 ; 2° les mémoires 
historiques de l'anonyme de 679 et de son continuateur, complétés par 
quelques additions (énumération des vingt-huit civitates, exposé de deux 
merveilles). Il parvint aux mains d'un Cymro du Sud qui vivait sur la limite 
de Brecknock(Radnorshire) et de Herefordshire. Ce Cymro s'appelait Nen- 
nius. S'aidant de sources irlandaises, :° une vie de saint Patrice, 2° le livre 
de la conquête (Lcbor gabala), 3° un traité des six âges du monde; recourant 
à la chronique d'Eusèbe dans l'arrangement latin de saint Jérôme complété 
par ProsperTiro et à un liber beati Germant écrit par un Cymro du Sud, il 
composa un volumen Brittanntae où l'on pouvait distinguer cinq 'parties : 
i° une préface (édition Stevemson, § 3), 2 les six [âges du monde (§ 4-6), 
3 YHistoria Brittonum proprement dite (§ 7-65), 4 les noms des cités de 
Grande-Bretagne ([§ 77] réimpression de Stevenson par San- Marte [A. 
Schulz] p. 80), 5° les Merveilles de l'île de Bretagne (§ 67-73). Nennius 
était un des adhérents zélés du parti romain en Galles. Il envoya un exem- 
plaire de son ouvrage à l'évêque Elbodug de Bangor, dans le Nord du pays 
de Galles, alors chef du parti romain. Une copie de cet exemplaire fut re- 
maniée vers l'an 810 dans l'île d'Anglesey par un élève du prêtre Beulan. 
Il fit dans le travail de Nennius un certain nombre de petites interpolations 
dont une partie est tout à fait inepte ; conformément au désir de son maître 
Beulan qui, en sa qualité de Gallois, n'aimait pas les conquérants germains, 
il abrégea fortement les § S 7 -6 5 qui contiennent les généalogies saxonnes, 
et il ajouta aux douze merveilles de Grande-Bretagne (§ 67-73) quatre mer- 
veilles de l'île d'Anglesey (§ 75). L'arrangement irlandais de ce livre par le 
savant Gilla Coemgin a été rédigé avant 1072 d'après un manuscrit de cette 
dernière récension. Un fragment important de l'ouvrage irlandais est con- 
servé dans un manuscrit antérieur à 1106, le Lcbor na bUidre. Les quatre 
manuscrits complets du texte irlandais sont de plus de deux cents ans pos- 
térieurs. 

Je ne connais pas d'une manière assez approfondie les manuscrits de Nen- 
nius pour pouvoir émettre ici une opinion raisonnée sur la valeur du sys- 
tème soutenu par M. Zimmer. La nécessité où l'on est de vérifier l'exacti- 
tude des citations dans une matière aussi délicate rend fort longue la lecture 
de son livre. Le savant professeur de Greifswald a, lorsqu'il cite des textes 
irlandais d'après un manuscrit, un système qui peut se défendre, mais qui 
■n'est pas celui que suivent en général les rédacteurs de la Revue Celtique. Il 
consiste à remplacer la leçon exacte du manuscrit par une leçon rectifiée 
conformément à certains principes de grammaire et de critique sur lesquels 
il croit souvent inutile de s'expliquer clairement. Ainsi, page 18, il veut 
prouver que Gilla Coemgin avait entre les mains un manuscrit de Nennius 
conforme aux deux manuscrits Harléien et de Cambridge et non au ma- 
nuscrit du Vatican. Il s'agit de Vortigern qui, prisonnier des Saxons et me- 
nacé de mort par eux, leur aurait abandonné une partie de son royaume 
pour sauver sa vie, pro redemptione animac suae: telle est la leçon des ma- 



128 Chronique. 

nuscrits Harléien et de Cambridge, au lieu de pro sua siquidem liberatione 
dans le manuscrit du Vatican. La traduction irlandaise, dit M. Zimmer, est 
conformément a la première leçon, darcend a anma « pour son âme ». Afin de 
le démontrer, M. Zimmer renvoie au Lebor na hUidre, p. 4, col. 1, 1. 5, où 
on lit darcend a mna « à cause de sa femme ». Cette leçon est motivée par 
le mariage de Vortigern avec la fille du roi saxon Hengist (§ 37 du texte 
latin, p. 86-89 ^ e l'édition irlandaise). Vortigern avait obtenu cette femme 
en l'achetant suivant l'usage des peuples barbares, et le prix de cette vente 
juridique avait été le royaume, aujourd'hui comté, de Kent. Le copiste, mort 
en 1106, auquel on doit le Lebor na hUidre, a compris que, lorsque Vorti- 
gern-, prisonnier des Saxons, acheta, au prix de trois provinces, Essex, 
Sussex et Middlesex, sa vie et sa liberté, cette acquisition nouvelle faite par 
les Saxons aurait été présentée comme un supplément de prix payé pour la 
fille de Hengist. Le scribe dont nous parlons n'a pas été seul de cet avis, 
puisqu'on trouve la même leçon, avec une légère variante, dans le livre de 
Lecan, commencement du xv e siècle, ar daig a mua « à cause de sa femme ». 
La leçon sur laquelle s'appuie M. Zimmer est fournie par deux manuscrits : 
l'un du xv e siècle, — c'est le livre de Ballymote, p. 211, col. 2, 1. 4, 5, — 
l'autre, qu'on prétend remonter au xiv e siècle ou au commencement du XV e , 
et qui est un des fragments dont la réunion compose le recueil coté H. 3. 17 
au collège de la Trinité de Dublin. 

.Mais j'ai dit tout cela, s'écriera M. Zimmer; voyez plutôt dans mon livre, 
p. 18, darcend a anma « pro sua anima » (LU. 4 a, 3 ; cf. Todd, Nennius, 
p. 102). — M. Zimmer a peut-être raison, mais tout le monde n'a pas l'es- 
prit aussi vif que lui, et il m'a fallu beaucoup de temps pour lire cette algè- 
bre. J'ai cru d'abord que la leçon citée par M. Zimmer était celle du Lebor 
11a hUidre qu'il désigne par les deux lettres LU. J'ai vérifié et trouvé avec 
grand étonnement une leçon toute différente de celle qu'indique M. Zimmer. 
Alors je me suis reporté au livre de Todd, p. 102, où j'ai vu dans le texte 
la leçon de H. 3. 17 : tar ceand a anma, traduit par « for the sparing of his 
life », pour épargner sa vie, ce qui est le sens. Puis j'ai lu en note : « Pro 
redemptione animae suae » Nennius. Dur cenda (sic) mna, U. Ar daig a 
mna « on account of his life (sic) » (à cause de sa vie) L. » 

Cette note m'a montré comment cet excellent et respectable Todd savait 
l'irlandais ; elle m'a fait connaître la leçon du livre de Lecan, sans me dis- 
penser d'aller vérifier la leçon du livre de Ballymote ; les trois lignes de 
M. Zimmer m'ont fait travailler une demi-journée pour arriver à conclure 
que darcend a anma « à cause de son âme » peut avoir été la leçon primi- 
tive conservée par deux mss., xiv^, XV e siècle, ou qu'elle peut être le ré- 
sultat d'une correction à la leçon darcend a mna « à cause de sa femme », 
attestée par deux mss., XI e , XV e siècles, et qui serait conforme à la rédaction 
du traducteur ; en ce cas, l'exemple cité par M. Zimmer ne prouverait rien 
en laveur de sa thèse. 

D'autres vérifications amènent à des résultats moins sérieux quant au 
sens, mais toujours agaçants. Je suis, si l'on veut, la victime d'un préjugé, 
mais je ne puis admettre que, systématiquement, citant un manuscrit dont 



Chronique. 129 

on donne la page et la ligne, on fasse disparaître de cette reproduction les 
signes caractéristiques de la date à laquelle le manuscrit appartient. Exemple : 
Nennius vindicatus, p. 24, M. Zimmer cite le Livre de Ballymote, p. 209, 
col. 2, 1. 47 et suivantes, et il imprime: iàrsin tra dorigni Engist fleid do 
Gorthigernd 7 diasluag isintaig rig dianad ainm Ceretic Ekmet 7 niraibi in 
Saxbcrla agnech do Bretnaib acht iconaenfear. 

Or, la leçon réelle du livre de Ballymote est : « Iarsin tra dorigni En- 
« gist fleidh do-Gorthigernd ocus di-a-shluagh i-sin-taigh righ dianadh 
« ainm Ceretic Elemet ocus ni-raibhi, in-saxbherla ag-nech do-Bretnaib 
« acht ic-on-aen-fear ». En d'autres termes, M. Zimmer a supprimé sept 
fois le signe graphique qui, dans le livre de Ballymote et dans les manus- 
crits contemporains, caractérise les • sonores devenues spirantes. Il a con- 
servé ce signe pour la sourde t conformément à l'usage des manuscrits 
du ix e et du xi e siècle ; il n'en a pas tenu compte pour Y s de sluag, bien 
que cet s soit précédé du pronom possessif masculin de la troisième per- 
sonne du singulier a et prenne dès le xn e siècle le signe de la spirante. 
M. Zimmer a eu la prétention de ramener tous les textes irlandais qu'il cite 
à l'orthographe probable de Gilla Coemgin, XI e siècle, quelles que soient 
la date et la notation du manuscrit auquel il les emprunte; et, comme nous 
l'avons vu à propos du roi Vortirgern, quand une modification plus grave lui 
paraît rationnelle, il n'hésite pas à la risquer, tout en faisant l'économie de 
l'encre et du papier nécessaires pour nous en prévenir. C'est un système 
dont l'adoption, si elle devenait générale, aurait sur la science un effet dé- 
sastreux. Il est plus savant que celui de M. Standish O'Grady. M. Zimmer 
vieillit systématiquement les textes que M. Standish O'Grady rajeunit au 
hasard de la plume. Ni l'un ni l'autre ne se conforme à la vérité paléogra- 
phique. Cela n'empêche pas le livre de M. Standish O'Grady d'être fort 
utile, et quant à celui de M. Zimmer, si je ne suis pas disposé à accepter de 
confiance toutes les doctrines qu'il soutient, je crois que désormais personne 
ne devra, sans l'avoir lu, exposer. une opinion sur les questions qu'il sou- 
lève et qu'il prétend résoudre. 

IV. 

M. Douglas Hyde, déjà connu par d'intéressantes publications dont la 
Revue Celtique a rendu compte, vient de faire paraître à la librairie Gill, de 
Dublin, un livre nouveau contenant une collection de chansons d'amour re- 
cueillies par lui en Irlande, dans le Connaught: Abhràin gridh châigeConnacht . 

Le texte irlandais est accompagné d'une traduction anglaise, quelquefois 
de deux traductions, la première en vers, la seconde, plus littérale, en prose- 
Il y a au bas des pages, et surtout à la fin du volume, des notes gramma- 
ticales intéressantes. M. Douglas Hyde a quelquefois toutes les peines du 
monde à trouver dans la langue anglaise des mots qui rendent d'une ma- 
nière satisfaisante à son gré certaines formules irlandaises. Ainsi, p. 22, 
1. 30, il y a un vers qui veut dire : « porte-toi bien jusqu'à mon retour: » 
Slân beô leat no go bhfillfidh mé ans, 

Revue Celtique, XV. 9 



i jo Chronique. 

littéralement : « saine vie à toi jusqu'à ce que je sois de retour ». C'est un 
équivalent de : « portez-vous bien, au revoir ». M. Douglas Hyde a traduit 
(p. 23) : Giving farewell toyou, until I rcturn again « Vous souhaitant bonne 
santé jusqu'à ce que de nouveau je revienne ». Puis il a été pris de scru- 
pules: « J'ai mal traduit », dit-il, p. 150; « le sens des trois premiers mots 
« slân beô lent est : « Puissiez-vous être bien tant que vous vivrez ! » may 
« youbewellvjhile olive., ou bien : « Portez-vous bien tant que vous vivrez », 
« farevjell as long as you live». Est-il bien sûr que ces traductions nouvelles 
soient préférables à la première ? 

Le livre de M.Douglas Hyde intéressera ceux qui, n'ayant étudié jusqu'ici 
que le vieil irlandais et étant, comme le dit l'auteur, du nombre des gens 
qui ont puisé toute leur science dans des livres, of the mereîy book-learned, 
ne peuvent saisir le sens de certains idiotismes de l'irlandais moderne. Un 
exemple de ces idiotismes est la locution ni'l mé môr le aonduine, littérale- 
ment « je ne suis pas grand avec quelqu'un », c'est-à-dire: « je ne suis pas 
en bons termes avec lui » (p. 136), M. Douglas Hyde, qui a sur moi le très 
grand avantage de savoir l'irlandais moderne, n'avait pas d'abord compris 
le passage qui contient cette formule. Il avait d'abord écrit : 

ni bfuil mé môr mar Charon, 

et il avait traduit : « je ne suis pas gros et fort comme Charon » / a m not 
large lilce Charon, au lieu de « je ne suis pas en bons termes avec Charon ». 
Il s'agit ici du Charon mythologique. Le morceau dont ce passage est tiré 
appartient, comme on le voit, à la littérature savante. 



L'Histoire de la Vidgate pendant les premiers siècles du Moyen-Age, par Sa- 
muel Berger ', contient plusieurs chapitres pleins d'intérêt pour les érudits 
qui désirent connaître les monuments de l'activité littéraire des moines ir- 
landais au moyen âge. C'est d'abord dans la première partie, consacrée au 
texte primitif de la Bible latine, le chapitre III intitulé Les Textes irlandais 
et anglo-saxons et comprenant trois paragraphes: i° anciens textes irlandais, 
2° Canterbury, Lindisfarne, 3 textes mêlés. Les anciens textes irlandais 
sont: i° le Codex Usserianus, Trinity Collège, Dublin, A. 4. 15, publié par 
M. Abbott, Evangeliorum versio antebieronymiana ex coJiceusseriano, Dublin, 
1884, 2° le livre d'Armagh, 3 le livre de Mailing, également conservés au 
collège de la Trinité. Parmi les manuscrits qui nous offrent des textes mêlés, 
c'est-à-dire l'alternance de la Vulgate et de la traduction latine conservée 
dans les plus anciens manuscrits irlandais, on peut signaler: le livre de Dur- 
row, c'est-à-dire de l'abbaye de Dearmhagh, Trinity Collège, Dublin, A. 4. 
5; le livre de Keïls, c'est-à-dire de l'abbaye de Ceanannus, Trinity Collège, 
Dublin A. 1. 6; le deuxième manuscrit d'Ussher, Trinity Collège, Dublin, 



1. Paris, Hachette, 1893, in-8, xxiv-443 pages. 



Chronique. 151 

A. 4. 6 ; l'évangile de saint Jean qui précède le missel dit de Stowe, manus- 
crit de la collection de ce nom aujourd'hui conservée dans la bibliothèque 
de l'Académie d'Irlande. Nous signalerons aussi, dans la première partie, le 
chapitre IV intitulé « les Irlandais en Europe », c'est-à-dire sur le conti- 
nent. M. Berger commence par nous parler de Tours, d'où provient le ma- 
nuscrit de S. Gatien, Bibliothèque Nationale de Paris, nouvelles acquisitions 
latines, n° 1587. Il est en écriture irlandaise, a été écrit par un scribe qui 
portait le nom irlandais de Holcundus et daterait, suivant M. Berger, du 
vm e siècle. Vient ensuite le manuscrit n° 14 de la bibliothèque de Tours. Il 
provient de l'abbaye de Saint-Martin de cette ville, date du IX e siècle, pa- 
raît la copie d'un manuscrit irlandais et contient, folio 180 v°, une Con- 
fessio sancti Patricii episcopi qui n'a. aucun rapport avec la confession de 
S. Patrice tant de fois publiée. M. Berger passe rapidement sur les manus- 
crits de Wùrzburg ; il donne plus de détails sur ceux de Suisse, Saint-Gall, 
Berne, et de l'Italie du Nord, c'est-à-dire de Bobbio, aujourd'hui à Milan. 
Il revient sur ce sujet dans sa troisième partie intitulée « Saint-Gall et 
l'Italie du Nord ». Le premier chapitre est consacré aux manuscrits bibli- 
ques grecs-latins, la plupart d'origine irlandaise : Saint-Gall 17, 48, 1395, 

— bibliothèque royale de Dresde A. i4> b , — bibliothèque de Bâle A. 7. 3, 

— bibliothèque de l'Arsenal à Paris, 11° 8407. 

VI. 

Nous sommes transportés dans un domaine tout différent par M. Maxime 
Kovalewsky, Coutume contemporaine cl loi ancienne. Droit coutumier ossétien 
éclaire par l'histoire comparée ' . Les Ossètes, population du Caucase, appar- 
tiennent par leur langue au rameau iranien des langues indo-européennes. 
En lis.ant le livre de M. Kovalewsky on pourrait souvent se croire en pays 
celtique. En voici un exemple : 

« Les Ossètes convaincus de la. similitude de la vie future et de la vie 
« terrestre croient aussi que les défunts continuent à songer aux besoins 
« des vivants, et que, de toutes manières, ils prennent soin des intérêts de 
« leurs familles. 

« Dans les récits populaires, un défunt demande souvent à Barastir, dieu 
« des morts, la permission d'aller voir ses parents qui sont sur la terre. 
« Cette permission obtenue, il se rend chez les siens, entreprend, de con- 
« cours avec eux, des incursions, puis en les quittant, leur remet gratuite- 
ce ment sa part de butin et leur avoue, en leur disant adieu, qu'il est leur 
« parent. On voit, d'après ces légendes, que les âmes des défunts peuvent 
« revenir sur la terre ; elles n'y restent que la nuit, car il faut qu'elles soient 
« rentrées dans leur demeure de l'autre monde avant le lever du soleil. Les 
« Ossètes choisissent le. soir pour se rapprocher d'eux. C'est à la lumière 
« des bougies que la famille fait les préparatifs solennels pour recevoir le 



1 . Paris, Larose, 1893, in-8, x-320 pages. 



1 32 Chronique. 

« défunt. La veuve attend pendant toute une année les visites nocturnes de 
« son mari ; dans ce but, chaque soir, elle lui prépare son lit sous lequel 
« elle met une cuvette et un pot de cuivre rempli d'eau ; elle allume une 
« bougie entière, s'assied et attend sa venue jusqu'à ce que le coq ait 
« chanté ; le matin, après s'être levée, elle prend la cuvette, le pot, l'essuie- 
« mains, le savon, porte tous ces objets à la place où le mari, de son vivant, 
« avait l'habitude de se laver, et elle y reste quelques minutes dans une 
« pose rappelant celle qu'elle avait lorsqu'elle lui présentait tous ces objets 
« de toilette » ' . 

Cette page du livre de M. Kovalewsky aurait pu être imprimée à titre de 
commentaire dans l'introduction à La légende de la mort en Basse-Bretagne de 
M. Le Braz. 

Plus loin : 

« Si quelque personne consent une convention et contracte des obliga- 
« tions, ses parents interviennent, tantôt pour participer à la transaction, 
« tantôt comme témoins et comme garants. Si un particulier fait une dé- 
« position en justice, il corrobore son serment par le serment de ses 
« proches » J . 

On trouve le même principe dans le droit irlandais, qui interdit au mem- 
bre d'une famille toute aliénation non consentie par ses parents, et lui donne 
le droit d'attaquer les contrats formés par ses parents sans son consen- 
tement 5. Il y a entre le droit des Ossètes et le droit celtique beaucoup 
d'autres ressemblances que nous pourrions signaler avec détails si nous ne 
craignions pas d'allonger cette chronique outre mesure. Indiquons par un 
mot la vengeance privée, le duel, la composition pour crime, les ordalies. 

VII. 

Trois mémoires du Rév. J.-H. Bernard sur deux manuscrits bibliques ap- 
partenant à l'Académie royale d'Irlande et sur les citations de l'Ecriture dans 
le Ledbhar Breac nous ramènent au sujet traité par M. Samuel Berger dans 
le livre que nous avons annoncé plus haut, p. 130. 

Ces trois mémoires viennent de paraître dans les Transactions of the royal 
Irish Academy. Le premier des manuscrits dont s'occupe l'auteur est le Dotn- 
nach airg,id littéralement « église d'argent », expression consacrée pour dé- 
signer un petit reliquaire acquis par l'Académie d'Irlande en 1847. A cette 
date il y avait dans ce reliquaire un manuscrit en fort mauvais état, qu'on 
a pris l'habitude de désigner par le nom de son contenant momentané. Ce 
manuscrit, qu'on suppose être du vm e siècle, a longtemps passé pour avoir 
appartenu à S. Patrice. On connaît l'histoire du reliquaire dans lequel il est 
arrivé à l'Académie et qui paraît avoir appartenu à l'abbaye de Clones (Cle- 
gher) dès le XI e siècle. 

1. P. 54-53. 

2. P. 255. 

5. Ancientlawi oj Irelqnd, t. II, p. 2S2. 



Chronique. 1 5 3 

Suivant la légende, il aurait primitivement appartenu à S. Patrice qui 
l'aurait reçu du ciel pendant son voyage sur mer en allant de Grande-Bre- 
tagne évangéliser les Irlandais. 

Mais l'origine du manuscrit est inconnue. Il porte aujourd'hui la cote 
24. Q.. 23. dans la bibliothèque de l'Académie d'Irlande. Il consiste en 
trente-neuf feuillets de parchemin, débris d'environ cent cinquante, qui 
contenaient les quatre évangiles. Il a été exposé à l'humidité, en sorte qu'une 
partie des feuillets subsistant est pourrie, et que jusqu'à l'année dernière ce 
qui restait de ce malheureux volume formait une masse compacte et une 
agglomération de feuillets qu'on ne pouvait séparer les uns des autres. 
M. Samuel Berger, dans son voyage en Irlande, n'avait pu l'étudier ; 
mais M. Thompson, principal lïbrarian du Musée britannique, a fait détacher 
les feuillets les uns des autres, en sorte que le Rév. J.-H. Bernard a pu 
en lire une partie, et il a constaté que c'est un des manuscrits irlandais qui 
offrent un texte mêlé, où l'on rencontre tantôt la Vulgate, tantôt une ver- 
sion antérieure à S. Jérôme (cf. ci-dessus, p. 130). 

11 arrive au même résultat pour le saint Jean de la collection Stowe, au- 
jourd'hui coté D. II. 3. dans la bibliothèque de l'Académie d'Irlande, et 
pour les citations de l'Ecriture contenues dans les Passions et Homélies que 
M. R. Atkinson a publiées d'après le Leabhar breac. 

VIII. 

La 434 e livraison de La grande Encyclopédie contient, p. 394-403, un ar- 
ticle intitulé Galles (pays de) rédigé par M. Ferdinand Lot, auteur déjà 
connu de bons travaux sur l'histoire de France et sur la littérature irlan- 
daise. C'est jusqu'à présent le meilleur résumé qui ait été fait en France de 
ce que l'on sait sur le pays de Galles, à propos duquel tant de doctrines 
fausses sont en circulation. 



IX. 

Un récent ouvrage de l'abbé L. Duchesne, Fastes êpiscopaux de l'ancienne 
Gaule, tome I er , Paris, Thorin, in-8, vni-334 pages, montre combien a été 
tardif en Gaule l'établissement de la hiérarchie épiscopale : 

« On peut assigner des dates approximatives à la fondation d'environ 
«33 églises. Sur ce nombre, une seule, celle de Lyon, apparaît au 11 e siècle. 
« Pour les quatre cités de Toulouse, Vienne, Trêves, Reims, on remonte 
« jusqu'au milieu du 111 e siècle, sans pouvoir dépasser de beaucoup cette 
« limite. Un peu plus tard, aux abords de l'an 300, se présentent les églises 
« de Rouen, Bordeaux, Cologne, Bourges, Paris, Sens. Sur les 22 autres, 
« bien peu ont des chances de remonter au commencement du IV e siècle. 
« Presque toutes paraissent être du temps de Constantin, au plus tôt. 
« Quelques-unes, celles d'Embrun, Digne. Grenoble, sont de la seconde 
« moitié du siècle. » (p. 30-31). En Grande-Bretagne, on n'a pas la preuve 
qu'il ait existé des évêchés avant le IV e siècle. Au concile d'Arles, 3 14, figu- 



1^4 Chronique. 

rent les évoques d'York, de Londres, et probablement de Cacrléon ', et le 
premier évêque d'Irlande paraît avoir été Palladius, envoyé de Rome en 43 1 : 
ad Scottos in Christian credentes ordinatus a papa Caekstino Palladius primas 
episcopas mittitur 2 . 

X. 

Pour célébrer le cinquantenaire du doctorat du savant professeur Roth, 
qui enseigne à Tûbingue, il a été fait une publication à laquelle M. Zimmer 
a collaboré par un mémoire dont l'objet est d'examiner si les règles du 
verbe enclitique sanscrit remontent à la période indo-européenne. 

Dans ce mémoire, le professeur de Greifswald étudie à nouveau l'origine 
de l'accentuation dans le verbe irlandais. 

On sait que M. Zimmer, dans ses Kdtische Studien , II, a exposé, non sans 
talent, les règles de l'accentuation dans le verbe irlandais composé. Mais à 
cette exposition il a joint des théories de grammaire comparée dont la va- 
leur est contestable. Il a prétendu, p. 27, expliquer l'accentuation du verbe 
composé irlandais par l'accentuation du verbe védique. Or, ces deux accen- 
tuations reposent sur des principes tout différents. L'accent irlandais est un 
accent d'intensité, et — ce qui est ici d'une grande importance — il frappe 
toujours la première syllabe du mot. L'accent sanscrit, comme l'accent grec, 
est musical, consiste en un certain degré d'acuité et non d'intensité; et — ce 
qu'il est essentiel de faire observer ici — sa place est variable. De plus, quand 
il y a plusieurs préfixes, sa place ne peut remonter au delà du préfixe qu'on 
trouve le premier en partant de la fin du mot 3. On a la même règle en grec. 
Ex. : tjv-eV.-oo:. C'est le contre-pied de l'usage irlandais qui, quel que soit le 
nombre des préfixes, met toujours l'accent sur la syllabe initiale du mot 
composé, c'est-à-dire sur le dernier des préfixes, si l'on compte en commen- 
çant par la fin du mot. 

En certaines circonstances que la syntaxe détermine, la tmèse se produit 
en vieil irlandais. Le préfixe, ou de plusieurs préfixes le premier, en comp- 
tant à partir du commencement du mot, se détache du verbe, et en ce cas 
un pronom infixé peut se placer immédiatement après ce préfixe, avant le 
reste du composé ; alors l'accent frappe le second préfixe, ou à défaut de se- 
cond préfixe, la syllabe initiale du verbe. Ici nous nous trouvons encore en 
présence d'une règle différente de la règle sanscrite : en irlandais, quand on 
veut déterminer la place de l'accent, la question qui se pose est de savoir 
quelle est la première syllabe du mot ; en sanscrit, la question est de 
savoir si c'est le verbe qui porte l'accent ou si c'est le groupe des préfixes, 

1 . Haddan et Stubbs, Connais and ecchsiastical documents, rclating to 
Gréai Britain and Ireland. 

2. Prosperi Tironis epitomachronicon, dans Monumenta Germaniaehistorica x 
in-4. Auctorum antiquissimorum tomus IX, p. 473. 

3. Whitney, lndische Grammalik (traduction de H. Zimmer (i rc éd.), 
p. 377, § 1083). 



Chronique. 1 3 $ 

car lorsque en sanscrit le verbe est accentué, le groupe des préfixes ne 
l'est point. M. Zimmer insiste beaucoup sur les cas dans lesquels il n'y a 
qu'un seul préfixe. Des verbes comme as-beir et comme sa variante ê-pir 
« il dit », 3 e personne du singulier du présent de l'indicatif, dont le second 
terme offre le même thème que le verbe grec çs'p£-t et que le sanscrit bhdra- 
ti, font illusion. Dans as-beir l'accent frappe Ye ; il est par conséquent à la 
même place que dans le verbe sanscrit orthotone, ou, plus exactement, to- 
nique, et le préfixe est atone. Dans ê-pir, l'accent porte sur le préfixe, et le 
verbe est atone ou autrement dit enclitique, on peut avoir l'illusion d'une 
loi identique à celle du sanscrit. Mais dès qu'on passe aux verbes qui ont 
plusieurs préfixes, il faut avoir un bandeau sur les yeux pour ne pas recon- 
naître qu'en allant du sanscrit au celtique on est entré, au point de vue de 
l'accentuation, dans un domaine tout différent. Un des verbes que cite 
M. Zimmer a deux préfixes. C'est celui dont le thème est com-od-scego- ' 
« changer ». Ce verbe composé se présente à nous avec deux accentuations: 
i° l'accent frappe le premier préfixe, cûm-sciget « ils changent » ; le second 
préfixe, Ud, qui, d'après les lois de la grammaire sanscrite, devrait porter 
l'accent, est si bien atone qu'il est tombé ; l'accord avec la grammaire sans- 
crite consiste en un seul point, c'est que le verbe est atone. 2° nous arrivons 
à la forme qui, suivant M. Zimmer, devrait nous donner un exemple de 
verbe accentué, comme en sanscrit. Qu'avons-nous ? con-ô-sciget. Le verbe 
est atone comme dans le premier cas, tandis que, suivant la règle sanscrite, 
il devrait être accentué. Et quelle est la raison pour laquelle le second pré- 
fixe est accentué? C'est qu'il est devenu initial. Ce qui prouve qu'il est de- 
venu initial, c'est que Ytn du préfixe cum dans cûm-scigei a été ici remplacé 
par un n, conformément à la loi celtique qui fait changer en n toute m 
finale ; con est donc un mot distinct de ô-sciget ; ô-sciget est un mot composé 
d'un préfixe unique et du verbe. 

Ce qui précède suffit pour établir que l'accentuation irlandaise n'a aucun 
rapport avec l'accentuation indo-européenne et que M. Zimmer a fait d'inu- 
tiles efforts pour réfuter les doctrines exposées par M. J. Wackernagel dans 
la Revue de Kuhn, tome XXIII, p. 457-470, où ce savant traite de l'origine 
de l'accent verbal en exec. 



XI. 

L'Antiphouaire de Bangor que le Rév. F.-E. Warren vient de publier en 
photogravure avec transcription photographique et une intéressante préface, 
— quatrième des volumes mis au jour par la société Henry Bradshaws — , 
est un document d'un grand intérêt pour l'histoire de la paléographie irlan- 
daise. C'est, je crois, le plus ancien manuscrit irlandais à date certaine. Il a 

1 . Keltische Studien, II, p. 80, 81, 86, 89, 97, cf. Thurneysen, Revue Cel- 
tique, t. VI, p. 139, et Zimmer, Festschrift, p. 177. 

2. The Antiphonary of Bangor an earty irish manuseript in the Ambrosian 
library at Milan, edited by F.-E. Warren, B. D., F. S. A , 1893, in-4. 



136 Chronique. 

été écrit du temps du quinzième abbé de Bangor, Cronan, qui entra en 
fonctions en 680 et mourut en 691, comme nous l'apprennent les témoi- 
gnages concordants des Annales de Tigernach et d'Ulster. Dans une hymne 
intitulée Memoriam abbatum, qui est écrite au verso du feuillet 36 et der- 
nier, la cinquième strophe est ainsi conçue : 

Tantis successit Camanus 
Uir amabilis omnibus. 
Christo nunc sedet supprimus, 
Ymnos canens quindecimus, 
Zoen ut carpat Cronanus. 
Conseruet eum Dominus. 

Suit le refrain placé à la fin de chacune des strophes précédentes, mais 
ici ce refrain nous offre une variante importante. Au lieu de : 

Quos conuoeauit Dominus 
Caelorum regni sedibus. 

avec le verbe conuoeare au prétérit, on trouve ici ce même verbe, au futur, 
conuoeabit. Tandis que l'entrée des premiers abbés dans le Ciel était consi- 
dérée comme un événement passé, l'admission de Cronan dans la cour cé- 
leste appartenait à l'avenir quand ont été écrits la cinquième strophe et le 
manuscrit. Il est invraisemblable que dans un manuscrit écrit à Bangor on 
ait conservé, après la mort de Cronan, ces détails de rédaction qui nous le 
présentent comme encore vivant. 

M. L. Delisle, le savant administrateur de la Bibliothèque nationale, 
auquel j'ai montré les fac-similé publiés par M. Warren, ne voit aucune ob- 
jection à la date qui résulte de la strophe et du refrain ci-dessus. 

Le texte est tout entier latin, à un très petit nombre d'exceptions près, 
qui nous montrent la langue déjà formée comme dans les manuscrits du 
vm e et du ix« siècle. Ainsi, folio 30, recto, on trouve, avec la désinence 
interne du génitif singulier de la déclinaison en 0, trois fois Benchuir, nom 
du monastère auquel l'Antiphonaire appartenait. Une particularité phoné- 
tique analogue s'observe dans le titre irlandais d'une oraison, folio 3.1, 
recto, common oroit dûn, littéralement « orale commun pour nous ». On 
disait en Bretagne et en Irlande Orate comme nous disons Oremus. Dans 
oroit, on peut remarquer, outre la prononciation bretonne de l'a, 1'/ interne 
représentant IV final. Common représente la prononciation en irlandais du 
bas-latin commonis pour communis: ô~ est très fréquent dans les ma- 
nuscrits irlandais. Dûn « pour nous » est la forme irlandaise du vfll e et du 
ix c siècle dont la variante moderne Juin apparaît déjà dans le Lebor nu 
hUidre. Munther « famille » avec un Ih au lieu d'un / (folio 30, recto), 
comme on le trouve déjà observé dans la Grammatica celtica, 2 e édition, 
p. 943, contredit la règle 64 de la Kurqgefasste irische Grammatik que nous 
devons à M. Windisch. p. 67, 68. L'Antiphonaire de Bangor remonte au 
siècle dans lequel le Tain bù Cuailnge a été mis pour la première fois par 
écrit. Il est postérieur d'un siècle à l'éloge de saint Columba, Amra Cho- 



Chronique. 137 

luitnb Chilli, qui semble être le premier morceau littéraire irlandais con- 
signé par écrit et conservé jusqu'à nous. Il est (fol. 13 v°-i) v°) un des 
.plus anciens monuments du culte de saint Patrice. 

XII. 

Les Mouumenta linguat ibericat de M. Emile Hùbner ' nous transportent 
dans un domaine qui n'est point celtique, mais dans lequel des mots celti- 
ques apparaissent quelquefois. Qnthrpa paraît être la notation ibérique du 
gaulois Contrebia ; Seqprices celle du celto-latin Segobrigenses. 

■ XIII. 

Je suis heureux d'annoncer l'achèvement du Lexicon caesarianum de 
M. H. Meusel, deux volumes en trois- tomes in-8 publiés à Berlin chez 
Weber, 1887- 189 3, vin pages, 1544, 2430 colonnes, 13 et 94 pages. Le 
plus ancien lexique de César que nous ayons est l' Index vocabulorum omnium 
quae in Caesare leguntur, qui termine l'édition des œuvres de César donnée 
à Paris en 1678 par Jean Godouin, professeur au Collège de France, dans 
la collection in usant serenissimi Ddphini. De cette édition, il y a eu plusieurs 
reproductions anglaises où l'index est abrégé, mais on le trouve complet 
dans l'édition de Valpy, Londres, 1819. Le Lexicon tji den Schriften Càsars 
uni seiner Fortset^er mit Angabe sàmtlicher Stellen de M. Merguet, Iéna, Fis- 
cher, 1886, grand in-8, iv-1142 pages, est plus complet et fondé sur un bien 
meilleur texte que celui de Godouin, c'est-à-dire sur le texte de Nipperdey, 
Leipzig, 1847. Celui de M. H. Meusel donne les variantes des manuscrits. 
Il comprend, comme l'index de Godouin, les noms propres laissés de côté 
par M. Merguet. Godouin renvoie aux pages et aux lignes de son édition, 
M. Merguet aux livres et aux chapitres, M. Meusel aux livres, aux chapitres 
et aux paragraphes. Le système de classement du premier auteur n'est pas 
le même que celui des deux autres. Godouin suit l'ordre alphabétique ab- 
solu, faisant un article séparé de chaque forme du même mot et intercalant 
d'autres mots entre ces formes diverses si l'ordre alphabétique l'exige. Ainsi 
entre cliens et clientes on trouve chez lui les cinq articles que donnent cinq 
cas du mot clienteîa. Chez MM. Merguet et Meusel chaque mot forme un 
article, les différentes formes, au lieu d'être classées par ordre alphabétique, 
sont rangées dans l'ordre des fonctions. 

Le lexique de M. Merguet et celui de M. Meusel constituent donc chacun 
une oeuvre grammaticale de haute importance, mais la seconde a été exé- 
cutée avec plus de précision que la première. On ne peut trop féliciter l'au- 
teur du talent et du soin avec lequel il a composé son œuvre, et cependant, 
comme elle est surtout un travail grammatical, les historiens pourront 



1. Berlin, Rcimer, 1893, in-4, cxLiv-264 p 



138 Chronique. 

quelquefois, pour certaines recherches, trouver plus commode l'ordre pu- 
rement matériel suivi, il y a plus de deux siècles, par Jean Godouin. 

Paris, le 24 décembre 1893. 

H. d'Arbois de Jubainville. 



Ces lignes étaient écrites quand j'ai reçu de M. Léopold Delisle le cu- 
rieux mémoire intitulé : Deux documents pour l'histoire du Collège de France: 
Discours inaugural et affiche du cours d'Alexandre-Michel Denyau, lecteur et 
professeur royal en médecine, juin et novembre 1669. Dans le discours, je lis 
ce qui suit : « Joannes Godouin, sacrarum litterarum professor regius, ad 
« supremum litteraturae gradum ascendit ; mirantur omnes compendiosam 
« hac viam qua pueros vix bimos pura latinitate informare solet. Hac arte 
« auctoritatem apud magnâtes sibi comparando, celeberrimae Universitatis 
« professores longo superat intervallo, immensisque auctus illustrissimi du- 
ce cis Mazarini liberalitate divitiis, magnificam domum habitat, splendide 
« vivit ; quam tamen in mente decet modestiam et frugalitate proritetur ». 

Ainsi Godouin avait des élèves âgés de deux ans à peine et qui déjà par- 
laient pur latin, il était devenu immensément riche, habitait une magnifique 
maison, et malgré sa modération théorique et sa frugalité pratique, son 
genre de vie était splendide. Je doute que la main d'un savant si éminent se 
soit abaissée jusqu'à écrire Y index vocabulorum omnium qui termine leCaesar 
in usum Delphini. Cet index doit être l'œuvre de quelque obscur maître es 
arts moins favorisé de la fortune. 

Au moment de donner le bon à tirer de cette feuille, j'apprends que la 
librairie Vandenhoeck et Ruprecht, Gôttingen, vient de mettre en vente la 
seconde partie du Vergleichendes Wôrterhuch der Indogermanischen Sprachên 
d'Auguste Fick, 4 e édition. Cette seconde partie consiste dans le vocabulaire 
celtique, Wortschat^der Keltischen Spracheinheit , de MM. Whitley Stokes et 
Adalbert Bezzenberger, in-8, vin-337 pages. Il sera ultérieurement rendu 
compte de cet important ouvrage. 

Paris, le 4 janvier 1894. 

H. D'A. de J. 



NÉCROLOGIE 



• i. 

Nous apprenons avec un vif regret la mort de M. l'abbé Eugène Bernard, 
vicaire général de Qu imper, ancien vice-doyen de Sainte-Geneviève de 
Paris. Les lecteurs de la Revue Celtique n'ont pas oublié sa collaboration, à 
laquelle nous devons la publication de la première journée du mystère 
breton de la Création du Monde, Revue Celtique, tome IX, p. 149-207, 322- 
353; tome X, p. 129-21 1, 414-455; tome XI, p. 254-317. M. l'abbé Ber- 
nard était docteur es lettres et en théologie. Il est connu surtout des érudits 
par son livre intitulé Les origines de l'église de Paris. Etablissement du chris- 
tianisme dans les Gaules. Saint Denys de Paris ' . Bien qu'appartenant au clergé 
de Paris, il a eu le courage de démontrer dans ce livre combien est mal 
fondée la croyance de ceux qui confondent saint Denys l'Aréopagite avec le 
premier évêque de Paris. Cet ouvrage a obtenu de l'Académie des Inscrip- 
tions et Belles-Lettres une mention honorable au concours des Antiquités 
Nationales en 187 1. L'étude de M. Bernard sur Les Voyages de saint Jérôme, 
sa vie, ses œuvres, son influence, a été couronnée par l'Académie française et a 
eu deux éditions, 1863, 1867. Ce laborieux érudit a publié aussi : Les Do- 
minicains dans l'Université de Paris ou le grand couvent des Jacobins de la rue 
Saint-Jacques, 1883, etc. Né à Pontivy le 8 octobre 1833, il est mort à 
Quimper le 16 octobre dernier. Il préparait un travail d'ensemble sur les 
mystères bretons de la Bibliothèque nationale dont il avait copié plu- 
sieurs ; grâce à l'obligeance de son frère, M. H. Bernard, recteur de Ker- 
gloff, Finistère, nous espérons pouvoir utiliser au profit des lecteurs de la 
Revue Celtique une partie au moins des matériaux préparés pour un livre 
que nous espérions voir paraître bientôt et dont l'auteur semblait plein de 
vie et d'avenir quand un coup subit nous l'a enlevé. 

IL 

Le I er janvier est mort à Paris M. Emile Bouillon, second éditeur de la 
Revue Celtique. Il avait succédé en 1888 à M. F. Vieweg, son beau-père 2 . 

1 . Paris, Jouby et Roger, 1870, in-8, xm-557 pages. 

2. Sur M. F. Vieweg, voyez Revue Celtique, t. IX, p. 500. 



1 40 Nécrologie. 

Je ne crois pas avoir jamais rencontré libraire qui ait mérité plus que lui la 
sympathie de ses clients d'abord et ensuite de tous les honnêtes gens. Né le 
15 février 1848, en Allemagne, à Dessau, duché d'Anhalt, il appartenait à 
une famille française originaire de Montbéliard, et avait en 1889 recouvré 
la qualité de Français par application des articles 9 et 10, § 2 du Code 
civil. Il avait fait ses études au gymnase de Stuttgard et commencé l'ap- 
prentissage de la librairie dans la même ville chez M. Aue, son grand-père. 
Il avait été employé dans les maisons Laugier à Berlin, Lôscher à Turin et 
Florence, Haart et Steinert, Baer, Vieweg à Paris, Schulz à Strasbourg 
avant.de devenir chef de la maison où son mariage l'avait fait entrer. A 
une instruction plus élevée et plus complète que celle de beaucoup de 
libraires français, il joignait une loyauté et une élévation de sentiments qui 
ont été de tout temps bien rares. Il laisse une veuve et trois jeunes enfants ; 
ces trois frais visages, mouillés de larmes, derrière le char funèbre, étaient 
aujourd'hui l'ornement et la plus belle couronne des funérailles paternelles, 
mais malgré leur douleur, ils ne peuvent pas encore comprendre — ces 
pauvres enfants — quelle perte immense est pour eux la mort du père 
qu'une impitoyable maladie vient de leur enlever. 

Paris, le 4 janvier 1894. 

H. D'A. DE J. 



PÉRIODIQUES 



i. 

L'Anthropologie, tome IV, n° 3, mai-juin 1893. Dans un article inti- 
tulé La famille matriarcale au Caucase, M. Kovalewsky résume une partie 
des doctrines les plus intéressantes contenues dans le livre annoncé plus 
haut p. 131. Parmi les faits juridiques intéressants signalés par l'auteur, 
nous ferons remarquer la concordance entre une coutume des Tcherkesses 
et un vieil usage irlandais. On sait qu'en général en Irlande les enfants 
étaient élevés hors de la maison paternelle : les textes de droit sont là-dessus 
d'accord avec la légende de saint Patrice et avec la littérature épique. Or, 
M. Kovalewsky, dans l'article dont il est question ici, parle « d'une coutume 
« étrange qui, chez les Tcherkesses, est connue sous le nom d'« atalykat ». 
« Elle consiste en ce que l'enfant nouvellement né ne reste pas dans la 
» maison des parents, mais est confié aux soins d'une autre famille. La 
« nourriture et l'éducation de l'enfant, lesquelles ne vont pas plus loin que 
« de lui apprendre à manier son cheval et ses armes, sont à la charge de la 
« famille de l'« atalyk » (tuteur) qui parfois aussi s'occupe de lui trouver 
« une femme. Entre le tuteur et l'enfant confié à ses soins s'établissent les 
« mêmes rapports que chez nous entre le père et le fils. Le caractère fami- 
« liai de ces rapports est reconnu par l'usage qui défend toute union entre 
« la famille du tuteur et celle du pupille, étendant de cette façon à ces fa- 
ce milles la règle exogamique qui est établie pour les rapports entre mem- 
a bres de la même famille et de la même confraternité. De notre temps, 
« la coutume de confier à des mains étrangères l'éducation de l'enfant se 
« perpétue de préférence dans les familles princières et nobles, et ne s'ap- 
« plique exclusivement qu'aux garçons ; mais dans les anciens temps, cette 
« coutume était générale et si sévèrement pratiquée, que la personne qui 
« voulait être tuteur avait le droit de s'emparer par force de l'enfant et de 
« l'emporter dans son « aoûl ». Pendant tout le temps que le pupille reste 
« dans la maison du tuteur, le père et la mère ne doivent pas, selon l'éti- 
« quette, s'informer de son sort, ni en général montrer la moindre inquié- 
« tude. Quand le pupille arrive à la majorité, c'est-à-dire quand il se 
« montre capable de prendre part à la guerre, l'« atalyk » le conduit triom- 
« phalement à son père. Le père, après avoir comblé le tuteur de présents, 



142 Périodiques. 

« reçoit le fils dans sa famille. Cet acte est précédé d'une cérémonie svm- 
« bolisant le mauvais vouloir de la famille à le laisser reconnaître pour fils. 
« Bell, qui, personnellement, a été présent à la remise du fils aux mains 
« du père, raconte que la troupe de cavaliers qui reconduisait le tuteur et 
« son pupille subit une attaque simulée de la part de la jeunesse de 
« l'« aoûl » paternel ; quelques minutes se passèrent au milieu de coups 
« de fusil tirés à poudre ; enfin l'« atalyk » réussit à se frayer un passage. » 

II. 

Revue archéologique, troisième série, tome XXI, n° de mai-juin 1893. 
M. Salomon Reinach donne la fin de son étude sur « les monuments de 
pierre brute dans le langage et les croyances populaires » dont nous avons 
parlé plus haut, p. 354. En voici la conclusion : 

« L'archéologie comparée nous montre de plus en plus, d'un bout à 
« l'autre de l'ancien monde, une même civilisation matérielle, pélasgique 
« en Grèce, innommée ailleurs, ayant prévalu à une époque très reculée, 
« qui est le' début de l'ère des métaux. Plus nous étudions les monuments 
« de cette civilisation, qu'on rapportait naguère si volontiers à des origines 
« orientales, plus nous nous persuadons qu'elle n'a rien de commun avec 
« la Babylonie ni avec l'Egypte, que les analogies qu'on a fait valoir por- 
« tent sur des suggestions ou sur des emprunts et sont, pour ainsi dire, 
« toutes superficielles. Si nous comparons seulement la Gaule de l'Ouest 
« et la Grèce, nous voyons, de part et d'autre, de grandes constructions en 
« blocs énormes, indépendantes de tout modèle oriental, des poignards 
« triangulaires en cuivre, avec rivets, d'une forme qui n'est ni égyptienne 
« ni assyrienne, des vases ornés d'incisions remplis d'une substance 
« blanche, d'autres pourvus de mamelons perforés tenant lieu d'anses ; la 
« décoration de certains vases découverts à Mycènes rappelle singulièrement 
« les demi-cercles surhaussés, concentriques, gravés sur le granit de l'allée 
« couverte de Gavr'inis ou sur un vase de même époque récemment tiré 
« d'un dolmen près de Q_uiberon. D'autres considérations, empruntées les 
« unes aux traditions écrites, les autres aux survivances du folklore, nous 
« font entrevoir des similitudes non moins frappantes dans le domaine des 
« religions primitives. Il est donc tout au moins permis de croire que plu- 
« sieurs dizaines de siècles antérieurement à la grande unité réalisée par la 
« conquête romaine, il a existé une autre unité dont la cause nous restera 
« toujours inconnue. Faut-il, comme l'indolence en est facilement tentée, 
« la mettre sur le compte des aptitudes instinctives de l'esprit humain, 
« dont les premières manifestations sont uniformes, quoique indépendantes 
« les unes des autres ? Faut-il faire intervenir les événements mystérieux 
« dont témoignent la diffusion des animaux domestiques et des céréales, 
« ou, dans un tout autre ordre de faits, la diffusion des langues aryennes? 
« N'est-on pas porté à admettre que le courant de civilisation pélasgique, 
« au lieu de se mouvoir d'Orient en Occident, comme on le croit d'ordi- 
« naire, ait pris naissance, au contraire, quelque part dans l'ouest de l'Eu- 



Périodiques. 143 

« rope, pour gagner de là l'Italie, la presqu'île des Balkans, l' Asie-Mineure 
« et ne s'y trouver en contact que vers le XVI e siècle avant notre ère avec 
« le courant égypto-babylonien ? C'est à cette dernière solution que j'in- 
« cline, mais sans oser encore rien affirmer. Car ces questions sont de 
« celles auxquelles on ne peut se flatter que l'avenir même doive donner 
« réponse et qu'on se sent déjà quelque hardiesse à poser sans les ré- 
« soudre. » 



III. 



La Zeitschrift fur vergleichende Sprachforschung auf dem Gebiete 
der indogermanischen Sprachen, tome XXIII, nouvelle série, tome XIII, 
2 e livraison, contient trois articles intéressants pour les celtistes. 

Le premier, p. 274-284, est de M. Zimmer et a pour point de départ les 
gloses vieil-irlandaises du manuscrit latin de Munich 14429. Ces gloses 
sont sur : i° colostrum, c'est-à-dire « premier lait d'une femme ou d'ani- 
maux », nos, id est lac novum ; 2° ingiien (ms. îunguis) « aine, flanc, bas- 
ventre », bien ; 3° intestina « intestins », cod chomae; 4 panus « fil de tis- 
serand », flesc cou àil ; 5 vespa « guêpe », foicb. Nûs s'explique par un pri- 
mitif nû-ass, littéralement « nouveau lait » ; ass « lait » est noté as dans le 
dictionnaire d'O'Reilly et dans celui d'O'Davoren, d'où il est passé dans 
celui de M. Windisch. Bien, comme l'écrit M. Windisch, noté blèan chez 
O'Reilly, est un mot connu. On peut en dire autant de coel chomae, dont 
le génitif pluriel, inna coilchomae glose intestinorum dans le Priscien de 
S. Gall, et a été cité dans la Grammatica celtica, 2 e édition, p. 73. Flesc con 
àil veut dire « baguette avec crochet », Flesc est un mot connu. Pour ce 
qui est d'ail, on peut consulter Ascoli, Glossarium palaeo-hibemicum , p. xvn, 
Le plus intéressant est la glose .sur vespa, foicb, qui "est vraisemblablement 
un emprunt à un collectif brittonique * uochi, signifiant « les guêpes » 
et primitivement accusatif pluriel d'un thème masculin uespo, identique, sauf 
le genre, au latin vespa et dans lequel le groupe sp s'est changé en se, puis 
en ch comme dans le gallois ncher = vesper. 

Le second article est de M. Strachan, qui dans les quatre pages 304-307 
réunit quinze études étymologiques, toutes sur des mots irlandais, à l'ex- 
ception d'une, qui concerne un mot gallois. 

Le dernier article est de M. Whitley Stokes qui, ayant publié dans le 
même tome de la même revue, p. 62-80, les gloses irlandaises du manus- 
crit de Florence, bibliothèque laurentienne, Plut. XLV, 14, ajoute à son 
article des notes supplémentaires inspirées par le manuscrit de la Biblio- 
thèque nationale, ms. latin 7960. La Revue Celtique doit à la bienveillance 
de M. Whitley Stokes une édition des gloses du ms. de Paris. Elle a paru 
dans le précédent volume, p. 226-235. 



144 Périodiques. 



IV. 

Archaeolocia Cambrensis, octobre 1893. Les deux articles qui, dans ce 
numéro, m'ont semblé les plus intéressants, sont dus à la plume de M.John 
Rhys, et concernent des inscriptions ogamiques. Dans le premier article, 
p. 285-291, le savant auteur émet une hypothèse fort séduisante. A Llan- 
deilo Llwydarth, dans le nord du comté de Pembroke, on a trouvé la 
tombe d'un personnage dont le nom est écrit au génitif Andagélli deux 
fois, l'une en caractères latins, l'autre en caractères ogamiques. M. Rhys 
rapproche ce nom de celui du borgne Ingcél, fils d'un roi breton et associé 
avec des Irlandais exilés, de concert avec lesquels il accomplit plusieurs 
actes de brigandage. Un de ces actes de brigandage est le sujet du célèbre 
morceau épique irlandais intitulé Tcgail bruine Dâ Dergae. M. Zimmer, dans 
son analyse, Revue de Kuhn, tomeXXVIH, p. 558, appelle ce personnage 
Ingcél sans noter la longue, qui est cependant marquée cinq fois dans le 
Lebor na bUidre, p. 84, col. 2, 1. 20, 26, 33, 36, 39, contre une lois, 1. 28, 
où l'apex manque sur Ye. Ve d'Ingcél est donc long. Ce mot se termine par 
une seule /, tandis qu'il y en a deux dans AndagelIL Enfin Andagélli n'ex- 
plique pas le c de Ingcél, qui paraît tout simplement composé de ing « dan- 
ger », et de cil « bouche » et « prophétie » '. Pour admettre l'identité du 
mot breton écrit au génitif Andagélli avec le nom du personnage mentionné 
dans Togail brudne Dd Dergae, il faut supposer que le nom breton a été dé- 
formé en Irlande par l'effet d'une étymologie populaire. Ingcél pouvait si- 
gnifier « prophétie de danger », nom bien choisi pour un brigand. 

Le second article de M. Rhys, p. 355-357, consiste en une lettre précé- 
demment insérée dans YAcademy du 23 août dernier. Il concerne une ins- 
cription ogamique récemment trouvée à Silchester, comté de Southampton, 
non loin de Winchester, par conséquent à une grande distance, du pays de 
Galles. M. Rhys lit Ebicatos maqimucoi, c'est-à-dire : « tombeau d'Ebicatus 
(mieux Evo-catu-s), fils du petit-fils de ». 



The Academy, 12 août, p. 132, 19 août, p. 151, 26 août, p. 174. 
Compte rendu très élogieux du Nennius vindicatus de M. Zimmer par 
M. Alfred Nutt. 

2 septembre 1893, p. 193. Critique par M. Whitley Stokes d'une hypo- 
thèse de M. Zimmer suivant lequel il y aurait eu en vieil irlandais une tra- 
duction des odes d'Horace. 

16 septembre, p. 235, note de M. F. Olden sur la mission de Palladius 
et sur les rapports de son apostolat avec celui de saint Patrice. 



1. Dictionnaire d'O'Clery, Revue Celtique, tome IV, p. 383. 



Périodiques. 145 

14 octobre, p. 321. Nouvel essai de lecture des inscriptions ogamiques 
irlandaises de Whitefield et de Monataggart, par M. R. A. S. Macalister. 
— P. 324, le père Hogan propose une correction à son édition de la ba- 
taille de Ros-na-rîg. Bude-chaiti, p. 20, 217, qui, suivant lui, aurait signifié 
« complètement satisfait, content d'avoir mangé, rassasié », et qu'il a ex- 
pliqué par hide « contentement », et par chaithini « je mange », serait la 
notation en moyen irlandais d'un vieil irlandais budechu-de, dont le premier 
terme est le comparatif de l'adjectif budecb, et dont le second terme serait la 
particule de, où l'on doit reconnaître la préposition di, plus un pronom de 
la 3 e personne. De veut dire littéralement « de cela » et s'emploie avec le 
sens de « d'autant plus » '. Budechaiti signifie donc « d'autant plus recon- 
naissant et content ». 

1 1 novembre, p. 415. Essai d'une explication de l'inscription gravée sur 
la pierre de Newton, en Ecosse, comté d'Aberdeen. On sait que cette ins- 
cription est gravée partie en caractères latins, partie en caractères ogami- 
ques. M. Nicholson ne trouve aucune difficulté à l'interprétation de ce do- 
cument. L'avenir nous apprendra si parmi les gens compétents il trouve 
beaucoup d'approbateurs. 

VI. 

A propos du livre de M. Fritz Bechtel, Die Haupl-probleme der indogerma- 
nischen Lautlehre seit Schleicher, j'ai indiqué plus haut (t. XIII, p. 405), 
combien il me semblait difficile d'admettre dans le grec u^Xd; une excep- 
tion à la loi formulée par M. de Saussure : que la gutturale vélaire ne se 
labialise pas en grec après u. J'aurais plus volontiers consenti à séparer éty- 
mologiquement u^tjXo'ç de son synonyme gaulois uxello- (dans Uxellodtinum). 

La question a été reprise dans les Mémoires de la Société de Linguis- 
tique (t. VIII, p. 256-259), par M. Louis Duvau, qui montre, d'une part, 
l'impossibilité de séparer u'ir)Xd;, G^o; de uirép, latin super, et, par suite, la 
nécessité de poser un prototype ups- et non uk 2 s pour ces mots grecs; 
d'autre part, rapprochant le nom gaulois Crixus (gallois crych « frisé ») du 
latin crispus, il établit que le ps indo-européen devient nécessairement ks en 
celtique. Autres exemples : gallois ucher « soir » où ch représente réguliè- 
rement un plus ancien ks, cf. êcrcrepoç, lat. vesper. On pourrait y ajouter 
foich « vespa » que nous citons plus haut, p. 143. 

Cette hypothèse nous dispense d'admettre en grec une infraction à la loi 
posée par M. de Saussure et nous permet de conserver, en le précisant, le 
rapprochement traditionnel entre uxello- et u^ao'ç. 

VIL 
Annales de Bretagne, tome IX, première livraison, novembre 1893. 

1 . E. Windisch, Irische Texte, 467-468. R. Atkinson, The passions and the 
homilies, p. 628. Gr animât ica celtica*, p. 276. 

Revue Celtique, XV. 10 



146 Périodiques. 

P. 33, Le Braz, Les saints bretons d'après la tradition populaire (suite). — > 
P. 53, Luzel, Les trois chiens Brise-Tout, Passe-Partout et Plus-Vite-que-U- 

Vent (Ç\\\). — P. 81, J. Loth, La vie de S. Eliau d'après le livre de Llandaf, 
premier article. ■ — P. 86, G. Dottin, Contes irlandais modernes, texte et tra- 
duction (fin). H y a un tirage à part de cette intéressante publication. — 
P. 120, Luzel, Sermon evit gouel an holl cent, sermon burlesque pour la 
fête de la Toussaint, texte breton et traduction. 

VIII. 

Folk-Lore, tome IV, vol. IV, n° 3, p. 365, rapport de M. Alfred Nutt 
sur les principaux ouvrages relatifs à la mythologie et aux légendes irlan- 
daises qui ont paru pendant les années 1892 et 1893, savoir : l'édition du 
Cath Ruis na Rtg donné par le Père E. Hogan, le mémoire de G. Coffey 
sur les tombelles de New Grange, Douth et Knowth, la Silva gadelica de 
M. St. O Grady, le Nennius vindicatus de M. Zimmer et les chansons 
d'amour de Connaught. Tout le monde sait que M. Alfred Nutt est un des 
folkloristes contemporains les plus compétents, et on trouvera dans son 
mémoire des points de vue dont il n'est pas question dans les comptes 
rendus que la Revue Celtique a publiés des mêmes ouvrages. 

Folk-Lore, vol. 4, n° 4, p. 471-497, édition par M. Whitley Stokes de 
la fin d'un fragment du Dinnshenchas, consistant en cinq feuilles de par- 
chemin découvertes par M. H. Gaidoz à la bibliothèque des avocats 
d'Edimbourg et signalées par lui dans la Revue Celtique, tome VI, p. 113. 
Le texte édité par M. Whitley Stokes comprend vingt-deux articles qui font 
défaut- dans le manuscrit d'Oxford, dont il a donné une édition dans le 
tome III du même journal, p. 467-516 (cf. Revue Celtique, tome XIV, 
p. 90-91). 

Ala suite de cet extrait du manuscrit d'Edimbourg, p. 473-492, M. Whit- 
ley Stokes a placé, p. 492-496, un autre fragment du Dinnshenchas con- 
servé par le manuscrit du Musée britannique Egerton, 1781, folio 75, verso. 

Les deux textes irlandais sont accompagnés d'une traduction anglaise et 
de notes aussi copieuses qu'intéressantes. C'est une importante contribution 
à une future édition complète d'un curieux monument irlandais. 

IX. 

Allmer, Revue épigraphique du midi de la Fraxce, n° 72, octobre, 
novembre et décembre 1893, donne le texte de deux inscriptions romaines 
trouvées à Chalon-sur-Saône et qui contiennent des noms propres d'hom- 
mes gaulois. Ces inscriptions sont deux épitaphes. L'une, n° 978, a été 
placée sur le tombeau de Samorix, Liamari Fiïius Remus, cavalier dans YAlo 
longiniana ; l'autre, n° 979, rappelle la mémoire d'Albanus, Excingi Filius, 
dans Y Ala Asturum et de nation Ubius. Creuly avait connu ces inscriptions, 
mais il en a indiqué la provenance d'une manière incomplète ou inexacte. 



Périodiques. 447 

Ainsi Liamarus, Revue Celtique, III, 299, et Samôrix, ibidem, 305, sont 
cités d'après le carnet XV, p. 27, sans indication de lieu, et pour Excingus, 
Ubien, la mention fautive Chalons, avec s finale, accompagne le renvoi 
au carnet XV, p. 26, Revue Celtique, tome III, p. 167. 

Suivant César, De bello gallico, 1. IV, c. 3, § 3, 1. VI, c. 9, § 7, les Ubii 
sont Germains ; c'est aussi la doctrine de Pline, 1. IV, § 106; mais le nom 
d'homme Excingus est gaulois. On peut donc se demander si, lorsqu'il 
s'agit des Ubii, la qualification de Germant qui leur est donnée par César 
n'est pas la conséquence de ce qu'ils habitaient alors sur la rive droite, 
c'est-à-dire à l'est du Rhin, limite orientale de la Gaule, ainsi qu'il est dit 
au début des Commentaires de bello gallico. On sait que c'est Agrippa qui a 
transporté les Ubii sur la rive gauche du*Rhin, Strabon, 1. IV, c. 3, § 4, 
édition Didot, p. 161, 1. 24-26. Faisons observer que dès la première des 
guerres de César contre les Germains, en l'année 58, les Ubii prirent parti 
pour les Romains, De bello gallico, I, 54. Ils jouèrent le même rôle pendant 
la seconde de ces guerres, en l'année 55, De bello gallico, 1. IV, c. 16, 19, 
et pendant la troisième, en 53, De bello gallico, 1. VI, c. 9 et 10. On peut 
donc se demander s'il n'y aurait pas à reviser la doctrine reçue : Zeuss, Die 
Deutschen, p. 87, E. Desjardins, Géographie historique et administrative de la 
Gaule romaine, tome II, p. 445, Karl Mùllenhoff, Deutsche Altertumskunde, 
tome II, p. 301, considèrent, à l'exemple de César, les Ubii comme Ger- 
mains. Cette croyance iepose-t-elle sur des bases solides? 

Paris, le 2 s décembre 1893. 

H. d'Arbois de Jubainville. 



X. 

Le n° de juillet-septembre 1839 de la Revue de Philologie contient un 
article fort intéressant pour les études celtiques : Betriacutn, Bebriacum, 
par M. Lucien Herr. En voici le résumé : deux batailles furent livrées 
en l'an 69 auprès d'un bourg voisin de Crémone, l'une entre les troupes de 
Vitellius et celles d'Othon, l'autre entre les mêmes troupes et celles de Ves- 
pasien. Le nom de ce bourg est Bebriacum, selon Juvénal, ou Betriacutn 
(var. Bedriactim) selon les autres témoignages anciens. Un texte de Tacite 
nous permet de choisir à coup sûr entre ces deux leçons : locus castorum 
uocatur, dit-il, Hist., II, 24. Il ne s'agit évidemment pas ici des Dioscures, 
quoi qu'en ait pensé M. Mommsen : il faut traduire par « le lieu dit des 
castors ». 

Or, le nom est certainement celtique, le suffixe -acum suffit à le prouver; 
son radical doit donc contenir le nom celtique du castor ; Bebriacum répond 
évidemment à cette condition : il n'en est pas de même de Betriacutn 
(Bedriacum). Le doute ne semble donc plus permis ; c'est à Bebriacum 



148 Périodiques. 

qu'ont eu lieu les deux batailles de l'an 69 : Betriacum (Bedriacum) est une 
altération de ce nom, — conclusion qui, comme le fait justement remar- 
quer M. Herr, ne nous autorise nullement à rétablir partout Bebriacum dans 
les textes l'erreur remontant aux auteurs et non aux copistes. La table de 
Peutinger présente Betoriacum : cette leçon est en tout cas plus proche de 
Bebriacum que de Betriacum, et peut être citée comme une preuve accessoire, 
l'indication de Tacite, locus castorum uoeatur, étant en elle-même décisive. 

L. Duvau. 



U, Propriétaire-Gérant : Veuve E. BOUILLON. 



Chartres. — Imprimerie DURAND. 



UNE PHRASE EN MOYEN BRETON 



La Revue de Bretagne, de Vendée et d'Anjou a reproduit, dans 
son numéro de mars 1889, p. 211, 212, l'intéressante relation 
d'un voyage fait en basse Bretagne, par Ambroise Paré, 
l'an 1543. Une phrase bretonne enchâssée dans le récit est 
citée d'après la dixième édition, Lyon, 1641 ; une note ajoute 
la leçon d'une autre édition, sans doute plus récente. 

Voici la rédaction du passage tel qu'il se trouve dans la neu- 
vième édition des Œuvres d'Ambroise Paré, Lyon, 1633, 
p. 902 a (Bibliothèque de Poitiers). Il s'agit de la dernière 
péripétie d'une lutte engagée entre « vn petit bas Breton bien 
quadrature, fessu et matériel », et « vn grand Datiuo ma- 
gister d'eschole ». 

« Ce grand Datiuo eut grand despit d'auoir esté ainsi jette 
par terre par vn si petit hommet : il se releua tout en cholere, 
& voulut auoir sa reuanche. Ils se prindrent derechef collet à 
collet, & furent encore vn bien long temps à leurs prises ne se 
pouuans mettre par terre : en fin ce grand homme se laissa 
tomber sur le petit, & tombant meit son coulde au creux de 
l'estomach, et luy creua le cœur, & le tua tout mort. Et sça- 
chant luy auoir donné le coup de la mort, reprint sa longue 
jacquette, & s'en alla la queue entre les jambes, & s'éclipsa 1 , 
voyant que le cœur ne reuenoit point au petit homme, pour 
vin, vinaigre, ny autre chose qu'on luy presentast. Je m'ap- 
prochay de luy, tastay le poulx qui ne battoit nullement, alors 

1 . Il faudrait peut-être changer ici la virgule en un point, et le point 
suivant en une virgule. 

Revue Celtique, XV. 11 



1 5 o E. Ernaulî. 

dis qu'il estoit mort. Adonc les Bretons qui assistaient à la 
luitte, dirent tout haut en leur baragouyn, Anàra%t menraquet 
eues rac vu bloa so abeudeux benelepe bar^ an gouremon enel ma 
moa engoustum, c'est à dire, Cela n'est pas du jeu. Et quel- 
qu'vn dit que ce grand Datiuo estoit coustumier de ce faire, 
& qu'il n'y auoit qu'vn an qu'il auoit lait le semblable à vue 
luitte. » 

' Pour me procurer les variantes antérieures de ce petit texte 
breton, j'ai eu recours à l'obligeance d'un de mes anciens 
élèves, M. J. Moreau, dont l'exactitude m'est connue, et qui 
m'a fourni les renseignements suivants. 

La première édition, Paris, 1575, qui se trouve à la Biblio- 
thèque Sainte-Geneviève, ne contient pas les « Voyages ». 

La cinquième édition, 1598, est la plus ancienne que pos- 
sède la Bibliothèque Nationale ; la phrase y est écrite ainsi : 
Andra^e meuraquct enes rac vn bloa soabeudeux benelep e bar~an 
gouremon enel ma boa engoustun. 

La septième édition, 16 14, et la huitième, 1628 (Biblio- 
thèque Sainte-Geneviève) portent uniformément : Andra~c 
meuraquct eues rac vn bloa so abeudeux benelepe bar^ an gouremon 
enel ma moa engoustoum. 

L'édition Malgaigne, Paris, 1840-1841 (Bibliothèque Sainte- 
Geneviève) indique, t. III, p. 676, cet opuscule comme 
ayant été publié pour la première fois dans la 4 e édition, en 
1585. Malgaigne dit, p. cccxxi, que cette 4 e édition « n'existe 
pas dans les bibliothèques publiques de Paris » ; cependant il 
l'a eue entre les mains. Si le texte breton y avait différé sensi- 
blement de celui que portent les éditions suivantes, il est à 
croire que Malgaigne en eût averti ses lecteurs, ce qu'il n'a 
point fait. 

Nos trois leçons sont fautives aussi bien que les deux au- 
tres publiées dans la Revue de Bretagne, de Vendée et d'Anjou ; 
le fait n'a rien d'étonnant pour un texte de cette nature. 

Débarrassons-nous d'abord des erreurs qui proviennent de 
la ressemblance de certains caractères comme m et n, n et u. 

Pour retrouver des mots bretons, il est nécessaire de lire 
abeudeux, heuekp, gourenou ou gourennou, euel, engoustum. 

Moa est impossible. La variante boa peut s'admettre ; mais 



Une phrase en moyen breton. 1 5 1 

on attendrait plutôt uoa, dont moa semble provenir plus natu- 
rellement que de boa. 

Meuraquet a m pour n ; son premier u sera étudié plus loin. 

Après ces rectifications, le texte en « baragouyn » laisse en- 
core à désirer. La glose qui le suit permet d'y constater des 
lacunes et des transpositions. Il devrait y avoir quelque chose 
comme ceci : 

A ndra~e neraquet ! — Eues [endeux groaet] euel ma uoa engous- 
tum, rac vn bloa so abcndeux \grqaet\heuelep e bai\ an gourennou. 

Littéralement : « Cela ne fait pas (l'affaire) ! — Celui-là a 
fait comme il était coutumier, car il y a un an qu'il a fait de 
même dans les luttes. » 

Malgré de fâcheuses incertitudes, nous avons là un spécimen 
intéressant, et unique en son genre, du moyen breton parlé. 
Pour nous rendre compte des conditions dans lesquelles il a 
été recueilli, remarquons d'abord que la scène se passait à 
Landerneau ou dans les environs : a Ils... me menèrent auec 
eux iusques à Landreneau » (9 e éd., p. 901 c), et que le fa- 
meux chirurgien se trouvait avec de nobles personnages bre- 
tons. Voici le curieux passage qui précède le récit des luttes 
(901 d): ' 

« Monsieur d'Estampes pour donner passe-temps et plaisir 
à mesdits Seigneurs de Rohan et de Laual, et autres Gentils- 
hommes, faisoit venir aux festes grande quantité de filles vil- 
lageoises pour chanter des chansons en bas Breton, où leur 
harmonie cstoit de coater comme grenouilles, lors qu'elles 
sont en amour. Dauantage leur faisoit dancer le triori de Bre- 
tagne... Il les faisoit moult bon oùir et voir. » 

11 y a lieu de supposer qu'un de ces gentilshommes qui en- 
touraient Ambroise Paré lui aura rendu le service de l'aider à 
écrire les quelques mots bretons qui l'avaient frappé. En tout 
cas, cette transcription est fondée sur l'observation directe de 
la langue usuelle et ne tient aucun compte de l'orthographe 
traditionnelle qui prévalait alors (cf. Rev. Celt., XIII, 242). 

Nous examinerons d'abord la liaison de certains mots dans 
l'écriture, puis la forme spéciale de deux autres. 

Andra^e « cette chose-là », se prononce aujourd'hui ainsi ; 
on écrivait au xvi e siècle an ira se, an dra se, an drase. 



I 5 2 



E. Ernault. 



Meuraquet, lisez neuraquet « ne fait pas », a un premier u 
fort insolite. Comme aucune autre lettre n'est surabondante 
dans la phrase, on peut conjecturer que Vu est une faute pour 
r: cf. nerraff, je ne fais pas, Sainte-Barbe, 762, v. 5 (arrin, je 
ferai, 763). Ce n'était point l'usage de joindre, dans l'écriture, 
le mot quel « pas » au précédent. Cette orthographe se trouve 
constamment suivie dans l'Explication an doctrin chrislcn, 
Guingamp, 1838: ne gredetquet, vous ne croyez pas, ne gre- 
dontquel, ils ne croient pas, ne gredoïntquct, ils ne croiront pas, 
ne gredfac'hquet, vous ne croiriez pas, II, 17, etc., etc. 

Engoustuni « dans la coutume » est aussi logiquement écrit 
en un seul mot que les deux expressions précédentes, puisqu'il 
y a encore ici une mutation initiale. La notation habituelle eût 
été en constant. On voit que ce mot était du féminin; il avait 
une variante custum. Le P. Grégoire de Rostrenen reconnaît les 
deux genres au breton moderne custum, auquel il donne un 
équivalent vannetais coustum. Le Gonidec et Troude font 
hustum du masculin seulement. 

Abendeux « depuis qu'il a » eût probablement été écrit par 
un auteur breton a pa enàeux, aba endeux ou a pan deux. 

C'est une inconséquence d'écrire e bai\ « dans », ces deux 
syllabes formant un ensemble aussi bien lié que les quatre 
groupes que nous venons d'étudier. L'orthographe commune 
était, du reste, ebar~. 

Les deux mots qui présentent des formes nouvelles en 
moyen breton sont eues et bloa. 

Eues « celui-là » s'écrivait henne^J le ~ était dur. L7; est 
quelquefois peu sensible en léonais et en vannetais ; il s'entend 
fort bien en trécorois ; cf. Rev. Celt., III, 55, 232. Notre 
texte distingue, d'ailleurs, exactement les mots de même ori- 
gine euel et heuelep. 

Bloa « année » semblerait, au contraire, un trécorisme pour 
bloa^. La chute du % doux avait commencé à se produire au 
xvi e siècle, bien que les exemples écrits en soient alors assez 
rares. On peut citer: bugah\, plus souvent bugale, enfants; 
hente (son) proche, (son) prochain, B 759, rimes en e, par- 
tout ailleurs en moy. bret. bente%; le P. Grégoire ne signale 
que hente^, D. Le Pelletier a « hcnle, et anciennement hente% »; 



Une phrase en moyen breton. 1 $ 3 

van. beenté, m., Dictionnaire de L'A***; caffoeaff, pleurer, dé- 
plorer, Poèmes bretons, 80, dérivé de cafuoe?, chagrins, ibid., 
5, rime e^, pluriel' de cafu, Middle-Breton Hours, aujourd'hui 
kahv, kaoh, deuil, tristesse. 

D'autres exemples apparents du même phénomène ne relè- 
vent pas uniquement de la phonétique. L'influence française 
est sans doute pour quelque chose dans la coexistence en 
breton moyen de mots comme volonté^ et uolante, volonté ; ver- 
tu^ et vertu, auxquels on peut ajouter meurzlargiez, meurzjar- 
ge\, mardi gras, Catholicon, = le nom de personne Marlargie^ 
en 1582, Marlarge^en 1565, 1568, 1 5 8 1 , 1587, 1607, Mar- 
large en 1592, 1607, 1608, Marlaryge en 1607 (Malarge%_ en 
1630, 163 1, 1640), registres de Pédernec, voir la seconde 
édition de mon Glossaire moyen-breton . Comparez les échanges 
de suffixes signalés Rev. Celt., XIV, 309. Le bret. moy. n'a, 
à notre connaissance, que paue, pavé (vieux français pavée) ; 
scourge^, fouet, fr. escourgée, et chaucer, chaussée ; mais les 
formes modernes pave^, van. paoucrr, et van. scout ge, scourgér, 
Grég., peuvent remonter aussi haut que les autres (le bret. 
moy. morte^, mortier, mod. id., Gr., van. mortér, l'A., est 
dans le cas de tablez^, van. tabler, Rev. Celt., XIV, 309) l . 

Je suis porté à attribuer à l'analogie le % du bret. moy. as- 
clex^ « sein de robe » = ascre, gall. asgrc ; cf. mod. André?, 
André, rime e~, Sauvé, Proverbes, 823 {André, 825, 826); 
tréde\, troisième « selon quelques-uns », d'après Le Gonidec 
(bret. moy. et mod. trede) 2 , et Rev. Celt., V, 127. 

1. J'ai eu tort de regarder le moy. bret. a^ « de ton » comme ayant % 
doux, Rev. Celt., V, 125 ; la prononciation a, pour ce mot comme pour ai 
dans me ai pet, me a pet, je te prie (voir Dictionnaire étymologique du breton 
moyen, v. a 9 et a 10) vient de ce que ces proclitiques s'unissent, dans la 
prononciation, à la consonne initiale du mot suivant ; cf. ho\ et ho, votre ; 
e\ vihet et effihet, vous serez, etc. 

2. Le breton moyen et moderne est d'accord avec le comique pour pro- 
noncer sans 1, eguile, l'autre, pevare, quatrième, pry, argile, quere, cordon- 
nier (voir ce mot au Glossaire moy. bret.). Il est bien probable que le léonais 
claustle, Grég., klaoustrè, -Gon., vannetais coustelé, coustle, gageure, f., a 
perdu un \ et vient de * co-geistl-iâ ; cf. le gall. cyngwystledd, m., gageure, 
et Rev. Celt., VIII, 508. Le gallois même semble avoir des incertitudes : 
eleui, cette année, erllenedd, ellynedd, l'année dernière (léonais helene et var- 
lene, trécorois erlahne) ; cf. Stokes, Celtic Declension, 44; Rhys, Rev. Celt., 
VI, 14-16 ; Nettlau, Rev. Celt., X, 322, 323. 



154 £• Ernault. 

Le breton moyen oa, oae, il était, ot, il fut, a'a pas perdu 
directement non plus le ^ qui se montre en léonais duxn e siècle 
dans la phrase de Guillaume le Breton, mech (lisez met]/) oedd 
« pudor fuit », citée par M. de la Villemarqué, Poèmes bre- 
tons, p. 236, cf. v. gall. oid, aujourd'hui oedd. Il y a eu in- 
fluence d'une forme différente, bot, il fut, comique but. 

Il y a encore une autre façon d'expliquer la forme bloci. 
Dans l'expression qui nous occupe, et qu'un auteur breton eût 
écrite vn bloa~ so (cf. Sainte-Nonne, 103), le ~ pouvait se 
fondre avec le son sifflant qui suit, en un ç : cf. bret. moy. 
di^sul et d'u\ul, dimanche, mod. diç^ul, Grég., de de^-\- sul ; 
dac~on, dac^preh = da~ -f- son, sorch, Rev. Cell., XI, 354. Une 
autre combinaison analogue se montre, Sainle-Barbt, 191, où 
la seconde syllabe de eu il st rime en iç, et 760, où le même 
fait a lieu et est confirmé par la graphie t uic%e. Us du mot se 
a dû de se conserver en breton à cette circonstance, qu'il s'ap- 
puyait souvent sur une consonne précédente ; sans quoi il 
serait devenu h. 

La seconde explication de bloa est la plus naturelle ; elle 
nous dispense d'admettre dans le léonais, au xvi e siècle, une 
prononciation trécoroise qui n'y existe pas encore aujourd'hui. 
Dans cette hypothèse, vn bloa so aurait été mieux écrit vn 
bloactp ; cf. van. guerço, gutrço %pu, il y a longtemps, = gûer 
so, giïerso, chez le P. Grég. guer^-so, etc. (Gloss. moy. -bret., v. 
guers). 

E. Ernault. 



CONFESSION DES PÉCHÉS 

ATTRIBUÉE A SAINT PATRICE 



La confession suivante, attribuée à saint Patrice, se lit dans le manuscrit 
Angers 14 (ix e siècle, ou plutôt ix e -x e ), au folio 180 v°, à la suite du 
Psautier (gallican), qui est immédiatement suivi des Cantiques et d'une lita- 
nie où sont invoqués les saints du centre et du nord de la France, de Bour- 
ges et de Poitiers jusqu'à Cologne et à Liège, avec saint Boniface, saint Co- 
lomban et saint Gall. La confession de saint Patrice est suivie, au fol. 183 v°, 
de la Confessio quant beahcs Alcuinus composait Domno Karolo imperatori (Do- 
minus inaestimabilis misericordiae, Deus inmensae pietatis...) 1 et de diverses 
autres pièces, en particulier de plusieurs prières. Ce manuscrit paraît écrit à 
Tours, à en juger par la semi-onciale caractéristique des manuscrits de 
Tours, dans laquelle est écrite la première ligne de chaque Psautier. 



INCIPIT CONFESSIO SANCTI PATRICII EPISCOPI. 

Deus ; Deus meus, rex omnipotens, ego humiliter te adoro. 
Tu es rex regum, dominus dominantium. Tu es arbiter omnis 
saeculi. Tu es redemptor animarum. Tu es liberator creden- 
tium. Tu es spes laborantium. Tu es paraclytus dolentium. Tu 
es via errantibus. Tu es magister gentibus. Tu es creator om- 
nium creaturarum. Tu es amatorboni omnis. Tu es princeps 
omnium virtutum. Tu es gaudium omnium sanctorum tuo- 
rum. Tu es vita perpétua. Tu es laetitia in veritate. Tu es 



1. Publiée par Martène (De ant. ceci, dise., 1706, p. 647), d'après un 
ms. de Fleury. 



1 5 6 Samuel Berger. 

exultatio in aeterna patria. Tu es lux lucis. Tu es fons sancti- 
tatis. Tu es gloria Dei patris in excelso. Tu es salvator mundi. 
Tu es plénitude» Spiritus sancti. Tu sedes ad dexteram Dei 
Patris in throno regnans in saecula. 

Ego peto remissionem peccatorum meorum, Deus meus 
Jhesu Christe. Tu es qui neminem vis perire sed omnes vis 
salvos fieri et ad agnitionem veritatis venire. Tu, Deus, ore 
tuo sancto et casto dixisti : In quacunque die conversus fuerit 
peccator, vita vivet et non morietur 1 . Ego revertar ad te, 
Deus, et in omni corde clamabo ad te, Deus meus, et tibi 
nunc volo confiteri peccata mea. Multiplicata sunt delicta mea 
super me, quia peccata mea numerum non habent ante oculos 
tuos, Domine, reus conscientia testis adsisto. Rogare non 
audeo quod inpetrare non mereor. Tu enim scis, Domine, 
omnia quae aguntur in nobis, et erubescimus confiteri quod 
per nos non timemus admittere. Verbis tibi tantum obsequi- 
mur, corde mentimur. Et quod velle nos 2 dicimus, nostris ac- 
tibus adprobamus. Parce, Domine, confitentibus, ignosce pec- 
cantibus. Miserere te rogantibus, quia in sacramentis tuis 
meus sensus infirmus est. Praesta, Domine, ut, qui ex nobis 
duro corde verba non suscipis, per te nobis veniam largiaris, 
Jhesus Christus Dominus noster. 

Confitebor tibi, Deus meus, quia ego peccavi in caelo et in 
terra et coram te et coram angelis tuis et coram facie omnium 
sanctorum tuorum. 

Peccavi per neglegentiam mandatorum tuorum et factorum 
meorum. 

Peccavi per superbiam et per invidiam. 

Peccavi per detractionem et per avaritiam. 

Peccavi per luxoriam et per malitiam. 

Peccavi per fornicationem et per gulam. 

Peccavi per falsum testimonium et per odium hominum. 

Peccavi per furtum et per rapinam. 

Peccavi per blasphemiam et per desiderium carnis. 

Peccavi per ebrietatem et per odiosas fabulas. 



i. Ezéch.j XVIII. 21, rendu de mémoire. 
2. Lisez probablement : non. 



Confession des péchés attribuée à saint Patrice. 1 $ 7 

Peccavi per contentiones et per rixam. 

Peccavi per juramentum et iracundiam. 

Peccavi per laetitiam terrenam et transitoriam. 

Peccavi per terrorem et per suavitatem mentis meae. 

Peccavi per dolum et per murmurationem. 

Peccavi per instabilitatem mentis fidei et per dubietatis im- 
pietatem. 

Peccavi per inmisericordiam et per spernationem hominum. 

Peccavi per prava et per iniqua opéra [et] judicia. 

Peccavi per neglegentiam et per oblivionem operum Dei. 

Peccavi per vagationem et per discretionem mentis meae. 

Peccavi per inpacientiam et per spei inperfectionem. 

Peccavi per duritiam et per cecitatem cordis vel mentis. 

Peccavi per [injobservationem amoris Dei et proximi. 

Peccavi per inoboedientiam et per amissionem bonorum 
constitutorum. 

Peccavi per amissionem caelestium desideriorum et per amo- 
rem terrenarum rerum. 

Peccavi per studia iniquitatis et per dolosa argumenta. 

Peccavi per exempla iniqua et per humanitatis obsordes. 

Peccavi per aceidiam vanam et per stuporem mentis. 

Peccavi per fictam humilitatem et amissionem amoris Dei. 

Peccavi per maledictionem et per divinationes. 

Peccavi per inperfectionem votorum meorum et per machi- 
namenta iniqua. 

Peccavi per scrutationem majestatis Dei et caelestis vitae. 

Peccavi per pompas corporis et per ambitiones favorum ho- 
minum. 

Peccavi per intemperantiam hilaritatis et furoris. 

Peccavi per tediaet per desidiam mentis. 

Peccavi per consilia iniquitatis et per redditionem mali. 

Peccavi per concupiscentiam et perpetrationem libidinis. 

Peccavi per consentionem et per conscientiam actuum ini- 
quorum atque verborum. 

Peccavi per dominici diei operationes et per inlecebr[os]as 
cogitationes. 

Peccavi per tristitiam seculi et per amorem pecuniae et per 
ambitiones honorum. 



! ) 8 Samuel Berger. 

Peccavi per inquietudincm et per amaritudinem mentis. 

Peccavi per inutilem laetitiam et per scurilitatem, per dolo- 
rosa verba et per intemperantia[m] clamoris. 

Peccavi per disperationem et per inpuritatem confessionis. 

Peccavi per inperfectionem et neglegentiam emendationis. 

Peccavi per audatiam et disperationem. 

Peccavi per acceptionem munerum iniquorum et per puni- 
tiones impietatum. 

Peccavi per simulationem et per memetipsi placationem. 

Peccavi per silentium rectitudinis et iniquitatis et adula- 
tionis. 

Peccavi per comessationem et per polluti cibi acceptionem 
et per suggestiones diaboli et per dilectationem spiritus et per 
conscientiam carnis. 

Peccavi in oculis meis et in auribus meis. 

Peccavi in manibus meis et in ore meo et in labiis meis et 
in omnibus factis meis. 

Peccavi in lingua et in gutture. 

Peccavi in collo et in pectore. 

Peccavi in corde et in cogitationibus. 

Peccavi in mente et in operationibus. 

Peccavi in manibus et in pedibus. 

Peccavi in ossibus et in carne. 

Peccavi in medullis et in renibus. 

Peccavi in anima mea et in omni corpore meo. 

Si nunc erit vindicta tua super me tanta quanta in me ipso 
fuerunt peccata mea multiplicata, judicium tuum quomodo 
sustineo? Sed habeo te sacerdotem summum ad quem confi- 
teor omnia peccata mea. Id tibi soli, Deus meus, quia tibi 
soli peccavi et malum coram te feci. Et quia tu es, Deus, 
solus sine peccato, obsecro te, Domine Deus meus, per pas- 
sionem atque per signum salutiferae crucis tuae atque per 
effusionem sanguinis tui, quo tu concédas mihi remissionem 
omnium peccatorum meorum. Peto te, Domine meus Jhesu 
Christe, quod mihi non reddas secundum meritum meum, 
sed secundum magnam misericordiam tuam. Judica me, Do- 
mine, secundum judicium indulgentiae tuae. Ego te peto et 
adjuro, Deus meus omnipotens, ut tu in me colloces amorem 



Confession des péchés attribuée à saint Patrice. 1 59 

et timorem tuum. Suscita in me paenitentiam peccatorum 
meorum et fletum pro nomine tuo. Da mihi memoriam 
mandatorum tuorum et adjuva me, Deus meus, dele iniqui- 
tatem meam a conspectu tuo et ne avertas faciem tuam ab 
oratione mea. Ne proicias me a facie tua. Ne derelinquas me, 
Deus meus, ne discesseris a me, sed confirma me in tua vo- 
luntate. Doce me quid debeam non agere, quid facere aut 
loqui, quid tacere. Défende me, Domine Deus meus, contra 
jacula diaboli et contra angelum tartari suggerentem et docen- 
tem multa mala. Ne deseras me, Domine Deus meus, neque 
derelinquas unum et miserum famulum tuum, sed adjuva 
me, Deus meus, et perfice in me.doctrinam tuam. Doce me 
facere voluntatem tuam, quia tu es doctor meus et Deus 
meus, qui régnas in secula seculorum. Amen. 

Un connaisseur de la littérature pénitentielle pourrait sans doute dire à 
quelle époque remonte cette confession des péchés, qui n'a pas grande va- 
leur au point de vue religieux, étant rédigé sans aucun ordre, quoiqu'elle 
soit animée d'un sentiment moral incontestable, et qui, au point de vue lit- 
téraire, est absolument sans couleur. Personne ne pensera que saint Patrice 
soit en quoi que ce soit intéressé à l'origine de ce document, qui est évi- 
demment de date assez tardive. Il n'en est pas moins vrai que les livres de 
pénitence semblent venir d'Irlande. Sur les plus anciens que l'on connaisse 
ou dont on ait entendu parler, on rencontre les noms, marqués sans doute 
plus ou moins au hasard, de saint Patrice, de saint David, de saint Finnian 
et de saint Gildas, puis celui du fameux Théodore de Tarse, le premier ar- 
chevêque de Canterbury, le nom de Bède le Vénérable, enfin celui de saint 
Colomban. Le pènitential de saint Colomban est, dans la série des publi- 
cations analogues, le premier ouvrage dont on puisse affirmer l'authenticité. 
Mais notre confession est d'un tout autre caractère, et la seule ressemblance 
qu'elle ait sans doute avec les pénitentiaux irlandais ou autres, c'est d'être 
destinée à l'examen de la conscience. Encore est-ce dans une tout autre in- 
tention. 

Samuel Berger. 



LES CELTES EN ESPAGNE 



INDEX 



PREMIÈRE PARTIE. 



NOMS DE LIEU ANCIENS. 



Abobrica. XV, 5. 

Acinipo. Voir Acinippo. 

Acinippo. XIV, 390, J91. 

Adobrica. Voir Abobrica. 

Aebura. XV, 58. 

Albocela. Voir Albocola. 

Albocola des Vaccaei. XV, 30, 35, 

58, J9) 45- 
Albocolensis. XV, 38. 
Alce. XIV, 388. 
Alexandrie. XIV, 359, 360. 
Allia, rivière. XV, 61. 
Amallobriga. XV, 35. 
Anas, fleuve. XIV, 376, 382, 386; 

XV, 4,. 
Arabriga. XIV, 394. 
Arabrigenses, peuple. XIV, 394. 
Arandis. XIV, 393. 
Arausio. XV, 37. 
Arbocala. Voir Albocola. 
Arbucala. Voir Albocola. 
Arcobriga. XIV, 393 ; XV, 17. 
Arcobrigenses, peuple. XV, 17. 
Arelate. XIV, 362. 
Areva. XV, 20. 



Arevaci, peuple. XV, 7, 8, 10, 15, 
19, 20, 21, 22. 23, 24, 25,26, 27, 

28, 31, 33, 3$, 6o - 
Arguela. XV, 24. Cf. Uxama. 
Arialdunum. XV, 7. 
Arotrebae, peuple. XV, 4. 
Arriaca. XV, 18. 

Arrotrebae, peuple. Voir Arotrebae. 
Artabri, peuple. XV, 4, $. 
Arucci. XIV, 391. 
Aruccitana civitas. XIV, 391. 
Arunda. XIV, 389, 390 391. 
Asie-Mineure. XIV, 373, 386; XV, 

10. 
Asta. XIV, 390, 391 . 
Astorga. XV, 26. 
Astura, fleuve. XV, ;6, 56. 
Astures, peuple. XIV, 382; XV, 36, 

37, 48, 56. 
Asturica. XIV, 388; XV, 26, 37, 

56. 
Ataecina. XIV, 389. 
Ateca. XV, 16. 
Ategena. XIV, 389. 
Atrebates, peuple. XV, 4. 



Les Celtes en Espagne. 



161 



Attacum. XV, 14, 16, 1 7. 
Augustobona. XIV, 393. 
Augustobriga des Pelendones. XV, 

2 3- 
Augustobrigad« Vettones, XIV, 394. 
Augustobrigenses, peuple. XIV, 395. 
Ausetani. Voir Oretani. 
Autra, rivière. XV, 33. 
Autraca des Vaccaei. XV, 33. 
Autricum. XV, 33. 
Autrigonae, peuple. Voir Autrigones. 
Autrigones, peuple. XV, 10, 11, 12, 

l h 24, 3 3- 

Autura, rivière. XV, 33. 

Avia, des Vaccaei. XV, 34. 

Baecula, du Nord. XV, 80. 

Baecula, du Sud. XV, 50, 51, $ 2 , 53. 

Baeculo. Voir Baecula. 

Baesucei. XV, 44. 

Baetica. XIV, 376, 386, 389; XV, 

7> 9,4'- 
Baetis, fleuve. XIV, 389, 391 ; XV, 

4', 59- 
Belisama, golfe: XV, 12. 
Belli, peuple. XV, 10, 19, 20, 22. 
Bellovaci, peuple. XV, 20. 
Berones, peuple. XV, 9, 10, 18. 
Besalduno. Voir Beseldunum. 
Besaltuno. Voir Beseldunum. 
Beseldunum. XIV, 385, 386; XV, 9. 
Besuldunum. Voir Beseldunum. 
Bètique. Voir Baetica. 
Bétis, fleuve. Voir Baetis. 
Bilbilis. XV, 14, 15, 16. 
Bisuldunensis comitatus. XIV, 385. 
Bisalduno. Voir Beseldunum. 
Bisuldunum. Voir Beseldunum. 
Bletisa. XV, 40. 
Boiodurum. XIV, 377. 
Bracara. XV, 2. 

Bracarii Lucenses, peuple. XV, 4. 
Bretagne. Voir Grande Bretagne. 
Brigaecium,^s Vaccaei. XV, 35,36. 
Brigantia (La Coruna). XV, 4, $. 
Brigantia (Bragance). XIV, 388; 

XV, i, 2. 



Brigantio. XV, 3. 
Brigantium. XV, 3, 4, \. 
Caeilobricoi, peuple. XV, 1. 
Caesada. XV, 17. 

Caesar Augusta. XV, 8, 19, 26, 27. 
Caesarobriga. XIV, 395. 
Caesarobrigenses, peuple. XIV , 395. 
Caetobriga. Voir Cëtobriga. 
Calabria. XV, 1. 
Caladunnum. Voir Caladunum. 
Caladunum. XV, 1, 2. 
Calagurris. XV, 57. 
Caledonii, peuple. XIV, 389. 
Callaici, peuple. XIV, 382; XV, 26, 

48, 56. 
Callaici Bracarii, peuple. XV, 2. 
Calubriga. XV, 1 , 2. 
Cannes. XV, 45, 46. 
Cantabri, peuple. XV, 13, 14, 36, 

48, 56. 
Cantium. XV. 27. 
Capitole. XIV, 366, 368. 
Caravis. XV, 59. 
Caristi, peuple. XIV, 373, 380; XV, 

9, 10,11. 
Carpetani,/>t-u/?/d.XV, 1 8, 55, 57, 58. 
Carthage. XIV, 3 58, 3 59, 361 , 362, 

369, 370; XV, 20, 25, 28, 31, 

45, 46, 47, 48, 50, 53, 54. 
Carthagène. XIV, 370, 371, 374; 

XV, 49, 5 j. 
Carthaginois. XIV, 358, 359, 361, 

362, 370, 371, 378, 382, 384; 

XV, 4, 11, 30, 43, 45, 46, 47, 

48, 49, 50, 51, $2, 53, 54. 
Cartimitana civitas. XIV, 383. 
Cartimitanum municipium. XIV, 

383- 

Castulon. XIV, 364, 370; XV, 6, 
7, 12, 41, 42, 43, 46, jo, 51, 

Catobrica. Ko/r Cëtobriga. 
Cauca, des Vaccaei. XV, 30, 31,32. 
Caucenses, peuple. XV, 34. 
Celtae, peuple. XIV, 360, 361 ; XV, 



1 62 



H. d' Artois de Jubainville. 



Celtiberi, peuple. XIV, 364, 365, 
366, 367, 369, 370, 371, 374, 
375. 3 8 ', 3 8 3, 3 8 4, 385, 387; 
XV, s, 6,7, 8,9, 10, 11, 13, 16, 

18, 19, 20, 22, 25, 26, 28, 30, 
3 6 , 4 1 » 45> 4 6 . 47- 48, 49, S , 
$ii 53. 54- S 6 , 57, 58, 59, 6 °- 

Celnbèrie. XIV, 382,383, 384, 389; 

XV, 5, 7, 14, 16, 17, 19, 26, 27, 

28, 30, 44> 4 8 , 5°, 5'» 55- S^, 

S 8 , 59- 
Celtici, peuple. XIV, 365, 376, 381, 

382, 383, 386, 387, 389, 390, 

39i, 39 2 , 393, 39$; xv > ', 3, 4, 

7, 17, 26, 40, $5, 56. 
Celticoflavia. XIV, 395. 
Celticus, promontoire. XV, 3. 
Celtique. XIV, 359, 360, 365. 
Cerindones, peuple. XV, 22. 
Certima. XIV, 384, 385, 386, 389; 

XV, 7. 
Cetobricca. Ko/Y Cetobriga. 
Cëtobriga, Setubal. XIV, 393. 
Clunia. XV, 7, 25, 26. 
Coeliobriga. XV, 1 . 
Complega. XV, 58, 59. 
Condabora. XV, 18. 
Confluentia XV, 26. 
Consabrum. XV, 18. 
Contrebia, des Berones. XV, 10, 18. 
Contrebia, des Celtitères. XV, 18, 

19, $8.. 

Contributa Julia. XIV, 391. 
Corbeia. XIV, 374. 
Corbio. XIV, 373; XV, 11. 
Corduba. XV, 55. 
Cottaeobriga. XIV, 394, 395. 
Cougium, des Vaccaei. XV, 33. 
Cunei, peuple. XIV, 392. 
Curiga. XIV, 391 . 
Curigensium respublica. XIV, 391. 
Cynïtes, peuple. XIV, 386, 392, 393. 
Deobriga, des Autrigones. XV, 11, 

12, 13. 
Deobriga, des Vettones. XIV, 394, 

395- 



Deobrigula. XV, 13. 
Desonci, peuple. XV, 37, 38. 
Dêva, fleuve. XIV, 373, 379, 380; 

XV, 10, 11. 
Devaïïes, fleuve. XIV, 380. 
Devobriga. Voir Deobriga. 
Edetani, peuple. XV, 9. 
Eldana. Voir Selmana. 
Elmana. Voir Selmana. 
Elvetii, peuple. Voir Ilelvetii. 
Emerita. XIV, 391; XV, 27. 
Emporion. XIV, 386. 
Equabona. XIV, 393 . 
Ergavica. XV, 18, 19. 
'EpMeia. XIV, 358. 
Esttledunum. XV, 7. 
Flaviobriga. XV, 1 1. 
Galates, peuple. XIV, 360, 361. 
Gallaeci, peuple. Voir Callaici. 
Gallaecia. XV, 3. 
Gallaïcae matres. XV, 26. 
Gall'i, peuple. XIV, 3^7, 358, 359, 

360, 361, 365, 367; XV, 46,47. 

61. 
Gaule. XIV, 364, 366, 371, 375, 

376, 377, 381, 384, 386; XV, 

20, 21, 22, 26, 54. 
Gaulois. Voir Galli. 
Germani, peuple. XIV, 381 ; XV, 6. 
Gerundensis. XIV, 385. 
Gesocribate. XV, 9. 
Gesoriacus. XV, 9. 
Gessorienses. XV, 9. 
Girundensis. XIV, 385. 
Goths peuple. XV, 1 . 
Gracchuris. XV, 60. Voir Ilurcis. 
Grande-Bretagne. XIV, 362, 373, 

380, 381, j89;XV, $, 12, 27, 28. 
Grecs. XIV, 358, 359. 
Halicarnasse. XIV, 386. 
Hasta. XIV, 390. 
Helmantica. Voir Selmantica. 
Hermandica. Voir Selmantica. 
Helvetii, peuple. XIV, 376; XV, 12, 

Hercule (colonnes d'). XIV, 3S6. 



Les Celtes en Espagne. 



.65 



Hispalis. XIV, 387; XV, 55. 

"Iêïjpss, peuple. Voir Ibères. 

Ibères. XIV, 361, 362, 363 ; XV, 3, 

15» l6 > 4 8 > S 2 , 53- 
Ibéric.XW, 360, 382. 
Iceni, peuple. XV, -4. 
Iliturgis. XV, 49, 52, 53, 57. 
Ilucie. XV, 57. 
Ilurcis, XV, 60. 
Intercatia, des Astures. XV, 37. 
Intercatia, des Orniaci. XV, 38. 
Intercatia, des Vaccaei. XIV, 367, 

368, 369, 370; XV, 31, 35, 36, 

38. 
Irlandais. XIV, 376. 
Irlande. XIV, 367, 374, 375, 380; 

XV, 2. 
Italie. XIV, 361, 364, 367, 375, 

377; XV, 16, 39, 43, 45, 46, 

47, $«■ 

Iturobriga. XIV, 387. 

Juliobriga. XV, 14. 

KaxcfêpiÇ. XIV, 393. 

KeXxoi, peuple. XIV, 360, 362. 

Lacobriga, rfes Celtici. XIV, 393. 

Lacobriga, </es Vaccaei. XV, 34. 

Laminium. XV, 44. 

Laxta. XV, 19. 

Leucas. XV, 10. 

Leuci, peuple. XV, 2 1 . 

Leucomelius saltus. XV, 21. 

Leucumellus. Voir Leucomelius. 

Libisosa, des Oretani. XV, 41 , 44. 

Liccoleucus fundus. XV, 21. 

Ligures. XV, 23. 

Lugoves. XV, 24. 

Lusitani, peuple. XIV, 382, 392, 

394; XV, 3, 25, 48, J5, $8. 
Lusitania XIV, 376, 384, 387,395. 
Lusones, peup.e. XIV, 367. 
Lutetia. XV, 22. 
Lutia. XV, 21, 22. 
Macédoine. XIV, 368. 
Malaca. XIV, 386. 
Man (lie de). XIV, 380. 
Marathon. XIV, 358. 



Meidubrigenses, peuple. XIV, 394. 
Mentesa, des Bastuli. XV, 49. 
Mentesa, des Oretani. XV, 41, 43, 

49. 
Mentissa. Voir Mentesa. 
Meribriga. XIV, 393. 
Merobrica. Voir Muobnga des Celtici. 
Mésie superieure. XIV, 379. 
Mirobriga, des Celtici. XIV, 393 ; 

XV, 40, 42. 
Mirobriga, des Oretani. XV, 40, 41. 
Mirobriga, des Vaccaei. XV, 39, 40, 

4 2 - 
Mirobrigenses, peuple. XIV, 393 ; 

XV, 42. 
Moenus. XIV, 378. 
Munda. XIV, 384, 385, 389; XV, 7. 
Murbogi. XV, 13. 
Nemetobriga. XV, 1,2. 
Nemetodurus. XV, 2. 
Neri, peuple. XV, 3. 
Nertobriga des Celtibères. XV, 14, 

15, 16, 28, 29. 
Nertobriga, des Celtici. XIV, 387, 

391. 
Nerva, fleuve. XV, 1 1. 
Nerviens, peuple. XIV, 366. 
Norba. XIV, 388; XV, 24. 
Noriaue. XIV, 377. 
Nova Augusta. XV, 23. 
Novion. XV, 4. 
Numance. XV, 19, 20, 21. 23, 24, 

r 2 $> 3', 34, 54- 
Numantins. XV, 25. 
Ocelum Duri, des Vaccaei. XV, 35, 

38. 
Octodurum, des Vaccaei. XV, 38. 
Octodurus. X, , 8. 
Octogesa. XV. 8. 
Oretani, peuple. XIV, 364 ; XV, 6, 

41, 42, 43, 44, 49, 50, 52, 57. 
Oretum. XV, 6, 41, 42, 56. 
Orniaci, peuple. XV, 37, 38. 
Palantini. peuple. XV, 35. 
Pallantia d« Vaccaei. XV, 31, 32, 

34, 35- 



164 



H. d'Arbois de Jubainville. 



Paramica. XV, 29. 

Pax Augusta. XIV, 392. 

PaxJulia. XIV, 392. 

Pelendones, peuple. XV, 22, 23, 24. 

Perses. XIV, 358, 359. 

Phéniciens. XIV, 357, 358, 359, 360. 

Pintia des Vaccaei. XV, 35. 

Pisoraca, fleuve. XV, 33. 

Poeni, peuple. XIV, 360. 

Porta Augusta, des Vaccaei. XV, 35. 

Praesamarchi, peuple. XV, 3, 4. 

Praestamarci, peuple. Voir Praesa- 
marchi. 

Rhêtie. XIV, 377. 

Rhoda. XIV, 383, 386. 

Rauda, des Vaccaei. XV, 33. 

Romains. XIV, 359, 361, 362, 364, 
366, 367, 368, 369, 370, 371, 
373, 382, 383, 384, 386, 387, 
388, 390, 392; XV, 3, 4, 9, 10, 
11, 13, 15, 18, 19, 20, 21, 24, 

25, 3°> ? » 1 3 2 > 3 6 > 43i 4S, 47^ 
48, 49, 50, s 1 , 52, 53, 54, 55, 

56, 58, 59,60, 61. 
flom^. XIV, 361, 384; XV, 7, 20, 

21, 25, 31, 32, 46, 47, 48, 54, 

S<S, S 8, 61. 
Sagonfc. XIV, 382, 386; XV, 46, 

49. 
Sagontia, </« Turdetani. XV, 29. 
Salaria. XV, 6, 7, 41, 43, 44. 
Salica. XV, 41 , 43. 
Salduba. XV, 9. 
Salmantica. Voir Selmantica. 
Salmanticensis. XV, 40. 
Salpensa. XIV, 390. 
Sars, rivière. XV, 3. 
Sarabis, des Vaccaei. XV, 35, 39. 
Savia. XV, 23. 
Sebeldunum, XIV, 385. Voir Besel- 

dunum. 
Sebendunum. XIV, 385. Voir Be- 

seldunum. 
Sedetani, peuple. XV, 9. 
Segeda, des Belli. XV, 10, 19, 20. 
Segeda, <frs Celtibercs. XV, 60. 



Segeda, rf^Celtici. XIV, 389, 391. 
Segedensis. XIV, 389. 
Segida. Voir Segeda des Celtici. 
Segesama. Voir Segisama. 
Segisama. Voir Segisama Julia. 
Segisama Brasaca. XV, 14. 
Segisama Julia. XV, 12, 13, 14. 
Segisama-Julienses. XV, 13. 
Segisamo. XV, 12, 13. 
Segisamon. Voir Segisamo. 
Segisamonculum. XV, 11, 12. 
Segisamonenses, peuple. XV, 13, 14. 
Segobriga, Segorbe. XIV, 383, 385, 

386, 389; XV, 6, .5, .4, 19. 
Segontia, des Arevaci. XV, 27, 28, 

29. 
Segontia, des Celtibères. XV, 15, 29. 
Segontia, des Vaccaei. XV, 29. 
Segontia. des Varduli. XV, 29. 
Segontiaci, peuple. XV, 28. 
Segontinensis. XV, 29. 
Segontinus. XV, 29. 
Segontium. XV, 28. 
Segovia. XV, 27, 28. 
Selmana. XV, 39. Voir Selmantica. 
Selmantica, des Vaccaei. XV, 8, 29, 

30, 39, 40,45. 
Sentica. XV, 39, 40. 
Sentice. Voir Sentica. 
Septimanca. XV, 3 5. 
Séria. XIV, 391. 
Sibaria. Voir Sarabis. 
Sinapo. XV, 4. 
Singidunum. XIV, 379. 
Sucro, fleuve. XV, 41. 
Suessation. Voir Suessatium. 
Suessatium. XIV, 373 ; XV, 10, 11. 
Suessetani, peuple. XIV, 373 ; XV, 

1 1 . 
Suessiones. XV, 1 1 . 
Suestasion. Voir Suessatium. 
Tagus, fleuve. XV, 16. 
Talabriga. XIV, 394, 395. 
Tamarici, peuple. XV, 3. 
Tamaris, fleuve. XV, 3. 
Tarraco, XV, 9. 



Les Celtes en Espagne. 



i6j 



Tarraconaise XV, 26, 34, 41. 
Tarraconensis conventus. XV, 9. 
Tartesse, fleuve. XIV, 357, 358; 

XV, 41. 
Tartesses, peuple. XIV, 361, 362. 
Tiburi, peuple. XV, 2 . 
Titthi, peuple. XV, 22. 
Toletum. XV, 55. 
Tolistobogii. peuple. XIV, 373 ; XV, 

10. 
Tongobriga. XIV, 394. 
Tongobrigenses, peuple. XIV. 394. 
Tridiavi, peuple. XV, 38. 
Tugia. XV, 41, 43, 44. 
Tuia. XV, 6, 7. 
Turdetani, peuple. XIV, 382, 391, 

392, 593; XV, 28, 29,41, 50, 55. 
Turduli, peuple. XV, 9, 41, 42. 52, 

55, 5 6 - 
Turmodigi, peuple. XV, 10, 12, 13, 

'4, 29, 33. 
Turibriga. Voir Turobriga. 
Turobriga. XIV, 387, 388, 391. 
Turubriga. Voir Turobriga. 
Urbicua. XV, $8. 
Uxama Arguela des Arevaci. XV, 1 2, 

24, 27, 29. 



Uxama Barca, des Autrigones. XV, 

11, 12, 24. 
Uxellodunum. XV, 12, 22. 
Vaccaei, peuple. XIV, 367, 376, 

378, 384; XV, 7, 8, 13, 26, 29, 

3°, 3'. 3 2 , 33, 34, 35, 38, 39, 

40, 56, 57. 
Valeria. XV, 19. 
Varna. XIV, 392. 
Varduli, peuple. XV, 29. 
Varia. XV, 10. 
Vascones, "peuple. XV, 60. 
Veleia. XV, 21. 
Vesontio. XV, 23. 
Vettones, peuple. XIV, 394, 395; 

XV, 8, 30, 39, 40, $5, 57. 
Vimina, rivière. XIV, 378, 379. 
Viminacium, d« Vaccaei. XIV, 378, 

379; XV, 34. 
Viminaus. Voir Viminavus. 
Viminavus. XIV, 379. 
Vindeleia. XV, 11, 12. 
Vindelici, peuple. XV, 12. 
Virovesca. XV, i 2. 
Visontium. XV, 23. 
Vivatia. XV, 41, 43, 44. 
Zama. XIV, 368, 370. 
Zoela. XV, 37, 38. 



DEUXIEME PARTIE. 



NOMS DE LIEU MODERNES. 



Afrique. XIV, 362. 

Agreda. XV, 23. 

Alava (province d'). XIV, 373; XV, 

11, 12, 14. 
Albacete (province d'). XV, 41, 44. 
Albarracin. XV, 18, 19. 
Alcala-de-los-Casules. XIV, 390. 
Alcantara. XIV, 394; XV, 12. 
Aldea-del-Muro. XV, 23. 
Alegria. XV, 1 1 . 
Alemquer. XIV, 394, 395. 

Revue Celtique, XV. 



Alemtejo (province d'). XIV, 391, 

39 2 , 39?- 
Alfaro. XV, 60. 
Algarve (province d'). XIV, 365, 

392, 393- 
Alhama, rivière. XV, 60. 
Almaden. XV, 41. 
Almeida. XIV, 395. 
Alpes, montagnes. XIV, 366. 
Ampurias. XIV, 386. 
Andalousie. XIV, 364, 370, 382, 



i66 



H. d' Artois de Jubainville. 



383, 384, 388, 389, 390, 391 ; 

XV, 6, 7, 41, 43, 44, 49- 
Andujar. XV, 49. 
Anglesey (îled'j. XV, 28. 
Aragon (province d'). XIV, 367, 382; 

XV, 5, 14, 17, 18, 57, $9. 
Aranda. XV, 33, 34. 
Arandilla, ruisseau. XV, 2$. 
Arcos-de-Medina-Celi. XV, 17. 
Argentré, Mayenne. XV, 2. 
Arlanza, rivière. XV, 26. 
Arlanzon, rivière. XV, 26. 
Arles, Bouches-du-Rhône. XIV, 362. 
Aroche. XIV, 387, 388, 391. 
Arras, Pas-de-Calais. XV, 4. 
Astorga. XIV, 388; XV, 34, 35, 

37, 3 8 , S 6 - 
Asturies (royaume des). XIV, 382 ; 

XV, 37, S6- 
Badajoz (province de). XIV, 387, 

389, 392; XV, 40, 41. 
Baeza. XV, 41, 43, 44. 
Barcelonnette, Hautes-Alpes. XV, 

2 1 . 
Bavière (royaume de). XIV, 377, 

378; XV, 12. 
Baylen. XV, 50, 52. 
Bayona. XV, 5. 

Beaudun, Basses-Alpes. XIV, 386 
Beauvais, Oise. XV, 20. 
Beira-Alta (province de). XV, 1. 
Beja. XIV, 392. 
Belgrade. XIV, 379. 
BenaveRte. XV, 36. 
Besalû. XIV, 385, 386 ; XV, 9. 
Besançon, Doubs. XV, 23. 
Betanzos. XV, 5. 
Bezaudun, Var. XIV, 385, 386. 
Biibao. XV, 11. 
Biscaye (golfe de). XIV, 379; XV, 

10, 11. 
Bonn, Prusse rhénane. XV, 37. 
Bouiogne-sur-Mer, Pas-de-Calais. 

XV, 9. 
Braga. XV, 2, 56. 
Bragance. XIV, 388; XV, 1, 2 



Bregenz, Autriche. XV, 3 . 
Bresles, fleuve. XIV, 379. 
Brème, Allemagne. XIV, 379. 
Briançon, Hautes-Alpes. XV, 3. 
Bribiesca. XV, 1 2. 
Burgos. XV, 13, 11, 24, 26, 33. 
Burgos (province de). XV, 7, 8, 12, 

n, 24,25, 33. 

Cabeza-del-Griego. XV, 18, 19. 
Caceres. XIV, 388; XV, 24. 
Caceres (prov. de). XIV, 394; XV, 

'3, '7- 
Cadix. XIV, 359, 383, 385, 390; 

XV, 5, 29, 51, 53, ss- 
Cadix (province de). XIV, 384; XV, 

7- 
Cadona. XIV, 364. 
Cala. XV, 2. 
Calahorra. XV, 57. 
Calataayud. XV, < 5. 
Capilla, XV, 40, 41 , 42. 
Carnarvon, pays de Galles. XV, 28. 
Carrion, rivière. XV, 34. 
Carrion-de-los-Condes. XIV, 378; 

XV, 34- 
Cartama. XIV, 383, 384, 389; XV, 

44- 
Castello-de-Calabre. XV, 1 . 
Castellon-de-la-Plana (province de). 

XIV, 383; XV, 6, 19. 
Castille (Nouvelle). XIV, 367, 382, 

39W XV, 6, 14, 17, 18, 29, 24, 
41, 49. 
Castille (Vieille). XIV, 367, 382; 

XV, 7, 8, 10, 12, 13, 14, 17, 18, 
23, 24, 27, 30, 33, 56, 57. 

Castro-de-Avellans. XV, 37. 
Catalogne. XIV, 383, 385 ; XV, 9. 
Cauca. XV, 34. 

Cazlona. XV, 6, 41, 42, 43, 50, 52. 
Cazorla. XV, 44. 
Chàlons, Mayenne. XV, 2. 
Chartres, Eure-et-Loir. XV, 33. 
Chelles, Seine-et-Marne. XV, 2. 
Ciudad-Real (province de). XV, 41, 
49. 



Les Celtes en Espagne. 



167 



Coa, rivière. XV, 1. 

Constance (lac de). XV, 3. 

Consuegra. XV, 18. 

Corbiac, Dordogne, Gironde. XIV, 

574- 

Corbian, Lot-et-Garonne. XIV, 174. 

Corbie, Somme. XIV, 374. 

Cordoue. XV, 7, 5 5. 

Corufia (province de). Voir La Co- 

rufia. 
Coursegoules, Alpes-Maritimes. XIV, 

377- 

Cuenca (province de), XV, 6, 14, 
18. 19. 

Danube, fleuve. XIV, 377, 379; 
XV, 12'. 

Dee, fleuve. XIV, 380. 

Deva, fleuve. XIV, 379. 

Douro, fleuve. Prononciation portu- 
gaise de 1 espagnol Duero. 

Duero. fleuve. XIV, 376, 378, 394 ; 
XV, i,8, 13, 22, 23. 24, 25, 26, 
27. 2 9, 3 1 - 33, 54, 35> ?6, 38, 
39, 42, 5$. 5-6. 

Ebre, /fcuve. XiV, 359, 367, 373; 
XV, 5, 8,9, 10, 11, 12, 14, 17, 
18, 23,39,48, 49, 55, 57, 59,60. 

Ecosse. XIV, 380. 

El-Campo-de-Munda. XIV, 384. 

El-Cubo-de-la-Pierra. XV, 39. 

Embrun, Hautes-Alpes XIV, 387. 

Entre Douro et Minho (province d'). 
XV, 56. 

Escale, Basses-Alpes. XIV, 386. 

Esla. rivière. XV, 36, 56. 

Espeluy. XV, 52. 

Estramadure. XIV, 382, 386 387, 

3 88 , 391. 393> 394, 39S ; xv - 

12, 17, 24, 40, 41, 55. 
Eure, rivière. XV, 33. 
Evora. XIV, 389. 
Facialcazar. XIV, 390. " 
Ferrol. XV, 4. 
Finistère (cap). XIV, 365, 38 XV, 

3, 4- 
Frades-de-la-Sierra. XV, 



France. XV, 33. 
Francfort-sur-le-Main, Allemagne. 

XIV, 378. 
Fregenal-de-la-Sierra. XIV, 387. 
Fréjus (comté de). XIV, 386. 
Fuenllana. XV, 44. 
Fuente-de-Cantos. XIV, 391. 
Galice (royaume de). XIV, 365, 382; 

XV, 2, 3,4, 56. 
Galles (pays de). XV, 28. 
Garonne, fleuve. XIV, 357. 
Gerone (diocèse de). XIV, 385. 
Gerone (province de). XIV, 383, 

3S5 ; xv, 9 . 

Gibraltar. XIV, 383, 386; XV, 28. 
Granatula. XV, 41 , 42. 
Guadalajara (province de). XV, 14, 

'7, 24- 
Guadalaviar, fleuve. XV, 14, 18. 
Guadalete, fleuve. XIV, 384. 
Guadalquivir, fleuve. XIV, 358, 389, 

391, 392; XV, 6, 7, 41, 43, 44, 

48, 49, $2, 55. 
Guadiana, fleuve. XIV, 376, 382, 

386, 387, 388, 389, 391, 392; 

XV, 3, 6, 14, 17, 18, 19,41, 42, 

48, $5- 
Guipuzcoa (province de). XV, 10. 
Henares rivière. XV, 27. 
Henestrosas. XV, 1 3. 
Hesse 'grand duché de). XIV, 378. 
Hita. XV, 17. 

Huelva (prov. de). XIV, 387, 388. 
Huermeces. XV, 1 3. 
Huesca (province de). XV, 57. 
Iniesta. XV, 19. 
Inn, rivière. XIV, 377. 
Jaen (province de). XIV, 364, 370; 

XV, 6, 41, 43, 4.;, 52. 
Jalon, rivière. XV, 14, 17. 
Jarama, rivière. XV, 27, 28. 
Jeres-de-la-Frontera. XIV, 390. 
iucar, fleuve. XV, 6, 14, 19,41,44. 
Kostolaz, Servie. XIV, 379. 
La-Almunia-de-Dona-Godina. XV, 
«5- 



i68 



H. d'Arbois de Jubainville. 



La-Coruna. XV, 4, J. 

La-Coruna (province de). XIV, 365 ; 

XV, 4, S- 
Lagcs. XIV, 393. 
La-Guardia. XV, 49. 
Lamas-de-Moledo. XV, 1. 
La-Mesa-de-Asta. XIV, 390. 
La-Rua-de-Valle-Orres. XV, 2. 
La-Solana. XV, 41, 43. 
Ledesma. XV, 40. 
Le Mans, Sarthe. XV, 2. 
Léon. XV, 56. 
Léon (royaume de). XIV, 367, 376, 

378, 382, 395 ; XV, 8, 24, 26, 

30, 3'» 33> 54» 37- 
Léon (province de). XIV, 388; XV, 

37- 
Lezuza. XV, 41, 44. 

Lisbonne. XIV, 393, 394; xv > 4°- 

Loarte. XV, 57. 

Logrofio. XV, 10, 18. 

Logrono (province de). XV, 57, 60. 

Loire, fleuve. XIV, 357. 

Luque. XV, 7. 

Madrid. XIV, 357; XV, 6, 18, 38, 

ss- 

Magallon. XV, 59. 
Main, rivière. XIV, 378. 
Malaga. XIV, 386, 389; XV, 44- 
Malaga (province de). XIV, 383, 

385, 389, 390; XV, 7. 
Manzanares, rivière. XV, 28. 
Marando-do-Douro. XV, 38. 
Martigny-en-Valais, Suisse. XV, 9. 
Mayence, Allemagne. XIV, ^78. 
Medellin. XIV, 389. 
Méditerranée, XIV, 359, 383, 385; 

XV, 8, 9, 10, 18, 19,41,48, ji, 

Merida. XIV, 389; XV, 15,27, 28, 

34, 38, 39, 40, 4'> SS- 
N[\xi\\o, fleuve. XV, 1, 2, 3. 
Miranda-de-Ebro. XV, 12. 
Mlava, rivière. XIV, 379. 
Monasterio. XIV, 391. 
Monesterio. Voir Monasterio. 



Monda. XIV. 385. 

Mont-Alegre. XV, 2. 

Moura. XIV, 391. 

Mundeo, fleuve. XV, $. 

Murcie, XV, 41. 

Murcie (royaumede). XIV, 370, 382. 

Murviedro. XIV, 382, .383. 

Nanterre, Seine. XV, 2. 

Nassau (duché dé). XIV, 378. 

Navarre (royaumede). XV, 10. 

Nervion, fleuve. XV, 1 1 . 

Niederbronn, Alsace. XIV, 387. 

Noya. XV, 4. 

Nuestra-Seûora-de-Oreto. XV, 42. 

Océan Atlantique. XIV, 357, 359, 

366, 383, 385, 392, 393, 395 ; 

xv > h 4, 5, 'O) >>> '4. l 9> 4°. 

44. 48, S". 55- 
Odra, rivière. XV, 33. 
Orange, Vaucluse. XV, 37. 
Osma, province d'Alava. XV, 12,24, 
Osma, province de Soria. XX, 1 2, 24. 
Osorno, XV, 34. 
Orense (province d'). XV, 2. 
Ourique. XIV, 393. 
Oviedo. XV, $6. 
Oviedo (province d'). XV, $6. 
Palencia. XV, 31, 33,34- 
Palencia (province de). XIV, 378; 

XV, 24,26, 33, 34. 
Pancorvo. XV, 12. 
Paris. XIV, 3 S7 ; XV, 22. 
Pedrosas. XIV, 394. 
Pisuerga, rivière. XV, 33, 34, 35. 
Plaisance, Italie. XV, 45. 
Pontevedra (province de). XV, 5. 
Portugal (royaume de). XIV, 381, 

382, 388, 389, 391, 392, 393, 

XV, 1, 2, 8, 37,40, 55, $6. 
Puebla-de-Tribes. XV, 2. 
Puente-de-Navea. XV, 2. 
Puerto-de-Vega. XIV, 385. 
Pyrénées, montagnes. XIV, 351, 

357, 3*8, 363, 383. 384, 385; 
XV, 26, S $. 
Reinosa, XV, 13, 14. 



Les Celtes en Espagne. 



169 



Rhin, fleuve. XIV, 377, 379. 

Roa. XV, 33. 

Ronda (province de Malaga). XIV, 

389, 390. 
Ronda-la-Vieja. XIV, 390. 
Rosas. XIV, 38;, 386. 
Rueda. XV, 29. 
Sado, fleuve. XIV, 393. 
Saelices. XV, 18. 
Saint-Jacques-de-CompostelIe. XV, 

56. 
Saint-Victor de Marseille. XIV, 385. 
Saint-Vincent (cap). XIV, 365, 393. 
Salamanque. XIV, 375; XV, 8, 30, 

3 3, 3 & > 39, 40, 45. 
Salamanque (province de). XV, 33, 

39- 
Saldana. XV, 34. 

Salvatierra-de-los-Barros. XIV, 392. 
San-Jago-da-Cacem. XV, 40. 
Santandar (province de). XV, 1 3 , 

14, $6. 
Santarem. XIV, 388. 
Sâo-Thiago-de-Cacem. XIV, 393. 
Sar, rivière. XV, 3 . 
Saragosse. XV, $, 8, 9, 1$, 18, 19, 

26, 27, 28, 2Q, 34, y,, 38, 39, 

4°, 4 2 >44> 59- 
Saragosse (province de). XV, 5,14, 

>7- 

Sasamon. XV, 13, 14. 

Segorbe. XIV, 385 ; XV, 6, 19. 

Segovia. XV, 33. 

Segovia (province de). XV, 24, 33, 

34- 
Seine, fleuve. XIV, 357; XV, 33. 
Servie (royaume de). XIV, 379. 
Setenil-de-las-Bodegas. XIV, 390. 
Setubal. XIV, 393. 
Séville. XIV, 387; XV, 55. 
Séville (province de). XIV, 390. 
Siguenza. XV, 27, 29. 
Sil, rivière. XV, 2. 
Simancas. XV, 3 5. 
Sinapo. XV, 42. 
Soissons, Aisne. XV, 1 1 . 



Soria (province de). XV, 14, 17,23, 
24. 

Souza. XIV, 395. 

Tage, fleuve. XIV, 367, 387, 388, 
392, 394» 395 ; XV, 1, 6, 12, 
14, \6, 17, 18, 24, 27, 28, 42, 

Talavera-de-la-Reina. XIV, 395. 
Talavera-la-Vieja. XIV, 394. 
Tambre, fleuve. XV, 3, 4. 
Tarragona. XV, 9, 14, 35, 36. 
Teruel (province de). XV, 14, 18. 
Tirol. XIV, 377. 
Toia, XV, 41 , 44. 
Tolède. XV, 18, 30, $6, 57/58. 
Tolède (province de). XIV, 395 ; 

XV. 6, 14, 18. 
Tordesillas. XV, 3 \. 
Tormes, rivière. XV, 39, 40. 
Toro. XV, 30, 48, 45. 
Torre-de-Alhaquine. XIV, 384, 385, 

389. 
Torrecilla-de-Aldeatejada. XIV, 395. 
Toul, Meurthe-et-Moselle. XV, 21. 
Traz-os-Montes (province de). XV, 

2, 38. 
Trebujena. XIV, 390. 
Trijueque. XV, 17. 
Troyes, Aube. XIV, 393. 
Ubeda. XV, 41, 44. 
Ucles. XV, 18. 
Dlla, fleuve. XV, 3- 
Utrera. XIV, 390. 
Vaison, Vaucluse. XV, 37. 
Valderaduey, rivière. XV, 36. 
Valence. XV, 18. 
Valence (royaume de). XIV, 382, 

383; XV, 6, 19. 
Valera-de-Abajo. XV, 19. 
Valladolid. XIV, 378; XV, 30, 31, 

33, 3S- 

Valladolid (province de). XV, 33, 

35, 39- 
Vertault, Côte-d'Or. XIV, 387. 
Viana. XV, 10. 
Villalpando. XIV, 367; XV, 36. 



170 



H. d'Arbois de Jubainville. 



Villamejia. XV, 17. 
Vi!lanueva-de-la-Fuente. XV, 

4>> 49- 
Villar-del-Pedroso. XIV, 394. 
Villareal (district de). XV, î. 
Vimeu (pays de). XIV, 579. 
Vismes, rivihe. XIV, 379. 
Vitoria. XIV, 373; XV, 11. 
Vizeu. XV, î. 



Weser, fleuve. XIV, 379. 
41, Wûmme, rivière. XIV, 379. 

Wurtemberg (royaume de). XV, 12. 
Xérès. XIV, 362. 
Zafra. XIV, 389. 
Zamora. XV, 30, 33, 36, 38, 39. 
Zamora (province de). XIV, 367, 
39S ; XV, 8, 30, 33, 35, 39. 



TROISIÈME PARTIE 



NOMS DE PERSONNES. 



, 39 S - 

Antonius Severus Vamensis. 



Abienus. XV, 38. 

Acilius. XV, 48. 

Adaegina. XIV, 389. 

M. Aemilius Lepidus. XV, 31, 32, 

ÎS- 
Afranius Burrus. XV, 37. 
Agrippine. XIV, 391. 
Allucius. XV, 50. 
Ambo. XV, 19. 
Amma. XV, 38. 
L. Annius Placidus. XIV 

Q: 

XIV, 392. 

Antubelus. XV, 12. 

Appien. XIV, 363, 367, 369, 370, 
376, 392, 398; XV, 7, 10, 15, 
20, 22, 29, 31, 32, 34, 35, 36, 

51, S4< S 6 . S9- 
Apollon. XIV, 388. 
Arausa. XV, 37. 
Arco. XV, 17. 
Arcos. XV, 17. 
Arrius. XV, 18. 
Artémidore. XIV, 364. 
Ataccina. XIV, 388. 
C. Atinius. XIV, 390. 
Auguste. XIV, 361 ; XV, 13, 14, 

36, 40, 56. 
Aviénus. XIV, 3 58. 
Barca. XV, 46, 48. 
Boutius. XIV, 388; XV, 12. 



Blecaenos. XV, 37. 

Bodecius. XV, 37. 

Boduus. XV, 37. 

Baebia Crinita. XIV, 388. 

Bricriu. XIV, 375. 

Brigite (sainte). XV, 2. 

Brutus. XIV, 395. 

Burralos. XV, 37. 

Q. Caecilius Metellus Macedonicus. 

XV, 18. 
Q. Caecilius MetellusNepos. XV, 26. 
G\ Caecilius Metellus Pius. XV, 10, 

'S, 27. 
L. Calpurnius Piso Frugi. XV, 48, 

SI- 
Cambyse. XIV, 358. 
Carmenion. XV, 16. 
Caros. XV, 10, 19. 
L. Cassius Vegetus Celticoflaviensis. 

XIV, 395. 
Celer. XV, \\. 
Cerdubelus. XIV, 370; XV, 12, 43, 

53- 
P. Charisius. XV, 36. 
M. Claudius Marcellus. XIV, 377, 

378. 
M. Claudius Marcellus. XV, 15, 25. 
G. Claudius Nero. XV, 48. 
Clodius. XIV, 388. 
Cloutus. XIV, 388; XV, 37. 
Clutamus. XV, 37. 



Les Celtes en Espagne. 



171 



Cobnertus. XIV, 387. 
Corbagnos. XIV, 374. 
Corbis. XIV, 371, 372, 373, 374. 
Corbius. XIV, 374. 
Corbmacc. XIV, 374. 
Corbos. XIV, 373, 374. 
Cormac. XIV, 374. 
Cn. Cornélius Scipio Calvus. XIV, 
377, 384; XV, 46, 47, 48, 49, 

S', S 2 - 
P. Cornélius Scipio. XV, 11, 46, 

47, 48, 49, 52. 
P. Cornélius Scipio Africanus Major. 

XIV, 368, 3 7 o ; 371, 372, 374; 

XV, 11,43, 49» S°> \\* S 2 , 53 : 
P. Cornélius Scipio Aemilianus Afri- 
canus Minor. XIV, 369, 370; XV, 
19, 20, 2i, 25, 31, 32, 34, 35. 

Cyrus XIV, 358. 

Deos. Voir Devos. 

De-vit. XV, 30, 31. 

Devos. XV, 1 2. 

Desjardins. XV, 9. 

T. Didius. XIV, 364; XV, 6. 

Diodore de Sicile. XIV, 361, 362, 

363, 367, 374> 37 6 - 
Dion Cassius. XV, $. 
Docius XV, 37. 
Domitia Attia. XIV, 395. 
Domitien. XIV, 372. 
Domitius XV, 27. 
Dupont. XV, 50. 
Elaesus. XV, 37. 
Enigenus. XIV, 377. 
Ephore. XIV, 3 59, 360. 
Eratosthènes. XIV, 359, 360. 
Etienne de Byzance. XiV, 364. 
Eutrope. XV, 28. 
Excengolatis. XIV, 362. 
Fabia FabianaEsttledunensis. XV, 7. 
Fabius Pictor. XIV, 365, 382. 
FlaviaRufina Augustobrigensis. XIV, 

394-* 
Florus. XIV, 368; XV, 3, 13, 15, 

28, 36. 
Frédégaire. XIV, 374. 



Q. Fulvius Flaccus. XIV, 376; XV, 

.8, $8, 59. 
Q. Fulvius Nobilior. XV, 10, 19, 

30, 61. 
Galba. XV, 9, 26. 
Gesorius. XV, 9. 
Gisgon. XV, $ 1 . 

B. Guérard. XIV, 385. 
HamilcarBarca. XIV, 359, 361, 382; 

XV, 48.49, 53- 
Hannon. XV, 54. 
Hannibal. XIV, 364, ^6^, 368, 374, 

382; XV, 29, 31, 39, 43,45,46, 

47, 48, 50, 51. 
Hasdrubal. XIV, 359, 362, 363, 

364, 382;XV, 7, .1,48,51,52. 
M. Helvius. XV, 57. 
Hermès. XIV. 376, 
Hérodote. XIV, 358, 360, 382, 386, 

39 2 - 393 - 
Hirtuleius XV, 27. 

C. Hostilius Mancinus. XV, 25, 31. 
Hùbner. XIV, 383; XV, 17. 
Istolatios. XIV, 361, 362. 372. 
Jules César. XIV, 361, 366, 384; 

XV, 4, 5, 8, 9, 21, 25, 26, 27, 

28, 60. 
L. Julius Capito. XV, 40. 
C. Julius Reburrus XV, 14. 
D-. Junius Brutus. XV, 3, 56. 
Junius Silanus. XV, \ 1 . 
Jupiter. XIV, 394. 
C. Justeius XV, 32. 
Justin XIV, 358. 
Karaunios. XV, 2 1 . 
Leucimara. XV, 21 .1 
Leuco. XV, 19, 2i. 
Leuconius. XV, 21. 
Licinianus. XV, 16. 
L Licinius Lucullus. XIV, 367 ; XV, 

7, 30, 31, 34, 36. 
Livius. Voir Tite-Live. 
Longnon XIV, 379. 
Lugaid. XIV, 376. 
Lugoves XIV, 376; XV, 27. 
Luguadiccus. XIV, 376; XV, 27. 



'72 



H. d'Arbois de Jubainville. 



Lugus. XIV, 376. 

Macer. XV, 16. 

Magilo. XIV, 388; XV, 37. 

T. Magilius. XV, 24. 

Magon XV, 11, 53. 

Maître (Léon). XV, 2. 

L. Manlius.XV, 27. 

L Manlius Acidinus. XV, 57. 

P. Manlius. XV, 28. 

T. Manlius Torquatus. XIV, 368. 

L. Marcius. XV, 47, 53, 54. 

M. Marius. XV. 22. 

Martial. Voir Valerius. 

Mercure. XIV, 379. 

Mercurius. XIV, 379. 

Moenicaptus. XIV, 365, 378; XV, 47. 

Mommsen. XV, 28, 33. 

Muller. XIV, 3S0, 392. 

Napoléon I er . XV, 20. 

Nemetos. XV, 2. 

Néron. XIV, 391 ; XV, 4, 26. 

Nertomarus. XIV, 387. 

Nertovalus. XIV, 384. 

Orelli. XV, 37. 

Orose. XV, 4, 5, 28. 

Orsua. XIV, 371, 372, 373, 374. 

Ovelux. XV, 45. 

Pardessus. XV, 2. 

Paul-Emile. XIV, 368. 

Pentilius. XV, 38. 

Pentilus. Voir Pentilius. 

Persée. XIV, 368. 

Peter (Hermann). XV, 32. 

Pline le Naturaliste XIV, 370,376, 
380, 38., 384, 386, 387, 389, 
390, 391, 392, 393' 395 ; XV, 4, 
5,6, 7,8, 13, 17, 19, 20,22,23, 
26, 27, 28, 29, 31, 34, 35, 39, 
40, 42, 43, 44, 51. 

Plutarque,XIV, 364; XV, 6, 33, 59. 

Polybe. XIV, 359, 363, 365, 368, 
369, 375, 382; XV, 7, 13, 15, 
22, 30, 36, 38, 39, 43, $1, 54. 
5 S-. 59, 60. 

Pompée. XIV, 384; XV, 8, 26, 29, 

3 2 - 



Q^ Pompeius Aulus. XV, 25. 
Pomponius Mêla. XIV, 380, 390; 

XV, 3, 5, 34- 
M. Porcius Cato. XV, 11, 28, 59. 
Poseidonios d'Apamée. XIV, 371, 

374; XV, 59. 
L. Postumius Albinus. XIV, 384. 
Prasutagus. XV, 4. 
Proserpine. XIV, 389 . 
Ptolémée.XIV, 364, 373, 378, 379, 

380, 381, 382, 385, 389, 391, 

39 2 > 394, 395; xv , «• 2, 4, 5, 
6, 7, 8, 9, 10, 13, 14, 17, 18, 
19, 23, 24, 27, 28, 29, 33, 34, 

?S' 3 6 , 37, 3 8 » 39, 4'» 42, 43» 

44, 52, 5$, $6. 
Ptolémée Evergète. XIV, 359. 
Quintilius. XV, 38. 
L. Quintus Crispinus. XV, 57. 
Rectugenos. XV, 22, 24. 
Renogenos. XIV, 377. 
Renus. XIV, 379. 
Retogenus. Voir Rectugenos. 
Rhetogenos. XV, 21, 22. 
Rodéric. XIV, 362. 
P. Rutilius Rufus. XV, 32. 
Samalus. XIV, 388. 
Scipion. Voir Cornélius. 
Secundus. XIV, 377. 
Segovax. XV, 27. 
Sempronia. XV, 60. 
Ti Sempronius Gracchus. XIV, 384, 

387; XV, 18, 20, 59, 60. 
Sempronius Perpetuus Orniacus. XV, 

37,38- 
Septime Sévère. XIV, 391. 
Sertorius.XIV, 364; XV, 6, 10, 1 5, 

22, 24, 26, 27, 29, 32, 33. 
Silius Italicus. XIV, 372, 373. 
Sperata. XIV, 389. 
Stésichore. XIV, 357, 358. 
Stokes (Whitley) XIV, 374. 
Strabon. XIV, 359, 364, 365, 367, 

380, 381, 390, 392; XV, 3, 4,6, 

8, 10, 13, 15, 16, 20, 23, 28, 

35, 3 6 , 42, 59- 



Les Celtes en Espagne. 



'73 



Sulla. XV, 15, 27. 

Tacite. XIV, 381. 

Tarvacus. XIV, 378. 

Tarvos. XIV, 379. 

A. Terentius. XV, 1 1. 

Thédenat. XIV, 387. 

Théodose le Grand. XV, 34. 

Théodule. XIV, 378. 

Thierry II. XIV, 374. 

Thurrius. XV, 18 

Tibère. XIV, 372 ; XV, 6, 8. 

Tite-Live. XIV, 364, 365, 368, 370, 

37 2 , 373, 3 8 4, 3 88 > 39°; XV, 
10, 22, 28, 30, 32, 38, 39, 43, 
48, 49, $<> $2, $8. 

Turaius. XIV, 388; XV, 37. 

Tureos. XIV, 388. 

Turo.XlV, 588. 

Turos. XIV, 388. 

Turrio. XIV, 388. 



Turros. XIV, 388. 

Turrus. XIV, 388. 

Valère Maxime. XIV, 372; XV, 15. 

Valerius Anno. XV, 27. 

Valerius Antias. XV, 48. 

M. Valerius Corvinus. XIV, 368. 

L. Valerius Martialis. XV, 15, 16. 

Vamba. XIV, 383. 

Varron. XIV, 358, 360. 

Velleius Paterculus. XIV, 369. 

Vespasien XV, 1 1 . 

Viminacius. XIV, 379. 

Viminacus XIV, 378. 

Virdumaros. XIV, 377. 

Virgile. XiV, 366. 

Viriathe. XV, 25. 

Vismarus. XIV, 365 ; XV, 47. 

Zeuss.XIV, 387. 

Zonaras. XV, 59. 



NENNIUS RETRACTATUS 



Dans le précédent fascicule de cette Revue, p. 126-129, 
M. d'Arbois de Jubainville a présenté au public le nouveau 
livre de M. Zimmer, Nennius vindicatus. Son compte rendu 
débute par une analyse de l'ouvrage, dont les principales con- 
clusions sont indiquées. M. d'Arbois expose ensuite quelques 
observations sur la façon dont M. Zimmer procède dans ses 
citations de textes celtiques. Quant au système de l'auteur sur 
les diverses recensions, les dates et les sources de YHistoria 
Britonum, il s'abstient de le discuter. 

J'avais déjà idée que plusieurs des thèses du savant celtiste 
de Greifswald laissaient prise à l'objection, lorsque M. Mommsen 
a publié dans le dernier numéro du Neues Archiv 1 d'intéressants 
renseignements sur un manuscrit de YHistoria Britonum con- 
servé à la bibliothèque de Chartres. M. d'Arbois et moi, nous 
avons pensé qu'il serait utile de publier ce texte et de l'accom- 
pagner de quelques observations sur la genèse du livre auquel 
M. Zimmer a rattaché, avec raison, en somme, le nom de 
Nennius. 

1. — L'Historîa Britonum du manuscrit de Chartres. 

Voici donc ce texte, reproduit tel qu'il est dans le manuscrit 
de Chartres. Je l'ai transcrit sans y changer autre chose que 
les fautes qui le rendraient absolument inintelligibles ; encore 

1 . Tome XIX, p. 285 et suiv. 



Nennius retractatus. 1 7 5 

ne me suis-je pas aventuré a restituer certains passages altérés, 
dont la teneur primitive ne se reconnaît pas du premier coup. 
Quand il ne s'agit que de lettres omises, je les rétablis entre 
crochets; pour les autres changements, la leçon du manuscrit 
est indiquée en note. Les feuillets où se trouve YHistoria Bri- 
tonum n'ont rien à voir avec le principal contenu du manus- 
crit ; ce sont des feuillets de garde, ajoutés au commencement 
et à la fin ; l'écriture y est du x e siècle. Dans la reproduction 
on a inséré entre crochets les numéros de l'édition Stevenson 
(San-Marte). 



INCIPIUNT • EXBERTA • FIIURBAOEN DE LIBRO SCÏ GERMANI ■ 
1NUENTA ET ORIGINE • ET GENELOGIA BRITONÏI • DE .ETATI- 
BUS MUNDI. 

[4] A principio mundi usque ad diluuium anni II.CCXLII ; a diluuio us- 
que ad Abraham anni 1 DCCCCXLII ; ab Abraham usque ad Moysen anni' 
D.CXLII 2 ; a Moysen usque ad Dauid D ; a Dauid usque ad Nabochodo- 
nosor D.CXLUIIII 5. [6] Prima etas mundi ab Adam us[que] ad Noe, II a 
a Noe ad Abraham, III- 1 usque ad Dauid, IHI a a Dauid us[que] ad Danie- 
lem, U a a Danielem ad Iohanne, UI ;l a Iohanne usque ad iudicium, in qua 
dominus noster Ihesus Christus uenietiudicare uiuos ac mortuos et seculum 
per ignem. 

DE Q.UADAM PERITIA A BRITANIA" IN'SULE. 

[7] Britannia insula a quodam Bruto consule romano dicta. Haec con- 
surgit ab4 africo boreali occidentem uersus. Dcccctorum in longo, milium 
cctorum in latitudine spacium habet. In ea sunt xxuni ciuitates et innume- 
rabilia promuntoria cum innumeris castellis ex lapidibus et latere fabri- 
cant S. In ea habitant IIII°r gentes Scothi, Picti, Saxones, Britones. [8] III in- 
solas habet, quarum una uergit contra 6 Armoricas gentes et uocatur insula 
Gueith, II 3 consita in umbilico maris inter Hibemiam et Britanniam et uo- 
catur nomen eius Euonia, contra Maunu, IIP' sita est in extremo limite or- 
bis Britanniae ultra Pictus et uocatur Orca ; sicut in prouerbiis antiquorum 



1. annis cod. ; peut-être est-ce un résidu de anni sunt. 

2. Le groupe cxl est écrit exB (exber), mais le b est très ouvert. 
3 . Ici encore le c a la forme d'un e. 

4. ab infrancoliorc ali. 

5 . fabricati sunt. 

6. contra est représenté ici et plus bas par le signe 3~C 



176 L. Duchesne. 

dicitur : Regnauit Britannia cum tribus insulis. [9] Sunt in ea multa flu- 
mina quae confluunt per omnes partes, id est ' ad orientem, ad occidentem, 
ad aquilonem, ad meridiem. Set tamen duo sunt flumina 2 praeclariora ce- 
t[er]is fluminibus aliis, Tamensis et Sabrine, quasi duo brachia Britanniae, 
per quem olim rates uehebantur ad portandas divicias causa negociorum- 
Britones olisti impleuerunt Britanniam a mari usque ad mare. 

DE GENELOGIA BRITONU. 

[11] De 3 origine Britonum. De Romanis et Grecis trahunt ethimologiam, 
id est de matre Labina filia Latini régis Italie et pâtre Siluianice fàlii Ena- 
chi, filii Dardani, filii Dardanus, filii Saturni. Rex Gothorum perrexit ad 
partem Asise et Trous filius Dardani edificauit urbem Troie. Trous pater 
Priami et Anchise, Anchises pater Aenee4, Aeneas pater Astani et Silluii. 
Silluius filius Eneae et Labine filia; Latini régis Italiae. Et de stripe Silluii 
filii Eneae ex Labina orti sunt Remus et Romulus et Brutus, très filii regine 
sanctimonialis pr9////ml Reae, qui fecerunt Romam. Brutus consul 
fuit in Roma epiromanus quando expugnauit Hispaniam ac detraxit in ser- 
uit[u]tem Rome, et postea tenuit Britanniam insulam quam habitant Bri- 
tones filius illi olli Siluio Posthumo. Ideo dicitur Posthumus qui[a] post 
mortem Eneae patris eius natus est, et fuit mater eius Labina super clan- 
distina quando fuit praegnans. Et ideo Siluius dictus est quia in silua natus 
est, et ideo Siluei dicti sunt reges Romani et Britones quia de eo nati sunt. 
Set a Bruto Britones et de stripe Bruti surrexerunt. 

[0] Casabellaunus S rex Britannicus et ipse fuit in obuiam Gaii Iulii Ce- 
saris régis Rome qui missus ab imperatore Latino ad expugnandam Bri- 
tanniae insulam. Et fregit bellum ante Cassabellaunum duobus uicibus su- 
per Gaium Cesarem ; et in tercio bello occisus est a Cesare misso ab impe- 
ratore. Haec sunt nomina imperatorum qui in Britania uenerunt : Iulius 
imperator primus in Britaniam uenit per Renum et Germaniam usque Tam- 
mensis bellum. Primus postea Claudias imperator qui usque ad Orcam et 
Eunoniam et inde Romam exiit. Tertius imperator Reuersus^, cum quo ua- 
lidus murus factus est. Quartus Curatius tirenus7. Quintus Constantinus 
Constantini magni pater 8 uir tranquillisimus ; ille Constantinus in Britannia 

1 . id est est représenté par un K. 

2. fluminia. 

3. Ce morceau correspond, pour le fond, au c. iode Stevenson; en 
réalité, il ne se trouve ni dans le ms. Harléien ni dans celui de Cambridge; 
il figure dans celui du Vatican, où il est combiné avec le texte des autres 
manuscrits. 

4. Aliénée ou Anenee. 

5 . Ce développement sur les empereurs est tout différent de celui des 
autres mss., c. 20611-29; mais il correspond, en somme, à ces chapitres. 

6. Pour Seueriis. 

7 . Il s'agit du « tyran » Carausius. 

8. pat. I. uir etc. 



Nennius retractatus. 1 77 

morte obiit ; qui Constantinum filium ex concubina Helena creatum impe- 
ratorem Galliarum ' reliquît ; qui in Britannia obiit. Sextus Maximus impe- 
rator in Britania ordinatur inuitus, cum quo Martinus sepe locutus est. Sep- 
timus Gracianus Valentiniani filius qui in Romam a Bretannia exiit et ibi 
a Maximo ocisus est; cuius'sanguinem uindicauit Eu/////////ius 2 deMaximo 
et postea Eugenium occidit pro Valentiniano Graciano frater. Et in tem- 
pore Guorthigirni régis Britanie Saxones peruenerunt in Britanniam, id 
est 5 in anno incarnacionis Christi, sicut Libine4 abasiae inripum ciuitate 
inuenit vel reperit, ab incarnacione Domini anni D. usque a kl. ian. in 
XII luna ut a[i]unt alii trecentis i annis a quo tenuerunt Saxones Britan- 
niam usque ad annum supradictum. 

[18] Britones a Bruto. Brutus filais fuit Hisscionis ; Hiscion filius Ala- 
niae ; Alanus filius Reae Silue ; Rea Siluea filia Numere Pampilii; Numera 
filius 6 Ascani ; Ascanus filius 7 Eneae filii Anchise, filii Troi, filii Dardani, 
filii Sre, filii Riuam, filii Iafeth. Iafeth uero VII filios genuit : primus Go- 
mer a quo Galli, secundus Magog a quo Scithi et Gothi, tertius Madai a 
quo Medi, quartus Iuuan a quo Greci, quintus Tubal a quo Hiberei et His- 
pani et Itali, sextus Mosoch a quo Capadoces, septimus Tiras a quo Traces. 
Iafeth filius Noe, filii Lameth, filii Mathusalem, filii Enoc, filii Iareth, filii 
Malalehel, filii Cainan, filii Enos, filii Seth, filii Adam, filii Dei uiui altis- 
simi. 

[11] Quando 8 regnabat Brito in Britannia Heli sacerdos iudicabat in 
Hisrael, et tune archa testamenti possidebatur ab alienigenis 9 ; Postumus 
frater eius regnabat aput Latinos l0 . 

[17] Très filii Noe diuiserunt orbem terre in très partes post diluuium: 
Sem in Asia, Cham in Africa, Iafeth in Europha. Ad Europham de génère 
Iafeth Alanus cum tribus filiis suis quorum nomina sunt Hission, Arme- 
non, Neugo. Hission habuit qnatuor filios: Francus, Romanus, Almannus, 
Brito. Armennon autem V filios habuit: Gothus, Ualagothus, Cebustus, 
Burgundus, Longobardus ; Neugo habuit ' ' III filios : Uandalis, Saxo, Bo- 
garus. Ab Hisscione autem quatuor gentes orte sunt, Franci, Latini, Al- 
manni, Britones ; ab Arme[no]ne autem Gothi Ualagothi, Cebidi, Bur- 
gundi et Longobardi ; a Nego autem Bogari, Uandali, Saxones et Turingi. 



1. G Huant ni. 

2. Je crois distinguer Euugenius 

3. id est est représenté ici, comme ci-dessus, par un K. 

4. Il faut, je crois, restituer: sicut Libine abbas de Inripum ciuitate. Il 
s'agit ici de la célèbre abbaye de Ripon, diocèse d'York. 

5. alii .intis. CCC. annis. 

6. filii 

7. filii 

8. Avant ce passage, le c. 11 offre une chronologie des premiers rois 
d'Albe. 

9. aligenis ; mais le copiste a ajouté geni au-dessus degenis. 

10. lannos. 

1 1 . habelit 



178 L. Duchesne. 

Iste autem gentes subdivise s[unt] per totam Europam. Alanius autcm filins 
fuit Ethebir, filius Egomuin, filius Semoin, filius Mair, filius Ethath, filius 
Ethieth, filius Ooth, filius Tibir, filius Ra, filius Isra, filius Tau, filius 
Brath, filius Iobath, filifus] Rabuan, filii Iafeth, filius Noe, filius Lameth, 
filii Mathusalem, filii Enoc, filii Iareth, filii Malehel, filii Cainan, filii Enos, 
filii Seth, filii Adam, fili[i] Dei. 

[19j Romani autem cum accepissent dominium tocius mundi, ad Brita- 
nos miserunt legatos ut obsides et censum acciperent, sicut acciperent ab 
uniuersis regionibus et insulis. Britones autem cum essent ' tyrranni et tu- 
midi, legacionem Romanorum contempserunt. Tune Iulius César cum ac- 
cepisset singulare inperium primus et obtinuisset, iratus est ualde et uenit 
ad Britanniam cum LX ciulis et tenuit in occium Tamensis, in quo nau- 
fragium perpessa[e] sunt naues illius dum ipse pugnabat apud Dolobellum » 
qui erat proconsul régi Britannico qui et ipse Bellimus uocabat'ur], cuius 
filius erat Minoamus qui occupauit omnes insulas terreni maris, et Iulius 
reuersus est sine uictoria, cesis 5 militibus, fractisque nauibus4. [20] Et ite- 
rum post spacium trium annorum uenit cum magno exercitu trecentis ciulis 
et peruenit usque ad ocidium Tamensis, et ibi inierunt bellum, et ibi ceci- 
derunt milites multi de equis suis, quia supra dictus consul posuerat sudes 
ferreos et semen bellicosum cethilou in uada fluminum S ; discrimen magnum 
fuit militibus Romanorum haec ars inuisibilis, et discesserunt sine 6 in ista 
uice. Gestum est bellum tercio iuxta locum qui dicitur [Tjrinouantum, et 
accepit Iulius imperium Britanie XL et VU annis a natiuitatem Christi, ab 
inicio mundi ÛCCXV. [30] Tribus uicibus occisi sunt duces Romanorum a 
Britannis. 

[31] Factum est autem post supra dictum bellum quod fuit inter Britones 
et Romanus qua[n]do duces eorum occisi sunt, et post occisionem Maximi 
tiranni, post XL annos fuerunt sub me tu. Guorthigirnus regnauit in Bri- 
tannia, et dum ipse regnabat urguebatur a metu Pictorum Scothorumque 
et a Romanico impetu neenon et a timoré Ambrosii7. Uenerunt interea 
III ciule a Gasanania in exilio expulse, in quibus erant Cors et Haecgens 
qui et ipsi fratres erant, filii Guictils, filii Guicta, filii Gueta, filii Uuoden, 
filii Frelab, filii Freuduls, filii Fran, filii Folcpald, filii Geuta, qui sunt, ut 
aiunt, filius Dei, non Deus excercituum, set unus ex idolis quaeipsi colebant. 
Guorthigernus suscepit eos bénigne et tradidit eis insulam quae uoeatur in 
lingua eorum Canet, britannico sermone Ruimh. Régnante Gra[tia]no se- 
cundo cum Equicio Saxones a Guorthigerno suscepti sunt, anno CCCXLVII 
post passionem Christi. 

[32] In tempore illo uenit sanctus Germanus ad praedicandum in Bri- 

1 . esctnt 

2. La dernière voyelle est peu lisible ; ce peut être un a, un ou un u. 

3 . cessis militibus 

4 . manibus 

5 . fi m in u m. 

6. sn ; il manque ensuite un mot, comme Victoria. 

■j . Ambbrosii. 



Nennius retractaius. 179 

tannia et claruit apud illos multis uirtutibus et multi per eum salui facti 
surit et plurimi perierunt per ' aliquanta miracula quae per illum fecit Domi- 
nus scribenda décrétai. Primum miraculum de miraculis eius. 

Erat quidam 2 rex iniquus a[t]que tirrannos ualde oui nomen erat Henli. 
Ille uir sanctus uoluit uisitare et properare ad iniquum regem ut prae- 
dicaret illi. Et ipse horno Dei uenit ; ad portam urbis cum comitibus4 suis; 
uenit portarius et salutauit eos, et miserunt ad regem. Et rex durum re[s]- 
ponsum dédit eis et cum iuramento dixit : « Si fueri^n]t uel si manserint 
ad finem anni non uenient umquam in urbem istam ». Et dum ipsi exspec- 
tarent ianuatorem ut nunciaret illis responsum tiranni, dies declinabat S ad 
noctem et nox adpropinquabat et nescirent quo 6 declinarent, inter ea uenit 
unus de familia régis de medio urbis et inclinauit se ante uirum Dei et nun- 
ciauit illis omnia uerba régis tirranni et inuitauit illos ad cassam suam. Et 
exierunt cum eo et bénigne suscepit eos. Et ille non habebat de omnibus 
generibus iumentorum excepta 7 una uaca cum uitulo ; et occidit uitulum 
et coxit et deposuit ante illos. Et praecepit sanctus Germanus ut non con- 
fringeretur de ossibus eius, et sic factum est, et in crastino uitulus inuentus 
est ante matrem suam sanus et uiuus incolomisque. [33] Iterum mane sur- 
rexerunt ut inpetrarent salutacionem tiranni. At ipsi cum orarent expec- 
tarent iuxta portam uel artis ciuitatis et unus uir ocurrebat 8 et sudor il- 
lius a uertice capitis usque ad plantas pedum distillabat, et inclinauit se 
ante illos. Et dixit sanctus Germanus : « Credis in sanctam Trinitatem ? » 
Et respondit ille: « Credo » ; et babtizauit eum et osculatus est et dixit illi: 
« Vade in pace : in ista hora morieris et angeli Dei expectan[t] te in aéra ut 
cum illis ad Deum exeas cui cre[di;disti. » Et ipse letus intrauit in arcem et 
praefectus °> tenuit eum fami régis et alligauit : et ante tirannum ductus et 
interfectus est, quia nocuerat nequissimo tirranno, nam qui' antesolis ortum 
non peruenisset ad seruitutem in arcem interfkiebatur". Et manserunt tôt 
die iuxta portam ciuitatis et non inpetrauerunt salutacionem tiranni. [34] So- 
lito ex more supra dictus uir adfuit, et dixit illi sanctus Germanus : « Caue 
ne ullus homo manead de hominibus tuis in ista 12 nocte in arce. » Et ipsea 
reuersus est in arcem et eduxit filios suos quorum numerus erat UIIII, 
et ipse ad supra dictum hospicium cum ipso reuersi s[unt]. Et praecepit 



I. 


Je crois qu'il faut ajouter ici 


eum 


2. 


quidêa 




3- 


nen i s 




4- 


commilatatibus 




5- 


ihxihiabat 




6. 


quoi 




7- 


expecta 




8. 


ocurrebani 




9- 


profectus 




10. 


quis 




1 1 . 


interfaciebatur 




12. 


in ista (bis) 





180 



L. Duchesne. 



sanctus Germanus manere eos ieiunos ' f et ianuis] claussis dixit : « Uigi- 
lantes estote et quid euenerit in arcem nolite aspicere, et orate indesinenter 
et ad Deum uestrum clamate*. » Et post modicum interuallum noctis ignis 
de celo cecidh et conbussit arcem 3 et omnes ho[mi]nes qui cum eo tiranno 
erant et numquam 4 conparuerunt usque in hodiernum diem, et arce non 
edificauerunt usque hodie. [35] In crastino ille uir qui hospitalis fuit illis 
credidit et baptizatus est cum omnibus filiis suis, et omnis regio cum illis; 
cui nomen erat Catellus. Et benedixit ei et addidit et dixit : « Non deficiet 
rex de semine tuo in aeternum, et rex eris ab hodiemo die ». Et sic euenit 
ut impleretur quod dictum est per prophetam : « Suscitans de puluere ino- 
pem » et reliqua, « ut sedeat cum principibus » et reliqua ; iuxta uerbum 
sancti Germani rex de seruo factus est. Omnes filii eius régi facti sunt, et 
omnis re^io Pausorum regitur a semine illorum usque in hodiernum diem. 
[36] Factura est autem postquam metati sunt Saxones in supra dicta in- 
sula Canet, promissit rex supra dictus dari illis uictum et uestimentum 
absque defectione ut placuit illis, et ipsi S promiserunt expugnare contra in- 
nimicos eius fortiter. At il li barbar[i] cummultiplicati essent in numéro, 
non potuerunt Britanni cybos praestarej illis et uestimenta, quia multum 
postularent, et Britones dixerunt : « Non possumus dare uobis sicut promis- 
serat rex quia numerus uester multiplicatus est. Recedite a nobis, non de 
auxilio uestro indigemus. » Et ipsi consilium fecerunt cum maioribus suis 
ut disrumperent pacera. r L 37j Haencgist autem cum esset uir doctus atque 
astutus et callidus, et cum intellexit regem inertem et gentem eius, inito 
consilio ad regem : « Pauci sumus, si uis mi[t]tamus ad nostram terram ut 
electi milites atque fortissimi regionis nostrae ueniant ad nos ad certandum 
pro te et pro tua gente ». Et rex imperauit ut facerent. Et miserunt legatos 
trans Thicam uallem et reuersi sunt cum XUIIII ciulis, et electi milites ue- 
nerunt in illis, et in una ciula earum uenit puella pulchra facie 6 atque 
decorosa ualde. Filia erat Hengisti. Postquam autem uenissent ciule, fecit 
Hengistus conuiuium Guorthigerno et militibus suis et interpreti suo qui 
uocabatur Cheritic, et puellam ministrare illis uinum et sinceram. Et ine- 
briati sunt et saturati sunt nimis. Illis bibentibus intrauit Satanas in corde 
Guorthigerni ut amaret puellam, et postulauit eam a pâtre suo per interpretem 
suum, et dixit : « A me quod postulas.... 



2. — Spécialités du nouveau texte. 
Le début, c. 4, 6, fait défaut dans un certain nombre de nu- 



1 . tetununos 

2. damante 

5 . art cm 

4. oumquam 

S • ip se 

6. pulchar facitus 



Nennius retractatus. 1 8 1 

nuscrits ; ceux qui le contiennent intercalent entre les deux cha- 
pitres 4 et 6 un comput (c. 5) qui, par les années de la Passion 
et de l'Incarnation, rejoint la date (du ix e ou du x e siècle) 
à laquelle le recenseur ou le copiste vivait. De ce comput et de 
ses diverses formes, le manuscrit de Chartres n'offre pas trace ; 
nous n'avons donc pas à nous en occuper. Quant aux cha- 
pitres 4 et 6, ils n'offrent rien de notable. De telles distri- 
butions de l'espace historique se rencontrent dans toutes les 
chroniques, livres de comput pascal et autres ouvrages du 
même genre. 

Ce qui suit (c. 7, 8, 9) est commun à notre manuscrit et à 
tous les textes de YHistoria Britonum. L'auteur a eu sous les 
yeux le livre de Gildas, auquel il emprunte plusieurs expres- 
sions ; ça et là il précise, d'après sa connaissance du pays. Un 
seul trait accuse une autre parenté littéraire, c'est l'explication 
du nom de la Bretagne, a quodam Bruîo consule romano dicta. 
Ceci dépend évidemment des légendes qui suivent. 

Ces légendes rattachent les Bretons 1 aux Romains par deux 
liens différents, l'un généalogique, l'autre politique. On raconte 
d'abord que les rois de l'un et de l'autre peuple descendent 
d'Enée par Silvius Postumus et même par Rhea, laquelle, au 
lieu de deux jumeaux, en eut trois, Remus, Romulus et 
Brutus ; celui-ci est l'ancêtre des Bretons. Plus tard, vraisem- 
blablement, un autre Brutus, consul, vainqueur de l'Espagne, 
se rendit maître de la Bretagne. Celui-ci a été fourni par la 
chronique de S. Jérôme, qui marque à l'an 1876 d'Abraham : 
Brutus Ibcriam usque ad Oceanum subicit. L'autre Brutus pro- 
vient, avec toute la généalogie romano-troyenne, d'une autre 
source, sur laquelle nous reviendrons. Notons cependant que 
cette généalogie se présente, sous des formes différentes, dans 
les autres manuscrits. Mais ceux-ci identifient plus ou moins 
le Brutus ancêtre des Bretons soit avec Silvius Postumus, fils 
d'Enée, soit avec un frère de ce Silvius. La spécialité de notre 
texte c'est que ce Brutus y est abaissé de plusieurs générations 

1 . Je vois que les celtistes emploient plus volontiers l'expression Cymro 
ou Kymro. Il me semble que je me comprends mieux en disant Breton ; 
c'est du reste le terme dont se servent les écrivains latins, les seuls qui me 
soient accessibles. 

Revue Celtique, XV. 13 



1 82 L. Duchesne. 

et placé exactement à la même date que Romulus et Remus. 
On s'est d'abord contenté de l'égalité avec les fondateurs de 
Rome ; par la suite, les prétentions se sont élevées : la nation 
bretonne est devenue plus ancienne que le peuple romain l . 

Suit une histoire de la conquête par César et du régime im- 
périal. Ce morceau a été fort remanié avant d'être admis 
dans le texte d'où dérivent les autres manuscrits : encore n'y 
figure-t-il pas au même endroit qu'ici. Le début sur Cassivel- 
launus et la résistance qu'il opposa à Jules César est tout à 
fait spécial au manuscrit de Chartres. Il provient évidemment 
des Commentaires, par quelque intermédiaire inconnu. Le 
reste dérive de la chronique de S. Jérôme et de sa continua- 
tion par Prosper, sauf la fin. Comment on est arrivé à compter 
Gratien parmi les empereurs qui in Britannia vcnerunt, c'est ce 
que je ne distingue pas. Après Gratien on passe tout de suite 
à l'invasion saxonne, qui eut lieu au temps du roi de Bretagne 
Vortigern, c'est-à-dire en l'an 50 de l'Incarnation « comme 
Libine abbas de Ripon l'a trouvé ; depuis ce temps il s'est 
écoulé 300 ans jusqu'à l'année où le I er janvier coïncide avec 
le 12 de la lune ». C'est du moins ainsi que je comprends ce 
passage altéré. Le comput 500+300 nous porte à l'an 800 ; 
or, justement, l'an 801 nous offre la coïncidence indiquée entre 
le I er janvier et le 12 de la lune. 

De cette façon de dater il n'y a pas trace dans les autres 
manuscrits ; elle est en contradiction avec celle que l'on trouve 
un peu plus loin, 347 de la Passion (374 de l'Incarnation). 

Il est du reste assez clair que tout ce morceau, Casabellaunus 
— supradictum, a été intercalé maladroitement à un endroit 
incongru. On voit en effet que la série des généalogies, inter- 
rompue par lui, reprend aussitôt après. Le c. 18 nous ramène 
aux ascendants de Brutus. Cette fois la lignée romano-troyenne 
est rattachée à la table généalogique de la Genèse : des fables 
classiques, où s'égarait le précédent système, on passe dans le 

1. Dans le texte du Fat. Reg. 1964 les deux versions sont admises; 
mais la nôtre a été amputée de la phrase sur les trois jumeaux, afin d'éviter 
un désaccord trop flagrant avec l'autre récit. Du reste, le texte de Chartres 
lui-même, dans sa confuaion, porte trace de la légende d'après laquelle 
Brutus remontait jusqu'à la génération d'Ascague et de Silvius Postumus. 



Nennius retractatus. 183 

giron orthodoxe de l'Ancien Testament, et l'on atteint, par 
Noé et Adam, le Dieu vivant et très haut. Cependant, entre 
Brutus et Rhea Silvia s'interposent deux ancêtres, Hiscio et 
Alanus, qui ne proviennent ni de la Bible ni des mythes 
romains. 

C'est que le c. 18 représente une combinaison ; son auteur 
a essayé d'arranger les mythes en question avec un autre sys- 
tème dans lequel ils n'avaient aucune place. Ce système est 
exposé dans le c. 17, Très filii Noe, etc. Ici nous rencontrons 
une source connue. M. Mùllenhoffa montré depuis longtemps 
que ce morceau n'est autre chose. qu'un développement d'une 
table généalogique dressée chez les Francs vers 520 l . L'origine 
commune des peuples occidentaux y est ramenée à un Alanus, 
dont les trois fils, Hisicio, Ermeno, Nigueus, sont respecti- 
vement les premiers ancêtres des trois groupes suivants : 
i° Romains, Francs, Alamans, Bretons; 
2° Goths, Walagoths, Gépides, Burgondes, Lombards ; 
3 Vandales, Saxons, Bavarois, Thuringiens. 
Le premier groupe correspond au royaume de Clovis ; il 
comprend les quatre éléments ethniques dont il se composait. 
Les Bretons qui s'y trouvent mentionnés sont les Bretons 
d'Armorique. 

En reproduisant ce document, notre rédacteur le complète. 
D'abord, de chacun des noms de peuples, il déduit un pa- 
triarche, Francus, Romanus, Brito, Saxo, etc., dont il fait la 
souche des Francs, des Romains, des Bretons, etc. De plus, 
comme il sent le besoin de rattacher Alain et son monde à 
un ancêtre biblique bien déterminé, il dispose quatorze noms 
entre ceux d'Alain et de Javan, fils de Japhet. De là il pousse 
aisément, à l'aide de la Bible, jusqu'à Adam, fils de Dieu. 

Les généalogies sont finies; nous arrivons à l'histoire (c. 19). 
La conquête de la Bretagne par César est rapportée avec une 
exactitude telle quelle, mais le récit qui en est fait ici forme 
évidemment double emploi avec le morceau Casabellaunus , etc. 
Le narrateur dépend de Gildas (c. 5) et de la chronique de 



1. Abbandl. der Berliner Ahtdemie, 1862, p. 532, etc. 



184 L. Duchesne. 

S. Jérôme I ; mais c'est une dépendance purement littéraire ; 
à ces auteurs notre « historien » n'a emprunté que des expres- 
sions. Pour le fond il suit une tradition à lui. Son récit nous 
conduit à l'an 47 avant Jésus-Christ et 5215 depuis la Créa- 
tion. C'est alors que la Bretagne fut subjuguée par César, 
après que, par trois fois, les généraux romains eussent été tués 
par les Bretons. La période romaine est à peu près passée sous 
silence : on arrive tout de suite au temps qui suivit la mort du 
tyran Maxime, au roi Vortigern et au débarquement des 
Saxons, auxquels Vortigern concéda l'île de Tanet sous le 
règne (lisez le consulat) de Gratien et d'Equitius, l'an 347 
de la Passion (374) 2 . 

A partir d'ici (c. 32) nous entrons dans les récits empruntés 
à la vie de S. Germain, et notre manuscrit, pour autant qu'il 
continue, ne diffère plus guère des manuscrits précédemment 
connus. 



3. — La primitive Historia Britonum. 

Dans ce qui précède, c'est-à-dire dans la partie correspondant 
aux chapitres 10-30 de Stevenson, il en diffère beaucoup. 
Mais voyons d'abord jusqu'à quel point notre texte est lui- 
même primitif ou interpolé. 

Il est clair que le morceau Casabellaunus , etc., est adven- 
tice. Il n'est pas à sa place au milieu des généalogies; sa chro- 
nologie est contradictoire avec celle du c. 31 ; il débute par 
un récit des campagnes de César qui fait double emploi 
avec celui des c. 19 et 20; enfin il contient une énumération 
d'empereurs qui n'était sûrement pas prévue dans le plan ori- 
ginal. Celui-ci se révèle au début du c. 3 1, où Maxime et Vor- 
tigern se présentent aussitôt après la guerre entre Bretons et 



1 . Gildas : Romanorum reges cum orbis imperium obtinuissent... cf. p. 176. 
S. Jérôme, Abr. i960: Régnât apud Romanos primus omnium C. Caesar qui 
primais singulare arripuit imperium. 

2. Cette note consulaire, avec le synchronisme de la Passion, dérive de 
la Chronique de Prosper. 



Nennius retractatus. 185 

Romains, c'est-à-dire la guerre du temps de César. L'auteur 
n'avait nullement idée de parler d'autres empereurs 1 . 

Ecartons donc ce développement. Il faut rejeter aussi la gé- 
néalogie du c. 18, qui manque d'ailleurs dans la version ir- 
landaise et dans plusieurs manuscrits latins . Cette généalogie 
a été inventée pour concilier les deux autres, la troyenne et la 
franque, Brutus et Brito. 

Ces deux pièces écartées, la finale du c. 10, Qiiando regnabat, 
rejoint exactement la généalogie troyenne, dont elle forme 
comme le complément chronologique. Ainsi les morceaux Ca- 
sabellaunus et Britones a Bruto ont été intercalés dans le texte 
primitif de la généalogie troyenne. 

Mais que penser de celle-ci ? Peut-on la considérer comme 
ayant été adoptée ou dressée par le premier rédacteur de YHis- 
toria Briîonum? Il faudrait le supposer bien mal avisé 2 . Cette 
généalogie est, en effet, inconciliable avec la table franque. Si 
l'une est vraie, l'autre est nécessairement fausse. Je crois donc 
qu'il en faut sacrifier une et, naturellement, celle que je jet- 
terai par-dessus bord est la généalogie troyenne. Sans doute 
elle a une référence au commencement du chapitre 7 : Bri- 
tannia insula a quodam Bruto consule Romano vocatur. Mais 
cette mention de Brutus peut fort bien provenir d'une re- 
touche, inspirée par la généalogie troyenne. Dans les deux sys- 
tèmes d'ancêtres, on distingue une influence franque. Si la 
table de 520 est la base de la généalogie du c. 17, les fables 
franco-troyennes sont le modèle sur lequel a été imaginée la 
légende de Brutus. Or, les fables franco-troyennes ne se mani- 
festent pas avant Frédégaire, c'est-à-dire avant le vn e siècle 
plus ou moins avancé, tandis que la généalogie franque est 
l'œuvre d'un contemporain de Clovis. Du moment où il y a 
lieu de choisir entre deux imitations, il est naturel de préférer 
celle qui s'inspire du plus ancien modèle. Du reste, il a fallu 
un certain temps, un certain développement de fausse culture 

1. Dans les éditions, le c. 30 est tout entier interpolé, sauf la première 
phrase. 

2. Les rédacteurs postérieurs insèrent sans doute plusieurs généalogies 
discordantes : mais ils ont soin d'avertir le lecteur qu'ils reproduisent des 
traditions diverses. 



1 86 L. Duchesne. 

littéraire pour arriver à ces sottises sur Enée et Brutus, tandis 
qu'avec la généalogie franque le premier clerc qui avait une 
Bible sous la main pouvait imaginer le système du c. 17. 

Ces éliminations faites, le c. 17 des éditions rejoint immé- 
diatement le c. 9. C'est ce qu'a bien vu M. Mommsen r . 

A partir du c. 19, le manuscrit de Chartres ne présente 
plus de traces d'interpolation ; il n'en est pas de même des 
autres. Les éliminations précédentes dans le manuscrit de 
Chartres ont pour effet de supprimer dans les autres les c. 10, 
11 (sauf la fin), 12, 13, 14, 15, 16, 18. Il faut maintenant, 
suivant l'indication du manuscrit de Chartres, sacrifier encore 
la fin du c. 20, Iulius igitur, etc., et les chapitres suivants 2 , 21, 
22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, même le c. 30, sauf la pre- 
mière ligne : Tribus vicibus occisi sunt duces Romanorum a Bri- 
tannis. Les c. 21-29 ne sont autre chose qu'une édition revue 
et augmentée du morceau Haecsunt nomina — Gratianofrat(re), 
ci-dessus, p. 176-177. Quantauc. 30, ce n'est qu'une mauvaise 
explication de la phrase Tribus vicibus. . . L'interpolateur s'est 
inspiré ici de Gildas, en rapportant au temps de l'occupation ro- 
maine ce que Gildas raconte des temps qui suivirent l'abandon 
de la Bretagne par les Romains. Il parle de gouverneurs assas- 
sinés par les Bretons, propter gravitatem imperii, et croit ainsi 
expliquer l'assertion occisi sunt duces. Mais le début du c. 31 
montre bien qu'il s'agit de généraux tués à la guerre, et il ne 
peut être question d'autre guerre que celle de la conquête. 

Ainsi YHistoria Briîonutn, pour la partie antérieure à l'appa- 
rition de S. Germain, se trouve diminuée des deux tiers. Il 
ne reste qu'un petit prologue géographique (c. 7, 8, 9), une 
généalogie (c. 17), un court récit de la conquête romaine et 
de l'arrivée des Saxons (c. 19, 20, 31). 



1 . L. c, p. 290. 

2. Avec le c. 22 disparaît du texte primitif l'histoire du roi Lucius. 
M. Mommsen (/. c, p. 291-293) a montré, contre M. Zimmer, que cette 
fable est bien d'origine romaine, comme je l'ai établi ailleurs (Lib. pont., t. 1, 
p. en) et que YHistoria Britonum l'a empruntée au Liber pontificalis. 
J'ajoute que l'emprunt ne peut être direct et que la date de 167, inconnue 
au L. p., mais commune à Bédé et à YHistoria Britonum, paraît bien indi- 
quer que le recenseur de celle-ci (celui qui y a introduit les c. 21-29) s'est 
inspiré ici de YHist. ceci, de Bède. 



Nennius retractatus. 187 

Ici il faut en revenir au titre. On nous y annonce: i° des 
Excerpta 1 de libro S. Germant; 2° des Origines Britonum ; 3 une 
Genealogia Britonum. Les Excerpta, c'est le c. 32 et ce qui 
suit, car, au delà même de l'endroit où s'arrête le manuscrit 
de Chartres, nous trouvons le livre de S. Germain cité encore 
dans le c. 47. La Genealogia, c'est le c. 17. Ce titre partiel est 
répété dans notre texte ; il se présente justement en tête des 
parties interpolées. Celles-ci ont en outre un titre spécial, De 
origine Britonum, qui correspond évidemment à la deuxième 
partie du titre général. Ainsi ce titre est bien celui qui con- 
vient à la compilation telle que la présente le manuscrit de 
Chartres. Pour la forme primitive, ou du moins antérieure, il 
aurait dû être Excerpta de libro S. Germani inventa et genealogia 
Britonum. Encore ce titre semble-t-il laisser en dehors les par- 
ties préliminaires, la chronologie générale (c. 4, 6), qui, du 
reste, a, dans notre manuscrit, un titre particulier, De aetatibus 
mundi, et la géographie (c. 7, 8, 9), pourvue aussi d'une ru- 
brique à elle : De quadam peritia a Britannia insuie. 

En somme, l'ouvrage paraît bien se caractériser comme 
étant surtout l'abrégé d'une légende de S. Germain. Je serais 
fort tenté de croire qu'il n'était pas autre chose à l'origine. 

Pour être plus au clair sur cette question, il faudrait que le 
copiste du manuscrit de Chartres nous eût fait la grâce d'aller 
jusqu'au bout de son texte. Sur la fin de celui-ci on ne peut 
faire que des conjectures plus ou moins plausibles. 

On n'hésitera guère, je crois, à penser que ce texte com- 
prenait les chapitres 38-48. Je ne sais que dire du c. 49 qui 
contient une généalogie des rois de Buelt et Guorthigirniaun, 
ni du c. 56 sur les exploits d'Arthur, ni des Mirabilia et des 
Civitates. Mais les généalogies saxonnes me paraissent devoir 
être exclues ; le titre, en effet, n'aurait pas manqué de les 
mentionner. On peut en dire autant des extraits de la vie de 
S. Patrice (c. 50-55). Outre le silence du titre, silence d'au- 
tant plus significatif qu'un autre document hagiographique est 



1 . Je ne sais ce que veulent dire les lettres Fiiurbaoen qui se lisent après 
Excerpta. On a pu voir que le manuscrit est plein de fautes, notamment 
qu'il omet souvent des lettres, de sorte qu'il n'est pas aisé de conjecturer. 



1 88 L. Duchesne. 

formellement indiqué, il faut tenir compte de ce fait que, 
dans le manuscrit du Vatican, ces extraits sont placés après le 
c. 56 et non avant. De plus, on doit constater que, dans le 
manuscrit de Chartres, pourtant interpolé, il n'y a pas la 
moindre trace de ces récits ou traditions sur l'Irlande et les 
Irlandais qui occupent tant de place dans la compilation de 
Nennius. 

4. — Les sources irlandaises. 

C'est maintenant le moment de parler un peu de ces récits 
et de marquer en quoi mon appréciation sur leur origine dif- 
fère de celle de M. Zimmer. 

Les chapitres sur S. Patrice dérivent manifestement des 
pièces hagiographiques conservées dans le Livre d'Armagh 1 , 
je veux dire la vie du saint par Muirchu Maccumactheni et le 
recueil de Tirechan. La première de ces deux pièces remonte 
aux dernières années du vu e siècle ; la seconde est, je crois, 
plus ancienne de quarante ou cinquante ans. Si des extraits 
de ces écrits, à peu près datés, avaient figuré dans notre com- 
pilation dès sa première origine, nous aurions une limite chro- 
nologique. Mais ce point n'est nullement assuré, comme on 
l'a vu. 

Les légendes sur le peuplement de l'Irlande manquent, 
celles-ci sans aucun doute, au texte de Chartres. Dans Nen- 
nius, elles se présentent sous deux formes: la seconde (c. 15) 
est rattachée expressément à la tradition irlandaise : sic mihi 



1 . Je ne puis me dispenser de protester ici contre l'usage que M. Zimmer 
fait du livre d'Armagh et, en général, contre sa façon d'entendre l'histoire 
des origines chrétiennes en Irlande. Il est sûr que le clergé d'Armagh a cul- 
tivé la tradition de saint Patrice, mais il ne l'a pas créée. Contester l'authen- 
ticité de la Confession et de la Lettre à Coroticus me semble très aventuré. Quant 
à Tirechan, c'est l'interpréter arbitrairement que d'en faire un champion delà 
mission romaine de Patrice: comme l'auteur de la Confession, il voit dans la 
mission de l'apôtre irlandais une inspiration divine, sans aucune attache ec- 
clésiastique. C'est la plus ancienne tradition. Avec Muirchu. on est déjà sur 
le chemin de Rome, où parviendront les légendaires postérieurs; en fait, on 
s'arrête à Auxerre. Saint Germain était, de par les légendes bretonnes et de 
par les traditions gallicanes (Prosper, Constance) un ancêtre très enviable. 
Mais ni Tirechan ni Patrice n'ont senti le besoin de se recommander de lui. 



Nennius retracUUus. 189 

peritissimi Scotorum nunciaverunt ; l'autre (c. 13, 14) ne se 
réclame pas de cette autorité. Considérons d'abord celle-ci. 
Les Irlandais sont des émigrés d'Espagne ; ils sont arrivés dans 
leur île par bandes successives. La première colonie, débarquée 
sous la conduite d'un certain Partholom, est enlevée par une 
épidémie; une autre, celle de Nemeth, fils d'Agnomen, est 
jetée sur la côte d'Irlande par un naufrage ; mais elle n'y 
demeure pas longtemps ; au bout de quelques années elle re- 
vient en Espagne. C'est à la. troisième tentative que le succès 
commence. Trois fils d'un certain miles d'Espagne (le Mile des lé- 
gendes) conduisent une nouvelle émigration, qui disparaît pres- 
que entièrement dans une expédition merveilleuse; il n'en reste 
que la trentième partie. De ce résidu provient la plus ancienne 
couche de population irlandaise. D'autres colonies vinrent en- 
suite d'Espagne renforcer le noyau primitif; la dernière est celle 
de Damhoctor. Ainsi fut peuplée l'Irlande ; la population déborda 
même sur certains points de la Bretagne, le pays de Dalrieta 
(côtes sud-ouest de l'Ecosse), l'île d'Eubonia (Man), le pays 
de Demeta (Galles du sud), et quelques localités voisines ; mais 
les Scots furent chassés par le roi Cuneda et ses fils. 

Ces origines, on le voit, ne sont guère prétentieuses ; on 
ne remonte ni à l'antiquité biblique ni aux héros profanes. Il 
y a bien un peu de merveilleux dans un épisode accessoire, 
mais c'est tout. Le reste est tellement ordinaire que l'on serait 
tenté de l'accepter comme tradition plausible, si la linguistique 
ne soulevait pas, contre ces origines espagnoles, des objections 
insurmontables. En tout cas, il y a lieu de soupçonner que 
nous avons ici, sur l'origine des Scots d'Irlande, des récits 
accrédités chez les Bretons et non des traditions nationales ir- 
landaises. 

Avec l'autre version (c. 15), celle que Nennius dit avoir 
recueillie sur les lèvres des Scots, nous entrons dans le do- 
maine de la fantaisie. Une famille de Scythie (Scythia, Scotia) 
est établie en Egypte au temps de l'Exode. Pendant que les fils 
d'Israël s'enfuient vers le désert du Sinaï, ces Scythes pren- 
. nent le chemin de l'ouest. Ils s'avancent par terre, en suivant 
la côte, jusqu'aux colonnes d'Hercule ; de là ils passent en 
Espagne, où ils se multiplient; enfin, 1002 ans après l'Exode, 



190 L. Duchesne. 

ils franchissent la mer et débarquent en Irlande, la peuplent 
et s'étendent jusqu'au pays de Dalrieta. 

Ce récit repose sur la même donnée que le précédent ; les 
habitants de YHibernia viennent du pays des Hibcri. Comme 
on veut des ancêtres lointains, on imagine un exode sur le 
modèle de celui des Hébreux. Les fugitifs d'Egypte sont qua- 
lifiés de Scythes, parce que, dans l'ensemble des peuples an- 
ciens connus des bons auteurs, c'est le seul dont le nom ait 
quelque rapport avec celui des Scots. 

En somme, on délire déjà, mais sobrement. Où la mesure 
est dépassée, c'est dans le Lebor Gabaia ou Liber occupât ionis, 
dont M. Zimmer nous présente un texte « du temps de la Re- 
naissance irlandaise », laquelle commence au déclin du 
x e siècle ; en fait, ce texte est connu par des manuscrits du 
xii e siècle avancé; c'est tout ce qu'on peut affirmer sur son 
âge. Ici on remonte à Magog, Japhet et Noé. De la tour de 
Babel où Fenius, l'ancêtre lointain des Fenians, a conduit ses 
deux fils, Noennual et Nel, on passe en Egypte. Nel, qui a 
profité de son séjour dans la plaine de Sennaar pour apprendre 
les soixante-douze langues du monde, a été appelé à la cour 
de Pharaon où il devient majordome. Pharaon le marie avec 
sa fille Scota, de laquelle il a un fils appelé Gaedel. On arrive 
ensuite à l'exode scotique, lequel se complique d'une expé- 
dition en Scythie, où l'on a beaucoup d'aventures. Enfin, 
après de longues navigations, on arrive en Espagne. Les 
Scots ont alors pour chef un certain Bregon, lequel bâtit, sur 
la côte nord de la Galice, la fameuse tour d'où, comme chacun 
sait, on peut, dans les temps clairs, apercevoir l'Irlande. Cette 
bonne fortune échoit à Ith, fils de Bregon. Dès lors, il n'y a 
plus moyen de l'arrêter ; il équipe des navires et s'en va vers 
la Terre promise. Ainsi le Lebor Gabaia nous offre une ver- 
sion singulièrement embellie du récit irlandais recueilli par 
Nennius ; j'ajoute qu'il y intercale les autres expéditions ra- 
contées par celui-ci, non sans les agrémenter beaucoup. 

Dans cet état des documents les personnes sages se diraient 
que le plus sobre des récits est vraisemblablement le plus an- 
cien ; elles seraient confirmées dans cette appréciation par ce 
iait que Nennius écrivait au temps de Charlemagne, tandis que le 



, Nennius retractatus. 1 9 1 

rédacteur du Lebor Gabala peut fort bien n'être que du xi e ou du 
xii e siècle. M. Zimmer pense, au contraire, que Nennius dérive 
du Lebor Gabala, non pas, il est vrai, de celui que nous avons 
encore, mais d'un autre, d'un texte très ancien, qui a pu 
exister avant Nennius. Ce texte très ancien, j'attendrai, pour 
y croire, qu'on me le fasse voir I . 

Outre les vies de S. Patrice et le Lebor Gabala, une troi- 
sième source irlandaise est assignée par M. Zimmer à YHistoria 
Britonum. C'est un traité De sex aetatibus mundi, dont l'exis- 
tence est constatée au x e siècle ; il ne me paraît pas remonter 
beaucoup plus haut. C'est de là, nous dit-on, que provient la 
généalogie du c. 17, celle que j'ai signalée comme étant la 
plus ancienne. Pour affirmer cette provenance, M. Zimmer se 
fonde sur la ressemblance de cette généalogie avec le traité 
irlandais et sur le fait que YHistoria Britonum, ayant mis à con- 
tribution d'autres livres irlandais, il est naturel qu'elle ait 
aussi usé de celui-ci. 

En ce qui regarde les autres livres irlandais, c'est-à-dire le 
Lebor Gabala et les vies de S. Patrice, on a vu ce qu'il en est. 
Quant à la ressemblance invoquée, elle n'est nullement frap- 
pante. Le De sex aetatibus dérive de la table franque, comme 
la Généalogie du c. 17 ; mais on va voir que sa parenté avec 
la Généalogie est celle d'un collatéral, non d'un ascendant. En 
effet, le document franc nous est parvenu en deux rédactions 
bien caractérisées 2 : la Généalogie dérive de Tune, le De sex 
aetatibus dérive de l'autre. Et ici il est bon de noter que le 
texte suivi par la Généalogie est celui du plus ancien manuscrit 
connu de la table franque 5. Mais il faut voir ce qu'est devenue 



1 . Dans toute cette affaire, il est curieux de voir à quel degré les Irlandais 
s'en sont laissé conter par les Bretons. La vérité sur leurs origines respec- 
tives, c'est que les Irlandais sont plus anciens en Irlande que les Bretons en 
Bretagne. Mais ceux-ci ont su faire croire à leurs voisins qu'ils étaient venus 
d'Espagne, et cela mille ans après l'Exode. Quant à eux, comme ils étaient 
de la race d'Enée et que Brutus, lils ou petit-fils de celui-ci, ne tarda pas à 
s'établir dans la grande île, il est clair qu'ils la possédaient longtemps avant 
que l'Irlande fût habitée. 

2. Zimmer, N. V. p. 232. 

3. Carlsruhe, Rcich. 229, de la fin du vm c siècle ou du commencement 
du ix e . 



192 L. Duchesne. , 

cette table dans le remaniement irlandais. J'ai énuméré ci- 
dessus les peuples qu'elle mentionne ; ce sont tous des peu- 
ples germaniques, sauf les Romains et les Bretons, qui n'y ont 
place que comme sujets des rois francs. Des Irlandais, pas la 
moindre trace. Pour un Irlandais c'était là une lacune incon- 
cevable : aussi s'est-on empressé de la combler. Dans l'adap- 
tation du De sex aetatibus, l'Europe est peuplée par deux fils 
de Magog, fils lui-même de Japhet. L'aîné fait souche d'Ir- 
landais ; les autres Européens descendent du cadet. Paddy, 
comme on le voit, s'est attribué la meilleure place. 

Ceci ne ressemble guère à notre c. 17. Poursuivons. Entre 
Alain et Japhet, le généalogiste breton a intercalé quinze gé- 
nérations : dans le traité irlandais, elles se réduisent à deux. 
Dans le texte breton, c'est par Javan que l'on descend de Ja- 
phet ; dans le texte irlandais, c'est par Magog. Que vient-on 
après cela nous parler de ressemblance entre ces deux docu- 
ments ? La seule parenté qu'ils aient, c'est celle qui résulte de 
la dépendance où ils sont l'un et l'autre par rapport à la table 
franque. 



5. — Nennius. 

Ainsi, dans la compilation primitive, telle qu'elle se déduit 
du manuscrit de Chartres, il ne parait avoir été fait usage 
d'aucun document de provenance irlandaise ou même se rap- 
portant aux origines ou aux saints d'Irlande. Il n'y était ques- 
tion que des Bretons, et cela presque uniquement d'après 
Gildas et la vie de S. Germain. L'origine des Bretons était ex- 
pliquée par la Généalogie franque, où, grâce à leurs confrères 
d'Armorique, ils se trouvaient avoir une petite place. 

Cette première Historia Britonum fut bientôt supplémentée. 
Le manuscrit de Chartres nous la présente enjolivée déjà par 
l'accession de la légende de Brutus et complétée par quelques 
détails sur l'histoire romaine, tirés des chroniques latines. 
Cependant il ne présente encore aucun élément irlandais ou 
anglo-saxon. 

C'est ici que Nennius intervient. Dans sa préface il décrit 



Nennius retractatus: 193 

lui-même la tâche qu'il s'est imposée et catalogue les docu- 
ments dont il s'est aidé. 

Il a, dit-il, transcrit certains extraits, aliqua excerpta scribere 
curavi, que l'ignorance des Bretons avait négligés; il a rassemblé 
aussi tout ce qu'il a trouvé dans les annales des Romains, dans 
les chroniques de Jérôme, d'Eusèbe, d'Isidore, de Prosper 
et aussi dans les annales des Scots et des Saxons. Les « an- 
nales des Romains » avaient déjà été mises à contribution par 
Gildas ; l'auteur du morceau Casabellaunus , etc., s'en était 
également servi ; il est clair qu'elles ont été de nouveau feuil- 
letées pour les chapitres 2o(fin)-29. Ce que Nennius appelle 
les « annales des Scots » ce sont sans doute les éléments de 
ses chapitres 13-15 sur l'origine des Irlandais et 50-55 sur la 
vie de S. Patrice. Quant aux « annales des Saxons », nul 
doute qu'il ne désigne ainsi les généalogies 57-65. A vrai dire, 
ces annales des Saxons ne mentionnent jamais les Saxons, 
mais seulement les Angles et les Jutes. Au contraire, dans les 
autres parties de la collection, les Saxons sont souvent nom- 
més, comme du reste dans le manuscrit de Chartres. Ce sont 
des Saxons qui sont accueillis par Vortigern ; c'est contre les 
Saxons que luttent Vorthemir et Arthur ; ce sont des Saxons 
qui fondent, dans les régions cédées par Vortigern, les royau- 
mes d'Essex et de Sussex. 

Ceci est une indication : les généalogies dites saxonnes 
viennent bien de la Northumbrie; le reste est d'un pays où les 
Saxons étaient plus en vue. 

M. Zimmer a fort bien établi que les rapports des manuscrits 
latins entre eux et avec la version irlandaise obligent à distin- 
guer deux recensions de YHistoria Brilonum, l'une représentée 
au mieux par le manuscrit Harley (3859) et par celui du Va- 
tican (Reg. 1964), l'autre attestée par la version irlandaise et 
par les retouches introduites dans un certain nombre de ma- 
nuscrits latins. A cette seconde recension est demeuré attaché 
le prologue original de Nennius (c. 3); l'autre recension, 
quoique à certains égards plus conforme que la précédente à 
la rédaction originale, a cependant subi des modifications dans 
la première partie (c. 10-31) et perdu le prologue. Suivant 
M. Zimmer, cette recension, abstraction faite des modifications 



194 £■ Duchesne. 

postérieures, est l'œuvre même de Nennius, lequel aurait écrit 
dans le royaume de Powys, aux confins de la Mercie. Le texte 
pourvu du prologue, c'est-à-dire celui d'où provient la version 
irlandaise, serait un remaniement opéré dans l'île d'Anglesey, 
vers 810, par un clerc anonyme, lequel se qualifie 1 de disciple 
du prêtre Beulan et dit avoir été en rapports personnels avec 
l'évoque de Bangor Elbodug. 

A mon avis, ce disciple de Beulan est la même personne que 
Nennius. 11 parle des choses qu'il a apprises auprès de l'évêque 
Elbodug ; Nennius se qualifie de disciple du même évêque. 
Les deux recensions de YHistoria Britonum, celle d'Anglesey 
et l'autre, peuvent fort bien être sorties de la même plume. 
Beulan ne tenait pas aux généalogies saxonnes ; pour lui com- 
plaire, Nennius les abrégea dans l'exemplaire qu'il lui destinait. 
Diverses autres choses ont été modifiées d'une recension à 
l'autre. Celle d'Anglesey paraît offrir, pour le commencement, 
une forme plus primitive; on l'aura modifiée pour l'ordonner 
comme le sont les manuscrits de l'autre recension. Une modi- 
fication intentionnelle est plus vraisemblable que toute l'his- 
toire de feuillets décousus et recousus que M. Zimmer a ima- 
ginée pour rendre compte des différences entre les deux textes. 
Si la recension d'Anglesey a seule conservé le prologue et le 
nom de Nennius, ce peut être l'effet d'un accident ; mais il est 
également possible que celui qui a donné à la compilation sa 
dernière forme, notamment dans les chapitres 10-31, où l'ordre 
est si différent du primitif, soit un autre que Nennius et que, 
non content d'avoir retouché l'œuvre de celui-ci, il ait sup- 
primé la préface, sans pourtant revendiquer le livre pour lui- 
même. 

En somme donc, tous les manuscrits latins ou irlandais dé- 
rivent d'un texte constitué à deux reprises par un certain Nen- 
nius, contemporain de l'évêque de Bangor Elbodug 2 , et qui 



1. Stevenson, c. 63 ; v. aux variantes. 

2. Je ne vois pas très bien pourquoi M. Zimmer fait intervenir, à propos 
d'Elbodug et de Nennius, les querelles pascales des Bretons et des Romains, 
c'est-à-dire des Anglo-Saxons. Dans toute la compilation, sous quelque 
forme que ce soit, il n'y a pas la plus légère allusion à ces différences de 
rite et aux autres particularités analogues. 



Nennius retractatus. 19$ 

vivait dans le diocèse de celui-ci, plus précisément du côté de 
Bangor et d'Anglesey, c'est-à-dire dans le nord-ouest du pays 
de Galles. 

Mais Nennius n'a fait que coudre ensemble des morceaux 
antérieurs à lui. UHistoria Britonum existait déjà; elle avait 
déjà subi les interpolations que présente le manuscrit de Char- 
tres, quand elle lui tomba entre les mains. Il semble bien la 
désigner quand il parle de ces Exccrpia transcrits par lui ; en 
divers endroits de son texte il se réclame d'une tradition bre- 
tonne antécédente : Hanc peritiam inverti ex traditione veterum 
qui incolae in primo fuerunt Britanniae, dit-il, après avoir re- 
produit la généalogie du c. 17. De même, après avoir énu- 
méré ses sept empereurs, et au moment d'en ajouter deux au- 
tres, d'après « les Romains », il constate que in veteri tradi- 
tione senior uni nostrorum septem imper at or es fuerunt a Romanis in 
Brittannia. Ces deux traits correspondent au contenu du ma- 
nuscrit de Chartres. 

Ici il faut tenir compte d'un fait, déjà remarqué, mais sur 
lequel les recherches de M. Zimmer ont jeté plus de lumière, 
c'est que la seconde partie du livre, celle où l'on trouve de si 
larges emprunts à la légende de S. Germain, paraît provenir 
non du royaume gallois du nord (Vénédotie), mais du Powys 
ou des bords du golfe de Bristol, aux environs des bouches de 
la Saverne et de la Wye. 

C'est dans le même pays qu'ont été recueillis la plupart 
(c. 67-74) des Mirabilia Britanniae qui figuraient sûrement 
dans les deux recensions de Nennius. Ceux qui concernent 
l'île d'Anglesey et l'Irlande (c. 75, 76) ont tout l'air d'avoir 
été ajoutés après coup : M. Zimmer l'a très bien fait voir. Et 
ici il est à noter que Nennius dit expressément que ces Mira- 
bilia, il les a trouvés déjà rédigés, avec la liste des cités bre- 
tonnes : de civitatibus et mirabilibus Britanniae insulae. 

En somme, voici comment je me représente la formation 
de YHistoria Britonum. 

i° Elle a été composée d'abord dans le sud du pays de 
Galles. Dans sa forme primitive elle ne contenait que des 
choses ayant rapport aux Bretons, c'est-à-dire à la géographie 



196 L. Duchesne. 

de la Bretagne, à son ethnographie, à sa condition pendant la 
période romaine et aux premières luttes contre l'invasion 
saxonne. Les sources littéraires sont au nombre de trois, le 
livre de Gildas, la Généalogie franque et la légende de 
S. Germain r . Tout le reste, l'auteur a pu le tirer de son 
propre fond, sauf peut-être le catalogue des vingt-huit cités. 

2° Plus tard on sentit le besoin de rattacher les origines 
bretonnes aux fables troyennes et de suppléer, surtout d'après 
la chronique de S. Jérôme, aux lacunes du texte primitif en 
ce qui concernait le temps des empereurs romains. Le ma- 
nuscrit de Chartres nous rend l'aspect qu'offrait, dans sa pre- 
mière partie, YHistoria Britonum à la suite de quelques inter- 
polations de cette nature. 

3 Elle passa ensuite dans le nord du pays de Galles, où 
Nennius (:t 800) lui adjoignit divers appendices relatifs aux 
Pietés et aux Scots, à ceux-ci surtout, et la combina avec un 
recueil de généalogies royales constitué, vers la fin du vn e siècle, 
dans le royaume de Strathcluyd, mais complété par diverses 
retouches, dont la dernière est de 796. 

Comme cet appendice n'intéressait pas son maître Beulan, il 
l'abrégea dans l'exemplaire qu'il exécuta pour lui. Cet exem- 
plaire est la souche de la version irlandaise. Les autres manus- 
crits, quels qu'ils soient, dérivent d'un texte où la première 
partie (c. 10-31) avait été retouchée, soit par Nennius lui- 
même, soit plutôt par quelque autre, qui ne s'est pas soucié 
de conserver le nom du compilateur. 

Ainsi ni le nom de Nennius, ni la date qu'il comporte, n'a 
quoi que ce soit à voir avec YHistoria Britonum primitive. 
Rien n'empêche que celle-ci soit beaucoup plus ancienne que 
le IX e siècle ; sa date flotte entre le déclin du vi e et la fin 
du vm e . 

La limite supérieure est donnée par le contenu même du 
livre et par l'usage qui y est fait du Liber Querulus de Gildas. 
La légende de S. Germain porterait à descendre un peu plus 



1 . Ce qui provient des chroniques de saint Jérôme et de Prosper peut 
fort bien n'en pas avoir été tiré directement. Cependant je ne veux pas ex- 
clure l'hypothèse d'une consultation directe. 



Nennius retract dtus. 197 

bas. Saint Germain est mort en 448; pour que son histoire 
ait pu être transformée comme nous le voyons ici, il semble 
qu'il lui ait fallu flotter longtemps dans les imaginations. Mais 
ici nous avons affaire à des imaginations celtiques, plus actives 
que beaucoup d'autres : un siècle a fort bien pu suffire. 

Je dois cependant constater que le livre de Gildas n'offre 
pas la plus légère trace de S. Germain, ce qui porterait à croire 
que ses voyages en Bretagne furent oubliés de bonne heure 
dans ce pays. Des deux ouvrages qui les mentionnent, la chro- 
nique de Prosper et la vie du saint, rédigée par Constance, puis 
remaniée à Auxerre, le second ne paraît pas, autant qu'on peut 
voir, avoir exercé la moindre influence sur la légende galloise. 
Reste la chronique de Prosper. Celle-ci fut connue en Irlande 
dès la seconde moitié du vn e siècle, car c'est évidemment elle 
qui a forcé Muirchu Maccumachteni à se préoccuper de Pal- 
ladius et l'a sollicité à rapprocher Patrice de Germain r . Mais 
quel rapport y a-t-il entre cette apparition de la chronique en 
Irlande et la notoriété dont elle a pu jouir dans les régions 
bretonnes de la grande île ? 

Il n'y a donc rien à tirer de ces considérations ; tant qu'on 
ne produira pas un document nouveau, il ne sera pas prudent 
de préciser beaucoup plus que je ne l'ai fait la date de la pri- 
mitive Historia Britonum. 

L. DUCHESNE. 



l . Cf. Bulletin critique, 1888, p. 284. 

Revue Celtique, XV. 14 



THE FRAGMENT OF THE 

TAIN BÔ CUAILNGE 

IN MS. EGERTON 93 (ff. 26 Cl I-) j b 2). 
(Suite 1). 



i40 T 4 . Andsi» bhàcresa acheltair choiwghi thairis àonùachi 
idhalta thiri tairngiri dobmhea wasgaidh dho — |f. 33 a i| — son 
o Mha//an;/an// m(a)c Lir origh na Sorcha. 

141. Sakir achulbhodh chaiw chorcordcrg arurchomair a- 
ghnnisi. 1er âhàson cach seci 7 treûû 7 tairsi 7 nighontaso// 
seci nâthréthi nathairsi. 

142 1 -}-. Is armsin doriasdadb 7 dorolonwaigheadh i//?a;/righnia 
.i. i/;/Choi//c(u)l(ainn) conàema uàthbhasach mlrechtach naw- 
aichnidh dhe. rochrithnaighi-:dh achairmi uimi am(ail) chranw 
résruth no am(ail) bhoig ibhi/zd arlâr srothu gach bail 7 gach 
nelt 7 gach ni//d 7 gacli naighidhe obho;/d gobhaithis 7 rolai 
shsebhgléo dibhergi dhâchurp imeàhon achrocuîwd. 

ia.3 !tî . Tangadar ashala 7 aoircni 7 aEsgada go/wbâdar 
dhaés. Tangadar tarbhéthi aorca?/ gowbâdar artulaibh alurga// 
gowbâ medithir re maeldorn milEdh gach hiecum dimhesraigh- 
thi dirimhi dhibhsidHen 7 doérgheadar tollthéthi atnhullaigh 
gombâdar arcoich amhumeoil gombâ medithir cEnd m(i)c mi- 
dhaisi each mulchnoc dimhor dhibhsidhég. 



1 . Voir Revtie Celtique, t. XIV, p. 254 ; t. XV, p. 62. 

140. LU. 79b, 21-23. — LL. Tjb, 19-22. 

141. LU. 79 b, 23-28. — LL 77 b, 22-29. 
143. LU. 79b, 29-35. — LL. 77 b, 30-37. 



Tain bô Cuailnge. 199 

144. Adràchtadar aghloiwmi gombâdar gâoibh. 

145 x 45 . Dorighni ciïar cem dhaghnuis 7 da aighidh fliir go- 
maslughmanw mdarna suil dô macriEnd 7 is(edh) amhodh 
nachtairseadh fiadhchorr toghraiw uirri alâr aghrûaidhi 7 aiar- 
thur achloigni. gombàsESgamg asédchi go/»bai f(or)aghruaidh 
SEchtair. 

146. Go/;/bo médethirré coiri caegdhuirw gon — |f. 33 a 2] — 
divna derg ruawanda di récliEnn awaigh anEchtair. 

147^/. Saiais abhél gorurdhlocht. 

I48 T 4 8 . 7 srEngais infeoil dowfhidhbhaidh chnamha gomdar 
inégnaigh aginchrais. Tangadar asgamha 7 athroma gOTwbàdar 
aretealaigh aruachtar achrais 7 abmighed. Beawais bem nul- 
gai;// léomhaiw dcmcharbad uachtarach bhara/;aircli gowbdmé- 
dithir ré molt chraicEnd téora bl(iadn)a gach smalach derg 
tentidhi tennsEdar afhiacla mabhél asabraighid. 

149^9. Adclos blosg bhewniEch a chraidhi ré chliabham(ail) 
gloimnigh nàrchcm ifathoch no am(ail) leoman agtecbt ïàmhath- 
gha/;/naibh. 

i5o I 5°. Adchessa nacoindli bodhbha 7 nacithnélla nemi 7 
nasboing cibhli te/zEdh trichemrûaidhi arlasadh 7 arloindregudh 
ûasa. 

15 1 T 5r. Dochasnaigh afholt iwachean» am(ail) chraibheach 
nderg sgiach iwtarnaidh athfhalda imchumaing. Iss(edh) 
ahodh dhacroitéa righabhall fârighthorudh osachiwd nachroi- 
seadh ubhull dibh talmhaiw tairis 7 dothoiriseadh ubhull ar- 
barr gach aenfhiwda refmhchasadh nafèrgi adracht diafhult 
uasa. 

i52^' 2 . Adracht alon;/ laith osaedun. 

i53 I >3. airdithir remithir dirgithir tailcithir t/fsithir réséol- 
chranw pnmhluiwgi moiri ice/tairdi iwbumdi diÏEch donnfhala. 
atracht dochleth achiwd 7 acheandmhullaigh ict'rtairdi conder- 



145. LU. -jcjb, 36-31). — LL. 77 b, 3S-42. 

147. LU. 79 b 40m. — LL. 77 b 42-43. 

148. LU. 79 b 4080a. — LL. 77 b 43-50. 

149. LU. 80a 1-3. — LL. 77b 50-52. 

1 50. LU. 80 a 3-7. — LL. 78 a 1 -4. 

151 . LU. 80a 7-12. — LL. 78 a 4-9. 

152. LU. 80a 12. — LL. 78a, 9-10. 

153. LU. 80 a, 15-20. — LL. 78 a, 11-17. 



200 N ett la u. 

na dubhchiaigh ndraidhEchta dhe am(ail) chiaigh dorigh 
bhruidhw trath tig rigli dhiatinwEsgur ifnsgur | f . 33 b 1 | in- 
laithi ghemrEta. 

154 154 . Andsi» bharEblaiwg inearr ghaisgidhsiw i«acharbad 
tshErdha awaearraibh îarnaidhibh 7 cowafhîebhraibh tanaidhi 
conâchromànaibh 7 bhacawaibh 7 bhirinibh 7 bhirchruaidhibh 

155. gorbhabhirfog«j rifoimudh 7 gach conaiv ledartba 
•duini gach urball 7 gach naît 7 gach nind 7 gach naighi icurp 
dhuini iarche;/a odabivradh goboiwiudh 

ig6 T 5 6 . cowaairbhiribh niadh 7 comlcIes urshloicthi 7 com- 
tarngaibh gaëthi bidis f(or)fertsibh 7 iallaibh 7 fhidhisibh 7 
fholownaihh i«charbaidsi« retesgadh cheann 7 cholanw barag 
7 mhédhi 7 mhiwel. 

1 5 7 157 - A'ndsw dobmsu;/ toranwchlES ch(ct) f(or)acharbad 
7 torawdclEs da c(et) 7 tor(anncles) tri c(et) 7 tor(annches) 
chcthri c(et) 7 tarrasdair aigi arthor(anncles) incoigezàh c(et) 
uair nirbhurail lesimz inairedsiw dothotim les dached chuin;/- 
sgléo chatha dochethri coigeadhaibh Er(enn) dô dhighail na- 
m(a)craidhi forro 7 Fhollowai/z m(i)c Co;;chobhair 7 doluidh 
fonnindasin doiwdsaighidh anamad. 

15 8 1 ? 8 . Andsi/z tugasdairsiu» séol trom f(or)sa«carbad 

1 5 9 159 * 7 dothaéd môrthiwchell .iiii. nollchoigEdh nEr- 
(enn) amaigh anEchtair 

160 160 . gorbho lôr dho dhu/z 7 dho dhaingea» doibh febh 
dhochuadar rotha iarnaidhi wcharbaidsw shis 7 sEllsEchtair 7 
adrachdadar léo claidhi 7 coirthi 7 cairgi 7 taithlEca iwtalmhaw 
7 amuirgn'anaird iwaird risnarothaibb iarnaidhibh suas seI- 
sechtair. 

161. Isanwsiw focherdsuM afhâl — |f. 33 b 2| — mbodhbha 
7 achircull mbodhbha i/umthw«chell chethri nollchoigEdh 
nEr(enn) 



154. LU. 80a, 21-24. — LL. 78a, 18-21. 

156. LU. 80a, 24-26. — LL 78 a 21-24. 

157. LU. 80 a, 39-41. — LL. 78 a 24-29. 

158. LU. 80b, 1-2. — LL. 78a, 31-32. 

159. (LU. 80 b 7-9). — (LL. 78 a. 37-39). 
160 LU. 80b 3-7. — LL. 78a 33-37. 



Tdin bô Cuailnge. 201 

162 162 . 7 is aire focherdsuw iwcircull mbodhbhasm môrthiw- 
chell chethri choigEdh nEr(enn) arnàtEchtais uadha ar techEdh 
no ariwgubhail 7 nachsgaildis liimi 7 ro/zastairsEdh réthenwta 
iad dodhighail nam(a)craidhi forrtho. 

1 63 16 >. Rothœd chucu awmnd armEdho/z asaaithli 7 tugas- 
dair fobairt bhidhbhadh f(or)bhidhbhadhaibh fortho 7 failghis 
falbhaighi môra dochollaibh abidhbhadh 7 aruimhadh 7 zecht- 
rand mawcath sechtair godrochradar les boruz îri médhe 7 
médhe îri bon;; 7 doid îri doid 7 uillirm îri huilli/zd 7 airbhi 
fWhairbhi gurbhalirmti fola f(or)dhergi f(or)anirathighdis 

i64 l6 4. gorbhachu'ma eu 7 Ech 7 duini les 

i6) l6 >. isi?zbhresligh mhoir i/;migh Mwrthewni maidhehisin 
agdighail nam(a)craidhi archethri roz^Edhaibri Er(enn). 

166 166 . Cidh fr» tfciÇrf nifhétar arim 7 nithoill aaiream naa- 
fhaisnés gachandrochair les dochowairium righ 7 ruirEch chu- 
radh 7 chathmhilEdh chliathbernadh c(et) 7 fer feraiwd gew- 
môtait a/raais 7 armaigh 7 oglaigh 7 oigthighirn 7 daésgar- 
shlûagh dimhaiweach fer nEr(enn). 

167 16 /. ^r/;/ atâ nicheana cowruidhbither coraairem arrîgh 7 
ataiseach acwradh 7 acathmhileadh acliathbernadh c(et) 7 afEr 
feraiwd 



.i. Da Chruaidh 


dha Shecheall .iiii. 


Foda 


da Chaladh 


tri Cruiwd .iiii. 


FurEchair 


da Chir 


tri Cwraidh .iiii. 


Cois 


da Chiar 


tri Comairchi .iiii. 


Curaidh 


f. 34a 1 | 






.11. Qrmaid* 


se Daimiaich 




.li. Cobhthaigh 


.uii. Rochthaigh 




se Saschaitt 


.uii. Romain 




se Duaich 


.uii. Ruirirthigh 




se Dairi 


ocht Cairpthig 




se Du/zchaidh 


ocht Cobhthaigh 





162. LU. 8ob, 7-11. — LL. 78a 37-41. 

163. LU. 80b, ti-i6. — LL. 78 a, 42-47. 

164. LU. 80b 22. — LL. 78 b 1. 

165. (LU. 80 b, 19-20). — (LL. 78 a 50). 

166. LU. 80 b, 24-26. — LL. 78 b 2-3. 

167. LU. 80 b, 26-58. — LL. 78 b, 3-16. 



202 Nettlau 

ocht nUlchaigh .x. Fée 

.ix. nDairi .x. Fiachra 

.ix. nUrlaigh .x. Fedhlimidh 

168 168 . gorub .ix. righ deg arnai fichtibh dochowanman- 
«aibh righ 7 taisEch 7 fear îerainà is(edh) rosbith Cuchul- 
(ainn) isinbhresligh moir i Muigh Mwrthemni iwaidhchism. 

i69 l6 9. dirimi arche?za a//drochair les doeachaibh 7 docho/i- 
aibh 7 do dhuinibh. 

Cidh ira acht nithernô intrEs fear dhfheraibh Er(enn) uadha 
gawchned no ganchrecht no ganghlas no gznàerg nogan. ehnoc no 
ga;/chcw/artha no ga//mhaidhm lesi no lairgi no lurgaw no leth- 
chi/zd no lethshula no gawbhithamibh trébhithu bratha 7 bEtha 
fair 

i7o x 7 . 7 bholuidhsiu?/ irashlaw uaithibh gawfhuilEgudh 
ga/jlhoirdergadh air (en naaraaraidh nâ araEchaibh 

171 1 / 1 . gorube mcarbad serrdha conigïsin. finid amen. f. 

172 1 / 2 . Andsiw doérigh Cuch(u)l(ainn) gomoch arnamhar- 
ach dothaidhbhriudh mtloigh 7 dothaisbhewadh achrotha ail— 
ghinalaiwd domhnaibh 7 dobhantrochtaibh da//ribh 7 dinghEn- 
aibh dilEdhaibh 7 dés dâna uair nirmiadh 7 nirmhaisi les \n- 
duabhar dliElbh disgir dmidher/;/a tarfas doibh air iwaidhchi 
ha m renie. 

Is airismda(no) thaiwig siuw dothais — |f. 34 a 2]— Elbhadh 
achrotha ailg{« alamd i;/lasi//. 

Alaind amh i/zm(a)c thainig anwsiw dothaisealbhadh aehrotha 
domislûaghaibli .i. Ciichul(ainn) m(a)c Sualtaigh 

173. m(a)c a ... m(a)c ... m(a)c ... m(a)c ... m(a)c ... 
m(a)c ... m(a)c ... m(a)c ... m(a)c ... m(a)c ... m(a)c ... 

m(a)c m(a)c ]é 7 bâ shœr zm es'mn gibé dibhsi 

iarndlidiiudh risjhdha. 



168. LU. 80 b, 39-40. — LL. 78 b 12-16. 

169. LU. 80 b, 40-44. — LL. 78 b, 17-21. 

170. LU. 80b, 44-46. 

171. (LL. 79 b 3). 

172. LU. Si a, 1-9. — LL. 78 b, 22-30. 

». Ail the rumes following the 14 m(a)c hâve been erased. 



Tdin bô Cuailngc. 205 

174 174 . Tri fuilt bâdar f(or)i«fhirsiw .i. doiîd fri tuiwd 
ach'uid 7 emliErdfrg arinwmhedo» mina ordha nothuighithir. 
Cai« congairsi infhuilt sbi concuirûiEV téora srEtha iwchlais 
achûlaidh gombasamalta 7 orshnath gach fiwdu fathmanwach 
f(or)sgailti f(or)ordha dighrais dûalfhodha dtfrsgnaighthe dath- 
âlaiwd tarafhorwma. 

Céd chaircliEs chorcorghlaw dodergôr orlasrach imâbhraighid 
suaithe do charrmhogol chumasgdha itïmthacht fmchEnd. 
cethti thibhri cecbtar dhadha gliruadh .i. tibhri buidhi 7 tibhri 
uaini tibhri gorm 7 tibhri corcra. .uii. ngEma doolochta nalE 
tha//ros[g] cechfar dhadhaghrûaidh .uii. méoir Œchtar dhadha- 
chos 7 .uii. cechtar adhalara go;mrgabhail ingni.gr/uin 7 gon- 
grem mgni sebhaic bhar gach nai fôleth dibh. 

1 75 I7Î - Gabhaidhsiu/z da(no) adhillaid naenaig uimi inlasiu. 
baidaedghudh uimisiuw .i. fûan caiw corcorghlan dElg fiwnarg- 
aid isiwbrut osabhanbhruiwdi cowachcumgaidis suili daini adés- 
gain aighlèordocht 7 arghlaiwidhEcht. 

i76 : 7 6 . Isamhlaidh dobisé 7 cliabiwar sirig fri achnEs arnaiw- 
thacmaisi dhochrEsaibh 7 dochiwsaibh 7 dochorrtharaibh oir 
7 airgid iwaimthimcheall 

r 77 177 - Sgiath dighrais do//dchorcra dathalaiwd fair. 

178 1 / 8 . Cloidhew ordhuirn/z indtlaisi f(or)achliu. 

x 79 179 - Dashlegh chrûadhacha chuigrenda i//adhEslai///. 

180 180 . Nai ci/zd isindarnàlaiw dhô 7 dechcinn ismlaimh 
araill. 

181. faidhbh fir iuabrédibh Etarru. 

182 182 . Andsi?z doaitchEdar mnâ fEr nEr(enn) atôgbhail ar- 
lébheanndaibh sgiath 7 psghuàllaibh f(er) ôglach dathaidhbh- 
riudh chrotha C/;o/zc(u)l(ainn). 

183. 7 roataigh beaw Dubhthaigh atôgbhail dothaidhbr/udh 
chrotha C7;o/zc(u)l(ainn). 



174. LU. 81 a, 9-23. — LL. 78 b, 31-46. 

175 . LU. 81 a 24-29. — LL. 78 b 47-79 a l - 

176. (LU. 813,29-31). — LL. 79a, 2-4. 

177. LU. 81 a 32-33. — LL. 7935-7. 

178. LU. 81 a, 33-55. — LL. 79a 8. 
180. LU. 81 a 37-38. — LL. 79 a 10. 
182. LU. 81 a 39-41. — LL. 79a, 13-16. 



204 Nettlau. 

i84 l8 4. Odchûala Dubhthach innisin gabhais éd 7 ealc- 
mhaiïecbt é 7 dorad comaixli bhraith 7 t;rgthi C/w»cul(ainn) 
dfhEraibh Er(enn). 

185 18 5 . 7 asbm inlaidh and : 

186 186 . Masa é seo iwriasdarthe tséthsad laich dhâluinmsiuw 

i87 l8 7. bedid eghmhi fairisiu?^ bedid bui;;d fàbrwinnisiuw. 

188 188 . Biaid coirthe f(or)aler/;/aibh bidh f(or)mach dorigh- 
martaibh 

i89 l8 9. nimaith awfighEd i;?cath ari/zlerg frzsiwaewach. 

i90 I 9°. Masa éseo inriasdardhe bidh marbhtha duiwe uaidhe. 

^i^ 1 . bedid colla fôchosaibh bed bruit | f . 34b | bhâna 
fôdhosaibh. 

192. Adchiu cruth waewEllaigh .ix. c'md iwachuilsewaibh ad- 
chiu fodhbh les iwbredaibh .x. ciwd iwarothedaibh. 

193*93. Biaid sluaigh niwe dogachleth diamadh mé badh 
chomarledh 

I94 I 94. argorghairdighdis are masaé seo wriasdarthé. Masa 
.e.s. 

195*95. Et adchûala Ferghus mnisiw. 7 roerigh ealla bâghi 
an« 7 tag tuinwigléo tairptliEch dâchois uadha ider cowastarla 
rébuidhin anechtair é. 

i^G l 9 6 . Ole leam aDhubhthaigh ar Ferghus cowairli bhraith 
7 tregthi C/xwc(u)l(ainn) dothabhairt duid deraibh Er(enn) 

I97 I 97. 7 adbert nabmthrasa an». 

I98 r 9 8 . Mas é Dubhthach DséltEnga arci'il naslûagh bhâsrEn- 
ga nochod^rna riam dho mhaith odgheoghai// minghenraith. 



184 . LL. 79 a 19-21. 

185 . LU. 81 a 43. — LL. 79a 22. 

186. (LU. 81 a 44). — (LL. 79 a 23). 

187. LU. 81 a 1. — LL. 79 a 23-24. 

188. LU. 81 a 2. — LL. 79 a 25-26. 

189. LU. 81 b 3. — LL. 79 a 27. 

190. (LU. 81 a 44). — (LL. 79 a 23). 

192. LU. 81 b 4-5. — LL. 79a 27-29. 

193 . LU. 81 b 8. — LL. 79 a 30. 

194. LL. 79a 30-31. 

195 . (LU. 81 b 26-27). — LL. 79 a 34-37. 

197. LU. 81 b 9. — LL. 79 a 39. 

198. LU. 81 b 10-13. — LL. 79a, 40-44. 



& 



Tain bô Cuailnge. 205 

FErais ccht nduâibhsÉch ndobhail guin Fhiachaigh m(i)c Con- 
chobhair 7 nibobawro dho guin Dairi m(i)c Fhedhliwtheo. 

i99 ; 99. Nimaith réloingis Uladh guin am(a)c nach acwradh 
cosdudh Ul(adh) arbdhi cosainsEd arciwdili. 

200 200 . Bothar f(or) rigraidh afad rehUltaibh acht gowérsEd 
bedid echta sgeoilmhara bedid righna dermhalla. 

20 1 201 . Adchiu bharrigham imam niergliEnd dommarbhaigh 
nimhairEnd gaisgEdh ndgartm(a)c Lughdhach conalxchdhacht . 
trerighdha ruaiwmEdh rEnnamds é Dubhthach DséltEnga. M. s. 

202 202 . Andsm rahiwraidliEdh agfiraibh Er(enn) ciabhadh 
choir dô chomlonra 7 docho///rag re-Coinc(u)l(ainn) 7 dddhiw- 
gbhail dibh ardth réhuair namaidni muichi arnabharach. 

203 20 3. Is(edh) adtveadh gach fear dhibh nochomhisi no- 
cho — |f. 3 5 a 1 1 — mhisi nocho mhe thrd asmo dhaighin ni 
dlEghar cimidh dowchenél 7 gianodlighthéa nibhadh mhé dho- 
berdais tarasceanw îc'wndhccbt . 

204. 7 nibhomé rachas dochowlond nadhochomrag ré Coiw- 
cul(ainn) gobruinni bratha 7 bEtha dhdés. 

205 2 °5. Andsin comtecht Meadhbh f(or) Fhergus m(a)c 
Roigh iwthecht docho/nlond 7 dochowrag ré Coi»c(u)l(ainn) 
7 dadingbhail dibh ardth réhuair namaidni muichi arnamhdr- 
ach. 

206 206 . Nirchowadhais arddhsiw rimsa aile bhar Ferghns 
comlonn nâchomrag dhodhewamh dhow remdhalta fén 7 ré- 
dalta Ul(adh) 7 régluwdalta Gwchobhair 7 ingilla asaçhrasbh- 
rûaidh. 

207 2O 7. Andsiw rogabhadh a eocho dliFliergh^ 7 dohinw- 
leadh acharbad 7 taiwig remhi gohdth inchomhmd 7 iwchow- 
raig gohairm imbai Cuch(u)l(ainn). 

208. Mochea» dothecht 7 dothorachtain amofoba aFrmrgais 
f(or) C(u)ch(ulainn). Tairisi liwd wfailti bhar Ferghus. Tairisi 

199. LU. 81 b, 16-17. — LL. 79a, 47-48. 

200. LU. 81 b 18-19. — LL. 79 a, 49-50. 

201. LL. 79 a 5 3-79 b 2. 

202. (Cf. LL. 79 b, 42-44). 

203 . LU. 82 b 2-4. — LL. 79 b, 44-45. 

205. LU. 82b, 5-6. — LL. 79b, 46-47. 

206. LL. 79 b 47-49. 

207. (LU. 82b 7). — LL. 79 b 52-54. 



206 Nettlau. 

duidsiu on aFherghais bharC(u)ch(ulainn) 7 rodfia suaighidh- 
eacht aidhchi sunw awocht. Rodfia buaidh 7 benachtaïn 
adhaltaw bhar Ferghus. nidaighidheacht ort tawagsa acht is do 
cho///lo//d 7 docho///rag rit 

209 20 9. Is foll ïnfeàhm duidsiu tcrbl imchomdhailsea amo- 
phoba aFhergais bhar C(u)ch(ulainn) 7 gawdochloidhe/M i«- 
au/d/iuc. 

210 210 . Is cuwa limsa si// clinna f(or) Fergus ar gia nobhcth 
claid(ebh) ann ni b[D]d[D DDD] duidsiu 7 nihiwérthar [ortsa]. 
ar fir dhoghoili 7 dogaisgidh [arse] Telg troighidh damsa. 

21 1 211 . 7 telgfedsa troighidh ro///udsu iwam nobiad cne — 
| f. 3 5 a s| — dhach c/rchtach croliwtEch trEtholl tu arcath 
mhôr Thàna Bo Cuailghni 7 othechfÊdsa iwsewur ro///udsu 
techiidid fir Er(enn) uili. 

212 212 . Is lEsg li///sa si// bar Cuch(u)l(ainn) .i. techEdh ré- 
nxn fhEr aslûaigliEdh mbôr Th(ana) B(o) C(uailgne). 

213 21 ). Andsi// bholuidh C(u)ch(ulainn) inacharbad uadha. 

2i4 2I 4. datecheadh ro///ud aFherghais bhar M(edb). nâtiad 
dîd natiad did aFherghais a lea/zna/z bhar M(edb). aich on uni 
aile bhar Ferghus gidh bEg techidh tugusa air nithugsabhairsi 
cethri coigiàh Er(enn) aurdail air ar Tai« B6 Cual(gne). 

215. Gurub é Bawchomrag Ferghusa artanaidh connigism 7 
is uimi aderar bânchomrag ris doigh nibhi fuil f(or) taêbhur 
dhe. 

216 216 . Is(edh) doraidhsEdar firEr(enn) nachbhadh chalmu 
Cûch(u)l(ainn) nagach fer ele deraibh Er(enn) acht goni-;- 
darsgartha aarm chlétin ris. cIes i//gnadh a/zaiohnidh ése« da- 
bhi aigisiuw asafairgnEdh cach 

2i7 2T 7. 7 isi cowairli dariwdi Medhbh Rsdhg cuiwti dochur 
dathchuwgidh mchletin chleasa gohairm imbai Cûch(u)l- 
(ainn) 

209. LU. 82 b, 8-10. — LL. 79 b 54-80 a 2. 

210. LU. 82b 11-12. — LL. 80a 7-10. 

211. (Cf. LU. 82 b 9-10). — LL. 80 a, 12-14. 

212. LL. 80a, 10-1 1. 

213. (LU. 82b 14-16). — LL. 80a 14-17. 

214. (LU. 82b 16-18). — LL. 80a 17-23. 

216. LU. 70 b 1-2. — LL. 73 b, 36-39. 

217. LL. 73 b 39-41, 



Tâin l'ô Cuailnge. 207 

218 218 . 7 tainig Readhg remi gohairm imbai Cûch(u)l(ainn) 
diarraidh wchletmchlEsa fair 7 nithard Cûchul(ainn) fochedoir 
dho é 7 doluidh remhi [DDD D]i///da 7 dahailEsdair Cûchu- 
l(ainn) REdhg dha seradh 7 da egnach ina^mais acht mini- 
thughadh i/zcletin chleas do. 

Andsi/z guinnasdair Cuchul(ainn) i/zclEs do achuladhaibh 
gorghabh urraiwd [D Djbeolo thrid | f . 35 b 1 | gowdrochair 
marb gawanmaiw and. 

2i9 2I 9. riseasguing aumha do/zchletin gurub Uma Sruth 
fos ainin iwtrotha. Doigh isuimi adearar umha sruth ris doig 
risEsguing aumha dhowcletiw chleas an//. 

220 220 . Bai léch amra do Chonacbtaibh f(or) indarba asathir 
o Oill(ill) 7 o Mhedhbh FErchu Loi?zgsEch do Loc Ce baseadh 
achomaiwm 7 nidheachaidh Meadhbh toisg laei fonaidhchi 
otaigh féu riam nach biadhson agdodh 7 aglosgudh acoigidh 
dahés. 

221 221 . Adchualaidhsinw aewoglach igfosocbudh chethri noll- 
chuigead nEr(enn) onlûaw resamhai/z gusa/zcedai/z arniwbulg 
7 ag marbhadh fhir arath dibh gach laei. 

222 222 . Cidh as Aieit [D D D D] dhoghenmais aile bhar 
F[erclîu Loingsjeaçh nâtocht dodhihgbhail iwfirud deraib 
Er(enn) 7 doghebhuw sith Oilella 7 MliEdbha tharacEnd. 

223. DErbh lesidhe/z dathaethsad Cuchul(ainn) lais go///adh 
le* few crich oirthir Chonacht. 

224 22 4. Tri fir deg baseadh alin. 

225 22 5. tangadar rompo gohath aladh armuigh Murthem- 
hni 7 orangadar adchonwcadar inainewfhir 7 tugadar aichni air 
gorbhé Cuchul(ainn) e 7 dalaiseadh na tri fher ghadhegair 
anenfeacht 7 anaenuoir. 

22e 226 . | f. 35 b 2 | gotarladar asleagha gambolgainibh isiw- 
sgiath 7 tugsu/z achloidheam asathinwtigh bhodhba dhaind- 



218. 


LU. 70 b 3-7. -7- LL. 73 b 41-46. 


219. 


LU. 70b 8-10. — LL. 73 b, 49-50. 


220. 


(LU. 82 b 20-21). — LL. 80324-28. 


221 . 


LL. 80a, 29-32. 


222 . 


LL. 80a, 33-38. 


224. 


LU. 82b, 21-22. 


225. 


LL. 80 a, 59-41. 


226. 


(Cf. LU. 82 b 21). — (LL. Sob, 41-42). 



2o8 Nettlau. 

shaighidh 7 daghabh asgathadh nanarm dhi ni edtrumughadh 
asgéth fair 7 gumfai friu inadheaghaidh sair 7 siar bhadheas 7 
bhathùaidh 7 faisgis adacEnd dég dhibh 7 ferais co/z/lond fich- 
dha fuiieach 7 fobartach ré Ferchoin fén ahaithli amhui;?tiri 
dhomharbhadh 7 nirfhoghain gofada dFearchoin aimlaidhi uair 
adrochair fadéoidh re Coinculaind gan chundtabairt 

227. gurub airisi/z asbeart Cuc(hu)l(ainn) : 

Fearchu Loingseach nirbéag bed nadhafhear dheg nar- 
thimh adrochradar si/z isdaig lem laimh agath aladh fhi;/d. 

228 228 . 7 dobean acheand dFhearchoin anoir inatha gurub 
Ceann Fearchon 7 Cingid Fearchon idearar risiw inadsiw 

doigh is uimi idearar Cinwid Fherchon ria. Doig dafhàgaibh 
Fearchu 7 adhafhear deg acind 7 acosgo[d] 7 acomaidhiumh 
and 

229. conzài Aididh Fherchon madgonigi si;/. 

230. Comrag Cailitin gona cloind ad neasu su/zd 

231. 7 Comrag Firdiad asnEsu dhôsiden. 
DDDDDOODDCoCo Cjj. 

Max Nettlau. 



228. (LU. 82 b, 22-23). — (LL. 80 a, 43-44). 

1 . It may be of interest to print hère Calatin' and his sons' fight with 
Cuchulainn from Ms. H. 2, 16 (Leabhar Buidhe Lecain) as this part of the 
Tain is lost in L.U. and as it is immediately followed by the Fight of Fer- 
diad of which I hâve already published the Y.B. of Lécan-text in R. Celt., 
X, p. 330 sqq. 

H. 2. 16, col. 609 : Foidis Medb arnabarach .uii. firu fich(et) ara ceand 
ingrellaich Co;/c(ulainn). fuil iarum aai«m inagrellcha friath Firdead desiu. 
.sraitis a .ix. ngai fichet fair fochetoir .i. Gaili dana cona. .uiii. m(a)caib 
hchet 7 m(a)c adeirbsethar .i. Glas m(a)c Delgna. intaniar(u)»/ rigset lama 
uili diaclaidmib Tic Fiacha m(a)c Febe inandedhaid asiwdunad. focheirdd 
bedg asacharp(at) intan atco«dairc allama uill icmd Co»c(ulainn) 7 benaid 
anai rigthi hchit dib. isand asb(ert) C(u)c(hulainn) is cobar in«eîmb em 
andorighnis. Ambesa ol Fiacha istarcotach duiwdi arnUlltaib diari neach 
dib andunad. regmani artr/chait cet fogi« claid(ibh). Tongu 7rl- intan do- 
relced mo anal dawsa or C(u)c(hulainn) nicowricfa fer dibseo»; ambeathaid. 
Gonais C(u)c(hulainn) iarsin an IX. fir fichit dollotar doimbcrt ac(u);;/aing 
fr/siKslog ise agniw insaiw forsintain collotar donchath laCoi^chulaiHd. Ata 
isin cloich imedo» i^datha lath rath tele insceth 7 adomn 7 agluiwe 7 rola- 
tha anai coirthi fichit andsb?. 

Then follows : Comrac Firdiaid 7 C(on)c(huIainn) so. etc. 



L'ESPAGNE CHEZ HOMÈRE 



A l'époque où ont été composées l'Iliade et l'Odyssée, les Grecs n'avaient 
pas encore franchi la mer Ionienne, et la Sicile était pour eux le pays de la 
légende et des rêves. Ils avaient cependant acquis, par l'entremise des mar- 
chands phéniciens, quelques notions exactes sur certaines parties de l'Eu- 
rope occidentale, par exemple sur les Iles-Britanniques. Karl Mùllenhoff l'a 
établi '. Le mémoire suivant de M. Th. Reinach tend à démontrer que par 
la même voie le nom d'une localité d'Espagne et la célébrité des mines d'ar- 
gent de ce pays sont arrivés à la connaissance des Grecs dès la période ho- 
mérique. Quelques-unes de ces mines d'argent devaient un jour tomber en- 
tre les mains des Celtes, déjà maîtres probablement des Iles-Britanniques. 
Nous pensons que les lecteurs de la Revue Celtique liront avec intérêt le tra- 
vail de M. Reinach qui est un complément des savantes études de Karl 
Mùllenhoff. 

H. D'A. DE J. 



I. 

Dans le catalogue des alliés de Priam par lequel se termine 
le second livre de l'Iliade, on lit ces deux vers, entre la men- 
tion des Paphlagoniens et celle des Mysiens : 2 

Aùràp AXtÇwvwv 'Oài'oç xaî 'Eiuarpôçoç "^p'/sv, 
TYjXéôev è; 'AXùêvjç, côsv àpyjpo'j lare ysvéÔXYj. 

L'un de ces chefs des Halizônes, Hodios, reparait au livre V 
pour tomber sous les coups d'Agamemnon 5. De l'autre, il n'est 
plus jamais question. 



i . Deutsche Altertumskunde, t. I, p. 5-7, 212-223. 
• 2. Iliade, II, 856-7. 

3. Iliade, V, 39: xo/ov c AX*.ÇciSvu>v, f Ooîov [a.e'y«v, exÈocXs ofçpou. 



210 Théodore Reinach. 

Ce couplet a déjà donne bien du la tablature aux commen- 
tateurs anciens. Où fallait-il placer ce mystérieux peuple des 
Halizônes et ce pays d'Alybé, « patrie de l'argent », que ne 
mentionnait aucun périple ? Les opinions les plus diverses 
avaient cours à ce sujet, et Strabon, dans un passage qui pa- 
rait emprunté en grande partie à Démétrius de Scepsis 1 , nous 
en a laissé l'énumération intéressante. La plupart des critiques, 
guidés par le contexte, cherchaient ces localités énigmatiques 
dans l'Asie mineure antérieure : les uns dans la Phrygie fiel- 
lespontienne, près d'Apamée Myrleia, de Cyzique, de Zéleia 
ou de Scepsis, d'autres en Eolide, près de Cymé, ou en Ionie, 
près de Magnésie du Méandre. Quelques-uns allaient jusqu'à 
Pallène en Macédoine, ou s'égaraient chez les Scythes et les 
Hyperboréens. D'ailleurs, pour justifier toutes ces identifi- 
cations, souvent inspirées par le patriotisme local, on avait 
recours aux corrections de texte les plus arbitraires: 'ÀXùêvj; 
devenait 'AXoSyjç ou.'AXotctqç, 'AX-iVr/wv se changeait en 'AXXi- 
Çaivtov, 'AXaÇwvcov ou 'A^aÇwvwv, et même l'hémistiche oôsv 
y.z-^zyj kz-\ ysviOXv; en 66' 'AfjiaÇcvtStov yi-io; h~J. ! Il est clair 
qu'en refaisant ainsi les vers d'Homère il devenait assez facile 
de les expliquer 2 . 

Strabon, qui rejette à bon droit toutes ces interprétations 
de fantaisie, en propose une à son tour qui ne vaut guère 
mieux 3. L'Alybé d'Homère serait le pays des Chalybes ou 
Chaldéens, peuplade de pécheurs et de forgerons qui habi- 
tait dans la région montagneuse du Pont oriental. "AXuêeç ou 
XàXu6sç, dit Strabon, c'est à peu près la même chose, et 
l'histoire offre des exemples certains de changements de noms 

i . Strabon, XII, 3, 20-27. 

2. Aux auteurs cités par Strabon — Hécatée de Milet (fr. 202 Mùller), 
Ménécrate d'Elée (fr. 3), Ephore (fr. 87), Callisthène (fr. 29, chez Strabon, 
XIV, 5, 28; il parait avoir placé les Halizônes entre les Paphlagonicns et 
les Leucosyriens ; voir la note de Westermann chez Mùller, Scriptores Ale- 
xandri, p. 21), Paléphate, Démétrius de Scepsis, Apollodore — il faut 
ajouter Hellanicus (chez Etienne de Byzance. v. 'AÀ'Jo/,1, qui faisait d'Alybé 
un lac du Pont (c'est-à-dire de la Russie méridionale). L'article 'AXvSocç 
(X'jxvt] X^exat iv ' l'-npoopio'.;) d'un lexique anonyme (Bekker, Anecdota, 
I, 380) est rapporté par Crusius (Roscher, Lcxicoii, I, 2826, n° 3) à Hécatée 
d'Abdére. 

3. Elle avait été prévue et réfutée d'avance par Démétrius de Scepsis. 



L'Espagne chez Homère. 2 1 1 

encore plus profonds. A la vérité, les Chalybes exploitent des 
mines de fer et non d'argent ; mais qu'est-ce qui empêche de 
croire qu'il y eût des mines d'argent dans ce pays au temps 
d'Homère ? 

Ce raisonnement, tant soit peu puéril, n'a pas convaincu 
l'historien Arrien. Si Strabon, en sa qualité de natif d'Amasie, 
avait voulu placer les Halizônes dans le Pont, Arrien, natif de 
Nicomédie, les transporte en Bithynie : les Halizônes, c'est-à- 
dire les hommes entourés par la mer, ce nom ne convient-il 
pas à merveille aux habitants de la presqu'île baignée de trois 
côtés par le Pont-Euxin, le Bosphore et le golfe de Nico- 
médie ? r 

L'opinion d'Arrien a eu moins de succès auprès de la pos- 
térité que celle de Strabon. Chose piquante, le Bithynien a, 
sans le vouloir, fourni lui-même des armes aux partisans du 
Cappadocien: Arrien, dans son Périple de la Mer Noire 2 , men- 
tionne, en effet, une localité du nom d'Argyria, située non 
loin de Tripolis ; de ce nom on a conclu à l'existence d'une 
ancienne mine d'argent dans ces parages, et le voyageur Ha- 
milton assure en avoir retrouvé des traces?. Mais, outre qu'il 
est bien extraordinaire que Strabon, à l'affût d'arguments en 
faveur de sa thèse, n'ait pas allégué celui-là, cette mine parait 
avoir toujours été beaucoup trop insignifiante pour mériter au 
temps d'Homère la réputation légendaire qu'atteste le vers de 
Y Iliade. En outre, l'Argyria d'Arrien et d'Hamilton est située 
non chez les Chalybes, mais chez les Tibarènes. Troisiè- 
mement, l'assonance très approximative 'A/.Jcr, — XilAi:. a 
d'autant moins de valeur qu'Alybé est pour Homère un nom 
de localité et non pas de peuple : « les Àlybes » sont une in- 
vention de Strabon. Enfin, comme l'a très bien vu Arrien, le 
nom '.Y/J.'lbr/i:. par son étymologie transparente — SXç, 



i . Arrien, fr. 43 Mùllèr (Eustathe sur IL, II, 857. 

2. § 24 (Geog. min. Didot, I, 391). 

3. Hamikon, Researches in Asia Minor, I, 239. Le témoignage d'Ha- 
milton a entraîné l'adhésion de la plupart des auteurs modernes à la théorie 
de Strabon: ainsi Ed. Meyer (Geschichte Pontos, p. 12), Schrader (Sprach- 
vergleichung und Ut -geschichte, p. 264-3), et moi-même (Mitliridate Eupator, 
p. 231, note 3). Dies diem dot 1. 



2 i 2 Théodore Rein a eh. 

Çwvvuji.1 — indique clairement que les Halizônes d'Homère 
sont un peuple non seulement maritime, mais insulaire ou 
péninsulaire, condition à laquelle ne satisfont ni les Chalybes, 
ni aucune autre tribu de cette région. 

La théorie de Strabon doit donc être écartée, comme toutes 
les précédentes; celle d'Arrien, dictée par des motifs d'amour- 
propre national analogues, ne mérite pas plus de considé- 
ration : il fout chercher autre chose et plus loin — ttjXôôsv — 
sans torturer le texte, sans imaginer des changements phoné- 
tiques invraisemblables. 

IL 

Dans la Description de la Terre de Denys le Périégète 
— poème du commencement de l'époque romaine, mais puisé, 
comme tant d'autres ouvrages de ce genre, à des sources 
beaucoup plus anciennes — on lit ce qui suit, à propos de 
l'Espagne : * 

àv ce y. àxpïj 
GX-qhib)') 'Aaûsy; v.v.xw. \x'.y vfjq o j~£vspG£v 
Txp-Qzb; '/xpiescy., p-/;çîvstov tcsgcv avâpwv. 

« Dans ce pays (celui des Ibères) est un promontoire nommé 
Alybé, l'une des colonnes d'Hercule. Au-dessus de ce promon- 
toire est la riante Tartessos, terre d'hommes opulents à l'excès. » 
L'excellente leçon 'AXu6yj, que des éditeurs trop pressés ont 
voulu corriger, est confirmée notamment par un fragment de 
l'historien et mythographe érudit Charax de Pergame : « La 
colonne sur la côte d'Europe, dit Charax, est appelée Calpé 
par les barbares et 'A)o6y; par les Grecs ; celle de Libye est ap- 
pelée la colonne de la chasse {v:jrç;r t -v/:r^) par les Grecs, et 
"Aêivva par les barbares. » - Suidas écrit à son tour: 'AXJ6V)- 
v>z\i.y. z-.rJ.r,: \ 



i. Denys Périég. v. 335-7 (Gtv^r. min., Didot, II, 122-3). 

2. Charax, fr. 16 Mùller (F. H. G. III, 640) =1 Scol. sur Denys v. 64 
(Geog. min. II, 434). 

3. Même leçon chez Tzetzès (CM. II, 339, cité par Miiller sur Denys), 
et Eustathe sur Denys v. 64 (Geogr. min. II, 228). 



L'Espagne chez Homère . 2 i $ 

D'après cela, il est hors de doute que la colonne d'Hercule 
située en Europe s'appelait chez les Grecs 'AX-JêY], et comme ce 
nom géographique ne se rencontre, à ma connaissance, nulle 
part ailleurs, il est naturel d'identifier, jusqu'à nouvel ordre, 
î'Alybé de Ylliade avec la seule Alybé réelle, la seule Alybé 
connue, le promontoire situé sur la côte européenne du dé- 
troit de Gibraltar 1 . Cette identification, imposée parle nom, est 
confirmée de la manière la plus éclatante par la mention, qui 
suit dans le texte d'Homère, de- mines d'argent. Nous voyons, 
en effet, chez Denys, qu'immédiatement au-dessus d'Alybé 
commençait le pays de Tartessos, c'est-à-dire l'antique royaume 
espagnol baigné par le Guadalquivir, dont les mines d'argent 
attirèrent de très bonne heure les navigateurs phéniciens 2 . 
Pour l'antiquité tout entière, l'Espagne en général, et Tar- 
tessos en particulier, est le pays argentifère par excellence : 
aucune autre contrée ne pouvait mériter du poète le nom de 
patrie de l'argent, âpyupou vev^O)^. D'ailleurs la réputation de 
ces mines espagnoles pénétra très vite chez les Grecs : déjà 
Stésichore, poète du VI e siècle, parle des « sources inépui- 
sables, à racine d'argent, du fleuve Tartessos », c'est-à-dire 
du Guadalquivir 3. Le rédacteur du Catalogue, qui vivait pro- 
bablement un siècle auparavant, est moins bien informé : il ne 
connaît pas encore le nom Tartessos 4, mais il a entendu 
parler, par les marchands phéniciens et leurs clients, du pays 
lointain (-njXcôev) d'où vient le brillant métal, que les Grecs 



1 . Conjecture déjà émise, mais non appuyée ni démontrée, par Movers, 
Phôni-ic?-, III, 1, 37, note 47. Movers ne connaît pas le texte de Denys 
le Périégète, mais seulement celui de Charax (qu'il attribue à tort à Arrien) 
fr. 16. « Da dieselben Fabelsagen der alten Griechen bald am Pontus oder 
ira fernen Osten, bald in Tartessus oder an den atlantischen Kûsten spielen 
so ist es wohl gedenkbar, dass der fabelhafte Silberort der àltesten oriechi- 
schen Sage aus dem Westen in den Osten verlegt worden ist. » 

2. Diodore, V, 35 (texte capital): Strabon, III, 2, 14. La navigation 
remontait jusqu'au delà de Cordoue (III, 2, 3), qui est en pleine région 
minière. 

3. Stésichore (fr. 5) chez Strabon, III, 2, 11 : TapTT]<iaou -oTa;j.où naoa 
-ayà; ânetpovaç ^p o::^;. 

4. Strabon, qui savait que les Phéniciens ont occupé l'Espagne avant 
Homère (III, 2, 14), veut retrouver le Tartessos dans le Tartare du poète 
(ib., 12). 

Revue Celtique, XV. 1 3 



214 Théodore Reinach. 

ne savaient pas encore extraire des riches minerais de leur 
propre pays. 

Le seul terme géographique de cette région qui lui soit 
connu est le nom, peut-être sémitique, du redoutable pro- 
montoire, 'AXôêrj, qui défend l'entrée de la mer extérieure; il 
en fait le nom du pays tout entier. Quant au peuple, il n'a 
pas d'autre nom qu'une épithète de situation : ce sont des 
hommes entourés par la mer, ceints par les flots : 'AXt'Çwvcç, 
épithète qui convient merveilleusement à l'Espagne, mais qui, 
dans la pensée du poète, désignait sans doute une île plutôt 
qu'une péninsule. Quant aux noms purement grecs des chefs 
des Halizônes, Hodios et Epistrophos, ils s'expliquent par de 
simples jeux de mots : Hodios, de csiç, est celui qui fait une 
longue route, Epistrophos, de liUffTpeçw, celui qui revient. Ce 
dernier nom a été forgé par un motif transparent : Hodios, 
étant tué dans Y Iliade, n'avait pas pu ramener son corps de 
troupes à Alybé : il fallait donc lui adjoindre un collègue chargé 
de faire la route de retour. 

Resterait à expliquer la présence, au premier abord singu- 
lière, de ce peuple lointain parmi les alliés de Priam. On est 
habitué, en effet, à chercher ces alliés dans une zone beau- 
coup plus restreinte autour de la Troade, et les commentateurs 
anciens posaient même en principe qu'aucun d'eux ne venait 
d'au delà du fleuve Halys. Mais cette conception rationaliste, 
qui a présidé déjà à la dernière rédaction du Catalogue, n'est 
pas celle des plus anciens aèdes. Pour eux la guerre des Achéens 
contre Troie est une lutte gigantesque qui englobe le monde 
tout entier; c'est le grand duel de toutes les nations helléniques 
contre tous les peuples barbares : car la notion de cet antago- 
nisme séculaire est presque aussi claire chez Homère que chez 
Hérodote, quoique les noms précis manquent pour l'exprimer. 

Dès lors, tous les peuples barbares, voisins ou lointains, bien 
connus ou à demi fabuleux, devaient figurer parmi les alliés 
de Priam, et de fait nous y voyons, soit chez Homère, soit 
chez les cycliques, les Ethiopiens et les Lyciens, peuples va- 
gues et à moitié imaginaires, dont les noms purement grecs — 
ils signifient le « peuple de la lumière » et « du soleil brû- 
lant » — ont été localisés beaucoup plus tard dans les contrées 



L'Espagne chez Homère. 2 1 5 

historiques qu'on s'est habitué a appeler Ethiopie et Lycie 1 . 
Les Halizônes et le pays d'Alybé ne sont pas déplacés en pa- 
reille compagnie; ils forment le pendant exact des Lyciens — 
c'est le peuple du soleil couchant opposé à celui du soleil le- 
vant, — et, en fait, les deux vers qui les mentionnent corres- 
pondent presque mot pour mot au couplet que le Catalogue 
consacre aux Lyciens : 

Eapicyjêow z' f t zyv> Au"/i(»).v v.y': FXaïï>toç XJ.yj.or/ 
TTjXoôsv ïv. \jv.\y.:. SavGou y.r.z Z':ri t vr.z: 2 . 

Le dernier rédacteur du Catalogue, qui vivait probablement 
au vm e siècle, sinon au vn e , était déjà fort loin de cette géo- 
graphie à demi mythologique. Son horizon plus resserré, mais 
plus précis, ne dépasse pas les limites de la mer Egée, et c'est 
pourquoi il s'est efforcé de faire rentrer les Halizônes dans ce 
cercle étroit, en les colloquant au hasard entre les Paphlago- 
niens et les Mysiens. Les anciens, dont la critique était dans 
l'enfance, n'ont pas su s'affranchir de la tyrannie du texte, ou 
plutôt du contexte consacré. Mieux informée, la science mo- 
derne doit prendre et interpréter le témoignage d'Homère en 
lui-même. Ainsi compris, il nous fournit la plus ancienne 
mention de l'Espagne dans la littérature européenne. 

Théodore Reinach. 



1. Cf. Dieterich, Nekyia, p. 25. (Dieterich aurait pu ajouter que Xanlhos, 
nom du fleuve des Lyciens, n'est aussi à l'origine qu'une des nombreuses 
appellations de l'Océan, fleuve du soleil). Le mot Phénicie a, d'ailleurs, une 
histoire toute semblable. 

2. Iliade, II, 876-7. 



LE CELTIQUE BROGA EN ROMAN 



On connaît cette précieuse remarque d'un ancien scholiaste 
de Juvénal : « Ideo dicti Allobrogœ quoniam brogœ Galli agrum 
dicunt, alla autem aliud 1 . » Le passage a depuis longtemps 
attiré l'attention des celtisants, et je n'ai pas qualité pour in- 
tervenir dans le commentaire qu'on en peut foire au point de 
vue purement celtique. Je me placerai donc d'emblée sur le 
terrain de la philologie romane, pour présenter quelques re- 
marques à ce sujet. Dans la phrase du scholiaste, on peut 
s'étonner que brogœ soit donné comme correspondant au latin 
agrum : cette forme me paraît une étourderie de scribe due au 
voisinage de Allobrogœ, et je lirais : « brogam Galli agrum 
dicunt. » Cette légère correction ne repose pas sur une vue 
a priori : nous pouvons affirmer en effet qu'il a existé dans 
le latin vulgaire de la Gaule un substantif féminin de la pre- 
mière déclinaison, brôga, dont l'origine celtique est maintenant 
assurée grâce au scholiaste de Juvénal 2 . 

Le latin vulgaire brôga est devenu régulièrement en ancien 
provençal broa >. Raynouard cite un exemple unique de ce mot 
(II, 261); mais il s'est absolument mépris sur le sens en le 



1 . Je cite d'après Holder, Ali-ccltischer Sprachschai^, v° AUobroges, 
col. 97. 

2 Le GJossarium de Du Cange donne broga. d'après le scholiaste de 
Juvénal. M. Kcerting, dans son Latetnisch-rotnanisches Wœrterbuch, ne donne 
pas broga, mais il enregistre le celtique brog-, brogi- comme souche des 
nombreux mots romans de la même famille que le français breuil. 

3 . La chute du g latin après ou u est la règle en provençal, aussi bien 
après qu'avant l'accent tonique : cf. rua, ride, de ruga ; coroada, corvée, de 
* conogata ; ron-os, rogations, de rogaliones ; nualha, paresse, de * nugalia. 



Le celtique broga en roman. 217 

rapprochant du bas-latin braga et en le traduisant par broie, 
terme de pêche 1 . Voici cet exemple, emprunté à une charte 
de 1294 : « Sobre la broa del Tarn que es sobre los molins. » 
Le mot s'est conservé dans presque tout le midi de la France 
sous les formes bro, brovo, brouo, brouvo, broue, ou, avec un a 
ou prosthétique, qui n'est que la voyelle de l'article féminin, 
obro, obrouo, en Rouergue et en Bas-Limousin, abroue, à Mar- 
seille. Le Trésor douFelibrige de Mistral le définit ainsi : « Bord, 
rive, orée, lisière d'un champ garnie de broussailles, talus in- 
culte qui sépare deux champs sur le penchant d'une mon- 
tagne ; haie de broussailles, haie, en Dauphiné ». Parmi les 
exemples qu'il cite on peut relever : « a la bro d'un rien, a la 
bro de l'aigo, au bord d'un ruisseau, au bord de l'eau ». Ces 
exemples ne laissent aucun doute sur le sens de l'expression 
la broa del Tarn, si mal interprétée par Raynouard. 

Mistral rapproche du provençal moderne bro un mot catalan 
brua que l'on ne trouve pas dans le dictionnaire catalan-espa- 
gnol de Labernia et dont l'existence est douteuse ; il en rap- 
proche aussi, mais à tort, le bas-latin bro%a (primitif du fran- 
çais broussaillé), et l'italien proda, qui est le lat. vulgaire *proda 
pour prora, proue, où le sens de « bord » s'est développé 
d'après l'expression classique terra advertere proram, aborder. 

Entre le broga du scholiaste de Ju vénal et le broa de 1294 
cité par Raynouard, les textes bas-latins ou provençaux doi- 
vent offrir maint exemple de la forme broa 2 . Il y en a plu- 
sieurs dans Du Cange? ; je me borne à relever le plus ancien : 
il vient du Limousin et se trouve dans une charte de 1 165, où 
on lit: « Mansum de Albar cum broa et foreste ». Car- 



1 . L'erreur de Raynouard n'a été relevée ni par M. H. Sternbeck, dans 
son mémoire intitulé : Unrichtige Wortaufstdlungen und Wortdeutungen in 
Raynouard' s Lexique Roman (Berlin, 1887), nx P ar M E. Levy dans son 
Proven^alisches Supplemeni-Wœrterbuch (Leipzig, 1892) en cours de publi- 
cation. 

2. Cette forme figure à trois reprises dans des chartes du xn c siècle, 
sans date d'année, du cartulaire de Conques, n os 528, 530 et ^34 de l'éd. 
Desjardins. On la trouve aussi dans une charte non datée du cartulaire de 
Beaulieu, du x e ou du xi c siècle, n° 187 de l'édit. Delochc. 

3. Quelques-uns me paraissent suspects, comme celui qui est cité sous 
broa 3 et celui qui est cité sous brua. 



2 1 8 -4. Thomas. 

pentier estime que dans ce texte broa est synonyme de bro- 
lium : cela est vraisemblable, puisque broga contient le même 
radical que brogilum. 

Il serait intéressant de déterminer l'aire géographique de 
broga en France et en particulier de savoir jusqu'où son do- 
maine s'étend vers le nord. Comme mot de la langue com- 
mune, il ne franchit pas la limite septentrionale de la langue 
d'oc; c'est à peine même s'il l'atteint. 

Dans la Corrèze J on emploie encore obro « le bord de 
quelque chose» et son dérivé broual, variante brial « petite 
éminence, bord d'une terre, d'un champ qui est élevé, qui do- 
mine sur un autre ». De même dans la partie du département 
de la Creuse qui confine à la Corrèze : à Gentioux, par exem- 
ple, bro (avec un o très ouvert), subst. fém., signifie « haie 
vive », et bran, masc. « tertre surplombant le lit d'un ruis- 
seau ». Je ne sais si bro est encore vivant dans la région 
centrale et septentrionale du département, mais cela me paraît 
peu probable 2 . Du moins les noms de lieux sont-ils là pour 
attester que broga a été usité autrefois dans cette région. Il 
y a dans la commune de Vallière un hameau appelé officiel- 
ement Labrot, que je trouve dans une charte de 1395, dont 
je possède l'original, sous la forme La Broha ; dans la com- 
mune de Mainsat, autre village de Labrot ; plus au nord encore, 
dans la commune de Pionnat, le village de Labrouas trahit 
mieux encore l'ancienne forme, au pluriel, Las Broas. 

Dans la Vienne, l'excellent Dictionnaire topographique de 
Rédet nous montre encore le mot broga, mais seulement dans 



1 . Dict. ihi patois du Bas-Limousin, ouvrage posthume de M. Béronie. 

2. Voici à ce sujet quelques renseignements qui proviennent soit d'une 
information personnelle, soit d'obligeantes communications de MM. Ger- 
mouty, maître 'adjoint à l'Ecole primaire supérieure de La Souterraine, et 
Gasne, étudiant à la Faculté des Lettres de Paris. A Saint- Yrieix-la-Mon- 
tagne, le mot bro est tombé en désuétude et remplacé au sens de « haie 
vive » par le mot gorse ; cependant on l'emploie encore dans quelques vil- 
lages éloignés du chef-lieu de la commune, notamment au Cloux-Vallereix. 
Il est encore usité à Mainsat et à La Serre-Bussière-Vieille. A Saint-Ora- 
doux-de-Chirouse, qui confine à la Corrèze. on prononce brouo, et le mot 
désigne la lisière d'un champ et non la haie. En revanche, bro est absolu- 
ment inconnu à Bénévent, à Fursac, à la Celle-Dunoise et à Saint-Sébastien, 
c'est-à-dire dans la partie ouest et nord-ouest du département. 



Le celtique broga en roman. 219 

la partie méridionale du département, celle qui confine à la 
Charente. Quatre hameaux en tirent leur nom : La Broue, com- 
mune de Charroux ; La Broue, commune du Vigean ; Les 
Broues, commune de Saint-Gaudent ; Les Brouées, autrefois 
Les Broues, commune de Voulême. Il n'y a donc aucune té- 
mérité à voir un dérivé du même mot dans le nom du célèbre 
port du B rouage, en Saintonge (Charente-Inférieure), d'autant 
plus que dans le voisinage, commune de Saint-Sornin, se 
trouve le hameau de Broue, appelé Broa au xi e siècle. 

Il n'est peut-être pas inutile de dire en terminant que le 
latin vulgaire brûca, conservé dans sa forme primitive par beau- 
coup de patois du midi de la France, et, sous une forme dé- 
rivée, dans le mot français bruyère, est tout-à-fait distinct de 
broga, encore que l'on puisse admettre une variante * brûca, 
à côté de brûca, et qu'il y ait bien des vraisemblances en 
faveur de l'origine celtique de bruca. 

A. Thomas. 



MÉLANGES 



i. 

A PROPOS DE GUOHI ET UCHER. 

Dans le dernier fascicule de la Revue Celtique (XV, jan- 
vier 1894, pp. 143, 144), M. D'Arbois de Jubainville cite un 
article de Zimmer établissant que -se- celtique s'est changé en 
-es-, puis, comme ce dernier groupe, en eh en brittonique; un 
autre de M. Duvau montrant^- indo-européen devenant -ks- 
en celtique. Cette question a été justement traitée par moi, à 
propos du mot guohi sur lequel repose la théorie de Zimmer, 
dans mon vocabulaire vieux-breton. Je transcris: « guohi = 
« *vox-i, vocab. comique guhienn « vespa ». Ce mot est spé- 
« cialement apparenté au lith. vapsh, à l'anc. haut-ail. wafsa, 
« slav. xosa (j'aurais dû ajouter — *vopsa). Guohi suppose un 
« thème *vox-. Vx donne une aspirée en breton: cf. uhel 
« « élevé » = uxello. Le p est devenu c et il y a eu métathèse 
« comme dans les langues du nord. De même pour ucher , 
« vespera ». 

J'ai repris la question de -se- intervocalique dans mes Mots 
latins en brittonique, p. 23. J'y établis que, au moment du 
fort des emprunts latins, le groupe celtique -es- avait évolué 
déjà sur la voie qui le menait à eh en passant vraisembla- 
blement par -ce-. En note, j'ajoute : « se celtique dans l'inté- 
« rieur du mot représente de, tk, tq (hesc et hesp, en armori- 
« cairi, stérile, =*sitqo-s) ; c -\- se (mesca, armor. mysgu, gal- 
« lois, mêler. Représente-t-i] réellement se indo-européen ? Il 
« est d'abord étrange de ne trouver le suffixe sco- que dans le 



Mélanges. 221 

« groupe consonne + se (mesca), lorsqu'il existe en gaulois 
« en toute situation. De plus, l'évolution de se en ce et en ch 
« paraît certaine pour certains mots : gall. beich, arm. bec'h, 
« fardeau = *bhascio- (Thurneysen, dans ses Keltoroman., 
« fait également venir baich de * bhasci-) 1 ; cf. fascis et grec 
« oir/.uhz; ; ucher, soir = *ouscero-, cf. slavon veceru. Il est 
« probable que se lui-même avait évolué en ce, quelle qu'ait 
« été la marche du phénomène . C'est peut-être se qui s'est dérobé 
« jusqu'ici dans les fréquentatifs gallois comme chivennychu, 
« désirer, et dans certains noms d'agent. Là où se moderne 
« parait primitif, il est probable .qu'il était précédé d'une 
« consonne (Josci, brûler, par exemple, est probablement pour 
« loc-sc-i de lue, lumière) ». 

Je ne fais de réserve que sur le processus qui a amené -sc- 
intervocalique à -ch- néo-brittonique. Zimmer veut que -se- ait 
évolué anciennement en -es. C'est très possible. Mon travail 
sur guohi, ma dissertation sur es et se lui ont sans doute 
.échappé, car dans son article il me cite seulement à propos 
de l'infection exercée en vieux-gallois et breton par i conservé 
sur la voyelle de la syllabe précédente. Je n'en tirerai qu'une 
conclusion, c'est que Zimmer est souvent distrait quand il me 
lit. 

J. LOTH. 
II. 

DOLMEN, LEACH-DERCH, PEULVAN, MENHIR, 
CROMLECH. 

Dans l'article de notre savant collaborateur, M. Salomon 
Reinach, sur la Terminologie des monuments mégalithiques, il 
s'est glissé quelques erreurs graves, imputables non à l'auteur, 
mais aux autorités qu'il a suivies (Revue archéologique, XXI, 
1893, p. 34 et suiv.). 

Dolmen. — M. Reinach, après avoir cité Latour-d'Au- 



1. M. Whitley Stokes, dans ses MiddJe-bret. bonis, p. 67, fait également 
venir c'h breton de es et même pour bec'h de se. 



222 Mélanges. 

vergne qui, dans ses Origines gauloises -(1796, p. 24), appelle 
dolmin une table « soutenue par trois énormes quartiers de ro- 
cher » à Locmariaker ; et Legrand d'Aussi qui écrivit dolminc, 
ajoute (page 36-37) : « je ne connais pas d'exemples plus an- 
ciens du mot dolmen, qui est plutôt gallois que bas-breton. » Le 
mot ne peut pas être gallois. Le gallois ne connaît pas la 
forme dol. Il a emprunté à tabula le mot ta fol, balance, à ta- 
bella, tafell , tartine de pain, pièce mince de bois, de cuir. De 
tab'la est venu le mot gallois du sud tafal, avec a irrationnelle, 
balance ; le dérivé tafl-en, tablette, tableau, vraisemblablement 
tafl-u, et tawlu, lancer, tawl-bwrdd, jeu d'échecs, breton-armo- 
ricain taoli, lancer. Si on avait en gallois un terme équivalent 
à dolmen, on aurait tafl-faen ou taiul-faen (f == v français) et, 
avec l'article y dafl-faen ou y dawl-faen. Le mot dolmen est 
breton et devrait s'écrire, en léonard taol-vean et ailleurs tol- 
ven, avec l'article an daolvean, taol étant féminin. Latour- 
d'Auvergne écrit la forme en construction syntactique, sans 
penser à la forme indépendante. Aujourd'hui, également, 
demandez à beaucoup de Bretons la traduction de table, ils vous 
diront daol ou dol. La forme min pour mean ou men, est haute- 
cornouaillaise. Il m'a été donné une seule fois dans ma vie 
d'entendre appliquer par un paysan, au genre de monuments 
mégalithiques connus sous le terme de dolmen, le terme adopté 
par les archéologues (Annales de Bretagne, tome IV, juillet 1889, 
page 634). Visitant un dolmen très curieux du village de Ker- 
goet, en Langoelan, canton de Guémené-sur-Scorff (Mor- 
bihan), je demandai au paysan qui m'accompagnait sous quel 
nom il était connu: « On l'appelle en dolvein », me répondit- 
il. Mein est la forme bas-vannetaise de mean. 

Leac'h-derc'h. — (P. 39). « Le mot ladère, aujourd'hui 
inusité, désignait, au commencement de ce siècle, une table 
de dolmen (de lac h, pierre, et derc'h, debout), note 11. Fré- 
minville interprète leach-derch par « pierre plate sacrée ». Fré- 
min ville a raison de traduire leac'h par pierre plate ; c'est bien 
son sens en gallois et c'était bien là aussi, au témoignage de 
Dom Le Pelletier, ce qu'on entendait en Léon par lec'h, où 
lec'b désignait de grandes pierres plates un peu élevées de terre, 
sous lesquelles on peut être à couvert. Quant à derc'h, il a le 



Mélanges. 223 

sens de qui est en évidence, remarquable, beau, vieux-breton er- 
derb, glosant cuideniis (Gloses d'Orléans). 

Peulvan. — M. Reinach décompose le mot en peul, poteau, 
et maen, pierre (p. 41). M. Reinach cite Le Gonidec qui n'en 
peutmais. Voici ce que je lis à peulvan : « pierre longue, élevée 
perpendiculairnment en guise de pilier ou de pieu. Colonne 
brute que Ton croit un objet du culte des druides. Ce mot est 
composé de peul, pieu, pilier, et de indu, apparence, figure, 
personnage. » L'interprétation' de Le Gonidec est exacte ; le 
sens qu'il donne à -van seul est faux. Peul ; gallois pawl = 
palus (J. Loth, Mots latins en britt.), et d'un suffixe -man, en 
construction -van, anciennement substantif : cf. goél-van, la- 
mentations. Le terme de Quiberon, paliueu que j'ai entendu 
pour désigner un peulvan, pourrait bien, en revanche, être 
arrivé, par étymologie populaire, à contenir le mot men, 
pierre. 

Menhir. • — Menhir est bien formé de men, maen, pierre, et 
de hir, long. C'est un composé ancien. Il apparaît comme nom 
de lieu, villa- Maenhir, en 1270; en 1252, villa Menhir (An- 
nales de Bretagne, VIII, juillet 1893, page 732). 

Cromlec'h. — M. Reinach (p. 35) ne connaît pas d'exem- 
ple plus ancien de cromlech que celui de la première traduction 
de la Bible en gallois (1588) où se rencontre l'expression 
cromlechydd y creigiau, trous,' creux des rochers (Isaïe, 7, 19 ; 
57, 5). Etymologiquement, le mot est composé de croiu, 
courbe, arqué, formant creux, convexe (cf. O. Pughe, Welsh- 
engl Dict.. et Silvan Evans, Engl-welsh Dict. au mot convex), 
et de llech, pierre plate. Le mot llech est féminin, et crom, en 
gallois, s'accorde en genre avec ce mot, la forme masculine 
étant cnuni. Le mot cromlech apparaît comme second terme 
d'un nom de lieu comique, dans une charte attribuée à 
iEdelstan et datée de l'an 943 : Rescel-cromlegb. Rescel est pro- 
bablement une mauvaise lecture (Kemble, Codex diplom. aevi 
saxon., V, p. 278). Voir Annales de Bretagne, VIII, juillet 1893, 
p. 731. 

J. LOTH. 



224 Mélanges, 



III. 



WALATR, VALFA'sIR. 

Il est reconnu que le suffixe -ter- et ses équivalents phoné- 
tiques n'est pas demeuré productif dans les langues celtiques 
et est resté figé dans quelques termes de parenté (Brugmann, 
Grundriss, II, p. 364). Les noms gallois en -awdr- viennent 
de formes latines en -âtor, les noms en -adur de mots en -atô- 
rem ou -atûra, comme creaivdr = creator, pechadur, pécheur, 
=■ peccatôrem, creadur, breton crouadur = creatûra. Il est donc 
invraisemblable que le mot gallois gwàladr, chef, régulateur, 
ordonnateur, dont le sens et la forme sont assurés par diffé- 
rents passages de la littérature galloise moderne et de celle du 
moyen âge, contienne le suffixe -tr- des noms d'agent. Ce 
terme n'existe plus en breton, comme nom commun, mais 
on le retrouve comme second terme dans d'anciens noms 
propres (les formes walart et walatr alternent) : 

Cat-uualart Reit(h)-uualavt 

Hael-uualart Res-uua/art 

Hin-uualart Rit-uualart 

Hoel-uualart Roen-uualari 

Iarn-uualart Tut-uualart 

(ix e siècle). 

Ecclesia sancti Ri-uallayi (1262), aujourd'hui Tre-Liva- 
laire (== Tre-Rivalaer), près Quimperlé. 

Un saint du nom de Bran-ivalatr , mentionné dans un do- 
cument anglo-saxon du XI e siècle {Revue Celtique, XI, p. 491), 
a donné son nom à Saint-Brolade, dans l'ancien évèché de Dol, 
à Sainte-Brolade, en Jersey, à Loc-Brevalaire, au xvi e siècle, 
Loc-Brevtila^re (e muet), dans l'ancien évêché de Léon) l . 

Le nom de Catwaladr est un des plus connus de la littéra- 
ture galloise. Wal existe dans de nombreux composés comme 



1. J. Loth, Chrestomathie, p. 171, 207. 



Mélanges. 225 

Tut-wal, Ri-zval, etc., dans des dérivés comme ivaloe dans 
Ri-uualoe, Win-ivaloe, Hoel-aualoe. Si walatr ne peut guère 
être expliqué par la dérivation, peut-il l'être par la compo- 
sition ? Une épithète fréquemment appliquée au dieu Scandi- 
nave OSinn, celle de Val-fa'&ir, Val-jô'Sr (Vigfusson et Powell, 
Corpus poeticum boréale, I, 197, 574, II, pp. 623, 426) me 
semble appeler la comparaison avec walatr. Val-ja'&ir remonte 
à un vieux-germanique *valu-fa£èr ; walatr remonterait à un 
vieux-celtique *valiï-(p)atir. Quel est le sens de valu-? Suivant 
Schade, Altdeutsches Wôrterbuch, 2 e éd., p. 1082, col. 1, 
walu- désignerait les cadavres des guerriers tombés sur le 
champ de bataille ; val, anglo-saxon, a le même sens, et dé- 
signe de plus un seul tué ; le vieux-norrois, valr, de même. 
Valfa'Sir, appliqué à O&inn, voudrait dire qu'il est le père 
adoptit, en quelque sorte, des héros tués, ses enfants adoptifs 
(Osca-synir) ; il est leur protecteur et leur père nourricier dans 
son palais céleste où il les introduit. Schade, comme Kluge 
(Etymolog. Wôrterb. au mot Wahlstatt), sont d'accord pour re- 
pousser tout rapprochement avec le gothique valjaii, choisir, 
allem. wàhlen. Pour eux, le sens primitif de la racine wal est 
ruine (Schade : lieu de ruine où tout est sens dessus dessous, 
où la désolation et la destruction régnent) : v. h. ail. zuuol, 
niedergang ; anglosax. wôl, peste, épidémie (Kluge, à wahl- 
statt). 

Pour plus de lumières, j'ai eu recours à l'amitié et à la 
science de M. Ferdinand de Saussure. Il m'écrit que s'il s'agit 
de savoir exactement la valeur attribuée dans le milieu skal- 
dique à valja%ir, il se récuse, mais que dans sa valeur sim- 
plement étymologique et germanique, le mot ne présente pas 
d'obscurité. * Walu- est à séparer de waljan et signifie : la col- 
lectivité de ceux qui ont succombé sur le champ de bataille. » 
L'équivoque, avec l'idée de choisir, viendrait : i° de ce que le 
sens de *walu- fait penser à une élection, à un choix: c'est 
Yélection funèbre, l'élection de la mort dans une bataille. Une 
autre raison de cette équivoque, ce serait que les lexicogra- 
phes allemands jouent sur les mots, ou du moins qu'il y a 
impossibilité de savoir ce qu'ils entendent avec wahl- : il y a, 
en effet, un premier wahl signifiant l'élection, le vote, et un 



226 Mélanges. 

deuxième mot purement savant, wahl, par lequel on rend pré- 
cisément le germanique *waîu, l'hécatombe du combat, par 
exemple dans wahlhalle = walu-halla, la salle de ceux qui 
sont morts à l'ennemi. M. de Saussure se demande si, lors- 
qu'on traduit valfa'Sir par zvahlvater, on veut dire le père de 
l'hécatombe ou le père par option, et conclut qu'il n'y a aucun 
moyen de le savoir, quoique les deux choses n'aient pas du 
tout de rapport certain. Pour lui, le premier sens seul est 
fondé. 

Si, comme je le suppose, walatr est identique à valfa'Sir, il 
s'ensuivrait que chez les Germains comme chez les Celtes, il 
a existé un personnage mythologique, un dieu, père des guer- 
riers morts. Ceci ne saurait nous surprendre. Nous n'avons 
qu'à nous reporter au célèbre passage de César (De bello GalL, 
VI, c. 18) : Galli se omnes ah Dite pâtre prognatos praedicant, 
idque ab Druidibus proditum dicunt. Ob quam causam, spatia 
omnis temporisnon numéro dierum, sed noctiumfiniunt; dies 
natales et mensium et annorum initia sic observant, ut noc- 
tem dies subsequatur. » Comment de ce sens primitif est-on 
arrivé, chez les Germains, au sens de père adoptif, chez les 
Bretons à celui d'ordonnateur, régulateur ? Pour les Germains, 
c'est peut-être par une confusion, provenant de synonymie, de 
zvalu- avec la racine de valjan, peut-être aussi par une évo- 
lution dans les attributions et le caractère d'Ofrinn devenant 
un dieu protecteur et soutien de la partie la plus noble de la 
race, celle qui tombe sur le champ de bataille. Chez les Bre- 
tons, l'évolution s'explique de soi, ce terme ayant dû s'ap- 
pliquer d'abord, si on admet le témoignage de César, au dieu 
père de la race. En outre, il a pu y avoir confusion avec gwal, 
vieux-gallois *iual, qui a dû, comme le dérivé gtvely, armo- 
ricain giuele, avoir non seulement le sens de lit, gite, mais en- 
core celui de clan, tribu. 

Il est regrettable qu'en irlandais on ne trouve pas d'équi- 
valent de cette curieuse épithète. 

L'épithète walatr avait perdu, pour les Bretons, de très 
bonne heure, la valeur d'un composé, ce qui s'explique laci- 
lement par la disparition de atr, comme mot courant, de la 
langue. Aussi, comme nous l'avons vu, le trouvons-nous 



Mélanges. 2:7 

comme second terme dans les noms composés, avec le sens de 
chef, régulateur. Je ne vois guère qu'un nom propre où walatr 
paraisse s'appliquer à un personnage mythologique. C'est 
Bran-walatr, nom d'un saint, et aussi d'un héros mystérieux 
des Mabinogion. (Sur Bran, v. J. Loth, Mabinogion; cf. Rhys, 
Celtic Heathendom). On remarquera que walatr n'apparaît 
jamais comme premier terme dans les composés, ce qui est un 
souvenir de l'époque où il formait une épithète indépendante 
et suivait le nom propre. 

J. Loth. 

IV. 

CNAU, NUSS. 

Je lis au mot nuss, dans YEtymologisches Wôrterb. de Kluge, 
que l'allemand nuss, v. h. ail. ;;//-, v. norrois knot, anglo- 
saxon hnutu, anglais nut, n'a aucun équivalent dans aucune 
langue indo-européenne. Que Kluge se reporte au tome I des 
Bât rage de Kuhn (1858), p. 461, il verra que M. Whitley 
Stokes a rapproché de l'allemand l'irlandais cnù, en citant, il 
est vrai, le génitif cnodh (Windisch, Ir. Texte, cite, à côté du 
nom. plur. enoi, cnôdha corcra). 

La forme sincère du mot irlandais est précisée par le gallois 
enau, noix, bas-vannetais canoiu, haut-vannet. queneu (pronon- 
cez kenèiï) collectif, ailleurs craoh, craouïï avec finale nasalisée. 
L'irlandais cnù est au gallois enau, comme l'irlandais crû, 
sang, au gallois crau =■ * qrou- (cf. cruor, v.piy.;). 

Le breton, comme le gallois, demande -ov- (cf. les pluriels 
en -au, breton -aou, ou = * ov- es ; cf. en revanche clû = gall. 
clyw. Le germanique *hiud- est au celtique enov-, comme le 
clyiu = *clévos à (gur)-c//4 — *clu-to-s : 

Pouroz- vieux-celtique, donnant en vannetais c*n- et ailleurs 
cr-, cf. armoricain moyen hiech, colline, vannetais qenec'h, 
ailleurs, crée h, excepté en noms de lieux, et quelques formules 
comme d'au ncc'h (cnec'h); en haut; cf. gall. enaif, toison, 
vannet. canèiï, ailleurs créon. 

J. Loth. 



BIBLIOGRAPHIE 



Le Mirage oriental, par Salomon Reinach. 

M. Salomon Reinach a publié dans Y Anthropologie (1893, 
n os 5 et 6), deux articles intitulés Le Mirage oriental, qu'il a 
réunis depuis en brochure 1 . La thèse principale qu'il a sou- 
tenue, c'est que les plus anciennes civilisations de l'Europe 
sont bien européennes et que l'influence de l'Orient, tant 
aryen que sémitique ou kouschite, c'est-à-dire de l'Inde, de la 
Chaldée et de l'Egypte, a été, jusqu'à présent, fort exagérée. 

L'auteur rappelle d'abord les résultats d'une série de recher- 
ches, poursuivies surtout entre 1880 et 1890, qui ont eu pour 
effet d'atténuer ou même de détruire ce qu'il appelle « la 
forme indo-iranienne du mirage oriental ». Il a été prouvé : 
i° que le sanscrit n'est pas la mieux conservée des langues 
aryennes ; 2° que la littérature de l'Inde ne remonte pas à une 
très haute antiquité; 3 que PAvesta ne renferme pas « le bul- 
letin de marche de l'immigration aryenne à ses débuts » ; 
4 que le panthéon aryen est une illusion. D'autre part, on a 
reconnu que le centre de diffusion des langues aryennes devait 
être cherché en Europe plutôt qu'en Asie et que la civilisation 
aryenne primitive n'avait guère dépassé le stage néolithique. 

Abordant ensuite le terrain de l'archéologie, l'auteur cherche 
à établir, contre MM. Bertrand, de Mortillet et la plupart des 
savants contemporains, la fausseté des propositions suivantes : 
i° les animaux domestiques, les céréales et les plantes textiles 
ont été importés d'Orient en Occident ; 2° les haches en jade 

1 . En vente au musée de Saint-Germain-en-Laye, au prix de fr. 50. 



Bibliographie. 229 

néphrite, en jadéite, en chloromélanite, ainsi que les perles de 
callaïs, attestent, dans les stations lacustres et sous les dol- 
mens, l'arrivée d'immigrants orientaux; 3 les stations lacus- 
tres, échelonnées depuis la Suisse jusqu'au Caucase, témoi- 
gnent d'un courant d'immigration caucaso-danubien. 

M. Reinach n'admet pas davantage la thèse universellement 
enseignée, d'après laquelle les métaux, en particulier le bronze, 
auraient été transmis à l'Occident par des conquérants et des 
commerçants venus d'Asie. L'existence d'un âge du cuivre, au- 
jourd'hui bien constaté dans l'Occident de l'Europe, lui 
semble prouver que le passage de là pierre au métal n'a pas 
été brusque, que le progrès s'est accompli sur place. M. Rei- 
nach réfute la théorie de M. de Mortillet sur l'origine indienne 
de la métallurgie du bronze, comme celles de MM. F. Lenor- 
mant et Bertrand sur son origine caucasique. Dans l'état actuel 
de nos connaissances, rien ne permet d'affirmer que les peu- 
ples méditerranéens aient connu un autre étain que celui de 
l'Europe occidentale. L'étain, comme l'ambre de la mer du 
Nord, est arrivé dans l'est du bassin de la Méditerranée vers le 
xxx e siècle avant J.-C, non par mer, ni par des caravanes, 
mais par un commerce de proche en proche à travers le centre 
de l'Europe. M. Bertrand fait commencer l'âge du bronze occi- 
dental vers l'an 1500 avant J.-C: cette date serait, suivant 
M. Reinach, trop basse d'une quinzaine de siècles. 

Niant d'une façon absolue l'influence de l'Orient sémitique 
ou kouschite sur l'Europe centrale, septentrionale et occiden- 
tale, tant à l'époque néolithique qu'au début de l'époque des 
métaux, M. Reinach concède qu'elle s'est fait sentira partir du 
xiii e siècle environ. Mais on l'a beaucoup exagérée : ainsi 
M. Bertrand a eu tort de faire venir d'Assyrie les casques co- 
niques des Gaulois de la Marne; M. Undset s'est trompé en 
attribuant à l'Egypte l'origine de l'épée de bronze européenne. 
En revanche, M. Reinach affirme l'origine européenne et oc- 
cidentale de la fibule, qui parait d'abord dans la civilisation 
mycénienne et qui n'a été connue ni de l'Egypte ni de l'As- 
syrie. Un fait qui doit dominer, suivant lui, toute la discussion, 
c'est qu'aucun objet égyptien ou chaldéen ne s'est jamais ren- 
contré ni dans un dolmen, ni dans une station lacustre, ni 
Revue Celtique, XV. 16 



250 Bibliographie. 

même dans un des nombreux dépôts de l'âge du bronze en 
Gaule, dans les îles Britanniques et en Scandinavie. 

La seconde partie du travail de M. Reinach concerne pres- 
que exclusivement la civilisation mycénienne. « La civilisation 
mycénienne, écrit-il, qui n'est qu'un épisode de la civilisation 
égéenne, est entièrement européenne d'origine : elle s'est seu- 
lement orientalisée, à la surface, au contact des civilisations de 
la Syrie et de l'Egypte ». 

L'auteur rappelle comment les archéologues attribuèrent 
d'abord à des influences orientales les civilisations primitives 
de Troie et de Mycènes, illusion contre laquelle réagirent 
MM. Newton et Milchhoefer. M. Heuzey montra, par l'étude 
de la céramique de Chypre, que l'art grec, dès le vi e siècle, 
avait exercé une action eu retour sur l'art de l'Orient ; M. Rei- 
nach pense que cette influence du monde grec sur le monde 
oriental est beaucoup plus ancienne et qu'elle s'est fait sentir 
à plusieurs reprises depuis le second millénaire avant J.-C, 
avec des alternances révélées par l'archéologie. L'analogie frap- 
pante entre certains monuments de l'Italie du Nord, de la 
Grèce et de la Phrygie, comme aussi du Nord et de l'Occident 
de l'Europe, ne doit pas, à l'époque reculée dont ils sont les 
vestiges, être attribuée au commerce phénicien ; elle atteste 
une civilisation d'origine européenne qui a rayonné en éven- 
tail et qui, au contact des civilisations orientales qu'elle a pé- 
nétrées, a atteint, en Grèce et sur la côte d'Asie, un niveau 
beaucoup plus élevé qu'ailleurs. C'est pourquoi, en Espagne, 
nous trouvons une civilisation apparentée à la civilisation 
troyenne, tandis que le Mycénien est un dialecte local, parti- 
culier à la région orientale de la Méditerranée. 

M. Reinach admet, avec M. Flinders Pétrie, que les Egéens, 
ancêtres des Mycéniens, avaient déjà des établissements dans 
la vallée du Nil vers 2500 av. J.-C. L'Egypte a exercé de l'in- 
fluence sur le monde mycénien, mais non sans avoir subi elle- 
même son influence. En Grèce, la conquête dorienne, en 
affaiblissant l'élément hellénique, produisit une sorte de recul 
pendant lequel les influences orientales prirent le dessus. Puis 
elles cédèrent de nouveau devant la renaissance du génie 
grec, pour redevenir dominantes après l'époque alexandrine, à 



Bibliographie. 251 

la faveur de la décadence du monde gréco-romain. « Dans 
l'ouest de l'Europe, dit M. Reinach, le mouvement des peuples 
(celto-scythiques ?), qui a dû se produire assez longtemps avant 
l'époque dite de la Tène, a présenté sans doute le même ca- 
ractère. J'incline même à croire qu'il y a connexion entre ces 
faits, que les Celtes de l'histoire ont été, dans l'Europe centrale 
et occidentale, ce que les Grecs de l'histoire étaient en Grèce, 
et que si le moyen âge grec a bientôt pris fin, grâce au voisi- 
nage de l'Orient civilisé, le moyen âge occidental a duré jus- 
qu'à l'époque de la conquête romaine dans ces régions et 
même au-delà ». 

Dans le premier numéro de Y Anthropologie paru en 1894, 
M. Reinach a commencé la publication d'une série d'articles 
faisant suite à ceux que nous venons de résumer et qui ont 
pour sujet les débuts de l'art plastique en Europe avant les in- 
fluences helléniques. Il essaie de montrer que ces oeuvres pri- 
mitives elles-mêmes attestent l'existence d'un courant de civi- 
lisation dirigé de l'Occident vers l'Orient, l'action en retour 
de l'Orient ne s'étant produite que plus tard. 



CHRONIQUE 



SOMMAIRE: I. Vocabulaire du celtique primitif par M. Whitley Stokes. — II. Re- 
cherches étymologiques sur les noms de lieu d'Ecosse, par M. Herbert Maxwell. — 
III. Contes populaires de l'Irlande occidentale recueillis par M. William Larminie. 
— IV. Mélanges d'archéologie gallo-romaine, par M. A. Blanchet. — V. Nouvelle 
édition, par l'abbé Lejay, du livre I" delà Pharsale. — VI. Cinquième livraison du 
Trésor vieux-celtique de M. Holder. — VII. Inscription gauloise inédite. — 
VIII. Publication nouvelle de MM. Kuno Meyer et Alfred Nutt. — IX. Martyrologe 
de Maelmaire O'Gorman. — X. La conservation de la langue irlandaise. 



I. 

Dans la dernière livraison, à la fin de la Chronique, p. 1 38, j'ai annoncé 
le « Vocabulaire de l'unité linguistique des Celtes », Wortschal^ der keltis- 
chen Spracheinhcit, de MM. Whitley Stokes et Adalbert Bezzenberger. Un se- 
cond titre, plus exact, de ce volume, est « Vocabulaire de la langue celtique 
primitive », Urkeîtischer Sprachschat^, — par Whitley Stokes, — traduit, re- 
touché et édité par Adalbert Bezzenberger. C'est un volume in-8 de vm- 
337 pages qui forme la seconde partie du « Dictionnaire des langues indo- 
européennes », Wôrterbuch der indogermanischen Sprachen, publié par Au- 
gust Fick, 4 e édition, Gôttingen, librairie Vandenhoeck und Ruprecht. Ce 
volume n'a encore ni table ni index et sera beaucoup plus commode à con- 
sulter, quand, la quatrième édition du dictionnaire des langues indo-euro- 
péennes étant terminé, l'index général de l'ouvrage paraîtra. Quoi qu'il en 
soit, pour le moment, la publication de MM Whitley Stokes et A. Bezzen- 
berger comble une lacune considérable. La troisième édition du grand ou- 
vrage de Fick, 1874-1876, donnait très peu de place au celtique. Des huit 
dictionnaires qui ont fourni la matière des trois premiers volumes : I, lan- 
gue fondamentale indo-européenne; II, langue arienne; III, Unité euro- 
péenne (tome I er ) ; IV, Unité gréco-italique ; V, Unité slavo-germanique ; 
VI, Unité celto-slave; VI bis, Unité prusso-lettique (tome II); VII, Unité 
germanique (tome III), deux dictionnaires seulement, le troisième et le qua- 
trième, contiennent des mots celtiques, et, dans le quatrième volume, qui 
renferme les index de ces huit dictionnaires, les deux index celtiques occu- 
pent huit pages en tout sur trois cent quatre-vingt, moins d'un quarante- 



Chronique. 233 

septième. Dans le tome I er de la quatrième édition qui contient un rema- 
niement des deux premiers dictionnaires : I, langue fondamentale indo-eu- 
ropéenne ; II, unité arienne avant la séparation des Ariens en Indous et 
Iraniens ; plus, III, un dictionnaire nouveau, celui de l'unité linguistique 
des Européens occidentaux, le celtique a conquis une place importante ; on 
le trouve souvent mentionné dans le dictionnaire I dont la troisième édition 
le traitait en quantité négligeable ; et il figure dans le sous-titre du diction- 
naire III : par unité linguistique des Européens occidentaux, il faut entendre, 
suivant ce sous-titre, une langue qu'auraient parlée jadis les ancêtres des 
Grecs, des Italiotes, des Celtes et des Germains, à l'exclusion des Slaves, 
des Lettes et des Prussiens compris avec eux dans l'unité européenne telle 
que la concevait il y a vingt ans M. A. Fick quand il a publié le dernier des 
trois dictionnaires qui forment le t. I er de sa troisième édition. Enfin, le 
nouveau vocabulaire de l'unité linguistique des Celtes, avec ses 327 pages, 
est presque aussi volumineux que celui de l'unité germanique qui forme le 
tome III de la troisième édition, 366 pages. 

Voici l'ordre alphabétique suivi par M. Whitley Stokes : 



A, A, 


p. I 


E, É, 


24 


I- î, 


44 


0, Ô, 


46 


u, û, 


53 


R voyelle, 


56 


l voyelle, 


56 


Q-, 


57 


K, 


64 


G, 


104 



T, p. 


120 


D, 


139 


B, 


159 


N, 


189 


M, 


196 


J> 


222 


r consonne, 


225 


l consonne, 


236 


v, 


259 


s, 


288 



C'est l'ordre adopté par M. A. Fick, tome I er , p. 345 etsuiv., à quelques 
différences près. M. Fick, p. 373, met Yi entre Yo et Vu, tandis que M. W. St. 
place Yi entre Ye et Yo. M. W. St. fait de IV voyelle et de 17 voyelle une 
classe à part qu'il met à la fin des voyelles comme dans l'alphabet sanscrit, 
tandis que chez M. Fick les formes réduites où apparaissent ces voyelles 
sont l'accessoire des formes pleines où la consonne correspondante s'appuie 
sur un e ; un certain nombre de mots qui offrent en celtique des formes ré- 
duites ne pouvaient être classés autrement que ne l'a fait M. Whitley Stokes, 
le celtique n'offre aucun exemple de la forme pleine des racines dont ces 
mots sont dérivés. 

De l'intérêt qu'offre le livre de M. Whitley Stokes je citerai deux exem- 
ples seulement : 

« Bodios, jaune, irl. buide, jaune, bai, latin badins, bai; delà peut- 
« être le premier terme de Bodio-casses, Pline ». Ce nom de peuple, plus 
tard Ba\d]io-casses, aujourd'hui Bayeux (Holder, Altkcltischer Sprachschat^, 
p. 458), aurait un a dans sa première syllabe, parce qu'avant la fin de l'em- 
pire romain (Nolitia occidentis), on aurait dans le premier terme substitué à 



2 34 Chronique. 

l'adjectif gaulois son équivalent latin badins. A comparer Dïvona, nom lati- 
nise chez Fortunat, du celtique Dévoua, nom de Cahors chez Ptolémée. Mon 
explication du premier terme de Bodio-casses par le substantif bôdi « vic- 
toire » doit probablement être rejetée; elle explique difficilement l'a de 
Bayeux; l'ode la première syllabe persiste dans « boyau » àtbotellum. 

« Seiqanà, Sêqano-s, nom de fleuve; gaulois Sêquana, Sêqitaui, sanscrit 
« secatia, acte de verser, répandre, épancher; d.sincati, il répand, épanche; 
« grec îxjascç, humidité. Douteux. Le maintien du q dans le mot gaulois 
« n'est pas encore expliqué ». K. Mùllenhoff, Deutsche Altertumskunde, 
t. III, p. 179, a fait observer qu'au temps de l'empire romain le ligure 
n'avait pas comme le gaulois changé en p le q primitif, exemples : Quiame- 
litts, nom propre de personne, Quariatrs, nom de peuple. Scquana, d'où 
Sëquani, semble donc être ligure et non gaulois. L'intéressante hypothèse de 
M. Loth, Rcv. Celt., XV, 98, paraît contredite par le gaulois epo- « che- 
val » =: skt. açva-. 

II. 

Le livre de M. Herbert Maxwell sur les noms de lieu d'Ecosse, Scotiish 
land-names. their origin ami meaning ! , parait fort bien fait. Ce qu'il y a de 
plus curieux peut-être dans la toponomastique moderne d'Ecosse comme 
dans celle d'Irlande, c'est la rareté des composés celtiques formés suivant 
l'usage ordinaire antique, qui met le déterminant avant le déterminé; elle 
offre cependant quelques exemples de cette disposition archaïque: tel est 
Morrach — Mor-magh = * Mori-iuagos, formation comparable aux Druso- 
magus, Kigo-magus, etc., du continent, et aux Cacsaro-magus, Xovio-iiiagus 
de Grande-Bretagne, tandis que la formation la plus fréquente dans les 
noms modernes des Iles-Britanniques, quand ils sont d'origine celtique, 
nous est offerte par Dumbarton = * diino-n Brittônon « forteresse des Bre- 
tons » ; comparez Lugu-dunum, Augusto dunum, etc., sur le continent, Ca- 
mulo-dunum en Grande-Bretagne qui offrent l'ordre antique. Les noms de 
lieu d'origine germanique conservent l'ordre primitif des termes du com- 
posé, tel est Edimbourg, Ed'ni-burg, en gaélique Dûn-cdin, Diin Aidatn = 
*dûnos Aiduani, « forteresse d'Aiduanos ». 

Four cette ville nous avons deux noms, tous deux régulièrement formés 
et de sens identique en deux langues. Ailleurs on a trouvé plus commode 
de modifier légèrement un terme celtique pour lui donner en anglais un 
sens — erroné: — le gaélique allt, d'abord « rive », puis « ruisseau » 
(comparez le français rivière, de rive, ripa) est devenu l'anglais old, vieux ; 
lann « lieu consacré au culte » s'est transformé en un adjectif anglais long 
identique à l'adjectif français qui a la même orthographe. 

L'auteur paraît bien connaître son sujet. Aussi est-ce avec surprise qu'on 
le voit, p. 60, considérer comme identiques le substantif dubr = dubi o-n 



1 . Chez Blackwood and son, à Londres, petit in-8, 219 pages. 



Chronique. 235 

« eau », et le substantif tiobar « source », en vieil irlandais lipra = *di-od- 
breunt-s (Revue de Kuhn, t. XXX, p. 156), ou * do-ate-breuant-s , d'une ra- 
cine breu qui, sauf métathèse de IV, est identique à la racine beru, bheru, 
de l'irlandais berbaim et du breton bervann « je bous », en latin ferveo 
(Whitley Stokes, Urkeltischer Sprachschat^, p. 172). 

III. 

Les contes populaires de l'Irlande occidentale, West-Irish Folk-tales and 
Romances, recueillis et traduits par M. William Larrainie ', donneront sans 
doute lieu dans le monde des folkloristes à une foule de rapprochements in- 
téressants. Ce qui m'a le plus frappé dans ces contes, c'est le maintien des 
traditions mythologiques les plus anciennes de l'Irlande. Les paysans irlan- 
dais n'ont pas oublié le dieu Manannan, fils de la mer, mac Lir (p. 6-9, 
64-84). Une partie des récits légendaires réunis dans le morceau intitulé 
« bataille de Mag Tured », publié par M. Whitley Stokes, Revue Celtique, 
t. XII, p. 52 et suivantes, se racontent encore en Irlande ; on n'a pas oublié 
le tyran mythologique Balar le fort frappeur 2, membre de la triade Bress, 
Balar, Tethra, dont le chef Bress, confondu avec Balar par le conte mo- 
derne, se fit construire un palais par un autre dieu, par Gobaun saer dans 
le conte moderne, par Dagda dans un texte plus ancien s. Comparez le 
Laomedon homérique auquel le dieu Poséidon bâtit les murs de Troie 
(IHade, XXI, 44.6-447, cf. VII, 452-453). Balar, tué par Lug, son petit- 
fils, vit encore dans la mémoire populaire. Le nom de Lug = Lugu-s, sur- 
nommé aux « talents multiples », sam-il-dânach 4, est fort corrompu dans 
le texte de M. Larminie, c'est Dul Dauna, mais son père, le gendre de Ba- 
lar, s'appelle Cian — Cèuos « lointain », comme dans les plus vieux textes 
mythologiques irlandais S . Y a-t-il une parenté entre le mythe celtique du 
meurtrier de Balar et le mythe grec du meurtrier de Belleros, BsXÀspo- 
oo'v-r^é? BeXX£po-<pdvx7)ç serait doublet d"ApYet-<po'vT7 l ç, épithète d'Hermès, 
qui est le Lugu-s grec. 

IV. 

On peut se demander si un des sujets traités par M. A. Blanchet dans le 
premier fascicule de ses Mélanges d' archéologie gallo-ro)iiaiue 7 est une 

1. Londres, Eliot Stock, in-8, 258 pages. 

2. Balar Balc-beimnech, Livre de Leinster, p. 9, col. 1, 1. 45, col. 2, 
1. 2, 7; p. 11, col. 1, 1. 32. Balar Beimann dans le conte moderne. 

3. Revue Celtique, t. XII, p. 64 et suiv. 

4. Revue Celtique, t. XII, p. 74-79. 

5 . Livre de Leinster, p. 10, col. 1, ligne 2. 

6. Une autre explication est offerte chez Roscher, Ausfûhrliches Lexicon 
der griechischen und rômischen Mythologie, t. I, col. 707-708, 2383-2388; 
elle est considérée comme acceptable par Brugmann, Grundriss, t. II, p. 1433. 

7. Paris, Leroux, 1893, in-8, 61 pages et 5 planches. 



256 Chronique. 

forme donnée sur le continent au mythe de Balar sous l'empire romain. 
Balar le fort frappeur serait le dieu au maillet des monuments figurés gallo- 
romains. Dans deux bas-reliefs trouvés en Hongrie, à Varhely, l'antique Sar- 
migetusa, on voit alignés un enfant, une femme, un homme armé d'un mar- 
teau; ce dernier pourrait être Balar, la femme serait Ethne, sa fille, l'enfant 
représenterait Lugus, fils d'Ethne. Balar aurait été confondu avec le Dispater 
romain ' . 



On sait que le livre premier de la Pharsale de Lucain renferme, vers 392- 
465, une très instructive description de la Gaule. Elle nous donne, par 
exemple, la quantité de bien des noms propres dont sans Lucain nous ne 
distinguerions pas avec certitude les longues et les brèves : le Genâbos pour 
Cênâbum du vers 440 ne peut être reproché à Lucain, puisque ce vers est 
interpolé. M. l'abbé Lejay, dans son édition du premier livre de Lucain », 
accompagne le texte latin de notes aussi intéressantes qu'instructives. Il n'a 
pas établi son texte exactement comme M. Hosius dans l'édition donnée 
par la maison Teubner. Ainsi, au vers 398, il rétablit l'accusatif Lingônîis 
auquel M. Hosius avait substitué le nominatif Lingônés (Revue Celtique, 
t. XIV, p. 253). Les éditeurs nouveaux de Lucain feront bien de lire la 
préface du savant auteur, notamment son étude sur la classification des ma- 
nuscrits, p. lxxxv et suivantes. 

VI. 

Nous recevons à l'instant la cinquième livraison, col. 1025-1280 du 
Trésor vieux -celtique de M, Holder, qui atteint déjà sa quarantième feuille 
d'impression. Cette livraison contient la fin de la lettre c et le commen- 
cement de la lettre d. On sait que la première livraison a paru en 1 891 . On 
ne peut trop admirer l'activité avec laquelle le savant auteur conduit ce gi- 
gantesque travail qui sera pour les celtistes l'équivalent de ce qu'est pour 
les médiévistes le Glossarium mediae et infirme latinitatis de Ducange. 

VIL 

Dans une des séances du Congrès des Sociétés savantes à la Sorbonne, il 
a été donné lecture d'un mémoire fort bien fait de M. Charles de Langar- 
dière, vice-président de la Société des Antiquaires du Centre, sur une ins- 
cription gauloise trouvée récemment a Genouilly, près de Graçay, Cher, et 
aujourd'hui au musée de Bourges. Cette inscription est la seconde de deux 

1. Sur Dispater et Aerecura, laquelle serait Ethne, voyez Roscher. Aus- 
fûkrliches Lexicon der griechisthen und rômischen Mythologie, t. I, col. 1 1 S 5 - 
1186. 

2. Paris, Klincksieck, 1894, in-8, civ-94 pages. 



Chronique. 237 

épitaphes gravées sur la même stèle. La première, en haut de la stèle, rap- 
pelle la mémoire d'un certain . . .tos Virilios, c'est-à-dire Octos(?), fils de 
Virilos, elle a été gravée par les soins d'un certain Aneunos. Elle consiste 
en quatre lignes : la première en caractères latins, les trois autres en carac- 
tères grecs : 

OS VIRILIOS 
TOC OTIPIAAIO 
ANETNOC 
EIIOEI 

La seconde a été faite par Elvontiu pour Aneunos, fils d'Oclos, et pour Lu- 
guris, lils d'Aneunos. Elle consiste en quatre lignes écrites en caractères 
latins : 

ELVONTIV 
IEVRV • ANEVNO 
OCLICNO • LVGVRI 
ANEVNICNO 

On remarquera que les désinences casuelles des substantifs Aneuno, Oclicno, 
Aneunicno, ont été latinisés; la grammaire celtique exigerait Aneunu, Oclicnu, 
Aneunicnu avec un u final comme pour Elvontiu qu'un Romain aurait écrit 
Hélvontio. 



VIII. 

Un volume de textes inédits irlandais va paraître à la librairie David Nutt, 
de Londres, qui se crée chaque jour des droits plus grands à la reconnaissance 
des celtistes. Ce sont: le voyage maritime de Bran, fils de Febal, et les récits 
relatifs à Mongan, fils de Fiachna. L'éditeur est notre savant collaborateur, 
M. Kuno Meyer, et l'introduction a pour auteur M. Alfred Nutt, dont les 
lecteurs de la Revue Celtique connaissent la compétence en matière de Folk- 
lore. 



IX. 

M. Whitley Stokes va publier aux frais de la fondation Bradshaw le mar- 
tyrologe de Maelmaire O'Gorman. Sur ce document, qui date de la se- 
conde moitié du douzième siècle, on peut voir ce qu'a dit O'Curry, Lectures 
on the manuscript malcriais, p. 361, 362. On sait avec quel succès 
M. Whitley Stokes a édité le martyrologe d'Oengus. Tout le monde se fé- 
licitera de voir le martyrologe d'O'Gorman en aussi bonnes mains. 



X. 

D'un rapport présenté à la Société pour la conservation de la langue ir- 
landaise, 6, Molesworth Street, Dublin, par son zélé secrétaire, M. J.-J. Mac 



2j8 



Chronique. 



Sweeney, il résulte que le nombre des élèves qui, en Irlande, ont passé 
l'examen pour l'irlandais, après avoir été stationnaire de 1889 à 1892, où le 
minimum a été de 512 et le maximum de 531, s'est sensiblement élevé 
en 1893, où le chiffre atteint a été 609. 

Le rapport de M. Mac Sweeney est daté du 27 février dernier. Un mois 
plus tard, s'est réuni à l'hôtel de ville de Dublin, sous la présidence du 
lord-maire, un congrès destiné à soutenir les intérêts de la langue irlan- 
daise. Un congrès semblable avait déjà eu lieu en 1882, grâce à l'initiative 
prise par la Société pour la conservation de la langue irlandaise. Parmi les 
motions adoptées par le congrès de 1894, nous signalerons celle du comte 
Plunkett, qui a demandé que tous les gens capables de parler ou d'écrire 
l'irlandais fussent invités à se servir exclusivement de cette langue dans 
leurs communications entre eux, et que tout candidat à une fonction élec- 
tive dût prendre l'engagement de soutenir le mouvement linguistique irlan- 
dais. Cette motion a été adoptée. A été adoptée également celle du père 
Murphy, S. J., demandant que l'irlandais, jusqu'ici admis dans l'enseigne- 
ment secondaire et supérieur, mais très peu étudié, y fût traité sur pied 
d'égalité avec les autres langues anciennes et modernes. 

En Irlande, suivant un rapport fait au congrès par M. David Fagan, il y a 
66,140 personnes qui ne parlent pas d'autre langue que l'irlandais, et à 
côté d'elles 787, 500 autres qui savent également s'exprimer en irlandais et en 
anglais. Ces deux catégories se répartissent par comtés ainsi qu'il suit : 



Antrim, 


30 


2. 500 


Londonderry, 




10 


3 . 500 


Armagh, 


50 


7 000 


Louth, 




10 


5.500 


Cavan, 


10 


7.000 


Meath, 




10 


5.500 


Clare, 


2 500 


62 000 


Mayo, 


9 


000 


138. 000 


Cork, 


5.500 


168.000 


Monagan, 




10 


6. 500 


Donegal, 


1 2 . 000 


fco.000 


Roseommon. 




100 


21 .500 


Galway, 


24 . 000 


3 2 . 000 


Sligo, 


2 


300 


24 000 


Kerry, 


7.000 


93 .000 


Tipperary, 




300 


23.000 


Kilkenny, 


50 


9.000 


Tyrone, 




20 


9.500 


Leitrim, 


$0 


9.500 


Waterford, 


3 


000 


48.500 


Limerick, 


200 


3 2 . 000 











Je n'ai pas vérifié l'exactitude de ces chiffres dont j'admire la précision ri- 
goureuse et que je reproduis respectueusement d'après l' Irisb daily Indépen- 
dant du 28 mars dernier. 

Paris, le 1 j avril 1894. 



H. d'Arbois de Jubainvillf. 



PÉRIODIQUES 



i. 

Annales de Bretagne, livraison de janvier 1894. — Les études celtiques 
prennent dans ce recueil une place de plus en plus considérable. M. A. de 
la Borderie y a publié, p. 189-209, la traduction d'une partie de la préface 
mise par Reeves en tête de son édition de la vie de saint Columbu par 
Adamnan ; il s'agit de la règle de saint Columba et du genre de vie mené 
par les moines irlandais au vi* et au VII e siècle. M. Planiol édite, avec 
commentaire, p. 216-237, trois documents du ix e siècle qui constatent une 
donation faite à l'abbaye de Saint-Maur-sur-Loire, par le breton Anouuareth; 
de ces trois pièces une était inédite, c'est un fragment de chronique conservé 
par un vas. de la Bibliothèque nationale, la bible deSaint-Maur, fol. 404 v°. 
M. Le Braz continue ses études sur les saints bretons dans la tradition po- 
pulaire. M. Luzel donne la traduction d'un conte breton: L'enfant qui fut 
a l'école chez le diable, ou l'apprenti magicien. M. J. Loth reproduit, d'après 
le Livre de Llandaf, la vie latine de saint Teliau sur laquelle il a déjà écrit 
un article (voir plus haut page 146 où l'on a par erreur imprimé saint Eliau). 

IL 

Annales du midi, octobre 1893, janvier 1894. — Savante étude de 
M. J.-F. Bladé sur la géographie politique du sud-ouest de la Gaule pendant 
la domination romaine. Sera continué. 



III. 

Archaeologia Cambrensis, janvier 1894. — Mémoire du colonel 
W.-L. Morgan sur deux chambres sépulcrales mégalithiques trouvées sous 
un tumulus en 1893 à Gower, comté de Glamorgan ; la première est longue 
de >S pieds anglais sur 3 pieds 6 pouces de large, la seconde a 8 pieds 
6 pouces de long sur une largeur de 5 pieds. — Note apprenant que la pierre 
où est gravée l'épitaphe Curcagni fili Andagelli vient d'être déplacée et se 
trouve maintenant dans le cimetière deCenarth, comté de Cardigan. Cette 
inscription est le n° 55 de Rhys, Lectures on welsh philology, 2 e édition, 



2.{0 Périodiques. 

p. 388 ; elle manque chez Hùbner, Inscriptiones Britanniae christianae. Ici 

une planche en donne le dessin. Un autre exemple du nom d'Andagellus a 
été relevé par M. Rhys dans une inscription ogamique du comté de Pem- 
broke. Voir ci-dessus, p. 144. 



IV. 

Romaxia, octobre 1893. — Article intéressant de M. H. Ward sur la 
légende de Merlin. Jocelin a écrit à la tin du xn e siècle une vie de saint 
Kentigern, mort au commencement du septième siècle, en 612 suivant les 
Annales Cambriae, en 603 ou 614 suivant les calculs de l'évéque Forbes '. 
La dernière édition de ce document a été publiée par M. Metcalfe, Pinker- 
ton's Lives of Scottish Saints, 1889 t. II, p. 1-96; on y voit, c. 45, que Ken- 
tigern était évêque de Cambrie, c'est-à-dire du territoire situé entre le mur 
de l'empereur Sévère et là rivière de Forth, et qu'à la cour du roi de ce pays, 
au moment où Kentigern cessa de vivre, se trouvait un fou, homojatuus, ap- 
pelé Laloecen. Laloecen prédit que le roi mourrait dans l'année. Lems. Cot- 
tonien Titus A xix, fol. 76-80, contient une vie incomplète de Kentigern. 
Elle a été rédigée quelques années plus tôt que celle que Jocelin a compo- 
sée; l'édition la plus récente a été donnée par M. Metcalfe t. II, p. 99-109 
de l'ouvrage cité ci-dessus. Il n'y est pas question de Laloecen, mais 
M. Ward a trouvé dans le même ms. Titus A. xix, fol. 74-75, un docu- 
ment inédit jusqu'ici concernant les relations qu'aurait eues Lailoken (sic) 
avec saint Kentigern et avec le roi de Cambrie: on y lit ces mots: qui 
Lailoken vocabatur quem quidam dicunt fuisse Merîynunt quierat Britonibus quasi 
propheta singularis, sed uescitur. 

Le document découvert par M. Ward est probablement la source où Bo- 
wer, auteur du Scotichronicon, terminé en 1447, a puisé ce qu'il dit des rela- 
tions de Kentigern et de Lailoken identifié par lui d'une façon absolument 
affirmative avec Merlin. L'anonyme qui, à la fin du xm e siècle, a interpolé 
les Annales Cambriae connaissait la légende qui considère Merlin comme le 
même homme que le fou Laloeken ou Lailocen ; sous la date CXXIX, 
c'est-à-dire 573 de J.-C, après les mots Bellum Armtertd, il a inséré ceux- 
ci: inter Jilios Elifer et Guendoleu filium Keidiau in quo belle Guendoîeu cecidit, 
Merlinus INSANUS effectus est 2 . On a cherché à concilier la chronologie qui 
fait vivre Laloecen ou Lailoken = Merlin jusqu'au septième siècle avec celle 
qui. d'après Geoffroi de Monmouth, l'identifie avec Ambrosius, l'enfant 
sans père que voulut faire périr Vortigern au v e siècle 3. C'est en l'année 449 
de notre ère que, suivant Bède, livre I, c. 13, Vortigern introduisit les 
Saxons en Bretagne, et la quarante-quatrième année après cet événement 

1 . Calendars of Scottish Saints, p. 372. 

2. Ms. B., écrit probablement en 1286. édition de John Williams ab 
Ithel, p. xxv, 5. 

3. Praecepit rex Ambrosio Merlino. Historia regutn Britanniae, 1. VII, 
c. 3. San Marte, Die Sagen von Merlin, p. 20. 



Périodiques. 241 

eut lieu Yobsessio montis Badonici (Bède, 1. I, c. 16) qui, par conséquent, 
date de 492. Dans l'intervalle entre l'arrivée des Saxons et Yobsessio montis 
Badonici, donc entre 449 et 492, Ambrosius Aurelius ou Ambrosius Aure- 
lianus, à la tête d'une armée bretonne, battit les Saxons (Gildas, c. 25, 26 ; 
Bède, 1. I, c. 26). Ambrosius Aurelius avait donc au moins vingt ans 
en 492, il était né en 472 au plus tard ; il était identique à l'enfant sans 
père que Nennius appelle Ambrosius et qui, suivant lui, fut roi des Bretons. 
Or, si l'on en croit Geoffroy de Monmouth. il faut confondre Aurelius Am- 
brosius avec le Merdin (francisé en Merlin) de la poésie galloise que des 
documents, soi-disant historiques, gallois, identifient avec le Lailoken ou 
Laloecen de l'hagiographie encore vivant en 603. De 472 à 603, il s'est 
écoulé cent trente ans. Mais les difficultés chronologiques, qui n'ont jamais 
embarrassé au moyen âge les auteurs des -légendes irlandaises hagiogra- 
phiques et autres, n'ont pas non plus semblé insolubles en Galles. On s'en 
tire ici en donnant à Ambrosius cent trente ans de vie. Pourquoi pas? La 
légende irlandaise fait bien vivre cent vingt ans saint Patrice. 

On a cru retrouver le nom de Lailoken ou Laloecen dans la pièce 
intitulée Kyvœssi Myrdin a-Gwendyd y-ch:,-aer « Dialogue entre Myrdin et 
v Gwendyd sa sœur » ' . On y est arrivé par des procédés étymologiques 
qui valent le procédé chronologique dont nous venons de parler. Treize fois 
Gwendyd appelle son interlocuteur « frère », braut, en accompagnant ce 
substantif d'épithètes variées ; une fois, chose à remarquer, cette épithète 
est un « unique ». Gwendvd dit : « unique frère » : un braut 2 . Quinze fois 
elle remplace le mot braut « frère », par un équivalent: llaïïaïuc, dérivé de 
Hall « autre », et qui semble être un synonyme affectueux de Hall. « Je suis 
l'une, tu es l'autre », semble dire la sœur à son unique frère. Une fois 
Gwendyd emploie un diminutif de llallawc, c'est llallogan qui, prétend-on, 
signifierait « frère jumeau » et serait le même mot que Lailocen ou Laloe- 
cen î. Owen Pughe, dont le dictionnaire gallois date de 1803, traduit lla- 
llawc et îlallogan par twin, c'est-à-dire « jumeau », mais c'est sous forme de 
sens dérivé : 

Llallawg. Seing other ; being fellow, or accompanying part... Another 
that accompanies, another that is twin. 

Llallogan. . . Another that accompanies, a fellow or comrade, a twin. 

Twin « jumeau » est une signification arbitraire comme le dit avec raison 
M. Ward. Davies, dans son Dictionarium britannico-latinum, 1632, laisse 
Llallogan sans traduction et propose à titre d'hypothèse lionor pour traduc- 
tion de Llallawg. Llallogan et Lailoken ou Laloecen ne sont pas phonéti- 
quement le même mot ; et la traduction de llallawc et llallogan par tiuin- 



1 . Voir le texte chez Skene, The four ancicnt Books of Wales, t. II, 
p. 218-333 '■> l a traduction, ibid., t. I, p. 462-478. 

2. Strophe 123, t. II, p. 232, la dernière ligne de la page ; cf. t. I, p. 476. 

3. Kyvarchaf ym llallogan « je demanderai à mon llallogan », strophe 3, 
t. II, p. 218; comparez la formule plusieurs fois répétée Kyvarchaf ym clotlew 
llallawc « je demanderai à mon illustre lion llallawc. 



242 Périodiques. 

brother « frère jumeau » est très hypothétique, quoique Skene l'ait adoptée. 
Le mot gallois pour « jumeau » est gefel = gemellus ', au pluriel gefelliaid*, 
Du reste, la question de savoir si llaltogan veut dire « jumeau » n'a 
qu'une importance secondaire. Ce qui est surtout à faire remarquer, c'est 
que le nom propre Laloeken ou Lailocen étant un mot différent de Llallo- 
gan ne peut servir de trait d'union entre la légende du fou connu par saint 
Kentigern et le poème prophétique intitulé « Dialogue entre Myrdin et 
Gwendyd sa sœur », Kyvoessi Myrdin a Gwendyd y clnuaer. 

V. 

The Academy. Janvier, février et mars 1894. Nous avons parlé, p. 145. 
d'une note de M. E. W. B. Nicholson sur les inscriptions qu'il appelle 
pietés du Nord, et qu'il prétend traduire et expliquer. 

Après avoir entamé ce difficile sujet dans le numéro du 1 1 novembre der- 
nier, p. 415, 416, il a continué à s'en occuper dans les numéros du 6 jan- 
vier, p. 13-15, du 27 du même mois, p. 81-82, et du 31 mars, p. 269-270. 
Il a trouvé de très sérieux contradicteurs dans les personnes de MM. A.-L. 
Mayhew et Gilbert Goudie, numéro de janvier, p. 58-59. M. Mayhew a 
même écrit une seconde attaque dans le numéro du 3 février, p. 105-106. 
Signalons enfin l'intervention du comte de Southesk qui, dans les numéros 
du 8 février, p. 103, et du 17 mars, p. 229-230, traite la question de savoir 
quelle est la valeur du signe ogamique X. M. Nicholson, qui paraît avoir 
décidément la main heureuse, non seulement comprend les difficiles inscrip- 
tions dont il s'occupe, mais a découvert un ouvrage inédit de saint Adam- 
nan, et il expose sa trouvaille dans le numéro du 10 mars, p. 210-21 1 . Cf. 
le numéro du- 17 mars, p. 229. 

Une note sur la valeur de laquelle il nous est plus facile de nous former 
une opinion est celle de M. Whitley Stokessur une ancienne posture dans la 
prière. Cette posture consistait à se tenir les bras tendus en croix. D'un texte 
d'Eusèbe, Histoire ecclésiastique, 1. VIII, c. 7, le savant celtiste rapproche 
plusieurs textes irlandais, dont le plus ancien paléographiquement parlaut 
nous est offert par le folio 138 a, glose 2 du célèbre manuscrit de Milan, 
édition Ascoli, p. 575. La posture en question y est désignée par l'expres- 
sion cros-Jigell, qui serait en latin crucis vigilia, veille de la croix. Cf. Win- 
disch, lrische Texte, t. I, p. 548, au mot jigell. 

VI. 

LlTERATURBLATT FUR GERMANISCHE UND ROMANISCHE L 'PHILOLOGIE, 

XV e année, 1894. — M. H. Schuchardt, rendant compte de deux savants 
mémoires de notre confrère, M. John Rhys, publiés l'un dans la Scottish Re- 



1. Loth, Les mots latins dans les langues briltoniques, p. 173. 

2. Traduction galloise delà Genèse, XXV, 24; XXXVIII, 27. 



Périodiques. 245 

view d'avril 1890 à juillet 1891, l'autre dans les Proceediugs de la Société des 
Antiquaires d'Ecosse, t. XXVI, p. 263-351, paraît considérer comme préma- 
turés les rapprochements que proposent entre le basque et d'autres langues 
quelques érudits d'ailleurs fort distingués qui, dominés, croît-il, par le désir 
si légitime de faire des découvertes historiques, cessent d'appliquer la mé- 
thode scientifique avec le calme et la prudence auxquels nous ont habitués 
tous leurs autres écrits. Cf. Revue Celtique, t. XIV, p. 215-355. 

Je regrette vivement l'oubli qui m'a empêché de mentionner l'année 
dernière dans la Revue Celtique l'instructive étude publiée par 'le même 
M. Schuchardt dans le Literaturblatt fûr.germanischeund romanische philologie, 
XIV e année, 1893, p. 94-105, sur Futile et savant ouvrage de M. Loth, 
Les Mots latins dans les langues brittoniques. Depuis M. Loth, M. Schuchardt 
est le linguiste qui a le plus complètement traité cet intéressant sujet. 

VII. 

The Journal of the royal Society of Antiquaries of IReland, 
y série, vol. IV, 1894. — P. 45-46. Description par M. William Gray 
d'un souterrain artificiel entre l'église deTyrella et le château de Rathmullan, 
comté de Down. Une galerie haute de six pieds anglais, large de trois, 
longue de près de cent et subdivisée par des cloisons en trois chambres 
longues- de seize, trente-trois, quarante-deux pieds et demi, mène à une 
chambre perpendiculaire à cette galerie. Cette chambre, haute de six pieds 
comme la galerie, a quatorze pieds de long et cinq de large. L'article ne 
donne aucune indication sur la sépulture que cette chambre a dû contenir. 

P. 54-64. Etude par M. W.-F. Wakeman sur une tombelle située à Old- 
Connaught, près de Bray, comté de Dublin, et qui couvrait une sépulture 
par inhumation. 

VIII. 

Revue archéologique. — Ce périodique contient, t. XXI, p. 253, 389, 
et XXII, p. 390 (1893), la Revue des publications èpigraphiques relatives a l'an- 
tiquité classique, par M. R. Cagnat, 132 numéros. Il s'y trouve quelques 
noms gaulois intéressants, tel est n° 31, Moritex, cognomen dans une ins- 
cription de Cologne; signalons aussi à Bonn l'épitaphe n° 33, du cavalier 
Rectugenus Magilonis f[ilius] Segontilie[n]ses (sic) ; à Lanchester, une dé- 
dicace deae Garmangàbi, n° 96. La Revue des publications épigraphiques écrite 
par M. Cagnat est insérée depuis plusieurs années dans la Revue archèolo- 
logique. Il y en a un tirage à part. 

IX. 

Neues Archiv der Gesellschaft fur aeltere Geschichtskunde, 
t. XIX (1894), p. 436-443. — M. Zimmer expose que le Psautier de Cas- 
sel, aujourd'hui perdu, a été écrit sous le règne de Brian Boruma, roi su- 



244 Périodiques. 

prême d'Irlande, 1002-1014, qu'il contenait entre autres documents une 
chronique attribuée à Cormac mac Cuilennain, évèque de Munster, mort 
en 903. Or, dans l'histoire d'Irlande de Keating, 1629, il y a, dit M. Zim- 
mer, deux citations du Psautier de Cassel, qui s'accordent exactement avec 
Nennius; l'une de ces citations concerne le meurtre des gouverneurs ro- 
mains commis trois fois parles Bretons (Nennius, éd. San Marte, § 30), et 
dans cette citation l'autorité de Cormac est invoquée. L'autre citation a 
pour objet la colonisation de l'Irlande par le légendaire Partholon (ibid., 
§ 13); et dans cette seconde citation Nennius est nommé comme source 
originale. Donc, Cormac, mort en 903, a connu Nennius. Ainsi raisonne 
M. Zimmer. Mais la seconde citation, celle qui renvoie à Nennius, ne dit 
pas que le passage de Nennius se trouve dans la chronique de Cormac ; la 
source que cette citation indique est Nennius dans le Psautier de Cassel, or 
le Psautier de Cassel ne contenait pas seulement la chronique de Cormac. 
Donc nous ignorons si le passage de Nennius cité par Keating d'après le 
Psautier de Cassel a été emprunté à la chronique de Cormac. Il n'est par 
conséquent pas prouvé que Cormac, mort en 903, ait connu Nennius; la 
chose est simplement possible, comme tant d'autres que M. Zimmer croit 
et expose savamment, mais que nous ne sommes pas toujours obligés de 
croire avec lui. 

Paris, le 24 avril 1894. 

H. d'Arbois de Jubaixville. 



ERRATUM 



Au bas de la page 173, ajoutez le nom de l'auteur de l'index : P. Le 
Nestour. 



Le Propriétaire-Gérant : Veuve E. BOUILLON. 



Chartres. — Imprimerie Durand. 



VIE DE SAINT GUÉNOLÉ 

MYSTÈRE BRETON EN DEUX JOURNEES ET QUATRE ACTES 



La Rédaction de la Revue Celtique doit à une gracieuse atten- 
tion de M. l'abbé Bernard, recteur de Kerglof (Finistère), les 
manuscrits de M. E. Bernard, ancien vicaire général de 
Quimper, mort récemment, dont le zèle pour les études cel- 
tiques était si connu et si apprécié 1 . 

Parmi ces manuscrits se trouve la copie d'un mystère, ou, 
pour lui donner son titre exact, d'une « Vie de saint Guénolé » 
en vers bretons. L'original est à la Bibliothèque Nationale, 
fonds celtique, collection Penguern, n° 97. M. de la Ville- 
marqué 2 et M. Ernault? ont déjà attiré l'attention sur une 
Vie de saint Guénolé en vers, qui remonterait au moins à la 
seconde moitié du xvi e siècle et dont Le Pelletier a tiré parti 
pour son dictionnaire breton-français. En 1889, M. Luzel a, 
de son côté, publié une « Vie de saint Guénolé » qui offre 
avec la nôtre de si grandes ressemblances qu'il n'est pas dou- 
teux que l'auteur de l'une n'ait eu l'autre sous les yeux. 

Le Mystère de saint Guénolé que possède la Bibliothèque 
Nationale est divisé en deux journées de deux actes chacune, 
avec prologue pour tous les actes et épilogue après chaque 
journée. Il est écrit en vers alexandrins entre lesquels sont in- 
tercalées quelques tirades en vers de huit syllabes. 

1 . Revue Celtique, t. IX-XI. 

2. Bulletin delà Société archéologique du Finistère, t. XV, 1888. 

3 . Dictionnaire moyen-breton publié à la suite de son Mystère de sainte 
Barbe, Paris, Thorin, 1888. 

Revue Celtique, XV. 17 



246 P. Le Nestour. 

Il ne faudrait pas chercher dans cette œuvre de savants pro- 
cédés de composition. Le poète qui l'a écrite n'avait qu'une 
assez vague idée des exigences de l'art dramatique. Les traits 
de ses personnages ne sont qu'ébauchés, l'attitude est le plus 
souvent raide et sans grâce. La pièce n'a pas d'intrigue. L'au- 
teur s'est contenté de prendre Guénolé avant sa naissance et 
de le conduire jusqu'à sa mort, suivant, en historien fidèle, le 
récit le plus autorisé et quasi-officiel de la vie du saint, celui 
que nous a conservé le cartulaire de Landévennec. 

Toute préoccupation artistique semble donc avoir été étran- 
gère à notre poète. Il a d'ailleurs conscience de son inexpé- 
rience et s'en excuse au début de son œuvre : il n'a songé 
qu'à glorifier Dieu et à édifier ses auditeurs. « Ecoutez-moi avec 
« patience, leur dit-il dans son premier prologue ; le profit 
« en sera pour vous, et non pour nous. » Ce qui domine 
dans la pièce, c'est donc le sentiment religieux, et ce désir du 
poète de contribuer au salut des spectateurs en soumettant à 
leurs méditations pieuses la vie d'un homme qui fut un modèle 
de toutes les vertus. Dès les premiers vers on sent que le mys- 
tère est l'œuvre d'un croyant, d'un de ces Bretons des vieux 
temps à la foi profonde et sereine comme celle des premiers 
chrétiens. Mais dans cette foi naïve, dans cette confiance iné- 
branlable en la bonté de Dieu, notre poète a puisé souvent des 
accents d'une touchante simplicité. 

Le début de la pièce nous transporte en Grande-Bretagne, 
au milieu d'un peuple que le bien-être et les jouissances maté- 
rielles ont jeté dans la discorde et le crime. Tout dans l'île 
n'est plus que pillage, viol, massacre. Seule, une famille s'est 
conservée pure au milieu de cette corruption : c'est celle de 
Fragan. Dieu se décide à punir d'une façon terrible tant de 
forfaits. Mais il ne veut pas frapper les innocents en même 
temps que les coupables. Il ordonne à Fragan de fuir au plus 
vite avec tous les siens ce peuple criminel sur lequel son bras 
va s'appesantir, et pour le consoler de la perte de ses terres et 
de ses trésors, il lui fait annoncer par son ange la naissance 
d'un fils qui sera l'orgueil de son père et la gloire du nom 
chrétien. 

« Pars soudain, mon ange blanc, descends en toute liberté 



Vie de saint Guénolé. 247 

ce sur la terre, jusqu'à Fragan, qui est nuit et jour dans la 
« peine. Hâte-toi d'aller le saluer; que son esprit se réjouisse. 
« Dis-lui de partir en toute hâte pour PArmorique. » 

Le premier ange entre et dit sur l'air du Vexilla. 
Fragan entre 

« Fragan, que ton cœur se réjouisse ! Voici les ordres de 
« Dieu, roi du ciel. Pars, quitte ce pays. Un grand miracle 
« arrivera : ta femme mettra au monde un fils qui s'appellera 
« Guénolé ; fils heureux et béni, chéri de Dieu, créateur du 
« monde » 

Fragan fait voile aussitôt pour PArmorique et débarque à 
l'île de Bréhat. Il y trouve son cousin Grallon, souverain de 
Petite-Bretagne, qui, prévenu de son arrivée, est accouru en 
toute hâte pour lui souhaiter la bienvenue et l'assurer de sa 
royale protection. 

« Mon cher cousin Fragan, dit le roi, venez ici, débarquez. 
« Prenez garde de vous blesser aux rochers. Vous, sa femme 
« et ses enfants, descendez à terre, car le roi Grallon assuré- 
ce ment vous aime. » 

Puis, ému au récit des malheurs du fugitif: 

« Courage, mon cher cousin, dit-il, réconfortez- vous. Suivez 
« toujours le chemin de la patience. Et vous, aussi, Alba, 
« ainsi que vous, enfants, prenez courage. Il est toujours ex- 
ce cellent d'avoir confiance en Dieu. Je vous donnerai un bel 
« emplacement à l'endroit convenu. Il sera exempt de toute 
ce redevance, comme je l'ai ordonné. Voici des prairies, de la 
ce terre et de grands bois, des maisons (?) et des fontaines. » 

Puis le roi proclame Fragan gouverneur du pays et retourne 
à Is, sa capitale. 

Ce récit fait assez voir combien notre auteur connaissait 
mal son histoire de Bretagne. Mais qu'importe après tout 
qu'il n'ait pas su l'histoire: Nous excusons nos plus grands 
poètes tragiques de l'avoir volontairement oubliée ; serions- 
nous plus exigeants pour l'humble auteur de mystère ? 

Voilà donc Fragan en possession de ses nouveaux domaines 
et d'une dignité à laquelle il n'aurait pas osé prétendre. Un 
dernier événement vient le consoler de son exil : c'est la nais- 
sance du fils que Dieu lui avait promis et qu'il attendait im- 



248 P. Le Nestour. 

patiemment. Dès lors le nouveau-né va occuper à lui seul 
toute la scène. A peine est-il baptisé que l'Enfer tout entier 
s'agite. Satan, qui « frémit de colère » en songeant que cet 
enfant sera pour lui un ennemi redoutable, assemble ses dé- 
mons pour conjurer avec eux le péril dont il est menacé : 

« A moi, démons! s'écrie-t-il. Venez deux, trois, quatre! 
« Je suis fou de colère... Que sur tous les chemins courent 
«■ des démons, ennemis de Dieu. Je suis le vieux Satan, plein 
« de malice (?), votre roi. Apprenez bien de moi avec hon- 
« neur votre Maledicite et votre Confiteor. » 

Et il récite à ses démons, dans un latin maearonique des 
plus amusants, un credo sacrilège sur lequel il compte beau- 
coup pour combattre l'influence de Guénolé. 

C'est une scène fort curieuse que celle de cette infernale as- 
semblée. On y trouve pêle-mêle des allégories et des tirades 
de satire sociale qui rappellent la manière du Moyen-Age. Le 
style et la versification de ce morceau portent également la 
marque d'une époque reculée. Aussi ne serions-nous pas loin 
de penser que cette scène est plus ancienne que le reste du 
poème, empruntée peut-être à la Vie de saint Guénolé dont 
Le Pelletier possédait un exemplaire. Nous ne nous y arrêtons 
pas : on la retrouve dans le Mystère publié par M. Luzel, 
avec cette différence que dans ce dernier ouvrage le style et la 
versification ont été complètement rajeunis. 

La lutte s'engage donc dès la naissance de Guénolé entre 
l'Enfer et lui, lutte sans merci, qui se prolongera jusqu'à la 
mort du saint, mais dont celui-ci sortira vainqueur, grâce à 
sa piété et à sa fermeté d'âme. La protection divine ne lui fait 
d'ailleurs jamais défaut. L'enfant n'a pas encore quitté l'école 
que Dieu a déjà fait pour lui un premier miracle. 

Fragan avait rêvé de faire de son fils un chevalier vaillant et 
redouté, le « champion à la guerre » de toute la Bretagne. 
Mais Dieu, qui avait d'autres vues sur Guénolé, ordonna à 
Fragan de confier l'éducation de son fils au saint homme 
Budoc, dont l'école était alors en grand renom. Un jour que 
Budoc s'était retiré dans la solitude pour y prier, deux de ses 
élèves, vrais Bretons indisciplinés et batailleurs, se prirent à 
lutter, malgré la défense de leur maître. Leur désobéissance 



Vie de saint Guénolé. 249 

devait être cruellement punie : au plus fort de la lutte, l'un 
d'eux tomba si malheureusement qu'il se brisa la jambe. Hur- 
lements de douleur du blessé, désespoir de ses camarades, qui 
redoutent le « fouet » de Budoc. Mais Guénolé est là qui les 
rassure : « Priez Dieu et la Vierge, leur dit-il, et ne voyez 
pas plus loin. » Puis, se jetant à genoux : 

« Seigneur Dieu, s'écrie-t-il, vous avez créé tout ce qu'il y a 
« en ce monde, vous avez souffert les plus grands maux pour 
« racheter les pécheurs par votre passion et votre mort. Votre 
« amour a été grand pour notre rédemption. Faites marcher 
« ce malheureux, qui est infirme, hélas ! Par les mérites de 
« votre mort, Dieu puissant, nous vous en supplions. Prenez 
« pitié de nous et exaucez notre prière. Grands et petits, nous 
« vous le demandons, ô Dieu souverain. » Puis se tournant 
vers le blessé : « Donne-moi ta main gauche et lève-toi. Au 
nom du Père, du Fils et de l'Esprit Saint, lève-toi, viens. » 

Et le blessé se lève et marche. 

Ainsi commence toute une série de miracles sur lesquels 
nous nous en voudrions d'insister. Le récit en deviendrait ra- 
pidement fastidieux. On les trouve d'ailleurs racontés tout au 
long dans la Vie de saint Guénolé que nous a transmise le 
cartulaire de Landévennec. 

Notre auteur a bien senti qu'une succession ininterrompue 
de miracles renouvelés des Evangiles, guérisons d'aveugles, de 
paralytiques, résurrections de morts, ne tarderait pas à pa- 
raître monotone. Il a compris qu'il lui fallait jeter un peu de 
variété dans cette partie de sa pièce, et cette variété il l'a de- 
mandée à quelques scènes comiques, à des apparitions de dé- 
mons, enfin au récit du sacre de Guénolé et de la fondation 
de son abbaye à Landévennec. Nous n'oserions prétendre 
qu'il ait toujours atteint le but qu'il se proposait. Malgré tous 
les efforts du poète, cette partie du mystère risquerait d'être 
trouvée bien longue par des lecteurs modernes. Ils n'en ju- 
geaient peut-être pas ainsi les spectateurs simples et croyants 
devant qui fut représentée cette Vie de saint Guénolé. Ils du- 
rent, bien au contraire, se complaire grandement au spectacle 
de toutes ces pieuses merveilles. 

Hâtons-nous d'ajouter que, malgré bien des longueurs, se 



2^0 P. Le Nestour. 

dégage même aujourd'hui de ces peintures naïves d'une fer- 
veur d'un autre âge je ne sais quelle impression de grandeur 
qui nous charme encore. La figure de ce saint, qui passe à 
travers le monde en faisant bénir partout le nom de Dieu, est 
belle malgré son uniforme simplicité. Elle l'est à la façon de 
ces images pieuses du Moyen-Age, si majestueuses dans leur 
extatique raideur. 

■ Qu'on se rassure d'ailleurs : si toute cette première journée 
de notre mystère manque un peu de mouvement et de vie, 
on n'en saurait dire autant de la seconde. Le poète a fermé 
pendant quelque temps le cartulaire de Landévennec qu'il 
avait eu jusque-là sous les yeux, et ne s'est plus inspiré que 
de sa propre imagination. 

Dans la première partie de son œuvre il avait tout sacrifié à 
sa piété et à celle de son public. Mais si le sentiment religieux 
tient une grande place dans l'âme bretonne, il ne l'occupe pas 
tout entière. Le Breton naît batailleur ; il a la passion des 
combats. Aujourd'hui encore il n'est guère de grand pardon 
qui ne se termine par des mêlées sanglantes, et plus d'un pè- 
lerin s'en retourne chez lui les membres brisés ou la tête 
fendue. La seconde journée de notre mystère était bien laite 
assurément pour plaire à ces Bretons querelleurs. On n'y 
entend guère parler que de luttes et de massacres. Deux 
armées s'y livrent sous les yeux des spectateurs une bataille 
digne des temps épiques. Seule la grande figure de Guénolé se 
dresse tranquille et sereine au-dessus de cette scène agitée. 
C'est elle qui ramène le calme après ces tempêtes et qui rend à 
la fin du Mystère ce caractère religieux qu'elle avait déjà donné 
à la première journée. 

« Je suis un roi généreux, opulent, redouté dans toutes les 
« provinces qui sont au monde en long et en large. Grâce à 
« ma vaillance et à mon cœur partout on tremble devant 
« moi. Je suis le roi de Barbarie. Il n'est pas de royaume 
« aussi beau que le mien ni aussi bien pourvu en guerriers 
« vaillants. On ne trouverait pas sous les astres du ciel un 
« homme assez audacieux pour me résister. J'ai des princes 
« valeureux qui sont toujours à mes ordres, des soldats coura- 
« geux et de nombreux capitaines. » 



Vie de saint Guénolé. 2 s 1 

C'est ainsi que se présente le « Roi barbare » dont notre au- 
teur a oublié de nous donner le nom. Ce redoutable person- 
nage déclare que, lassé de voir ses dieux reniés et maudits par 
les Chrétiens, il veut exterminer les ennemis de sa foi. Le 
conseil en est pris : il va faire la guerre à Grallon. Il ordonne 
à ses vassaux de se rassembler en armes sous sa bannière. 
Tous, depuis le connétable jusqu'au dernier soldat, lui prêtent 
serment de fidélité et jurent de détruire la race maudite des 
Bretons chrétiens. On envoie un messager à Grallon pour le 
défier, lui et ses sujets. 

« Grallon, roi des Bretons, dit le héraut, je suis envoyé ici 
« par les gens de Normandie 1 pour vous défier. Mettez-vous, 
« si vous le voulez, en ordre de combat. Cinq ducs, cent 
« comtes vaillants et nombre de soldats sans tarder longtemps 
« viendront ici vous voir. Toute votre puissance ne peut rien 
« contre eux: il vous faudra vous rendre. Ils sont cent mille 
« soldats en armes. Prenez garde : ils sont grandement irri- 
te tés. » — « Dis au chien sans baptême, réplique fièrement 
« Grallon, que je lui réponds sans peur. Je le défie hardi- 
ce ment et ne le crains pas. » 

Puis, sans perdre de temps, il mande son « cousin bien- 
aimé » Fragan, gouverneur de Léon, auquel il confie le com- 
mandement de son année. Fragan assemble la noblesse bre- 
tonne. Celle-ci n'est pas. médiocrement effrayée en songeant 
qu'il lui va falloir combattre de si redoutables ennemis. Mais 
Guénolé paraît et sa présence raffermit les courages ébranlés. 
Il exhorte les siens à la vaillance et leur indique les dispositions 
à prendre pour le combat. « Les Barbares, dit-il, viendront par 
« mer. Laissez-les débarquer et choisir leurs positions de ba- 
«. taille. Puis, au nom de Jésus, courez tous sur eux pour les 
« détruire. » 

Les Païens débarquent, en effet, plus fiers et plus résolus 
que jamais. Les deux armées vont en venir aux mains. Mais 
avant le moment- fatal Guénolé est encore là. Il adresse aux 



1. Les Païens, on le voit, sont des Normands. Il semble que rauteur de 
notre mystère ait eu connaissance de l'invasion normande qui, au xi° siècle, 
compromit l'existence même de la Bretagne. 



2 5 2 P. Le Nestour. 

siens les derniers encouragements, et à Dieu une suprême 
prière au nom de toute l'armée chrétienne à genoux sur le 
champ de bataille. 

« Marchez hardiment, gens vaillants, s'écrie le saint. Avez 
« confiance en Dieu... Vous triompherez, croyez-moi, au nom 
« du Roi du Ciel. Jetez-vous tous à genoux; que chacun fasse 
« sa prière. De mon côté, je prierai Jésus, notre capitaine. » 
Ils se mettent tous à genoux. Guénolé continue: 

« Seigneur, qui avez créé le monde, aujourd'hui écoutez nos 
« prières, par amour pour votre peuple, que vous avez racheté 
« de votre sang et de vos souffrances. O Dieu souverain, 
« exaucez Guénolé, qui vous implore pour vos enfants. Hélas! 
« Seigneur, voici les Bretons en danger de mort. Abaissez les 
« yeux sur eux pour leur donner la victoire et les fortifier dans 
« votre foi. Mon Dieu, mon Jésus, donnez-nous la force et le 
« courage de fouler aux pieds les idoles pour que l'on vous 
« rende toute la gloire, tout le respect et tout l'honneur qui 
« sont dus au Créateur du ciel et de la terre. » 

N'est-ce pas un beau spectacle que celui de toute cette 
armée d genoux sur le champ de bataille, implorant le Dieu 
pour lequel elle va verser son sang ? Toute cette scène fait 
songer à certains des plus beaux morceaux de nos vieilles 
chansons de gestes. Ces guerriers bretons rappellent étran- 
gement les vingt mille braves qui entourent Roland à Ron- 
cevaux et qui luttent, eux aussi, contre les Païens, toujours 
plus nombreux et plus forts. Mais, plus heureux que les che- 
valiers Français, les héros Bretons verront leur foi et leur 
vaillance récompensées par la victoire. La bataille se livre 
bientôt, en effet ; les Barbares sont exterminés malgré leur 
nombre et leur audace. Les Bretons, à genoux, entonnent un 
Te Deum de reconnaissance au milieu des cadavres de leurs 
ennemis, et le premier acte de la seconde journée se termine 
sur ce triomphe de la valeur et de la foi bretonnes. 

Au début du second acte de la deuxième journée, nous 
sommes à Is, la capitale du roi Grallon. Celui-ci, à la nou- 
velle de la victoire, mande en toute hâte Fragan et Guénolé, 
et pour leur témoigner sa reconnaissance, il leur offre des ri- 
chesses et des titres de noblesse. Mais Guénolé refuse tous ces 



Vie de saint Guénolé. 2 5 3 

honneurs. Il fait fi des richesses et n'a d'amour que pour Dieu. 
C'est la passion des biens terrestres qui a fait de Grallon un roi 
impie et de son peuple d'Is un peuple criminel. Puisse le roi ne 
pas marcher plus longtemps sur le « chemin de l'Enfer » ! 
Grallon, touché des conseils de son neveu, promet de prendre 
une voie meilleure et prie Guénolé d'aller prêcher son peuple. 

Nous ne nous attendions guère, il faut l'avouer, à voir 
Grallon et ses sujets si impies, non plus qu'à assister à une si 
rapide conversion. Mais toute cette scène, qui nous surprend 
tout d'abord, était nécessaire pour amener la légende de la 
destruction d'Is, qui occupe une partie du dernier acte. Gué- 
nolé va évangéliser la ville criminelle. Mais ses sermons ne 
convertissent personne. Le saint, irrité, attire sur Is la colère 
du Ciel. La ville est engloutie par les flots. Tous ses habitants 
périssent. Seul, Grallon échappe à la destruction générale, 
grâce à Guénolé, qui l'arrache à grand'peine à la mer enva- 
hissante. Toute cette légende de la destruction d'Is est trop 
connue pour que nous nous y arrêtions. Cette partie du poème 
est d'ailleurs moins intéressante que les scènes correspon- 
dantes du mystère publié par M. Luzel, où nous trouvons 
une peinture fort animée de la débauche et des crimes qui ont 
attiré sur Is la colère de Dieu. 

Après le récit de la destruction d'Is, notre auteur, dont l'acte 
précédent avait sans doute épuisé l'imagination, a rouvert son 
Cartulaire de Landévennec et l'a suivi pas à pas à travers une 
nouvelle série de miracles qui a le tort de rappeler trop la 
première journée du mystère. 

Mais la fin de Guénolé est proche. Un ange vient annoncer 
au saint qu'en récompense de toutes ses vertus Dieu lui a ré- 
servé une place dans le Ciel et qu'il ait à se préparer à bien 
mourir. Guénolé assemble une dernière fois ses disciples pour 
leur annoncer sa mort prochaine et leur adresser l'adieu su- 
prême. Puis, revêtu de ses ornements sacerdotaux, il monte à 
l'autel pour dire sa dernière messe. C'est là qu'il meurt entre 
les bras de ses disciples, comme un général à son poste de ba- 
taille au milieu de ses soldats. 

Ainsi se termine notre Vie de saint Guénolé. Nous n'avons 
nullement cherché à en dissimuler les imperfections. Ce mys- 



254 P- Le Nestour. 

tère assurément n'est pas un chef-d'œuvre; il a pourtant son 
intérêt. Il possède à nos yeux deux avantages : le premier est 
de ne pas ressembler à la plupart des mystères bretons qui nous 
restent, traductions ou imitations de vieux mystères français, 
et de constituer une œuvre essentiellement bretonne tant par 
son sujet que par la manière dont ce sujet a été traité. 

Le second de ses mérites est son antiquité relative. 

•Nous ne pensons pas que ce mystère soit celui dont Le 
Pelletier avait une copie de 1580. Nous nous sommes en effet 
reporté aux fragments de la Vie de saint Gucnolé cités par le 
savant bénédictin l . Il n'est pas un de ces fragments, que nous 
reproduirons plus tard, qui ne puisse trouver place dans une des 
scènes de notre poème. Mais nous n'avons pu retrouver dans 
celui-ci aucun des vers cités par Le Pelletier. Quoi qu'il en soit, 
notre Vie de saint Guénolé est une œuvre relativement ancienne. 
Le manuscrit que possède la Bibliothèque Nationale n'est que 
de 1767. On y lit en effet: « Ce livre apartien à moy, Yves 
Balcon de Camlez, fait ce jour 15 octobre 1770 », et à la fin 
du mystère : « fait en mil sept cent soixante sept, commencé 
à écrire le 3 novembre » . Mais il est aisé de reconnaître à la 
structure, à l'orthographe et surtout à la versification de ce 
mystère que le manuscrit de la Bibliothèque Nationale n'est 
que la copie d'un original beaucoup plus ancien. 

Sa structure, on l'a vu, est celle de nos plus vieux drames, 
avec sa division en journées, ses prologues et ses épilogues. 

Le manuscrit date d'une époque où la réforme orthogra- 
phique du Père Mannoir était depuis longtemps le plus sou- 
vent adoptée, où, par conséquent, les mutations des consonnes 
initiales se représentaient déjà graphiquement. Pourtant, dans 
notre manuscrit, les règles de ces mutations ne sont guère ob- 
servées que dans la moitié des cas. On en pourrrait peut-être 
conclure que le copiste a reproduit un texte sur lequel les 
mutations initiales n'étaient pas indiquées. Il aurait voulu ré- 
former l'orthographe de ce texte d'après la méthode nouvelle 
et aurait écrit la moitié environ des mutations initiales. C'est 



1 . Voir de La Villcmarqué, Bulletin de la Société archéologique du Finis- 
tère, t. XV, 1888. 



Vie de saint Guénolé. 2 $ $ 

par négligence, par un de ces oublis communs à ceux qui cor- 
rigent un texte, qu'il aurait laissé l'autre moitié des muta- 
tions sans les transcrire. 

Mais ce qui prouve d'une manière beaucoup plus certaine 
l'antiquité de notre mystère, c'est le système de versification 
d'après lequel les vers en ont été construits. 

Dans les vers bretons les plus anciens, la versification ne 
repose pas uniquement, on le sait, comme celle des poèmes 
modernes, sur la rime finale et le nombre des syllabes. Il est 
une chose' que les poètes bretons négligent complètement 
aujourd'hui, mais qu'ils recherchaient autrefois avec le plus 
grand soin : ce sont les rimes internes. Pour qu'un vers fût bon, 
il fallait qu'il renfermât un certain nombre de syllabes asso- 
nant entre elles. Ce principe, qui compliquait beaucoup la ver- 
sification, a trop souvent amené les poètes bretons à remplir 
leurs vers de chevilles, à sacrifier le fond à la forme. Mais cette 
répétition d'un même son à l'intérieur du vers n'était pas sans 
harmonie. Elle n'avait le plus souvent rien de monotone, car 
le poète se réservait en général une assez grande liberté dans 
le choix de la place et du nombre des syllabes assonantes. Ce 
svstème savant de versification ne s'est guère conservé au delà 
de la première moitié du xvn e siècle. Dès lors, en effet, les 
poètes bretons se mettent à copier plus exactement la forme 
du vers français. Notre Vit de saint Guénolé a dû être composée 
tout entière d'après ce système ancien de versification. 

Dans un très grand nombre de vers nous retrouvons encore 
des traces évidentes du procédé primitif. Beaucoup de ces 
vers, assurément, sont altérés. Un grand nombre n'offrent 
plus de traces de ces rimes internes. Beaucoup n'ont conservé 
que deux assonances. Mais on ne peut guère admettre que 
ces assonances n'aient pas été voulues : elles se rencontrent 
toujours à des places déterminées. Tantôt c'est la syllabe finale 
du premier hémistiche qui assone avec la huitième ou la 
neuvième syllabe" du vers, comme dans les exemples suivants : 

Panavert da ambrour, boet croug es rodello. — 
A hui, guerches Vari, ma spi a ma study. — 
Red eo d'in tesq«//î da veu/m nos ha de. — ■ 



2 $6 P. Le Nestour. 

Tantôt, et c'est le cas le plus fréquent, elle assonne avec 
l'avant-dernière syllabe du vers. 

Ac enny dé a nos certen e reparan. — 

Prest eo sûr dre amburh ho lesen dis/rw/et. — 

Simoni, ma merch vad, a roïs d'ar preWet. — 

Nous avons enfin retrouvé un nombre de vers assez impor- 
tant où les assonances sont plus fréquentes et où le système 
de versification apparaît avec netteté. Dans ces vers, la sixième 
syllabe assonne régulièrement à la fois avec la huitième ou la 
neuvième et avec la onzième syllabe : 

Chetu m'en en gla/W d'an douar discaret. — 
Autro Doue an Tat, hui so mat dreist natur. — 
Unan a guelan fa/7 ac un ail so dalht. — 
Evit an tri laer man a so an diancs. — 
Me so sot, me so dall, RWoaï, a ne ballan. — 
D'ach hui e tiscoan breman ma paour/z;zte. — 
Disquet i d'an dut vat en pep stat nos a de. — 
Usur, ma merch jolis a rots d'ar vourMrien. — 
Te veo prins guirio//, mignon, d'ar gioutoni. — Etc. 



ACTE II. 

Scène V. 

Le Boiteux entre. 

Allas ! me a so cam ! Me so stang gant anquen ! 
Ne allan flach cammet ; ne cafen den d'atn ren : 
Contraignet [on] certen da vervel er plas man. 
N'em eus tam da dibrin, aa querset ne allan. 

Ma vige beo ma phriet, so neve intérêt, 
Me voa sur a cher vat, a sicour da querset : 
Me crigne ar pout yot pa voa em compagnon[es:] 
Me voa joaus ma fas, n'em boa nep dienes. 



Vie de saint Guénolé. 2 $ 7 

Il est évidemment impossible d'admettre que ces asso- 
nances soient dues à un simple hasard. Aussi ne croyons-nous 
pas qu'il soit téméraire de le prétendre : elles suffisent à 
prouver que notre mystère remonte à la première moitié du 
xvn e siècle. On peut même fixer à sa composition une date 
plus ancienne si l'on veut tenir compte des altérations évi- 
dentes qu'il a subies. Sans parler des vers où nous ne retrou- 
vons plus les rimes internes, mais où il serait facile de les réta- 
blir en remplaçant certains mots français par les mots bretons 
qui les traduisent, il est un nombre assez grand de passages 
où le texte n'a pas été copié fidèlement parce que l'auteur du 
manuscrit ne comprenait plus le sens des mots qu'il avait 
sous les yeux. 

Mais nous ne pouvons tirer de ces considérations que des 
hypothèses plus ou moins vraisemblables. Nous croyons pou- 
voir dire avec certitude que la Vie de saint Guénolé que nous 
avons étudiée ici a été composée au plus tard vers l'année 1650. 

La scène que nous en publions est tirée du second acte de 
la première journée. C'est incontestablement la plus gaie du 
mystère. Nous laissons au lecteur le soin d'apprécier le goût 
de certaines plaisanteries que nous n'avons pas cru pouvoir 
nous dispenser de traduire fidèlement. 



Le Boiteux entre. 

Hélas! je suis boiteux, je suis accablé de douleur. 

Je ne puis faire un pas et je ne trouve personne pour me conduire. 

Je suis sans doute condamné à mourir ici. 

Je n'ai rien à manger, et je ne peux pas marcher. 

Ah ! si j'avais encore ma femme, qui est nouvellement enterrée! ! 

J'étais sûr de trouver bonne chère et secours pour marcher, 

Je mangeais le gratin du pot à bouillie, quand ma femme était en macom- 

Mon visage était joyeux; je ne connaissais pas la misère. [pagnie. 



258 P. Le Nestour. 

Bepret enne godel e vige pep sort mat, 
Bara, crampoes a yot, ac esquern da crignat, 
A pa vanque a[l] lart da ober ar souben 
E queten bepret stag ous e hotillionen. 
Coulsan pourveres ameus sivoas! collet! 
Achu eo ma bue gant glahar a regret. 
Pa ario an nos, ne on pellech logan: 
Aman en creis an hent breman e reposan. 
Ma vige beo flejou e voa d'in pourveet : 
Ur guele var ben nos d'imp on daou da cousquet : 
Evit plous mat a foen bepret bep nos on be ; 
Aisetoch eneum caten evit prins na roue ; 
[Ar guele voa dister, mes ar plous ac ar foen] ' 
A rentay ur hoes vat, agreabl da pep den, 
A soulage ma hallon pep heur durant an nos, 
Gand odeur * ar guevallen a voa stag ous e bros. 
Neuse a pep tu d'imp courtinet on guele 
Gant ar goenat queuneut a pep sort vanité. 
Pa deuan da songal era amser tremennet, 
Ac em biny presant, era hiny da donnet, 
Ma hallon a ma ners a fatic a ma langaich... 
Me ya em varivel, mar gallan, eneum flaig. 

L'Aveugle entre. 

Le Boiteux parle et continue. 

Piou eo a quers ase? Men sant anter cousquet. 
Guel neun a ra meurbet couls a me a querset. 
Me gret a en guellet eo dal an den man. 
Ep tardan me voelo. E teu voar an tu man. 

Ma car ma hariguellat bete Landevenec 
Evit cafet îehet me ancoay ma groec 
Ma hallemp eneum cafet gant an abat Guenole, 
E vemp lamet a poan gantan, dre gras Doue. 

L'Aveugle dit. 

Piou a ententan me o coms a Guenole? 
Me so en eur poan vras d'e cafet, dre ma fc. 

1 . Ce vers n'est pas de la même écriture que le reste du mystère, auquel 
il semble avoir été ajouté à une époque récente pour réparer une omission 
du premier copiste. 

2. Le texte porte ardeur ; nous n'avons pas cru devoir conserver ce mot, 
absolument impropre ici. 



Vie de saint Guénolé. 



259 



Dans son sac il y aurait toujours toutes sortes de bonnes choses: 

Du pain, des crêpes, de la bouillie, des os à roucher, 

Et si la graisse manquait pour faire la soupe, 

J'en trouverais toujours de collée à ses cotillons. 

L'excellente, l'incomparable pourvoyeuse que j'ai perdue ! 

Ma vie se termine dans l'affliction et le regret. 

Quand vient la nuit, je ne sais où me loger : 

Pour le moment, je me repose ici, au milieu du chemin. 

Ah ! si elle vivait encore ! Nous trouvions toujours des lits : 

Oui. un lit pour la nuit, pour y "dormir tous deux. 

Pour de bonne paille et du foin, toujours nous en aurions pour la nuit. 

Je me trouvais alors plus à l'aise qu'un prince et qu'un roi. 

Le lit n'était pas riche, mais la paille et le foin 

Exhalaient un parfum des plus agréables 

Et soulageaient mon cœur à chaque heure de la nuit. 

Ajoutez à cela l'odeur de soupe dont était imprégnée sa robe, 

Alors notre lit avait pour courtines de tous côtés 

Une . . . . ' de bois de toute sorte de vanité. 

Quand je me prends à songer au temps passé, 

Au présent, et à l'avenir, 

Mon cœur et ma force défaillent, je perds la parole. 

Je vais dans ma brouette, si je le puis, en me traînant. 

L'aveugle entre. 

Le Boiteux parle et continue. 

Qui est celui qui va là? Je sens sa présence, bien que je sois à moitié en- 

II marche beaucoup mieux que moi. [dormi. 

Il me semble, à le voir, que cet homme est aveugle. 

Sans tarder je le saurai, car il vient de ce côté. 

S'il veut me traîner dans ma brouette jusqu'à Landevennec, 

Pour que j'y trouve la santé, j'oublierai ma femme. 

Si je pouvais rencontrer l'abbé Guénolé, 

Il me tirerait de peine, par la grâce de Dieu. 

L'Aveugle dit. 
Qui est-ce que j'entends parler de Guénolé? 
Je suis en grande peine de le trouver, par ma foi. 



i . Nous n'avons pu comprendre ni trouver nulle part le mot goenat. 



26o P. Le Nestour. 

Le Boiteux dit. 

Allas ma mignon coant, me so stang gant an anquen. 

Ne allan querset carnet, na cavet den d'am ren. 

Ma hallen cavet eur re en deve charité 

Am sicoure da vonet bette an abat Guenole 

Evellasse d'am mempro so pel so en anquen ! 

Pan deo maro ma phriet, n'em eus den d'am souten. 

L'Aveugle dit. 

Me so sot, me so dal, Rivoal, a ne hallan, 
Evel ma aprechant, guelet ma lient quentan. 
M'am be ar sclerigen certen diant Doue, 
M'es casse te a me da vellet Guenole. 

Le Boiteux J dit. 

M'es quelenno, ma car, a na ve quet dicc. 
Quemer scan da travel ma hravas rodellec. 
Enny te am casso dreist ar poullado dour, 
Var boesic ma diou vrech, on daou d'en um sicour. 

Pan out dal te querzo, a me as instruo 
Dîmes ma rodello ahan tro var zro : 
Bette Landevennec nin en eum rento on daou, 
Rac me as quelenno da vont dre an hinchou. 
Nebon, mes quelenno, nés po nemert sentin, 
Croc prout er gariguel, groa doustadic ouin. 

L'Aveugle dit. 

Certen ferai, ma mignon, me a so coûtant bras 
Er rin ma assistans d'es sicour en pep plas. 
Mar queres rain anseign dre da comso bepret, 
M'es renno dre an hincho gant enor a respet. 
Mes quentan eo ret, Rivoal, mar permettet, 
Er gravas rodellec ma veet ayreet : 
Ret eo o accomodin enny a fesson vat : 
Me ho laccay a het, hep grevin o taou troat. 
Mar teuet da coean, e hallet beau blesset, 
An hinchou a so rust, ma na ve amarret. 



i. Le texte porte Le Manchot, et ce lapsus calami a été plusieurs fois ré- 
pété dans le reste de la scène. 



Vie de saint Guénolé. 26 1 

Le Boiteux dit. 
Hélas, mon cher ami, je suis accablé de douleur. 
Je ne puis faire un pas, ni trouver personne pour me conduire. 
Ah ! si je pouvais rencontrer quelqu'un qui eût la charité 
De me secourir pour aller jusqu'à l'abbé Guénolé, [lades ! 

Lui demander la guérison de mes membres, qui sont depuis longtemps ma- 
Maintenant que ma femme est morte, je n'ai personne pour me soutenir. 

L'Aveugle dit. 

J'en suis incapable, je suis aveugle, Rivoal, et je ne puis, 
D'aussi près que je regarde, reconnaître mon chemin. 
Certes, si Dieu m'avait donné de voir, 
Je t'amènerais avec moi jusqu'à Guénolé. 

Le Boiteux dit. 

Je t'apprendrai, mon cher, et ce ne sera pas long. 

Prends légèrement ton fardeau, ma brouette, 

Tu m'y porteras par-dessus les flaques d'eau. 

Je me soutiendrai de mes deux bras ; nous nous entr'aiderons. 

Puisque tu es aveugle, tu marcheras, et je te conduirai 

Du haut de ma brouette, à travers le pays. 

Nous nous rendrons tous deux à Landévennec, 

Car je t'apprendrai à aller par les chemins. 

Ne crains rien, je te dirigerai, tu n'auras qu'à m'obéir. 

Prends vite la brouette. Va doucement pour moi. 

L'Aveugle dit. 

Assurément, mon cher, je suis très content 

De te prêter assistance en tous lieux. 

Si tu veux me guider sans cesse par la parole, 

Je te mènerai par les chemins avec honneur et respect. 

Mais d'abord il faudra, Rivoal, si vous le permettez, 

Que vous soyez attaché à la brouette. 

Il faudra vous y installer à l'aise. 

Je vous y coucherai sans blesser vos pieds. 

Si vous veniez à tomber, vous pourriez vous faire mal, 

Si vous n'étiez attaché, car les routes sont dures. 



Revue Celtique, XV. 18 



262 P. Le Nestour. 

Le Boiteux dit. 

Delch cbars en avel vis, bepret e avisi : 
Ractal en creis da fas en remarqui. 
Et courant ous an traon. Evit commansamant 
On eus heut dereat, a so d'imp aisamant. 
Olla var da goregues ! Ari orap er bouillen 
Holla! hoas eur veach! Dalch ar gangue! ton. 
Me cret, herve vellan, o heus hoant da teri 
Ma gouzouc a ma corf, quent evit monet dy. 
Cos sot, tra didalve, hars ar hravas se ten. 
Certen, em ber terraen te am tollo e len. 
Depeg a distro, a retorn alesse, 
Pe ezomp miserabl, certen, a te a me. 

L'Aveugle dit. 

Mogré d'ar sot billitr! Me so stang gant anquen. 
Mar am folles nemeur, m'es tollo er bouillen, 
Da terrin da gouzouc pe da vean lahet. 
Re a commanderes a gafan so guenot. 
Lavar d'in pe voar tu, pot fal, eo da study ! 
A coms a fessou vat pe voar tu monet dy ? 

Le Boiteux dit. 

Derhel en avel vis ameus d'it lavaret, 
Ac e eo er coutrel e teus an quemeret... 
E coean er voes man, ma na loquet cves 
Michans dal, ignorant. Paoues cren a ma les. 

L'Aveugle dit. 

Ne ran fors a avel na nep sort goabrenno[u] : 

Ma quellen faciloch, cos tortu, tat al laou. 

A clen ac a deou eo d'it lavaret d'in 

Distrein ar gariguel, na pe voar tue hin; 

Rac evit coms d'ime dimes a avel vis, 

Ne roes netra tout nemert crignat sottis. 

Pan deo dindan da teot, lav[ar] d'in comso pront; 

Evit gloriustet na caffes tam da cont. 

Le Boiteux dit. 

Sent ouin, ma den quer, ha mes croay dibreder : 
Em fe da den ouest, me ray d'it cals a cher, 



Vie de saint Guénolê. 263 

Le Boiteux dit. 

Tiens-toi au vent du Nord-Est. Fais-y toujours bien attention: 

Fais en sorte qu'il te souffle au milieu du visage. 

Descends en courant. Pour commencer 

Nous avons un chemin commode et agréable. 

Holà ! va doucement ! Nous voilà dans la boue. 

Holà encore une fois ! Retiens bien la brouette. 

Je crois, à ce que je vois, que tu as envie de me briser 

Le cou et le corps avant que nous ne soyons là-bas. 

Vieil imbécile ! Propre à rien ! Arrête donc la brouette ! 

Avant longtemps, sans doute, tu me jetteras dans l'étang. 

Hâte-toi de détourner. Reviens ainsi. 

Nous sommes assurément bien malheureux toi et moi. 

L'Aveugle dit. 

Maudit soit le sot bélître ! Je suis accablé de douleur. 

Pour peu que tu m'affoles, je te jetterai dans la boue; 

Tu te casseras le cou et te tueras. 

Je trouve que tu me donnes trop d'ordres. 

Dis-moi, fou que tu es, de quel côté il faut que je me dirige, 

Et quand tu m'indiques le chemin, parle d'une façon convenable. 

Le Boiteux dit. 

Je t'ai dit de te tenir au vent du Nord-Est. 
C'est la direction opposée qu'il a prise. 
Je tombe cette fois, si tu n'y prends garde, 
Méchant aveugle, ignorant. Laisse-moi me reposer. 

L'Aveugle dit. 

Je me moque bien du vent et de tous les nuages. 

Instruis-moi mieux, vieillard tortu, père des poux. 

Il faut me dire de faire tourner la brouette 

A gauche, à droite, et m'indiquer de quel côté je dois aller. 

Pour me parler du vent du Nord-Est 

Tu ne fais que ronger des sottises. 

Quand tu as à dire quelque chose, dis-le vite 

Et ne viens pas faire le vantard. 

Le Boiteux dit. 

Obéis-moi, mon cher, et je te traiterai largement. 
Foi d'honnête homme, je te donnerai bonne chère. 



264 P. Le Nestour. 

A mar beet fallaer, disleal em audret, 
Te collo ar beutin a boas beau cannet. 
Sent en pep honestis, ha me ray d'it ur som, 
Ha gouin ru délicat, em fe, ous da ezom. 

L'Aveugle dit. 

Gorto hoas un nebeut, quen am beo clevet. 
Me cret ez eo pillât e teus te parlantet? 
Ne vo quet te, paour ques, a ouffe, a credan, 
Dre nep sort violans donnet, sur, d'am cannan. 

Guel vige d'it tevel... Me ray d'it quent ar fin, 
Goulen ou-in allies da vue evit gouin. 
Te coms a pillât den, ha te na oufes quet 
Remuin da vempro d'it, tra discoeltret. 

Le Boiteux dit. 

Pardon a houllenan, mar em eus d'ach comset 
Dimes a quement se, evel ma leveret. 
Me promet d'ah certen eo ep e songal 
Emeus an lavaret, rac ne deuran tam scandai. 

Nebon, quemer couraig, quent evit pen taer heur 
Nin veo quit a poan a dimeus on malleur, 
Ac as lacay quer meo gant guin, ma mignon coant, 
Er retorn ny danso, on daou, joaussamant. 
Me na vanquan james d'ar pes a me larret 
Na fâche quet re vuan : demp are un neubet. 

L'Aveugle dit. 

Mogré d'ar gariguel gant ara o vouiguiourat ! 
Terrin a ra ma fen, commans a ran fallat. 
Memeus aon ne torro gant ara o travel : 
Orib e ha buan. Mar hars nin yel a pel. 
Cepannant croget ferm bepret er costeyou : 
Lequet eves na dorre nepret an amarou... 

Pa promettes d'in guin a souben ar hol pour, 
Na vanquin birviquen, mar gallan, d'as sicour. 
Mes me veso quit a truaig ar chervat, 
Na pen quet, certen, ep quen un dinerat. 

Le Boiteux dit. 

Penos? Ac ober goab a res ahannonme? 
Na pei netra tout? Te vo eta ar roue? 



Vie de saint Guénolé. 265 

Si tu es faux et déloyal envers moi, 
Tu perdras la récompense, et de plus tu seras battu. 
Obéis-moi en toute honnêteté et je te donnerai de l'argent. 
Et du vin rouge délicat, par ma foi, autant que tu en voudras. 

L'Aveugle dit. 

Attends encore un peu, que j'aie bien compris. 

Je crois que tu as parlé de me battre. 

Ce n'est pas toi, pauvre malheureux, qui pourras, je crois, 

Me battre, quelque violence que tu essaies. 

Mieux vaudrait te taire. Je te ferai, à la fin, 

Me demander plus d'une fois de racheter ta vie pour du vin. 

Tu parles de battre les gens et tu ne saurais 

Remuer les membres, pauvre ébranché. 

Le Boiteux dit. 

Je vous demande pardon, si je vous ai parlé 

De la façon que vous me dites. 

Je vous assure, sans mentir, que c'est sans réflexion 

Que je l'ai dit, car je n'aime pas le scandale. 

Allons hardi ! prends courage : avant trois heures 

Nous serons hors de peine et de malheur. 

Et je t'enivrerai bien avec du vin, mon cher ami. 

En revenant nous danserons tous deux joyeusement. 

Moi, je ne manque jamais à ma parole. 

Ne te fâche pas trop vite. Allons encore un peu. 

L'Aveugle dit. 

Maudite soit la brouette avec ses grincements. 

Ma tête se brise, je commence à défaillir. 

J'ai peur que votre voiture ne se casse, tant elle crie. 

Elle est horrible et rapide. Si elle résiste, nous irons loin. 

Cependant, tenez toujours ferme dans les côtés. 

Veillez à ce que les amarres ne se brisent pas. 

Puisque vous me promettez du vin et de la soupe aux poireaux, 

Je ne manquerai pas, si je le puis, de vous secourir. 

Mais je n'aurai pas à" payer la bonne chère. 

Je ne paierai assurément pas un denier. 

Le Boiteux dit. 

Comment ! te moques-tu de moi ? 

Tu ne paieras rien ? Tu seras donc le roi ? 



266 P. Le Nestour. 

Gant quement diaoul so en puns an Iferniou, 
Ehues sur da guentan, ep quet laret ur gaou ; 
Bette un dinner bihan, te beo couls a men 
Evit da ol outraig, mar groes nep cher guenen. 
Panaverdon, cocquin, ne ouffes quet monet, 
Hoas eout arogant, ne ousout gras abet. 
Mar as pe, te peou drouc a mat vo d'as tent 
Allons ! que adare er fesson diagent. 

L'Aveugle dit. 

Ac evelse, den fal, el leveres te dime 
Goude quement a poan a soufran guenide ? 

Pa voan var lein ar mené, pa'm bige 

M'en boa toret da gouzouc. ha te en dour striqquet. 
Paneverdon, brema ahan nen dahes, 
Evit da oll outraig, ur cammet ne flaches : 
Panevert da ambrouc, boet croug es rodello, 
James n'en daes dy, roster, tat al laou. 
Ansave ar guirionme, mar guelles e cavet: 
Mam be hoant ahan ur pas ne flaches quet. 

Le Boiteux dit. 

Brigant! ep ma quellen, te a comso asc; 
Mastin, qui disleal, en dour te a veusfe 
Er reviero donnan, so ledan ha profond, 
A hoas, dal milliguet, e fel dit ober grond 
Carret ahanon ferai, certen, en pep termen, 
A dlefle, te vige reuseudic birviquen. 

L'Aveugle dit. 

Sel ar mastin mihiec, cheleo an ifrontet, 
Penos lie tiscour-an, ar marmous dipoellet. 
Ne credan quet, diot, ne ra avis d'ide 
Ez eo te am condu gant ar garigelse? 

Taou, nebon, mihiec, Janfoutre mellennec, 
Quent evit ma arrivin var dro Landevenec, 
Da que e (abourso, var dro e demeurans, 
Me raï d'it coms gant pep sort reverans : 
Men tou da den onest, truant, lavennec fal, 
Mes tisco var da goust da parlant en guis al, 
Rac mes tollo breman, te ha da gariguel, 
Er rivier man a het, que nouffes coms guel. 



Vie de saint Guénolé. 267 

Avec tous les diables qui sont dans le puits des Enfers 

Tu iras certainement tout d'abord, sans mentir, 

A un petit denier près tu paieras autant que moi 

Pour tous tes outrages, si tu fais bombance avec moi. 

Sans moi, coquin, tu ne pourrais aller, 

Et tu fais l'arrogant, tu ne me sais gré de rien. 

Si tu as le dîner, tu paieras, que ce soit bon ou mauvais pour tes dents. 

Allons, marche encore comme tout à l'heure. 

L'Aveugle dit. 

Et c'est ainsi, fou, que tu me parles, 

Après toute la peine que je me donne pour toi? 

Quand j'étais au haut de la côte, si je 'l'avais [voulu] 

Je t'aurais brisé le cou, et je t'eusse jeté dans l'eau. 

Sans moi, maintenant encore, tu ne partirais pas d'ici 

(Pour tous tes outrages:) tu ne peux faire un pas. 

Si je ne te conduisais dans ta brouette, gibier de potence, 

Jamais tu n'irais là-bas, rustre que tu es, père des poux. 

Avoue la vérité, si tu peux la reconnaître : 

Si j'en avais envie, tu ne saurais faire un pas hors d'ici. 

Le Boiteux dit. 

Brigand! Si je ne t'avais dirigé, parlerais-tu là? 

Mâtin, chien déloyal, tu serais dans l'eau, 

Dans la rivière. . . . qui est large et profonde. 

Et encore, aveugle maudit, tu as envie de faire du tapage ! 

Tu devrais bien m'aimer assurément de toute façon. 

[Sans .moi] tu serais malheureux à jamais. 

L'Aveugle dit. 

Voyez-moi ce mâtin morveux. Ecoutez l'effronté. 

Comme il parle, le singe pelé. 

Je ne crois pas, imbécile, que tu sois dans ton bon sens. 

C'est toi, dis-tu, qui m'as conduit avec cette brouette. 

Tais-toi donc, morveux, Jean-Foutre maudit. 

Avant d'arriver aux environs de Landévennec, 

Aux murs de ses faubourgs, auprès de ses demeures, 

Je te ferai parler avec toute sorte de respect. 

Foi d'honnête homme, truand, mauvais plaisant (?), 

Je t'apprendrai à tes dépens à parler d'autre sorte, 

Car je te jetterai maintenant avec ta brouette 

Dans cette rivière-ci, tout de ton long, pour t'apprendre à mieux parler. 



26S P. Le Nestour. 

Vattan, laer, que bars... Re a trous so guenet, 
Ef ur bannach dour dous da terren daschet. 

Le Boiteux dit. 

Fors a crian varnout! Chetu men drouc trelet 

Gant an dal disleal, den excommuniquet! 

Fors a ma ten ahan, pc me ray da crougan, 

Rac ezon o veuin. Ep dalle e varvan... 

N'em les pelloch aman, mastin : ma lam er mes... 

Te a vo crouguet, ac as po dienes. 

L'Aveugle dit. 

Lavar d'in a gallon : ar guin ha te peou 

Ep fotribinat fal a breman m'es tenno. 

A lavar guirionne ; ne deuran quet ar guevier, 

Rac ne arifes hoas en evelep afer. 

Ma na res, me bromet, aman te a vanno 

Sur, en despet d'as parou daouist piou am crougo. 

Le Boiteux dit. 

Jannic coant, ma nis hoec, groa d'in mont er mes, 
Ac em fe da intanve, me ray d'it ur prêt es : 
Evit gouin ha souben, bara goen avo, 
Q_uic mat a diservig, per mat ac avallo. 

Dépêche prout ma tennan eus an dour ac ar pry 
A so yen diremet, contrel d'am fantasy, 
Rac a gos beuet on ; panevert ma couraig. 
Ne oufen quet laret pelloch nep sort langaig. 

L'Aveugle dit. 

Deus er mes, en hanno Doue, pa promettes pean. 
Me fiou hoas ennout evit ar vitag man. 
Bette Landevennec demp on daou da yahat. 
Me veo fidel d'it mar am be coffat mat. 

Less an hardy aman : quent evit ma vanquen, 
M'es tougue var ma chouq, palamour d'ar guin guen, 
Mar am be eur peutrinat, que na renquin termal, 
Neuse te am cîevo o cannan cordial. 

Le Boiteux dit. 

Arry omp er voes man dirac Landevenec, 
Demp quentan ma ellomp dirac ar guir vellec. 



Vie de saint Guénolé. 269 

Va-t-en, voleur, va, tu fais trop de bruit. 
Bois un peu d'eau douce pour te casser la soif. 

Le Boiteux dit. 

A la force sur toi ! Me voilà maltraité 

Par l'aveugle déloyal, homme excommunié, 

A la force ! et tire-moi d'ici, ou je te ferai pendre. 

Je vais me noyer. Sans tarder je vais mourir, 

Ne me laisse pas plus longtemps ici, mâtin, fais-moi sortir. 

Tu seras pendu, et tu auras de la peine. 

L'Aveugle dit. 
Dis-moi franchement: tu paieras le vin? 

Parle sans mauvaise foi. S'il en doit être ainsi, je vais te tirer à l'instant. 
Ne mens pas (je n'aime pas les mensonges,) 
Si tu ne veux pas t'attirer de nouveau pareille histoire. 
Si tu ne le fais pas, je te le promets, tu [mourras ici] 
En dépit de tes amis, on verra qui me pendra. 

Le Boiteux dit. 

Mon cher petit Jean, mon tendre neveu, fais-moi sortir d'ici, 

Et, foi de veuf, je te donnerai un bon repas. 

Pour du vin, de la soupe, du pain blanc, il y en aura. 

Ainsi que de bonne viande et des desserts, de bonnes poires et des pommes. 

Hâte-toi de me tirer de l'eau et de la vase, 

Qui est horriblement froide et contraire à mon goût. 

Je suis à moitié noyé. Si je n'étais si courageux, 

Je ne pourrais dire un mot de plus. 

L'Aveugle dit. 

Sors, au nom de Dieu, puisque tu promets de payer. 
Je me fie encore à toi pour cette fois. 
Allons tous deux jusqu'à Landévennec pour nous guérir. 
Je te serai fidèle si je dois avoir le ventre bien plein. 
Laissons hardiment la brouette ici. Plutôt que de manquer, 
Je te porterais sur mes épaules, pour l'amour du vin blanc. 
Si mes poumons ne -me faisaient haleter, 
Tu m'entendrais chanter de bon cœur. 

Le Boiteux dit. 
Nous voici cette fois arrivés devant Landévennec. 
Allons d'abord si nous le pouvons devant le vrai prêtre. 



270 P. Le Nestour. 

Pa veomp antrect, eneum trincomp d'an daoulin 
Da adorin da guentan ar vajeste divin. 
A pedomp assambles an abat Guenole, 
Ma ray ennon andret bersut dre gras Doue. 



Vie de saint Guénolé. 271 



Puisque nous sommes entrés, jetons-nous à genonx 

Pour adorer tout d'abord la majesté divine. 

Et prions ensemble l'abbé Guénolé 

De faire pour nous un miracle par la grâce de Dieu. 



P. Le Nestour. 



THE PROSE TALES 

IN THE 

RENNES DINDSENCHAS 



The Dindsenchas is a collection of stories (senchasa), in 
Middle-Irish prose and verse, about the names of noteworthy 
places (dind I ) in Ireland — plains, mountains, ridges, cairns, 
lakes, rivers, fords, estuaries, islands, and so forth. And the 
Rennes Dindsenchas is a copy of this collection preserved in 
the library of Rennes in fF. 90-125 of the Irish MS. so fully 
and accurately described by M. Dottin in the Revue Celtique, 
XV, 79-91. The part of the codex which contuins the Dind- 
senchas was probably written in the fourteenth or fifteenth 
century ; but the collection may hâve been made in the ele- 
venth or the first half of the twelfth. Portions ofit may, to 
men of the second half of the nineteeth, seem silly or ob- 
scure. But its value to students of Irish folklore, romance (so- 
metimes called history) and topography lias long been recog- 
nised by compétent authorities, such as Pétrie, O'Donovan 
and Mr Alfred Nutt. Celtic philologists, also, will find in it 
some rare words and interesting forms, though the etyma 
with which it abounds are, as a rule, absurd. 

Six other copies of the Dindsenchas are known, viz. 
LL., the copy in the Lebar Laignech or Book of Leinster, a 



1. In Sg. 63 a 13 oppidum is glosscd by andind, wherc an is the neuter 
article: dind is cognate with the Old Norse tindr «spike, tooth, mountain- 
peak » A. S. tind, Old High German -int. 



The Rennes Dindsenchas. 273 

MS. of the middle of the twelfth century, ofwhich a lithogra- 
phie facsimile, in which some leaves are misplaeed, was pub- 
lished in 1880. Hère most the taies are told both in prose 
and verse. But the prose versions are scattered through pp. 30, 
159, 160 and 165-170, and the poems are in pp. 151-158, 
161-164 and 191-216. If, as seems likely, the taie about 
Emain Mâcha (edited in O'Curry's Lectures 526-528) is part 
of the Dindsenchas we may add, for the prose p. 20 and for 
the verse p. 2i a . 

BB., the copy in the Book of Ballymote, a vellum of the 
end of the fourteenth century, pp. 349-410 of the photographie 
facsimile published in 1887. A folio (which doubtless con- 
tained the articles Mag Lena, Clctech, Cerna, Cloenloch and 
Iraros) is missing after p. 406. 

H., the copy in H. 3. 3, a double-columned vellum in 
quarto, ff. 36, in the library of Trinity Collège, Dublin, 
written in the 1 5 th century. Page 70 is much faded and p. 72 
is illegible. 

Lee, the copy in the Book of Lecan, a MS. in the library 
of the Royal Irish Academy, pp. 461-525. This copy begins 
with the end of the article Dûn Gabail, and has therefore lost 
the introduction and the first twenty-two numbers. On the 
other hand, it contains twenty-four articles which are not in 
the Rennes MS. 

Bodl., the unfinished copy in the Bodleian MS. Rawl. 
B. 406, ff. 11-15. This contains only fifty-two articles, which 
hâve been printed, with translations and notes, in Folklore, 
vol. III, pp. 469-5 15. 

Ed., the imperfect copy in the Edinburgh MS. XVI Kilbride. 
This copy contains only fifty-five articles, of which the last 
twenty-two do not occur in Bodl., and were therefore printed, 
with translations and notes, in Folklore, vol. IV, pp. 473-492. 

Of thèse, the Rennes copy, BB., H. and Lee. belong to 
one recension, and LL., Bodl. and Ed. to another. 

There is, moreover, said to be a copy of the Dindsenchas 
in the Book of Hy-Maine 1 , one of the Stowe MSS. now in the 

I. See O'Reilly's Irish Writtrs, p. cxxiii. Pétrie (Ordnauce Survey of the 



274 Whitley Stokes. 

library of the Royal Irish Academy. Dr Kuno Meyer (Rev. 
Celt., XI, 436) has found copies of five of the taies in another 
of those MSS. now marked D. 4, 2. The articles S lige Dala 
and Di'tn Mâsc are found in Laud 610 (a MS. in the Bodleian) 
fo. 84 b . And the articles Loch Ce, Mag nDumach and Cnucha 
occur in Egerton 178 1 (a codex in the British Muséum), 
fo. 75 b , whence they hâve been edited in Folklore, IV, 

PP- 492-496- 

The Rennes copy (hereinafter denoted by R.) has lost a 
leaf between fo. 114 and fo. 115. Comparison with BB. and 
Lee. shews that this leaf contained the articles Loch Ri, Loch 
nErne, Ess Ruaid and Druim Cliab. In the following édition 
of the prose taies in R. thèse articles are supplied from Lee. 
The last page of R. is now illegible. It must hâve contained 
the articles Dùn mac Ncchtain Scène and Bile Tortan. Of thèse 
the former is supplied from Lee, with the various readings of 
LL. and BB. The latter, being wholly in verse, does not fall 
within the scope of the présent undertaking. 

This number of the Revue Celtique contains the introduction 
to the Dindsenchas and the first thirty-two articles. The 
number for October will contain articles 33-80. That for Ja- 
nuary 1895 will contain articles 81-130. If our Director thinks 
fit, I will edit in the Revue for April 1895, the twenty-four ar- 
ticles found in the Book of Lecan, but not in the Rennes ma- 
nuscript. Celtologues will then hâve ail, or nearly ail, the ma- 
terial available for the study of one of the most curious relies 
of mediaeval literature. 

W. S. 



County of Lonionderry, p. 223) mentions another vellum in Trinity Collège, 
written about the year 1 560 ior John O'Mulconry. 



The Rennes Dindknchas. 



2 75 



CONTENTS. 



Introduction, R. fo. 90* 1 

1 Temair, 90 a 1 
Dindgnai Temrach 90b 1 

2 Dumae n-Eirc, 92» 2 

3 Râith Esa, 92 b 1 

4 Dindgnai in Broga, 92 b 2 

5 Inbcr nAilbine, 93 b 1 

6 Ochonn Midi, 93b 2 

7 Mide, 94 a 2 

8 Druim Dairbrech, 94 1, 1 

9 Laigin, 94b 2 

10 Sliab Bladma, 94b 2 

11 Fid nGaible, 95 a 1 

12 Mag Lifi, 95» 2 

13 Berba, 95* 2 

14 Môin Gai Glaiss, 95b 1 

15 Fafaind, 95b 1 

16 Adarca Hua Failgi, 95b 2 

17 Aillend, 96 a 1 

18 Carman, 96» 2 

19 Bôand, 97a 1 

20 Nâs, 97 a 2 

21 Ceilbe, 97b 1 

22 Liamain, 97b 2 

23 Dûn Gabail, 98 11 2 

24 Belach nDuirgein, 98 1 ' 2 

25 Bairend Cermain, 98b 2 

26 Duiblind, 99-1 1 

27 Fornocht, 99 a 2 

28 Ath Cliath Cualann, 99b 1 

29 Benn Étair, 99b 2 

30 Dûn Crimthainn, ioo a 2 

31 Râith Cnâmrossa, ioo b 1 

32 Maistiu, ioi a 1 

33 Rôiriu, ioi a 2 

34 Mag Mugna, ioi a 2 

35 Belach Conglais, ioi l1 1 



36 Ath Fadat, ioi b 1 

37 Belach Gabrâin, io2 a 1 

38 Sliab Mairge, i02 a 1 

39 Ard Lemnachta, I02 a 2 

40 Loch Garman, i02 b 1 

41 Loch Dacaech, 103b 1 

42 Port Lairge, 103b 1 

43 MagRoigne, i04 a 1 

44 Mag Femin, I04 a 2 

45 Tond Clidna, 104b 1 

46 Carn hûi Néit, i05 a 1 

47 Crotta Cliach, I05 a 2 

48 Cenn Febrat, 105b 1 

49 Cenn Cuirrig, io6 a 1 

50 Temair Lûachra, io6 a 2 

51 Sliab Mis, io6 b 1 

52 Tipra Sengarman, ioô b 2 

53 Findglais, 107b 1 

54 Srub Brain, 107b 1 

55 Loch Léin, io8 a 1 

56 Carn Feradaig, io8 a 2 

57 Luimnech, io8 a 2 

58 SligeDala, 108b 2 

59 Sinann, 109b 1 

60 Sliab n-Echtga, no a 1 

61 Ath Cliath Medraigi, uo a 2 

62 Mag n-Aidne, no b 1 

63 Maenmag, no b 2 

64 Loch Dergderc, iu a 1 

65 Râith Crûachan, 1 1 i b i 

66 Ath Lûain, ii2 a 1 

67 Turloch Silinne, ii2 b 1 

68 Findloch Cera, ii2 b 2 

69 Mag nAi, H2 b 2 

70 Mag Mucraime, 113» 1 

71 Dumae Selga, 113^2 

72 Mag Luirg, 113b 2 



276 

73 Loch Néill, ii4 a 1 

74 Loch Con, 1 14» 1 

75 Loch nDcchet, ii4 a 2 

76 Mag Muirisc, ii4 b 1 

77 Coronn, 1 I4 b 2 

78 Carn Conaill, 1 14^ 2 
[79 Loch Ri, Lee. 499" 

80 Loch nÉrne, Lee. 498* 

81 ■ Ess Ruaid, Lee. 498b 

82 Druim Cliab, Lee. 497 b ] 

83 Neimthend, R. 115^ 1 

84 Dubthir, 1 1 5 a 1 

85 Mag Slecht, 115a 2 

86 Crechmael, 1 1 5 b 1 

87 Lia Nothain, 1 1 > b 2 

88 Carn Furbaidi, 1 i6 a 1 

89 Ard Fothaid, n6 a 2 

90 Mag nEtha, 1 i6 a 2 

91 Ailech, n6 b 1 

92 Carraic Leithderg, 117* 2 

93 Mag Coba, 117» 2 

94 Ard Maehae, 1 1 7 b 1 

95 Lecht Oenfir Aife, u8 a 1 

96 Carn Mail nô Carn Luigdech, 

n8 a 2 

97 Râith môr Maige Line, 1 1 S b 1 

98 Benn Boirche, u8 b 2 

99 Tailtiu, 119» 1 

100 Sliab Fuait, Ii9 b 2 

101 Sliab Callann, ii9 b 2 



Whitley Stokes. 



02 Sruthar Matha, 1 20 a 1 

03 Odba, i2o a 1 

04 Inber Cichmaine, i20 a 2 

05 Moin Tire Nair, i20 b 1 

06 Fich rnBûana, I20 b 1 

07 Loch Gabar, i20 b 2 

08 Lusmag, i20 b 2 

09 Benn Codoil, 12 i a 1 

10 Tlachtga, i2i a 1 

1 1 Mag Breg, i2i b 1 

12 Mag Lena, I2i b 2 

13 Odras, I22 a 1 

14 Cleitech, I22 b 1 

15 Cerna, i2 2 b 1 

16 Cloenloch, 123» 1 

17 Airarus, i23 a 1 

18 Mag Finnabrach, 123b 1 

19 Lia Lindgatain, 123 13 2 

20 Gairech, i23 b 2 

21 Luibnech, 124* 1 

22 Lecc Thollchind, i24 a 1 

23 Indber mBicni, i24 a 2 

24 Loch Sétna, I24 a 2 
«5 TrâigTuirbi, I24 b 1 

26 Bri Léith, i24 b 1 

27 Tethba, i24 b 2 

28 Loch Aindind, 125M 

29 Druim Suamaich, 125* 2 

[1 30 Dûn mac Nechtain Scène, Lee. 

522 a j 



The Rennes Dindsenchas. 277 



SR. fo. 90- 1 . 
ENCHAS DIND EREND INSO DORIGNE AMORGeilî mac Amhal- 
gha[da] in fili dona Déisib Temrach. Ba file sein Diair- 
mada mie Cearbaill. is é dorad dilges for Findtan mac Ldi- 
miach hi Temhraigh, dia mbài mordail ïer ri-Ermw im righ 
Temrach, im Diarmait mac Cerbaill 7 im Fland Febla mac 
Scandldin comarba Padraicc 7 im sài fer n-Erenn im Cend foe- 
ladh mac Oilella mie Eogain mie Neill, 7 im Fhindtan mac 
Laimhiach ardsenôir Eirend, 7 coro troisc Amhorghein tri Ida 
7 teora hoidhci (or Findtan hi fiadhnaise bfer n-Erend scéo 
mac 7 ingen hi Temraigh 1 co /z-éesed do senchasa dind Erend 
fôdéigh rolad cach duine 7 car/; dine di o aimsir Cesra ingeine 
Beatha — is hé cétna rogab Ere — co flaith Diarmada mie 
Cerbaill, co n-eipirt inso : 



[1. temair] 

§ 1 . Temair àidiu, ol Amorgein, mûr Tea ingine Luigdcch 
mie Itha dia luidh co Geidhe n-Ollgothach. Is ina flaith sein 
ba bind[ithjir la cach nduine i n-Ere guth aroile bedis téda 
menderot ar méd in sidha 7 na cairdine bôi la edeh diaroile 
ind Ere. Conidh aire is sruithiu 2 car/; mûr in mûr sin, fobith 
hit é cétn^e saorchu[i]r Erend, cuir Tea inghine huigdech fri 
Geidhe n-Ollgothach. 

§ 2. Nô Temhair .i. Teipe mûr .i. mûr Teiphis ingine 
Bachtir ri Espainia, is hi bai ac[C]anthon mac [C]aithmend ri 
Breatan conid romarb occo si, 7 doradudh Heithiurûn idhal na 
mBretan fria taisecç go mba béo nô marb. Rucc^J sidhe iarwm 
iarna bas co hEspain co wdernadh mûr impe and .i. Teipe 
mûr, Attwmairc Tea àidiu ben Eirimoin insin .i. mûr Te- 

1 . Temraidh R. 

2. sruithem R. 

Revue Celtique, XV. 19 



278 Whitley Stokes. 

phis. Luid-sidein co hEirind le fear 7 dolvmfh [fo. 90 1 2] di 
car/; tulacb toghadh in Eirinw, conid le izrum conarnecht mûr 
amail nu'ir Tephis x , conid inde rohadhnacht. Unde Temair di- 
citur 2 . 

§ 3. Temhair 7 D/'uim Cain 7 Liathdruim 7 Cathair Go- 
[t]ind, Druim nDéscm .u. anmanda Temrach indsin. 

§ 4. Vel ita: Temair a uerbo graeco temorio quod latine in- 
terpretatur conspicio. Huius oppidi quod Temoriam uocamus 
nomen esse deriuatum auctores affirmant; omnisque locus 
conspicuus et eminens, siue in campo, siue in domo, siue in 
quocumque loco sit, uocabulo quod dicitur Temair nominari 
potest.Sic in prouerbio scotico reperitur, ut dicitur temair na 
tuaithi et Temair in toighi, quam sententiam in suo Silentio 
Cormaccus de hoc nomine disputando possuit. Hoc 5 igitur 
oppidum multorum sibi commune uindicat, nunc cunctis enim 
Hibernensibus oppidis excellens congruenter eorum commune 
uocabulum possidet, quippe cum huius rector usque [hodiej 
totius insolae Scotorum monarchiam sortitur4. 

This is the story of the notable steads of Ireland, which 
Amorgein mac Aulav, the poetto the DésiofTara, composed. 
He was Diarmait son of Cerball's poet. Tis he that made de- 
mand of Finntan son of Lamech at Tara, when there was a 
convention of the men of Erin round the king of Tara, Diar- 
mait son of Cerball, and round Fland Febla son of Scandldn 
a successor of (Saint) Patrick, and round a sage of the men of 
Ireland, Cenn-foelad son of Ailill, son of Eogan, son of Niall, 
and round Finntan son of Lamech the chief elder of Ireland. 
And Amorgein fasted on Finntan for three days and three 
nights, in the présence of the men of Erin and boys and girls 
at Tara, so that Finntan might déclare to him thestoriesot the 
noteworthy steads of the island of Erin, because Finntan 
had dismissed from it every person and every génération 
from the time of Cessair daughter of Bith — ■ 'tis he who 



1 . mûr Tep ainm mûr, R. 

2. dixit R. 

3. Sic BB. HaecR. I hâve hère corrected ihe spelling of some of the 
Latin words. 

4. A similar préface is also in BB. 349. 



The Rennes Dindsenchas. 279 

who first occupied Ireland — till the reign of Diarmait son 
of Cerball. So he said this : 

A similar introduction is contained in BB. 349a and Bodl. u a 1. It is 
quite unhistorical, the writer (e. g.) synchronizing Diarmait mac Cerbaill, 
who reigned from A.D. 539 to 558, with Fland Febla, who died A.D. 704. 

Fintan, hère called son of Lamech, is elsewhere made son of Bochra. He 
is fabled to hâve survived the Déluge and died in the seventh century after 
Christ. For the « fasting » upon him compare the dindsenchas of Carn Co- 
naill (infra, no. 78), the note in- the Tripartite Life, p. 560, and the Brah- 
manic practice prâyopaveçana, now commonly called dharna. 

Cessair is said to hâve be'en a granddaughter of Noah and to hâve died 
A. M. 2242. 

As to Cennfoelad see O'Curry's Lectures pp. 47-49. 



[I. temair] 

§ 1. Te-mair then, quoth Amorgein, is the mûr « rampart » 
of Tea daughter of Lugaid son of Ith, when she wedded 
Geide the Loud-voiced. Tis in his reign that every one in Erin 
deemed the other's voice as sweet as strings of lûtes would be, 
because of the greatness of the peace and the fiïendship that 
each man had for the other in Ireland. Therefore, then, is 
that rampart more vénérable than every rampart, because thèse 
are Erin's first free covenants, the covenants of Tea daughter 
of Lugaid with Geide the Loud-voiced. 

§ 2. Or Te-mair, that is Teipe-miir, that is the rampart of 
Tephe daughter of Bachter king of Spain. 'Tis she that lived 
with Canthon son of Cathmenn king of Britain, till she died 
with him, and Heithiurûn, the idol of the Britons, had been 
given as security) for her return (to Spain) whether alive or 
dead. So after her death she was brought to Spain, and there 
a rampart was built around her to wit, Teipe-mûr. Now Tea 
Eremon's wife saw that, to wit, the rampart of Tephis. She 
went to Ireland with her husband, and every hill she would 
choose in Erin was given to her, and afterwards she designed 
[on the hill of Tara] a rampart like the rampart of Tephis, 
and therein she was buried. Hence it is called Temair. 

§ 3. Temair and Druim Cain « Beautiful Ridçe » and 



280 Whitley Stokes. 

Liathdruim « Grey-ridge » and Cathair Crofinn « Crofinn's 
city » and Druim nDéscen « Prospect Ridge » those are Tara' s 
five names. 

§ 4. Or thus : Temair : Authors affirm that the name of this 
town which we call Temoria is derived from the Greek word 
Q£o)féw which in Latin is interpreted conspicio ; and every 
conspicuous and eminent place, whether on a plain or in a 
hoùse or wherever it may be, may be called by this word 
Temair. Thus it is found in this Scotic saying, temair 11a 
Inaitbe or temair in toige, which sentence Cormac, when treat- 
ing of this name, has inserted in his Glossary. This town, 
therefore, claims for itself what is common tomany [i. e. the 
name Temair], and as it now surpasses ail [other] Irish towns, 
aptly possesses their common name, for its ruler even to this 
day obtains the sovranty of the whole island of the Scots. 

§ 1 is also in LL. 159* and Bodl. 60 u a : §§ 1, 2, 3, 4 also in BB. 349a, 
whence they hâve been published with translations and notes by Pétrie 
(Tara, pp. 104-107) and Crowe, Journal of the Kilkenny Archaeological 
Association, July 1872, pp. 140-143. 



[dindgnai temrach inso sis] * 

§ 5. Nemnach 2 .i. tiprai fil ocon tsidh ind oirrtZwtuaiscert 
na Temrach. Glais àono teid a Nemnaigh ' .i. Nith a hainm. 
Is fuirre ata in cétna muilend doronadh ind Ere la Ciarnait 
cumhaiB Cormaic. 

§ 6. Lathrach tighi Mairisen fil osin tsidh fri Nemnaigh 
atuaidh, 7 tri clocha becca [imbe]. Is amlaidh rosuidh[ig]edh 
in tech sin, lar ard 7 tûaradh airiseal. Mairiseo dono bantreab- 
tach bas i comré 5 tri Connue. Cach tech suidig//;/r in tucht sin 
ni ba duaibseach 7 ni bia cen ana and. 

§ 7. Raith Loeg///'re mie Neill fri sodhoin atûaidh. Cetbri 



1 . From LL. 30. 

2. Nenmach R. 

3 . Nenmaigh R. 

4. Ciarnaid cumhal R. 

5 . Sic. LL. ?o a . im cora; R. 



The Rennes Dindsenchas. 281 

doirrsi ca.ch ardae indti, 7 rosuidigftf [corp] Lseguire fo sciath- 
gaisgiudh frisin clodh imechtrach n-ainherdeiscertacb na righ- 
ratha Loegw/re hi Temraig 7 a aghaidh I fodes ic cathugwd fri 
Laighniu .i. fri claind Breasail Bricc. 

§ 8. Ata hi taob ratha Loegw/re anairdes lecht Niata mor- 
glondaigh .i. amus bratbertach robai hi fail Cormaic. Robadtfr 
lâ ann cethrar 2 ôcclôech ic cluichi 3 hi taob ratha Loegw/ri anoir- 
des. Foeruirim Niata a .iiii. dar cuimgib al-les hi talamh. 

§ 9. Rath rig hi taeb ratha Lseguiri atuaidh. Atat tri deccra 
i suidhiu .i. lathrach tighi Cormaic ind ortheràescert na ratha 
il-leith fri raith Lxguiri fodes : lathrach in forraid hi taeb lath- 
raige4 tigi Cornw/c anoir. Mur Tea [eturru] il-leith fodes, 
conid dosam rohainmnigr^ Temair À. Tea mûr .i. in cnoc 
becc fil eter na da mûr i [eith buddes is and ata. 

§ 10. Caprach CorrruMC .i. tipra fil fo tasb Ratha na rig anoir; 
7 tri hanmand fuirre .i. Liaig 7 Tipra bo finde 7 Derc dub. 
Is de ata « ni taet a laeg go liaigh » [.i.] indara n-doi a Tem- 
raig soir 7 aroile a Temraig siar. 

§ n. Duma na Bo .i. glass^ Temrach fri duma [na n Giall] 
aniar. 

§ 12. Duma na nGiall fri lathrach in forraidh inairtuaidh. 

§ 13. Fal hi taeb Dumas na nGiall atûaid .i. in cloch no 
geissed fo chosaib car/; rig nogeibedh Hérinn. [p. 90 15 2] Fal 
ainm na cloiclii sin .i. fo-ail .i. ail fo righ. 

§ 14. Lecht Con 7 Cethin 6 isin leitir hi comardw.y Katba na 
rig siar. Atat di cloich and, 1er/;/ Con indara n-ôi, lecht Ce- 
thin 6 aroile, coma gnathfocwl « domgniis Cû 7 Cethen » .i. Cû 
romarb Cethen rondaire Cormaic ar lar in tighi, coro gaib 
[cachjndirghi iarsain fo digais na Temrach siar, co nantis and, 
co[nid] ro marb brathair in fir romarbsum, 7 atbert Cormac 
na romarbtha Cû 7 ni tarrus asdarghaire co romarbaid simul7. 



1 . adhaigh R. 

2. cethtrar R. 

3 . cluithi R. 

4. lathraide R. 

5 . glais R. 

6. Sic LL. Cethen R. 

7. andis, LL. 



282 Whitley Stokes. 

§15. Ata tobur isiti comfan oLecht Ceth/n fotûaidh. Loegh 
a hainm : siar car/; ndirgha bruindes. 

§ 16. Ata lathrach cuchtrach Conna ic for a bru isin leitir 
os Laeg anoir. 

§ 17. Raith na Senadh hi comhuir Dunihœ na nGiall. 
Raith'Senûd fri Fal atûaidh. 

§ 18. Lathrar/; Pupaill Adhamhnain 1 isin raith sin, 7 a 
c/;ros arbeloib na ratha sin soir, 7 a suidhe 7 a duma fri 
crois andes. 

§ 19. Lccbt Maine meic Munremw/r fri Raith na righ anoir. 

§ 20. Ata lathrar/; in tighi roloisc^f for Benen gilla Patraicc 
7 for Lucad Mael drai Lseguiri, ed bec o c/;rois Adhomhnain 
sairdes .i. hi toeb na conaire anair a bic 2 . 

[§ 2 1 . Ataat teora clocha beca i taeb Ratha na Senad tuaid 
.i.] teora 3 clocha rolait[h]i forsna dru[id]ib, hit é a n-anmand 
.i. Môel 7 Blocc 7 Bluicne. Moel soir 7 Blocc fodes 7 Bluicne 
fotûaidh. 

§ 22. Ata Lecht ind Abaic friu anoir. Is anûaid ata in cubât, 
sairdes 7 siardes. Tri troigthi nama a tomus 'na escaid bicc 
tis4. Is amlaid ata in lighi 7 cloch becc fo talmâin ina îarthur 
7 aroile ina oirtber. Fogabwr tri traigidh 5 ind indara iccht, a 
tri co leith in 1er/;/ n-aile. 

§ 23. Atat dû dhumhœ frisin cubât atûaidh .i. Dali 7 Dor- 
chas .i. Dali teas [leg. tiar?] 7 Dorchaj tîar [leg. toir] 7 car/; 
romarb aroile dib, 7 ni fuil mûr atarru 7 na clocha 7 in cubât. 

§ 24. Mûr na tri cogar i fail Luinge na mBan. 

§ 25. Lia na fïan fri slighe 6 anoir arbélaib Ratha Senaidh. 

§ 26. Ata Long na mBan .i. Tech Midhcuarta on dumhae 
oirrt/;^rach soirtûaidh. Is amlaid rosuidhig^f lathrar/; in tighi 
sin .i. leith[red] fôa fotûaidh 7 a urard ânes 7 comturgbâil 
mûir ime anoir 7 aniar. Is fillti bicc in leith tûaisart de, fo- 
tûaidh 7 fodes ata [a] côir. Fuath tighi fota co ndib doirrsib 



I . 


Adhamhanain R. 


2 . 


Sic LL. hi t;'tob a ratha atûaidh R. 


3 • 


TriR. 


4- 


Esc bec this, LL. 


S- 


traididh R. 


6. 


slidhe R. 



The Rennes Dindknch 283 

déc fair nô a rc/Zwr ^ .i. [fo. 91*] a ^r/;/ siar 7 a se^ soir, 7 
istwad is annsin domeilti feis Temrach. Dethbir sin ar notall- 
fad forgla 1 fer nErenn and do dôinib, 7 is é sin [in] tech mor 
milib am/Yi". 

§ 27. Ata dumîe [becc] f/ï lathrach [in taige] anairdess 2 isin 
oircend deiscertaigh .i. Duirçe na mBanamhus [a ainm]î. 

§ 28. Ata comfot Cielc[h]on 7 a arad* hi comardus in cind 
tûaiscmaig 5 do Luing na mban. Caslchu andsin m^c Loairnd 
mie Ruaidh mie Cormaic Cais di Eoganacht'.Caisil, is dia sil 
Tnath-fis oc Temhraigh 6 . 

§ 29. Tredumas Neisi mgine Eachach Salbuide maxhar Con- 
cobair isin cind airt/vrach tuaisartaigh hi comardus cind oir- 
thertuaiscertaigh Luingi na mBan. 

§ 30. Rath Concobair mie Nesahi taeb inTredumi/ atùaidh 
7 a dorus soir a comardwj' Corw^a cind 7 meide Conculainn. 

§ 31. Ata lathrar/; Sceith Conculainn coni Thul hi comard//5 
na méidi sairtiiaidh. [IJs amlcnV/ ata raith, cutrama cosmail fri- 
sin talmain 7 enoeàn becc 'na mcdôn lan na telach di ûir. 

§ 32. Ata Sescand Tcmxach hi comardwi Luinge na mBan 
siartuaidh .i. sescand salach becc fil hi taob Cairnn na macrai- 
dhe andes. 

§ 33. Ata Raith Grainne o Seiscend Temracb aniar îor îor- 
ard na telca. 

§ 34. Aw Fothad Ratha Grainne atûaid fo [Fan] na Carp#t 
hi comard/^ na Clasnfertas tiiaiseertaighi 8 sair. 

§ 35. Atat na di Claenfertai fri Raith Grainne aniar. Isin 
Cloenfevt:t desct'rtaigh ro ort in mgzmaà la Laighniu dia 
samhnse. Issin Clœnfer^// tuaiscerto^ rue Lugaid in ngùbrcifh 
isin glaisin do orgain dona câirchib. 

§ 36. Ata Carnn [na] macraidhe Laighen hi taeb sescaind 
Temrach atùaidh. 



I . 


noticallfad forgladh R. 


2. 


Sic LL. indnoirndes R. 


3 • 


Sic LL. 


4- 


Sic LL. rath R. 


S- 


tûaiscertaidh R. 


6. 


temhraidh R. 


7- 


hi treidiu R. 


8. 


tuaisartaishidh.R. 



284 Whitley Stokes. 

§ 37. Atûaid atrt Cros Fergusa. noebailit[h]ir, is é fil hi Car- 
raie Cluman hi taeb Cairnn na mflcraidhe. 

§38. [Ata Dessel Temra et/r in da Charn na maccraide] .i. 
etir in carnn deiscertach 7 in carnn tuâiscertach. 

§ 39. Aui Carnn macraidhe Hiïa Neill hi tâob Deisil na 
Tenvàcb atûaidh. 

§ 40. Raith Colman m/c Faolcon o Carnn Maccraide Hua 
Neill sairtûaidh .i. in carnn tuâiscertach. 

§ 41. Ata Dumrne ind Luchduinn hi tx j b Ratha Colman m/c 
YxXchon aniar. 

§ 42. Ata Adlaic 7 Diadhlac hi comhardwj Ratha Colmain 
sairtûaid .i. hi taob leitrech frisin raith anair-[fo. 9i a 2]-tûaidh 
.i. di tipraid indsin, Adlaic indara n-6i 7 Di-adlaic 1 aroile, 
acht 2 ni uildeochair eturra. 



TARA S REMARKABLE PLACES, THIS BELOW. 

§ 5 . Nemnach, a well which is at the elf-mound in the 
north-eastern part of Tara. Out of Nemnach cornes a stream 
named Nith. 'Tis on this that the first mill was built in Ire 
land for the benefit of Ciarnait, Cormac's bondmaid. 

§ 6. The site of Mairisiu's Housc is over the elfmound 
to the north of Nemnach, and there are three small stones 
about it. Thus was that house settled : its floor high and its 
tûaradi(ï) very low. Now Mairisiu was a widow contempo- 
rary with Cormac. Every house that is settled in that wise 
will not be gloomy and will not be without treasures in it. 

§ 7. To the north of that is the Fort of Loeguire son ofNiall. 
Therein are four doors facing the cardinal points, and Loe- 
guire's body, with his shield and spear, was set in the outer 
south-easterly rampart of Loeguire's royal fort at Tara, with 
his face to the south, fighting against Leinster, to wit, the 
clan of Bresal Brece. 



1 . Sic LL. dia adlaic R. 

2. Sic LL. ar R. 

3 . tuard LL. 



The Rennes Dindsenchas. 285 

§ 8. Beside the Fort of Loeguire on the south-east is the 
Grave of Niata of the Mighty Deeds, a plundering (?) soldier 
who lived with Cormac. One day four warriors were playing 
beside the Fort of Loeguire on the south-east. Niata pressed 
down the four of them into the ground above the narrows of 
their haunches. 

§ 9. The Kings' Fort beside the Fort of Loeguire on the 
north. In this are three strange things, to wit, the site of Cor- 
mac' s House in the south-eastern part of the Fort on the side to 
the south of Raith Loeguiri : the site of the High-seat beside 
the site of Cormac's House on the east ; and between them Tea's 
Rampart, from which was named Temair, i. e. Tea-mûr, 
that is, the hillock between the two ramparts on the southern 
side it is. 

§ 10. Cormac's Caprach (?), a well under the eastern side of 
the Kings' Fort. And it lias three names, to wit, Leecb and 
The White Coiv's Well and Dark Eye. Hence is (the saying) 
« Its Calf l does not go to its Leech » ; one of the two (wells 
respectively called Calf and Leech) being east of Tara and the 
other west of Tara. 

§ 11. The Mound of the Cow, that is, the green of Tara to 
the west of the Mound of the Hostages. 

§ 12. The Mound of the Hostages to the north-east of the 
site of the High-seat. 

§ 13. Fâl beside the Mound of the Hostages on the north, 
to wit, thestone that used to roar under the feet of every King 
that would take possession of Ireland. Of that stone the name 
was Fâl, i. e. fo-ail « under-stone », i. e. a stone under a 
King. 

§ 14. The Monument of Cil and Cethen on the hillslope as 
high as (?) the Kings' Fort on the west. Two stones are there, 
one of them Cû's monument, the other Cethen's : and there is 
a proverb : « Thou hast aeted for me Cû and Cethen » . That 
is, Cû killed Cethen, Cormac's spencer, in the midst of the 
house, and thereafter went straight under the height of Tara 
westward, and there he was overtaken, and a kinsman of the 

1 . See infra §15. 



286 Whitley Stokes . 

man whom lie had slain slew him, and Cormac had said 
that Cû should not be killed, but no interposition was found 
until they — Cû and Cethen — had both been killed. 

§15. There is a well in the slope northwards from Cethen's 
monument. Calf is its name, and it springs due westward. 

§ 16. The site of Cormac 's Kitchen is upon its brink on the 
hillslope over » Calf » to the east. 

§17. The Fort of the Synods overagainst the Mound of the 
Hostages (§ 12). The Fort of a Synod to the north ofFal (§13). 

§ 18. The site of Adamnâri 's Pavillon is in that fort, and his 
Cross before that fort to the east, and his Seat and his Mound 
to the south of (his) Cross. 

§ 19. The Monument of Maine son of Munremor to the 
east of the Fort of the Kings. 

§ 20. The site of the house which was burnt over Benén 
(Saint) Patrick's servant, and over Lucat Moel, (King) Loe- 
guire's wizard, is a short distance to the south-east of Adam- 
nân's Cross, beside the path a little to the east. 

§ 21. Beside the Fort of the Synods to the north stand three 
small stones, to wit, the stones that were set over the wizards. 
Thèse are their names : Moel and Blocc and Bluicne. Moel to 
the east, Blocc to the south and Bluicne to the north. 

§ 22. To the east of them is the Monument of the Diuarf. 
Thus stands the grave, south-east and south-west (sic !) Three 
feet only is its measurement in its little quagmire below. Thus 
is the grave : a small stone under ground to the east of it 
and another to the west. Three feet are found in it at one 
time and three and a half at another time. 

§ 23 . North of the (Dwarf s) grave are two mounds, name- 
ly Dali « Blind » and Dorchae « Dark » : Dali to the south 
[leg. west ?] and Dorchae to the west [leg. east ?], and each 
of them [i. e. the persons buried under them] killed the other, 
and there is no wall between them and the stones (§ 21) and 
the grave (§22). 

§ 24. The Rampa ri of the Three Whispers is near the House 
of the Women (sec infra, § 26). 

§ 25 . The Stone of the Fians is to the east of a road in front 
of the Fort of the Synod (§ 17). 



The Rennes Dindsenchas. 287 

§ 26. The House of the Women, that is Tech Midchuarta is 
north-east from the eastern mound (§23). Thus was the site 
of that house settled, the lower part to the north and its high 
part to the south, and the érection of a wall about it to the 
east and west. The northern side of it is a little bent : 
north and south it ought to be. It has the form of a long 
house with twelve doors, or with fourteen, that is seven to 
the west and seven to the east. And men say that there the 
Feast of Tara was consumed. That was reasonable, for the 
choice of the men of Erin would fit therein, and this is the 
Great House with a Thousand- Soldiers : 

§ 27. There is asmall mound to the south-west of the site 
of the House in the southern angle. The Mound of the Wo- 
man-soldiers is its mime. 

§ 28. The Grave of Caelchu and his fort near the northern 
end of the House of the Women. Caelchu is there, son of 
Loarn, son of Ruad, son of Cormaç Cass of the Eoganacht of 
Cashel. Of his seed is the Tuath-fis at Tara. 

§ 29. The Triple Mound o/À^daughter ofEochaid Yellow- 
heel and mother of Conchobar is at the north-eastern end 
near the north-eastern end of the House of the Women. 

§ 30. The Fort of Conchobar Mac Nessa beside the Triple 
Mound with its door in the east, near the Adjustment of Cû- 
chulainn's Head and Ne'ck. 

§31. The site of Cûchulainn's Shield with its Hollow is in 
the neighbourhood of the Neck in the north-east. Thus is the 
fort, level like the ground and in the midst thereof a little 
hillock which was the full of the Hollow ol clay. 

§ 32. Tara s Moor is near the House of the Women in the 
north-east, a dirty little moor which is beside the Cairn of 
the Children in the south. 

§ 33. Grâinne's Fort is from the Moor of Tara from the 
west on thesummit of the hill. 

§ 34. The foundation of Grâinne's Fort is from the north un- 
der the Slope of the Chariots near the northern Cloenfertae 
(« inclined grave »). 

§ 35 . The Two Cloenfertaes are to the west of Grâinne's Fort. 
In the southern Cloenfertae the girls were slain by the Lein- 



288 Whitley Stokes . 

stermen on the day of samain (Nov. i). In the northern 
Cloenfertae Lugaid (Mac con) passed the erroneous judgment 
regarding the woad destroyed by the sheep. 

§ 36. The Cairn ofthe Chiîdren of Leinster is beside the Moor 
of Tara to the north. 

§ 37. To the north are the Cross of Fcrgus a holy pilgrim : 
'tis he who is (i. e. whose remains are) in Carraic Cluman 
beside the Cairn ot the Chiîdren. 

§ 38. The Dessel of Tara is between the two Cairns of the 
Chiîdren, that is, between the southern cairn and the northern 
cairn . 

§ 39. The Cairn of the Chiîdren of the Hûi Néill is beside 
the Dessel of Tara to the north. 

§ 40. The Fort of Cohnàn son of Faelchu is from the Cairn 
of the Chiîdren of the Hûi Néill to the north-east, i. e. the 
northern cairn. 

§ 41. The Mound ofthe Luchdonn(?) is beside the Fort of » 
Colman son of Faelchu to the west. 

§ 42. Adlaic « Désire » and Diadlaic « Great Désire » are 
near Colmdn's Fort north-east, that is on the side of the hill- 
slope to the north-east ofthe Fort. Two wells arethose, Adlaic 
is one of the two, and Diadlaic the other; but there is no 
différence between them. 

Also in LL. 30 and BB. 349b 35 — 550b 49. 

§ 5. As to Cormac and Ciarnait see BB. 351, 11. 18-25, an ^ Lives of 
Saints from the Book of Lismore, p. 561. 

§ 7. Loeguire son of Niall overking of Ireland temp. Patrick. His burial 
in armour with his face to his lifelong foes is also mentioned in Lebor na 
hUidre, p. 566, cited and translated in the Rolls édition of the Tripartite 
Life, pp. 566, 567. 

§ 8. Nia ta « heroic » is Mata in LL. and BB. 

§ 13. As to Fâl, whence two of the bardic names for Ireland, Mag Fdil 
and luis FUI, see also LL. 9», lines 13-22, BB. 350a lines 17-20, and Rev. 
Celtique, XII, 56, § 3. 

§ 20. For an account of the fiery ordeal hère referred to, see the Tri- 
partite Life, p. 58. 

§§ 2 9? 39- As t0 Ness (or Nessa) and her son king Conchobar see LL. 106 
and Lives of Saints from the Book of Lismore, pp. xxxiv-xxxv. 

§ 31. Compare LL. i2i b 37-41 : Benair a lâm dôi dawo di Choinculainn 
dia digail. Documlat ass iarum in tsluaig 7 doberat leo cend Conculainn 7 



The Rennes Dindsenchas . 289 

a laim dôi co tancatar Temraig, conid and ata otharlige a chind 7 a laime 
doi 7 lân lainne a scéith di ûir « So Cûchulainn's right hand is struck off 
him to avenge Lugaid's. Then the hosts march thence, taking with them 
Cûchulainn's head and his right hand, tillthey came to Tara, and the grave 
of his head and his right hand is there, and the full of the cover (?) of his 
shield of mould ». 

§ 35. As to the first cloenfertae, where the thirty princesses and their at- 
tendants were killed by Dunlaing son of Enna Nia, see Revue Celtique, 
XIII, 51, and Rawl. B. 502, fo. 73 b 1. As to the second cloenfertae and 
Lugaid's false judgment steRev. Celtique, XIII, 460-462. 



2. DUMAE N-ElRC. 

Dumha? nEirc, canus rohainmnighedh ? 

Ni ansae. Earc mac Cairpn Niafer mac sen Rosa Ruaidh ri 
Laigcn, 7 is éEarc robean a cenndo Co'mculainn. Fedlem âono 
Nod?rothach ingen ConcobazV mz'c Nesa, bean Cairpn mâ- 
thair Eirc 7 Aicli, como tuidehidh Conall Qrnach dono do di- 
ghail Cottculainn for Ere, co torchazV and Erc,[7]co tuccad a 
cend co Temair {ri taiselbadh, co tainic Acall a dtvbsiur a 
hUlhaib oa fiur .i. o Glan mac Caxbaid, do chainiudh a brâ- 
thar, co mbai .ix. trath [oc] an guba, gor' enomuidh a cride 
indti, 7 adbivt a aànacol 7 a dumhae air[m] on faicfidhe adna- 
cul Eirc 7 a dumae. Unde I Dumha Eirc 7 Dumha Aicle 110- 
mina[n]tur. 

Dumae nEirc, « Erc's mound », whence was it named ? 

Not difficult 2 . Ere was son of Carpre Nia-fer son of Ross the 
Red, king of Leinster and 'tis he that struck off Cûchulainn's 
head. Now Fedelm the Fresh-formed (Conchobar mac Nessa's 
daughter and Carpre's wife) was the mother of Ere and Acall. 
So when Conall Cernach came to avenge Cûchulainn upon 
Ere, and Ere fell» in the duel, his head was taken to Tara to 
be exposed. Then his sister Acall left her husband Glan son 
of Carbad, and came out of Ulster to bewail her brother. For 



1 . R. inserts àicitur. 

2. To save space, this formula will hereafter be omitted. 



290 Whitley Stokes. 

nine days she kept at the lamentation, till lier heart brokc in 
her like a mit 1 , and she said that her grave and lier burial- 
mound should be in a place from which Eres grave and bu- 
rialmound would be seen. Hence are named Dumae 11-Eirc 
and Dumae n-Aicle. 

Also in BB. 3 52^ and H. 5b. 

Dumae nEirc has not been identified. Dumae nAich was perhaps on the 
Hill of Acall now, according to O'Curry (M. and C, II, 106), the Hill of 
Screen, near Tara, in Meath. 

According to the Book of Leinster, Ere instigated the beheading of Cû- 
chulainn, but the actual headsman was Lugaid : see Revue Celtique, III, 
182. 

The sentiment of the taie of Acall is somewhat modem. Modem too is 
the treatment of the heart as the seat of affection not of thought or wisdom. 
See Windisch, Ueber den Sit% der denkenden Seele and 1 Kings, III, 12. 



RÂITII ÉSA. 



Raith Easa, canas rohainmniged ? 

Ni ansa. Esa ingen Eachach Oireman 7 Étâine, dalta Midhir 
Bri Leith, is lé tuccad cet car/; indile co Midhir iar mbreith 
Édaine o Eochaig ar aithedh a Fremaind, 7 ni feas cia ros-fuc 
nô cia hairm i 2 ruccad. Co n-epen Codhal Crin-cichech nô 
[Crin-] cosach : « Ros-fucc Midhir i 2 mBri Leith » . Bôi divio 
Eochaitl .ix. mbliadna hi forbais for Bri Léith 7 nocoilled Mi- 
dhir in toghail, 7 co tue Midhir i mBri Leith hruiii tri fichti 
ban co ndeilb Étaine do Eochaig, 7 Esa a ingen feisin etarru. 
Co//id annsin doreguinn-sium dib uile a ingin fesin, conid si 
rucc Mes-Buachalla, mâthair sein Cowaire. 

Luid dowo Eochaid aitherrach do cuingid a mnâ 7 a érea 
co Midhir, 7 dobirt do a mnôi 7 an eraic co »-auttaigh .i. 
tochar iar Moin La.mtaige 7 fid tar Breifne 7 diclochadh hi 
Mide, 7 Luachrt/r.tar Tebtha : conid hxum dorât EchflMÉdia ingin 



1. cnômhoidh, no do chnômhoidh .i. dobhris amail chnaoi, O'Clery, 

2. aR. 



The Rennes Dindsenchas. 291 

a rogha, cia suidiugud cosa mberta si ûadh, coma and doroe- 
gha sin Raith n-Esa .i. airm a Mcbed na tri dinna [.i.] Sid in 
Broga 7 Duma na nGiall hi Temraig 7 Dun Crïmtbainn i 
n-Étar. Unde Kâitb Esa dicitur. 

Esa daughter of Eochaid Airem and Etain and fosterling of 
Mider of Bri Léith, 'tis by her that a hundred of every (kind 
of) cattle were brought to Mider after Etain had been carried 
off from Eochaid in elopement ont of Fremann, and it was 
unknown who had carried her ofF, or into what place she 
was taken, until Codai of the Withered Breast or Withered 
Feet said : « Mider h as taken her into Bri Léith. » Then Eochaid 
was for nine years beleaguering Bri Léith, and Midir was spoil- 
ing the destruction 1 . And (after Eochaid had conquered 2 ,) 
Mider brought into Bri Léith to Eochaid three score women with 
Etain's form, and amongst them Esa Eochaid's own daughter, 
and then from them ail he chose his own daughter, and she 
brought forth Mes Buachalla, who afterwards was Conaire's 
mother. 

Then Eochaid went again to Mider to ask for his wife and 
his eric (compensation), and Mider gave him his wife and 
the eric winch he dcmanded, to wit, a roadway over Môin Lam- 
raige, and a wood over Brefne, and a dicîochad (?) in Meath, 
and a rushry over Tebtha. Whereupon Eochaid gave his 
daughter her choice as to what seat she should be taken to 
from him. So then she chose Raith Esa, a place from which 
she would see three noteworthy steads, nâmely Sid in Broga 
« the Elfmound of the Plain », and Duma na nGiall « the 
Mound of the Hostages » in Tara, and Dûn Crimthainn on 
Howth. Hence is said Râitb Esa. 

Also in BB. 553a and in H. 6 b . Versified, LL. i6y* 26. 

As to Mider and Etain see LU. 131, 132: Windisch, Irische Texte, I, 
113: Egerton, 1782, fo. 118. d'Arbois de Jubainville, Cycle mythologique 
irlandais, pp. 510-322. O'Curry, M. andC, II, 192-194. III, pp. 162, 190. 
King Conaire was thehero of the taie of the Togail Bruine Daderga. As to 
the places hcre mentioned see nos. 4, 1 § 12, and 30. 

1. i. e. injuring the siege-works ? The corresponding line of the poem 
in LL. 163-* 39 is Midir ocondoloim sin ic admilliud na opre. 

2. iar togail in tsida sin, LL. 1 65' 1 40. 



292 Whitley Stokes. 



4. DlNDGNAI IN BROGA. 

Do dihgnuib in Broga inso. 

.i. Long mgine Foraind. Lecbi in Daghda. Mur na Morrigna. 
Ledit in Mate, is dia colptha 1 riher Inâber Colpta. Barc 
Crimthainn NiaNair 2 , ar is ann roadnar/tf. Fert Feiâlimthl 
Rechtmair. Carngal 3 Cuind Cetcathaig. Com[f ]ot Cairbre Li- 
fechair. Fulacht Fiachaigh Sraibtine jrl. 

Sencus âono in Brogha beos : 

IMdaei in Daghda cetamus. Da Cich na Morrigna iarsain*. 
Airm is ngenair Cermaid Milbeoil mac in Daghda. Firt mBoin- 
ne 6 mna Nec/;/oin meic Nûa[d]at. Is i tue [le] in coin [mbig] 
diarbo ainm Dabilla mide Cnoc Dabilla àicitur. Duma Tres[c]. 
Ferta Esclâim brf//;emon in Daghda frisa n-apar Fma Vairaic 
indiu. Cir 7 Cuirreill mna in Daghda .i. da cnoc. Ftvta Âodha 
Luirgnigh/ meic in Dagda. Derc mBua[i]lcc mbicc 8 . Lecht 
Cellaig meic Maile Coba. Lecht gabra Cinôeda meic Irgalaig. 
Carcar Leith Mâcha;. Glend in Mata .i. seilc[h]i sin, ut alii 
dicunt. Liag Buidhe meic Muiredha, airm i "> fuil a cend. 
Leac Ben[d] .i. lecht forsa torc[h]air in Matas secht fich'it cos 
lais 7 secht cind. Duma na Cnam. Caisel Aongusa mie Crund- 
mail. Rout sula Midhir jû. 

Of the remarkable things of the Brug, this : 
The House (Bed ?) of Forann's daughter. The Monument 
of the Dagda. The Rampart of the Morrigain. The monument 
of the Mata : from ^s col pi bu (shinbone) Inber Colptha in 



1 . R. inscris conid de 

2 . A', inscris ar 

3 . carnail BB. 

4. post R. 

5. a R. 

6. i«Boinne R. 

7. Sîd JEda. lurgnich, LL. 21 i a 15. 

8. derc wBabuilc bil, LL. 211 1 ;. 



The Rennes Dindienciius . 295 

called 1 . The Palace of Crimthann Nia Nair, for he was bur- 
ied therein. The Tomb of Fedlimid the Lawgiver. The Cairn 
of Conn of the Hundred Battles. The Grave of Cairbre Life- 
char. The Cooking-place of Fiacha Sraibtine, etc. 

The story of the Brug still : 

TheBed of the Dagda in the first place. Thereafter the Two 
Paps of the Morrigain. The place wherein Cermait of the Ho- 
ney-mouth, son of the Dagda, was born. The Tomb of 
Boind wife of Nechtân son of Nuada. 'Tis she that brought 
with lier the little hound named Dabilla, whence « Dabilla's 
Hill » is so called. The Mound of Tresc. The Tomb of Esclam 
the Dagda's brehon, which is today called Ferla Patraic. The 
Cumb and Casket of the Dagda's wife, i. e. two hills. The 
tomb of Aed Luirgnech the Dagda's son. The Cave of Bualc 
the Little. The Monument of Cellach son of Mael-coba. The 
Monument of the steed of Cinaed son oflrgalach. The Prison 
of LiathMachae 2 . The Glen of the Mata, that was a tortoiseJ,- 
as some say. The Stone of Buide son of Muirid, the place 
where his head is. The stone ofBenn(P), that is, the monu- 
ment on which the Mata fell : seven score feet had he and 
seven heads. The Mound of the Bones (of the Mata). The 
Stone-wall of Oengus son of Crundmael. The Shot of Mider's 
Eye, etc. 

Also in BB. 5 5 3 b 49 and H. 7 a . Versified, LL. 164 13 211*. Printed from 
BB. with a translation (by O'Donovan?) in Petrie's Round Towers, pp. 102, 
193 « as an example of the class of monuments in use in Ireland duringthe 
sway of the Tuatha de Danann race, as well as subsequently ». 

Brug maie ind Oc, otherwise called Brug na Bôinde, near Slane on the 
northern bank of theBoyne. 

Mor-rigain (gl. lamia), Regina 215, fo. 101. one of the Tuatha dé Da- 
nann, reoccurs s. vv. Mag Breg, Berba, etc. and plays a part in the Tain bô 
CuaJnge. 

We shall meet the Mata again, infra no. 28. A poem ascribed to Mongan 
son of Fiachna and Colomb cille (LL. 194 11 23) gives it only four heads. 



1 . See infra, No. 28. 

2. The Grey of Mâcha, one of Cûchulainn's horses. 

3. Cf. nuiir seilche cited by K. Meyer (Rev. Celt., XI, 434) from Toch- 
marc Emire. 

Revue Celtique, XV. 20 



294 Whitley Stokes . 



5. Inber n-Ailbine. 

INber n-Aillbine, amas rohainmnigt'd ? 

Ni ansa. Rûad mac Rigduind meic rig Fer Muirigh tarclam 
hichl.ïù. noad do techt tar muir do acallaim a comaltae [.i.] 
meic rig Lochlainne. [Feb] amluidset co leth lenna feimidset 
imram nach leth ama/ nos-fastad ingir. Imluid iiuum Rûadh 
tar luing amach ar co fesad cid dia mbôi ani nos-mert l 7 
nomsaoi flii. Atchi iarwm .ix. mna coimiu do mnaib [domain] 
'ga fostad, triai' fo 2 cach nôadh. Rucsat leo Ruad dono co 
flioi .ix. n-oidhci la car/; mnoifor tir tartha nô ïor longaib cre- 
dumaï. Cor[o] toirrci don dib ûaidhib, 7 rogell afrithisi a tia- 
chtoin andochum ma roised a set. 

Luid dono Rûad co tech a comalta 7 flii lais .uii. mbliadna., 
7 luid forcûla, 7 ni rofir a dâil, co torachi Magh Mmrigh. 
Luidset [didiu] na nôi mna cus'm mac 7 ros-fuesat léo dia [te]- 
tarmeht, 7 ni mon-airnic doib. Marbaid dono a mâtbair a mac 
fein annsin, 7 asn mac Rûaid, 7 ïoeerd urchur [dô] dia chind, 
coirid and asbert cach amail bid o oengen : « Is ollbine, is oill- 
bine ! » Un^ dicitur Inbtv \\-0\\\bine. 

Rûad son of Rigdonn, son of the king of Fir Murig, mus- 
tered the crews of three ships to go over sea to hâve speech 
with his fosterbrother the son of the king of Lochlann. 
When they had got half way across they were unable to 
voyage in any direction, just as if an anchor was holding 
them. So then Rûad went out over the ship's side that he 
mightknow what it was that was stopping them, and he turn- 
ed under the vessel. Then he sees nine women, the loveliest 
of the world's women, detaining them, three under each ship. 
So they carried Ruad orf with them and he slept for nine 



1. Sic BB. inde nosmb^rt, R. andi not-fosd, H. Cf. arrumértus gl. statui, 
Ml. 58- 9, 58J 17. 

2. SicBB. fw-R. 



The Rennes Dindsenchas. 295 

nights, [one] with each of the women, on dry (?) ground or 
on beds of bronze. And one of them became with child by 
him, and he promised that he would corne again to them if 
he should perform his journey I . 

Then Ruad went to his foster-brother's house and stayed 
with him for seven years, after which he returned and did not 
keep his tryst trulv, but fared on to Magh Muirigh. So the 
nine women took the son (that had been boni among them), 
and set out (singing, in a boat of bronze 2 ,) to overtake Ruad, 
and they did not succeed. So the mother then kills lier own 
son andRûad'sonly son, andshe hurled the child's head after 
him ; and then said every one as if with one moutli, « It is 
an awful crime ! It is an awful crime ! » Hence Inber n-Oillbine. 

Also in BB. 3 5 5 a and H. 8 a . An unsuccessful attempt to publish the text 
of BB. will be found in the Atlantis, IV, 235, 236, where, however, there 
is a good translation bv O'Curry. 

The Oilbine or Ailbinc is now (according to O'Curry) « the river Dilvin, 
which falls into the bay of Malahide, in the county of Dublin », ibid., 
191 note. 

As to the détention of ships by submarine folk, see R. Kôhler in the 
Zeitschrijt fur aentsches Alterthum, XXIX. 456-458, and Child, English and 
Scottish Popular Ballads, IV, 510. 



6. Ochonn Midi. 

Ochund Midhe, canas rohainmniged ? 

Ni ansa. Dia ndechflz'd Niall Nôigialkr/; mac Ezchach dar 
muir n-Icht 5 bôi donc intansin Eochaid mac [fo. 94* 1] Enna 
Ceindsek/V tair for tafund iar marbad Laidçeind meic Boir- 
cheda, conïd é tue in chomairle dona mnaibh .i. cuingi[d] 
deilbe rig in domoin do taidbsin doib, coro taiselb ian/w iarna 



1 . Literally, attain his way : cf. dûs in roised marbad Câic, Irische 
Texte, 2te Série, 1 Heft, p. 4. 

2. So in the metrical version. 

3 . dar muir co riacht muir n-Icht, BB, 



296 Whitley Stokes. 

dietgudh doib. Bôi àono Eochaid àmal car/; mnoi [i]na trechu- 
masc co cruisigh 1 fobride fo[a]choim, conid di congegne in ri[g] 
on deirc ochsaile co'roile .i. Niall, 7 axbert airm a clannfai[de] a 
\echt co n-arleicthi a geill and 7 aw[s]niad 2 mrtcaich giallu do. 
Tucad dawo corp Neill anair? 7 mebsat secbt catha riam, 7 
do[m]btvtsat co hOchoind, coro h:\dlmacbt and hé. Coma de 
àta Ochan mor muindt/Yi Neill airm ir-roscar cach o aroile 7 
i n-arlaicit geill Eremi i suidiud. Unde Ochonn [Midi] àicitur. 

When Niall of the Nine Hostages, son of Eochaid (Muid- 
medon), went over the Ictian sea, then was Eochaid son of 
Enna Cennselach in the east in exile after killing Laidgenn son 
of Boirchid (Niall's wizard). So he (Eochaid son of Enna 
Cennselach) advised the women (of France) to ask that the 
king of the world's for m might be shewn to them4. Where- 
fore, after undressing, Niall displayed himself to them. Now 
Eochaid, like any woman in their crowd (?), was there with 
his javelin under his garment, So with it he transfixed the 
king, Niall, from one armpit to the other. And Niall said 
(when dying) that his hostages should be released where his 
monument should be made, and so that the strCngth of every 
power should be gained by him. 

So Niall's body wasbrought (to Ireland) from the east, and 
his t-roops routed their foes in seven battles, and took him to 
Ochan, and there he was buried. And the great lamentation 
(pchâri) of Niall's household is where each parted from the 
other and where the hostages of Erin were released. Whence 
« Ochonn of Meath » is said. 

Also in BB. 355 1, and H. io a . Versificd LL. 1 54- 1 10. The translation of 
the last sentence but one is conjectural. Compare LU. 51 11 39: Niall im- 
morro iss and roadnacht i n-Ochain Conid de ata Ochain forsin telaig .i. och 
câini .i. ind ochfad 7 ind écâini dodrônsat fir Hercm: oc caini Neill and. 

Mutr n-Icbt the Channel between France and England. 

1 . cruisidh R. 

2. Sic H. coniad R. Cf. consniat [coinsncadh, P. O'C] .i. cosnara 
O'Dav. 69. 

3 . Sic BB. aniar R. 

4. So in the Tain bô Cûalngi Cûchulainn displays himself to the women 
and pocts. L.U. p. 8i a . 



The Rennes Dindsenchas. 297 

There are some rare words and forms in this taie : diètgud, trechumasc, 
fobride, congegne (— congeogoin, H., congegna, BB.) consniad, and ar-laicit. 

Niall ofthe Nine Hostages is said to hâve been overking of Ireland from 
" A.D. 377 to 404. Of his nine hostages, five, according to Keating, were 
from Ireland and four from Alba. But the metrical version mentions hos- 
tages of the Saxons, Franks and Romans : 

Firian focul atbt'rt Niall dia ngoet forsind rian cen rûn, 

aitt i clanta ilad Néill col-lingtîs a ngeill for cul. 

Aire sin raleicthea ass dar gaeth ' nglass, ba trom a thress, 

geill Saxan, ba môrdal [mass], gèill Franc, gèill Roman an[d]es. 



7. MlDE. 

Mide, canas wainmniged? 

Ni misa. Midhe mac Bratha meic Deatha, crmaroffiado tene 
for clannaib Nemedh i viErinn, 7 robôi se bliadm for lasad, 
conid on tene sin rohadnad car/; pnmtene i nHérinn, conid de 
dliges a comorba miach la muic car/; oen cleithe i nEirinn, 
co n-erbradar drai[d]e Hérenn: « Is mi-dé dun in tene-si rohad- 
nad isin tir ». Co ro tinolait druid Hérenn ind oentech, co tal- 
laid a tengt[h]a asa cennaib tria comairle Mide, corw^-adnaic hi 
telmain Uisneich, 7 co ndesid Mide primdrai 7 primsench^f/i 
Hérenn uaisib. Atlvrt Gairech ingen Gumoir, muime Mide : 
« Is uais nech dofiltfr sund innocht 2 ». XJnde Uisnecb 7 Mide. 

Mide son of Brath, sonof Deoth, was the first to light a fire 
in Erin for the clans of Nemed, and it was six years a-blaze, 
and from that fire was kindled every chief fire in Erin. Where- 
fore Mide's successor is entitled to a sack (of corn) with a 
pig from every house-top in Ireland. And the wizards of Ire- 
land said : « Tis an evil smoke (mi-dé) i for us, this fire that 
hath been lit in theland ». So the wizards of Ireland were eol- 
lected into one house, and, by Mide's advice, their tongues 
were eut out of their heads, and he buried them in the ground 



1 . gaoth .i. fairge, O'Cl. 

2. For innocht R has inneoch dofil sunn anoebt. 
1. Midhe .i. droichtheine, O'Cl. 



298 Whitley Stokcs. 

of Uisnech, and Mide, chief wizard and chief liistorian of Ire- 
land, sat above them. Then said Gairech Gumor's daughter, 
Mide's fostermother : « Sublime (nais) is one (jieclj) who is hère 
tonight ». Whence Uisnech and Mide. 

Also in BB. 356 11 , H. 6 a : Bodl. no. 7 (Folklore, III, 575-6) and Ed. 2 a 2. 
Versified LL. 199b 34. See also O'Curry, Manners and Customs, II, 191, 
and Silva Gadelica, II, 520-521. 475, where it is edited from BB. 

Mide now Meath. Uisnech now Usnagh Hill in Westmeath. Brath son of 
Death (or Deoth) was father of Breogan, BB. I2 a . The Clans of Nemed the 
second colonists of Ireland. 



8. Druim nDairbrech. 

Druim nDairbrech, canas roainmniged? 

Ni ansa. Dairbre Derg l mac Lulaig meic Ligmuine do Ai- 
thechtuatha*7> 2 Hérenn, co tuairsi Ligmuine 7 Fer mBolg 7 
Fer nDomnand targlamsat eath Comuir 3 do Tuathal. Doluid 
da«o Tuathrt/ 7 Fiaclw Casan 7 Findmall a brathair don cath 
sin. Dairb[r]i Derg, [immorro] 7 Eochaid Oilech forsin leith 
n-aill. Fegair hrnm in cath 7 cloit/;/r îor Uochaig n-Oilech, 7 
marbthair Dairbre fora drumainn. Unde Druim nDairbrech. 
Vel ita : Druim nAirbre, fri Bri Ele anair ata. \}x\de dicitut Fo- 
thairt Airbre .i. fothairt filet fri Bri anoir. 

Druim nDairbrech, whence was it named ? 

Not difficult. Dairbre the Red son of Lulach son of Lig- 
muine, of the Peasant-tribes of Ireland, with a remuant of 
Ligmuine and the Fir Bolg and the Fir Domnann, gathered 
(forces to deliver) the battle of Commar to Tuathal (Techt- 
mar). So Tuathal and Fiacha Cassan and Findmall his brother 
went to that battle. Dairbre the Red, however, and Eochaid 
Oilech were on the otherside. Then the battle is fought, and 



1. Drechderg LL. i92 a 22. 

2. each. tuathaib, R. 

3. commair, LL. 192* 29. 



The Rennes Dindsenchas. 299 

Eochaid Oileeh is defeated, and Dairbre is killed on his 
Ridge 1 . Whence Druim nDairbrech « Dairbre's ridge ». Vel 
ita : Druim n-Airbre i. e. to the east of Bri Ele it is. Whence 
is said Fothairt Airbre i. e. Fotharts that are to the east of 
Bri. 

Also in BB. 3 56 11 47 and H. i6 a . Versified LL. 192^ 15. 

Druim nDairbrech is perhaps the Druim Dairbhreach mentioned by the 
Four Masters, A.D. 1063, where O'Donovan translates the name by 
« Oak-hill », and says that it is now unknown. 

As to the Aithechtuatha and Tuathal Techtmar see BB. 235* 34, the 
Four Masters, A.D. 76, 106, 1258, note i, and Lives of Saints from the 
Book of Lismore, Préface xxxvn. 



9. Laigin. 

Laigin, canas ro ainmniged? 

Ni ansa. Laigin a laginis .i. ona laignib lethnoib tucsat leo 
na Dub-gaill a tirib Gall. Da cet ar dib milib a lin. moaroenre 
Lobraid homgsecb [.i.] Moen mac OiW/a Aine, àolotar in fial- 
lach sin. 

Nô it laigin cumdâigti oir 7 surgit tucsat cerda Hérenu do 
L-ibmid Lo'mgsecb .i. Maen, dia du[d]chfif/i 7 Ernolb mac righ 
Danmarg diar'ortsat in rigraid im Cobtbacb Coelbreg i 2 nDind 
Rig. 

Nô is Laig/w quasi laig-fine .i. fine 3 sil Laegaire Luire: 
lurcon enim graece auldus deuorator mterpretatur latine : lorc 
didiu angbaid nô lainnfordiuclandtaid. 

Tri anmann doib .i. [Fir] Domnann, Gaileoin, Laigin ; 7 
Gaileoin roalsat Labraid ior a loinges hi tirib Gall. 

IT Gaileoin immorro iar n-aimsir mair bawr i[c] cobïctid Oi- 
Mla maie Rosa îor Tain bo Cuailgne. XJndc àicitut Tricha cet 



1 . i. e. the ridge named after him : drumainn, which should apparently 
be drummaim in the dat. sg. So infra No. 11 rotecîann is written for rote- 
daim. 

2. caol a, R. 

3 . Sic H. laigfir .i. fir R. 



}oo Whitlex Stokes. 

Gaileoin, 7 nidat Galenga, ar is cian mâr n'a Connue Gaileng 
rofrad Tain bo Cuailnge. 

Docechnataf drai[d] Erenn ior Galeonu co roeb[d]adrtr uile 
inge m ad bec, 7 an dotuaraid dib ros-dibaid Tuathal Techtmar. 
Is clann Labrada immorro Laigin uile acht Lai[g]si 7 Fothairt 
Domnann immorro ros-dilgend Tuathfl/. 

Laigin from laginae, that is from the broad spears which 
the Black Foreigners brought with them from the lands of the 
Gauls. Two thousand and two hundred was their complément. 
Along with Labraid the Exile, that is Moen son of Ailill ot 
Aine, that army went. 

Or it is laigin « spears » adorned with gold and silver 
which the craftsmen of Ireland gave Labraid the Exile, that 
is Moen, when he and Ernolb son of the king of Denmark 
came and destroved the kings round Cobthach Coelbreg in 
Dind Rig. 

Or it is Laigin quasi laeg-fine the family of the seed of Lae- 
gaire Lorc, lurcon [leg. lurco ?] enim graece [leg. latine ?] is 
interpreted « a greedy devourer », lorc then means ruthless 
or an eager devourer. 

Three names had they (the Leinstermen) to wit, Fir Dom- 
nann, Gaileoin and Laigin, and it was the Gaileoin that nour- 
ished Labraid during his exile in the lands of the Gauls. 

'Tis the Gaileoin, moreover, who after a great while were 
helping king Ailill son of Ross on the Tain bo Cualnge. 
Whenceis said « thirty hundred Gaileoin », and they are not 
the Galenga, for the Driving of the Kine of Cualnge hap- 
pened long before Cormac Galeng. 

Ireland's wizards sung spells on the Galeoin so that ail per- 
ished save a few, and what remained of them Tuathal Techt- 
mar destroved. Ail the Leinstermen arc Labraid's children save 
Laigsi and Fothairt Domnann which Tuathal exterminated. 

Also in LL. 159^: BB. 357a : H. 16^ : Bodl. no. 4. Ed. i h 2 (incom- 
plète). Sec also Silva Gadelica, II. 455, )00. 

Laigin now Leinster. Dinn Righ one of the two ro\^il seats in Leinster, 
near Leighlin Bridge to the west of the Barrow. Sec LL. 22 a 2, 48 b 10, 
i92 a 37 and 269». 



The Rennes D'unis enchas. 



301 



As to Loegaire Lorc, Cobthach Coelbreg and Labraid Loingsech see 
O'Mahony's Keatingpp. 250-254. 

Connac Gaileng, see Cormac's Glossary, s. v. Gaileng, and LL. 329 e . 



10. Sliab Bladma. 

Sliab Bladma, cid diata ? 

Ni ansa. Bladma nô Blo'd mac Con, meic Cais Clothmm, 
micc Uachaill, romarb Bregmasl gabaind Cuirce meic Snithe 
rig Erôta 1 . Doluid iartain ina noedin co rogaib a feronn a 
sliab. XJnde Sliab Bladma.. 

Nô is Blad mac Breogain ba marb ann do tàm, et a quo 
mons nominatur. Nô it bleda mara .i. biasta mara, ruiseda a 
n-anmann, 7 bit i n-uiscib 7 i tirmaib, 7 it hc foruidbet na 
cranna [fo. 95" 1]. Unde « Sliab bledach Bledma » ; 7 Ros 
Nâir meic E[d]licon lie prius. 

Bladma or Blod son of Ciî, son of Cas Clothmin, son of Ua- 
chall, killed Bregmael the smith of Cuirce, son of Snithe king 
oflruaith. Thereafter he went-in his boat and took bis land 
on the mountain. Whence is Sliab Bladma. 

Or 'tis Blad son of Breogan, who died there of pestilence. 
And from him the mountain is named. Or they are sea- 
bleda i. e. sea- monsters named ruiseda, and they lire (equally 
well) in waters and on dry grounds, and 'tis they that destroy 
the trees. Whence « monsterful Sliab Bledma [Félire, April 7], 
and it was previously called Ross/meic Edlicon. utfàti 

h" 
Also in LL. 159b 17 : BB. 357b 23 : H. 17a: Bodl. no. 11: Ed. 2* 2. 
Sliab Bladma, now Slieve Bloom, on the border of King's and Queen's 
counties. 

1 1 . Fid x-Gaible. 



Fid nGaible, canas ro ainmniged ? 
Ni ansa. Gaible mac Etadoii 

1 . rig hua Fuata nô rig Muada, LL. 



Ni ansa. Gaible mac Etadoin meic Nuadat Airgetlam tall 



302 Whitley Stokes. 

grinne Àinge ingine in Dagda roteclann si do denam drochta 
di, ar an drochta fognid in Dagda ni anad do tinnsaidsin ce// 
nobid muir îor tuile, 7 ni tucta banna as cen ba aithbi and. 
Tarrlaicc ercor don grinne sin a Belach Fualasccflf/; co ro fas 
Finncoill as, conià de ata Fid nGaillbe nô nGaible nunc. 

Nô comad Gabal ainm na haband dotàot trit. Unde dixit I 
Bercail : 

IS inmain in gabalsa 
bid uaithi ainmnegad 
îor leth in fiadaso, 

a rad ni ro. 
in gemsa carrmocaill 
in ucht na cluanaso 
tall 2 sluagh, mor fo. 

Nô comad hi Gabal Gairechtam ingen Guill, ben Oirc meic 
Ingoir ri Atha cliath «obaidte isin abaind sin iar marbad a fir 
la Ai//ll mac yEda Roin i n-Ath Orc. Unde âicitur Fid 
nGaible 7 Gabal 7 At[h] Orc. 

Gaible son of Ethadon son of Nuada of the Silver Hand, 
stole a bundle of twigs which Ainge the Dagda's daughter had 
gathered to make a tub thereof. For the tub which the Dagda 
had made (for her) would not cease from dripping while the 
sea was in flood, but not a drop was let ôut of it during the 
ebb. He hurled a cast of that bundle from Belach Fualascach 
and (in the place whereit alighted) a fairwood grew thereout. 
Hence it is now (called) Fid nGaibli, « Gaible's wood ». 

Or it mav be (from) Gabal « Fork », the name of the river 
that flows through it. Whence Saint Berchan said : « Dear is 
this Fork : from it is the appellation on the half of this 
word : to say so is not overmuch. This gem ol carbuncle in 
the breastof this lawn carried off a host : great good. » 

Or it raay be from Gabal Gairechtach daughter of Goll 
wife of Orc son of Ingor king of Dublin, who was drowned 



1 . dicitur R. 

2. tallaR. 



The Rennes Dindsenchas. 303 

in that river after lier husband was killed by Ailill son of Aed 
Rôn at Âth Orc. Whence is said Fid nGaible and Gabal and 
Ath Orc « Swineford ». 

Also in LL. 159* 50 : BB. 3 57b 33 : H. 17*: Bodl. no. 6: and Ed. 2* 1. 
Edited from LL. in Silva Gadelica, II, 476, 523. 

Fid nGaible, now Feeguile, the name of a wood in Leinster, in which 
S. Berchàn built the church of Clonsast. 



12. Mag Lifi. 

Mag Life, canas ro ainmniged ? 

Ni ansa. Life 1 ingen Cannain Cruthrt/^ doluid la Deltbanda 
mac Druchta, dailemoin Conaire Moir rig Temra. A Sid 
Buidb ar Femen do. Fodes didiu o Temraig gabsat, ar rop 
aloind lee in mag darsa tanic co wdatig a hainm fair. [Conna 
ro dail Deltbanna do feraib Herenn coro ainmnigthe in mag 
Lit o anmum a mna 2 .] Un^c Mag Lifi. 

Nô co mbad3 Fea an ainm 7 li oni ba laind le ina foca. 

Life, daughter of Cannan the Pict wentwith (i. e. wedded) 
Deltbanna son of Drucht, the spencer of Conaire the Great, 
kingofTara. Out of the Elfmound of Bodb on Femen was he. 
South of Tara they set up, and because the plain over which 
she came seemed beautiful to lier, she asked that her name might 
be on it ; and Deltbanna dealt out no more (liquor) for the 
men of Erin until yon plain was called by his wife's name. 
Whence Mag Lifi. 

Or may be Fea was the name and Li- because what she saw 
seemed bright to her. 

Also in LL. 159» 26 : BB. 358*: H. I7 b : Bodl. no. 4. Edited in Silva 
Gadelica, II, 482, 530. 

Mag Lifi or Liphi- (ad campum Lifi, Book of Armagh, fo. i> b 1, in 
campo Liphi, ibid. io>> 1, io ;l 2) a plain in the county ofKildare, through 



1. Sic H. Lipti R. 

2. Sic LL. 

3 . obat R. 



304 Whitley Stokes. 

which the river Liffey winds. Femen a plain near Cashel, co. Tippcrarv: 
Flaith Femin iïnd, LL. 129. 
Conaire Môr, v. supra, no. 3. 



13. Berba. 

Berba, canas ro ainmniged ? 

Wiansa. Meiche mac na Morrigna is and robator na tri cri- 
deda, corot-marb Mac cecht im-Maig Mechi r . Mag Fertaigi 
a2.n0 a ainm in maige co sin 2 . Amlaidh badar na cride sin, co 
ndelbaib tri nathrach treithib. Meni lorsed dawo bas do Mechi 
arforbmais na nathracha ind 7 focnafed ana faigbet béo i nLL'r- 
///;/. lloloisc hxum Mac cecht in[na] cride sin im-Maig Lua- 
that, coro la al-luaith lasin sruth, conld romarb eas in tsrotha, 
[7] coro marb car/; n-anmanda roboi ann, 7 coro m[b]erb. Nô 
combad i n-Aird Luaithrid [noloisc î]. Unde Berba dicitur 7 
Mag Mèche 7 Aird Luaithrid. 

Nô coma[d] Berba .i. ber nô bir 7 ba .i. balb. Unde Bt'rba 
dicitur À. user balb. 

Mèche son of the Mor-rigain, in him were the three hearts 
till Mac Cecht killed him on Mag Mechi, which till then 
had been named Mag Fertaigi. Thus were those hearts, with 
the shapes of three serpents through them. Now if death had 
not befallen Mèche the serpents in him would hâve grown, 
and what they left alive in Ireland would hâve wasted away. 
Then Mac cecht burnt those hearts on MagLuathat « Plain of 
Ashes », and cast their ashes with the stream, whereupon the 
rapids of the river stayed, and everv créature therein died 
and boiled. 

Or maybe it was on Ard Luaithrid « Height of Ashes » 
that he burnt the hearts; whence Berba is said, and Mag Méchi 
and Ard Luaithrid. 



1 . methi R. 

2. This sentence is misplaced in R. 
5. Sic BB. leg. roloisc 



The Rennes Dindsenchas. 30 ) 

Or Bcr-ba may be (a compound of) ber or Z>/V « water » un J 
/w « dumb ». Whence is said Bcrba, that is, <' dumb water ». 

Also in LL. 159b 40 : BB. 358* : H. 17k : Bodl. no. 15 : Silva Gaddica, 

H, 477, 523-524- 

Zterfox now the sluggish, silent river Barrow. Mag Luadat supposed by 
O'Donovan to be near Newtown Stewart, co. Tyrone. 

Mac cecht one of the Tuatha dé Danann kings or, more probably Co- 
naire's champion. See LU. 89*, 97 13 , 98 a . 



14. Môin Gai Glaiss. 

Moin Gai Glais, canas roainmniged ? 

Ni ansa. [Gae] Glas mac Luinde meic Loga Liamna, nia sin 
Fiachach Srabtine. As do dorig//t' an goba in gaei dot[h]ec«wc. 
Doluid [andeass 1 ] Culdub mac Dein dia samna do cuingid 
gona duine ecin, co 2 roguin Fidrad mac Dama Duibe, a quo 
Ard Fidraid. Doehuaid Gae Glas ina iarmomf/;f_, co tarlaic fair 
in sleg dogena in goba do tri drai[d]tr/;/^ co nàechaid tria 
Culdub isin monaid, 7 ni frith in[t]sleg sin iaram, acht oen 
tuarascbail fosfuair Masl Odarn mac Dimai Croin dia nge- 
gna di Ait[h]ecda ri Rua Mail iar mbeith Mael odrain bliadain 
hi talmain, diar' cachain som in rand so : 

IMlech Ech 

i Moin da Ruad ar car/; leth, 
ci[a] ron-maid enech ron-bi 
nirbo dui, a Aithechdai. 

Ba si sin in Carr Bek/V Duirgein, is i nomarb^J [in] trichait 
mbuiden. Amlaici nobid, 7 gobai fo bragaid, 7 nis-luaidhed 
nech acht démon. Hi cein bess in sleg 7 a rind^ fodess ni ior- 
brisridir ntTt Leithe Caind o Laignib. 

Gae Glas son of Luinde son of Lug Liamna was Fiacha Srabti- 
ne's champion. 'Tis for him that the smith made the intractable 

1. Sic H. 

2. cia R. 

x , raind R. 



306 Whitley Stokes. 

spear. From the south Cûldub son of Dian went on the day- 
of samain (Nov. i) toscekto slay some one, and he slew Fid- 
rad son of Dam Dub, from whom Ard Fidraid is called. 
Then Gae Glas went a-following him and hurled at him the 
lance which the smith had made for him by magie, and it 
passed through Cûldub into the bog, and that lance was never 
found afterwards save once 1 , when Mael-Odran son of Dimma 
Cron, after he [leg. it?] had been a year in the ground, found 
it and slew therewith Aithechdae king of Hûi Mail. Whereof 
he sang this stave : Imlech Ech, etc 2 . 

This lance was the Carr > of Belach Duirgen : 'tis it that 
would slay the thirtv bands. Thus it was, with a fork under 
its neck, and none save the Devil would move it. So long as 
the lance is with its point southwards the strength of Conn's 
Half (the North of Ireland) will not be broken by Leinster. 

Also in BB. 358b an d H. 18». 

Mael-odrâin son of Dimma Crôn is mentioned by the Four Masters, A.D. 
647, and in Rawl. B. 512, fo. 1 1 5 b b 1. In Rawl. B. 502, fo. 73b 2 he is 
called hua Diminue Chroin. 

Main GaiGlais « Grayspear's Bog », not identified. Belach nDuirgen, see 
infra no. 24. 



15. Fafaind. 

Fafaind canas ro aintnniged ? 

Ni ausa. Bïoccaid mac Bruic. do Gailianaib Labradha 
Loingsig, is do ba mac Faifne file 7 Aige a ingen. A mâthaii 
Liber ingen Luit. Badar foirmdig daini doib. Fodailsed siabra 
andochum co rodelbsad Aigi in \ég n-alWJ cor' cuir cuaird fo 
cethair timcoll Ereiui, co ros-marbsat fian Meilge mac Cob- 
thaig4 ri Hérenn, 7 ni frith di acht bolg usr/, 7 mos-laisen isan 
abaind, conïd uaide ainmnigth/'r Aigi. 



A mère guess: oen tiiarascbail literally « one description ». 
I can make no sensé of this quatrain, 
carr .i. sleagh, O'Cl. 



)■ 



4. Cobtaid R. 



The Rennes Dindsenchas. 307 

Luid hrum Faifne a brdthair l do ainmed rig Hérenn 
[fo. 95 b 2] ina digail, coro tuarcbadh tri bolcca fair. Rohir- 
g:\bad iarwm in tile la Melgi ar ba dicinaid i n-oided 2 Aici, 7 
romarbrtr/ he i Fafaind ison aire rig Temra, 7 inde roadnacbt, 
7 conzittecht ina marbtai, mo ainm do bith i nduma sin dogrés> 
.i. Duma Faifne. 

Luid Liber dia cumaidh corus-baidh isin Liber, conid uaide 
arsegar. Rotamlaig4 Broccaid ir-Raith meic Bruic. 

Broccaid son of Broc of the Gaileoin of Labraid the Exile 
had a son, Faifne the poet, and a daughter Aige. His mother 
was Liber daughter of Lot. Folks were envious of them : so 
they loosed elves at them who transformed Aige into a fawn 
and sent lier on a circuit ail round Ireland, and the fians of 
Meilge son of Cobthach king of Ireland, killed her, and of her 
nought was found save a bag of water, and this he threw 
into the river, so that from her the Aige is named. 

Thereafter Fafne her brother, in order to avenge her went 
to blemish the king of Ireland, and upon him three blotchès 
were raised (by Fafne's satire). Then the poet was arrested 
by Melge, for he, Melge, was guiltless regarding Aige's death. 
And Fafne was killed on Fafaind, for satirizing the king of 
Tara, and therein he was buried; and while they were killing 
him he entreated that his name might be for ever on that 
mound, to wit Duma Faifni. 

Liber went to her woe and drowned herself in (the river) 
Liber, so that from lier it is (so) called. Broccaid died of disease 
in Râith meic Bricc. 

Also in LL. 160b 9: BB. 358b 33. Versified LL. 191b 1. 

The transformation of Aige into a bag of water reminds one of Geirhild 
the witch, in the Landnâmabôk, who turned herself into the shape of a 
leathern sack full of water. 

« Cobthach King of Ireland » was doubtless Cobthach Coelbreg, slain at 
Dind Righ, A. M. 4658, according to the Four Masters. Fafaind, the Aige, 



1 . abran R. 

2 . oiged R. 

3 . smip<:r R. 

4. Rotamlaid R. 



308 Whitley Stokes. 

the Liber, Diana Faifni, Râith meic Bricc not identified. Fafaind is men- 
tioned in the followine; talc. 



16. Adarca Hua Failgi. 

Adarca Hua Failge, canas ro ainmniged ? 

Ni ansa .i. Iuchna Echbel qui et Iuchna Ciabawach rigbriu- 
gaid bas fri Fafaind atuaid anair i Fan in Briugad 1 .i. Ma- 
chad Bri[g]de. Ba he a besad, altrom 7 imtoccbail sotha a 
tighe co mba bliadain, coro carsat [fo. 96 11 1] a cethre hé. Intan 
[immorro] ba marb he documlaisct a cethri adochum con fasad 
tri la 7 teura haidche 2 'mo cholaind. Amal na tuitcid leo mus- 
luid cach dib i> tuaim in aroile, 7 fodailet4 Iuchna co a n- 
adarcaib, 7 focerdad an gléo cor' lasat a n-adarca co mbatar 
dumae dib isna tabcaib > (?), comd dib dobtTtar Adharca. Mos- 
luadat iarwm do dil a n-itad co Boinn, 7 fos-dailed co Alniain, 
comdar mairb ina n-almaib inti, et aride dicitur Almu. 

Almu àidiu ingen Bécain bïiugad, ben Iuchna [CiaLv/V. Im- 
sai iar mbas Iuchna] ind diaidh a halaim co maigin a hathflr, 
co n-i\pad n-and do chumaid Iuchna 7 do dith a ceithre 6 , et a 
qua Almo dicitur. 

Vel ita. Almu Almôin .i. fri moin aniar ata, ut dicitur Air- 
bri fri Bri Eile anoir. 

Vel Almu .i. ail mo, id est .i. ail os moin, nô i moin, wôall 
mou, nô ollmou. 

Iuchna Horsemouth, who wasalso called Iuchna the Hairy, 
a royal hospitalier who dwelt to the north-east of Fafaind on 
Fan in Briugad « the Hospitaliers Slope », that is, Macliad 
Brigte. This was lus custom, to rear and bring up the off- 
spring (calves) of his house till they were yearlings ; where- 
fore his cattle loved him. Now when he died his cattle came 

1 . a fan an briugaid R. 

2. Sic H. t/i hoidchc R. 

3. aR. 

4. fodailed R. 

5 . tuacaib 131^. 
. ceil/ R. 



The Rennes Dindsenchas. 309 

together to him, and round his body spent three days and 
three nights. As he did not corne away with them, each 
of them goes against the other 1 and they rend Iuchna with 
their horns, and their tight was fought till they cast their 
horns, which became mounds in the..., and from them (the 
name) Adarca is given. When they went to the Boy ne to 
quench their thirst they were dispersed to Almu and there 
they died in their aimai « herds ». Hence is said Almu. 

Almu, again, daughter ôf Bécan the hospitalier, wife of 
Iuchna the Hairy, after Iuchna's death returned, following her 
herd, to her father's stead, and there she died of grief for her 
husband and for the destruction of her cattle. From her Al mo 
is named. 

Or thus : Almu, Al-môin, to the west of a bog (main) it is 
as Airbri is to the east of Bri Eile. 

Or Almu .i. ail-mo, that is, a rock (ail) over a bog (jiwiri) or 
in a bog. Or ail-mou, or oll-mou. 

Also in LL. i6o b 36: BB. 359» 32 : H. iSb andSilva Gaddica, II, 483, 531. 
The castirtg of the horns is better explained in LL. thus : 
Int3n tra ba marb é tancatar a bôchethra uile issin cnocc ût, co mbatar 
tri la 7 tri aidche ic immarbad isin chnucc sin ic cainiud Iuchnai, co torch- 
ratar a n-adarca dîb. . . . Co ndechatar assa aithle do dil a n-ittad co Boind 
« So when he, Iuchna, was dead ail his cattle came to yon hill, and for 
three days and three nights they were there killing each other, bewail- 
ing Iuchna, so that their horns fell off them... and afterwards they went 
to the Boyne to quench their thirst ». So in the Panjâb : « Dear, dear, 
dear », cried the buffalo, « how very sad ! I must mourn too. » So she im- 
mediately cast her horns and wept and wailed. After a while she went to 
drink water in the river. (Folklore in the Paiijab, Indian Antiquary, June 
1882, p. 170.) 

17. AlLLEND. 

Aillend, canas ro ainmniged ? 

Ni ansa. Crem Marda rucc ingin Luigdech ri[g] La'igen ar ai- 
thiud. Aillenn àidiu a hainm. Aillbe a hainm a hoirce, 7 ad- 
bath Aillenn ar naire oice, 7 as_na_aball trena lighe — is [di] as- / 

1 . tuaim .i. éadan no aghaidh, a front or face, P. O'C. 

Revue Celtique, XV. 21 



I io Whitley Stokes. 

btvar Aball Aillinne, 7 atbath a hoirce ina diaidh r sidhe, 7 
roflis ibar tritside. Is de asbcrar Ibur Baile .i. Ailbe tredelidin, 
ut dicitur 

Aball Aillinde arda Ibar Baile, bec fbrba, 
cia asberar a laide nis-tucait dâoine borba. 

Art Mes-delmand macSôfna cedna conacclaid mûr n-^ Aillinne. 
Fiach didiu 7 Buirech 7 Ururus rosclaedar fadéoid 2 . Buirech 
douo focerd asin clud in cloich fil indti, dia n-ébairt « Ail 
and », 7 ised ainm nos-bia. It imda didiu a hanmand iarwm, ut 
âlius dixit 3 : 

Aillend aenach diar n-ôcaib, etc. 

Crem Marda abducted a daughter of Lugaid king of Lein- 
ster. Aillenn was lier name and Ailbe tbe name of lier lapdog. 
And Aillenn, being in Crem's possession, died of shame, and 
through lier grave grew an appletree whîch is callcd « Ail— 
lenn's Appletree ». And after lier died lier lapdog, and up 
■ through him a yewtree grew. Of this is said « the Yewtree 
of Baile » that is Aille by transposition of letters, as is said 
« The Appletree of lofty Aillenn, the Yewtree of Baile — 
little profit. Though their lays are uttered rude men under- 
stand them not. » 

Art Mes-delmand son of Setna was the first who excavated 
the rampart of Aillenn, Fiach then, and Buirech and Ururus 
dug it finally. 'T was Buirech too, that out of the ditch cast 
the stone that is (still) at Aillenn, and said: Ail and « a rock 
there », and this is the name it shall hâve. Many names be- 
sides it hath, as some one said : 

« Aillend an assemblv tor our warriors, etc. » 

Also in BB. 379b : H. 18b, Silva Gadelica, II, 483, 531. 

Aillend « the ancient name of a large fort on the hill of Cnoc Ailinne, 
anglicè Knockaulin, near Kilcullen, in the county of Kijdare », O'Dono- 
van, Four Masters, A. M. 4169, note e. 



1 . diaigh R. 

2. fadéoigh R. 

3 . ailius dr. R. 



The Rennes Dindsenchas . 5 1 1 

As to the technical terni delidin see Cormac's Glossary s.vv. Delidin and 
Nascu, where ref (for fer) and ne (for en) are given as examples. 



18. Carman. 

Carman, canas ro ainmnig'ed? 

Ni misa. Triar fear tancadar a hAthin, 7 ocnbc;/ léo .i. tri 
meic Dïbaid meic Doirci meic Aincis iad .i. Dian 7 Dub 7 Do- 
thur a n-anmand, 7 Carmean ainm a mâtbar. 

Tria brichtu 7 dicetla 7 cantaria nolûited in mâthair cach 
maigin : tria fogail 7 esindrucw^ immorro, romilldis na fir. 

Dolodrtr àono co Hen//// ar ulc re Tuaith dé Damnai, do coll 
etha na hindsisea forro. Olcc iarww la Tuatha de Damnai 
indsin. Doluid Ai mac Olloman o tWedaib, 7 Cridenbel o caintib, 
7 Lugh Lsebach o drai[d]ib, 7 Be cuille ona bantuathaib do 
cetol ïonosuni, 7 ni ro scarsflt friu cur cuirset in triar fer tar 
muir, 7 flic[ab]sat a ngiall 1 afus .i. Cairmen a mathair, arna 
tisdais co Yiérinn afrithisi, 7 tucsat dia cind in sechta - nos-fo- 
gnad na ticfaidis airet beith muir im Hérinn. 

Ba marb aius a mâthair sin do cumàid ina gialkcht?, 7 ro- 
cuindig for Tuaith de Danaini airm i n-adnaicfidea co n-agtais 
a haenach and, 7 co mbad hé a hainm nobeith an amach sin 7 
in maigin semper. Unde [fo. 96'' 1] Carmuin 7 aoenach Car- 
muin, 7 fbgniset^ Tuatha dé Danann hindsin aireat bad^zr i 
nHériun. 

Vel ita. Sen-gairmun tainic mdegaid secht n-erca 5 riEchach 
[Bélbuide] tue Lena mac Mes-reoda7 Ucha ingen Oxa Rigccrta 
a mâthair in meic sin, 7 ba bai sen Mesgeagra meic Dato rig 
Laigen larutn. Batar do«o maraon la Lena ic sethad in buair 
sin hic Sen mac Duirb 7 Lochar Luath mac Smiraig 6 7 Gun- 
nait mac Suçait 7 Altach mac Duilb 7 Mothur mac Largaig7, 

1 . ngilla, R. 

2. Sic BB. snechta R. cetharda H. 

3 . ngiallac/tf R. 

4. foghnitis H. 

5. n-erc H., erc BB. 

6 . smiraid R. 

7. largaid R. 



412 Whitley Stokes. 

Fos-fuair Sengarman ic Raidi Bic fri Dûn maie Datho an[d]es. 
Mzrbthar Ucha iaxum cona bandtrocht 7 in milid tuesat in 
mbuar, 7 tue 1 Sengarman leis a bûar co Mag Mesca ingine 
Buidb iarna breith dosum a Sidh Vmdchada i Slcib Monaid i 
n-Albain, co n-a[t]bath Mesca arnaireisin magin sin, 7 foclas 
a fert and .i. fert Mesca ingine Buidb, 7 rucesat .iiii. meic in 
Datô .i. Mes seda 7 Mes roeda 7 Mes deda 7 Mes delmon, ior 
Sengarmun isin maigin sin, 7 docer Sengarman and, 7 foclass 2 
a fert and, 7 comhecht aenach nguba do gnim and, 7 co mbeit[h] 
a ainm in aenach sin 7 in maigin sin dogres, et unde Car- 
mun 7 Sen-carmun diamtur, 7 fognidis Laigin insin ar treb- 
aib 7 ar tellaigib 3 co Cathair Mor. Ni farlaic Cathâir Immorro 
acht-* [d]o tellaigib 5 fodesin 7 remtus la sil Rosa Failge, a for- 
gabail 7 an deoraid i lurg in aenaig 6 , utsuntLaigsi 7 Fothairt. 

Secht ngraifne and 7 sechtmam. fri agad bretha 7 cocerta a 
cuigid f/i bliadain. 

Is and fognidis Laigm Desgab//r in laithi déidenach" de. Is 
de adbn'ar centres Osraige 8 . Forud [a rig for deis ri(g) Car- 
mun : forud 7] ri[g] Hua Failge fora cliu, 7 is amlaid a mna. 

Hi kallaind auguist notéigdis ind, 7 hi sexid auguist no- 
tiedis as, 7 cach très bliadnin fognidis, 7 da bliadain tria tairecc. 

[.Lxxx. 7 .d.]9 bliaiaw o rognid in cetna aenach and cusan- 
dara bliadtfz'w cethorchat Ûatba Ochtauin Augusti ir-rogeinir 
Cm/. 

Ith 7 blir/;/ doib ara denom, 7 cen forran coigid in 10 Hérinn 
foraib, 7 tir riglaig 11 leo [7 mna metha] 12 7 suba la cach sain- 
treb, 7 cach meas mar taidbsin, lina lana o usrib, 7 meth 7 
mochléithe [ocus] rig occa doib mené denad insin. 



I . 


tuesat R. and BB. 




2 . 


Sic H. foclasa R. 




3 • 


tellaigedhaib R. 




4- 


atrit (?) R. 




5- 


tellaidib R. 




6. 


renaid R. 




7" 


deigenach R. 




8. 


osraide R. 




9- 


Sic BB. and H. 




10, 


.m. R. 




11 . 


riglaeich H. 




12. 


Sic LL. 21 5' 1 27: for metha leg. 


maetha 



The Rennes Dindsenchas. 3 1 3 

There were three men who came from Athens and one wo- 
man with them, [their mother]. The men were the three sons 
of Dibad son of Doirche, son of Ainces, (« Extinction son of 
Darkness son of Ailment »), and their names were Dian and 
Dub and Dothur. (« Violent, Black and Evil »), and the 
name of their mother was Carman. 

By spells and charms and incantations the mother ruined 
every place. By plundering and dishonesty the men destroyed. 

So they went to Ireland'to bring evil on the Tuatha Dé 
Danann by blighting the corn of this island upon them. To 
the Tuatha Dé Danann that seemed ill. So Ai son of Ollam 
of their poets, and Cridenbél 1 of their lampooners, and Lugh 
Laebach of their wizards, and Bé cuille 2 of their witches 
went to sing charms upon them, and they parted not from them 
till they had driven the three men over sea. And the men left 
their mother Cairmen hère as a pledge that they would not 
corne again to Erin, and they also gave the Seven Things 
which they served (as security) that they would not corne so 
long as sea surrounded Ireland. 

Their mother died of grief hère in her hostageship, andshe 
asked the Tuath Dé Danann to hold her fair (oenacJj) at her 
burial-place, and that the fair and the place should always 
bear her name. And the Tuatha Dé Danann performed this so 
long as they were in Erin. Hence Carmananà OcnachCarmu'm. 

Or thus : Old-German followed Eochaid Yellowmouth's se- 
ven cows which hadbeen carried offby Lena son of Mesroeda. 
Ucha daughter of Oxa king of Certa(?) was Lena's mother, 
and she was wife of Mes gegra son of Dath King of Leinster. 

Now along with Lena in driving those cattle were Sen son 
of Dorb, and Lochar the Swift son of Smirach, and Gunnait 
son of Sucat, and Altach son of Dolb, and Mothur son of Lar- 
gach. Old Garman found the cows at Raith Becc to the south 
of Dûn meic Datho. Then Ucha with her women is killed 
and the soldiers who carried off the cows. And Old-German 
took his cows to the Plain of Bodb's daughter Mesca whom 



See Revue Celtique, XII, 65, 67. 
Ibid. 93. 



3 14 Whitley Stokes. 

he had carried oft from Sid Findchada on Sliab Monaid in 
Scdtland. And Mesca died of shame in that place, and there 
they dug her grave, even the grave of Mesca daughter of Bodb. 
And Dath's four sons overtook Old German at that place, and 
[by them] there Old German fell, and there his grave was dug. 
And he begged them to establish there a « fair of Lament- 
ation », and that the fair and the place should always bear 
his name. Hence Carman and Sen-charmcm are so called. 

And the Leinstermen used to hold that fair according to 
habitation and hearths down to (the time of) Cathair the 
Great. Cathair, however, left it to his own hearths only, and 
precedence with the race of (his son) Ross Failge, their dé- 
pendent branches, such as the Laigsi and the Fothairt, and their 
exiles in the track of the fair. 

There were seven horse-races there, and a week for pro- 
mulgating the judgments and laws of the province for a year 
(rectius three years). 

'T was on the last day thereof that the Leinstermen of South- 
Gabur i. e. the men of Ossory, held (their horserace). Thence 
is said « Ossory's horse-contest » . Their king's high-seat was 
on the right of the King of Carman : the high-seat of the king 
of Hûi Failgi was on his left. Thus, too, were their wives. 

They entered the fair on the kalends (i. e. the first) of Au- 
gust and left it on the sixth ofthe ides (i. e. the eighth) of 
August. Every third year they held it, two years being given 
to preparing it. 

From the holding of the first fair there down to the 42d 
year of the reign of Oetavian Augustus when Christ was 
born, are 580 years. 

For holding it the Leinstermen (were promised) corn and 
milk, and freedom from control of any (other) province in 
Ireland: that they should hâve men, royal heroes; tender wo- 
men : good cheer in every several house ; every fruit like a 
show (?): and nets full (of fish) from waters. But if it was not 
held they should hâve decay and early grayness and young kings. 

Also in BB. ^6o> 8 and H. 19'. Partially in LL, 2i$ a 1-30. Versified 
LL. 215-' 31-216-'. Edited and translatcd in O'Curry's Manners and Customs, 
II, 39-41 ; III, 326-529. 



The Rennes Dindsenchas. 3 1 5 

The Fair of Carman (now Wexford) was, according to O'Curry, revived 
A D. 718, by Dunchadh Kingof Leinster, and last celebrated A.D. 1023 by 
Donagh mac Gillapatrick. 



19. BÔAND. 

Bôand I cid diata ? 

Ni ansa. Boand ben Nechtain meic Labrada dodechaid do- 
cum in tobair diam[air| bui i n-urlaind in Sidha Nechtain. 
Cach ôen fodriced ni ticed uad can maidsin a da rose acht mi- 
n[i]ptis héNechtà// 7 a tri déogbaire .i. Flesc 7 Lam 7 Luam a 
n-anmand. 

Yecbt and mw.rluid Boand la dimus do cobfis cumachta in to- 
bair, 7 zsbert nad bûi cumachta diamair connised cuma'c a 
delba, 7 imsôi tuaithbel in tobuir îothri, 7 maidhid tri tonna 
tairsi don tobur, 7 fosruidbed a sliasait 7 a [lethjlaim 7 a leth- 
suil. Imsôi didiu (or teclW 2 a haithisi co fairgi 7 an uis^ 
anadiaidh co hlnber mBôinne, 7 ba hisin mâthair Oeng^a 
meic in T>agda. 

Vel ita : Bô ainm in [tjsrotha 7 Find aband Slébe Guaire, 7 
dia comme moleis ainm Boand (rectius Bôfind). 

Dabilla ainm a hoirce, unde Cnoc Dabilla, Sliab in Cotaig 
hodie. 

Bôand wife of Nechtdn son of Labraid went to the secret 
well which was in the green of Sid Nechtain. Whoever went 
to it would not corne from it without his two eyes bursting, 
unless it were Nechtdn himself and his three cupbearers, 
whose names were Flesc and Ldm and Luam. 

Once upon a time Bôand went through pride to test the 
welPs power, and declared that it had no secret force which 
could shatter her form, and thrice she walked withershins round 
the well. (Whereupon) three waves from the well break 
over her and deprive her of a thigh and one of her hands and 
one of her eyes. Then she, fleeing her shame, turns seaward. 



1 . Bodand R. 

2. tethe^ R. 



; i6 Whitley Stokes. 

with the water behind her as far as Boyne-mouth, [where 
she was drowned]. Now shewas themother of Oengus son of 
the Dagda. 

Or thus : Bô the name of the stream [of Sid Nechtain] and 
Find the river of Sliab Guairi, and from their confluence is 
the name Bôand [= B6 -f- Find]. 

Dabi lia was the name of her lapdog, whence Cnoc Dabilla 
(«D.'s Hill »), today called Sliab in Cotaig « the Mountain 
of the Covenant » . 

Also in BB. 361» 49: H. 9 a : Bodl. no. 36. Silva Gadelica, II, 474, 519. 
Versified, LL. 191» 27-54. 

Bôann Ptolemy's Bouo'jivoa, now the river Boyne, which rises at Sid 
Nechtain a hill in the barony of Carbury, co. of Kildare. 

Sliab Guairi, now Slieve Gorey in the co. of Cavan. 

Cnoc Dabilla, v. supra, no. 4. 



20. NÀS. 

Nas, cid diata ? 

Ni ansa. Eochaid Garb mac Duach n Hérenn is é ro escair 
for firu Hérenn tictu fri selgad Caille Cuan co laignih 7 bacaib 
7 belaib leo ar anôir a mna .i. Tailtine ingine Magmoir 1 . 
Sler/;/sat do no Caild Cuan îri mis, conid e in mag sin /Enach 
Tailten. IMfocht i rribâi nech do fraib Hérenn fri a hobair im- 
muig 2 . Frisrogart Bri Brûglas, echlach Tailltine : « Failet tri 
rathmuigè Hérenn À. Nas 7 Ronc 7 AilesMr^ tri mc/'c Dor- 
cland3. » Marb/rtr ind, » ar Taillti. «Ni \ia.m\aid », ar Eochaid, 
« is ferr a mbeath« indâs a mbas ; achl denat rath-[fo. 97 15 1]- 
muighecht4 béos ». « Bid amlaid », ol Taillti : « claidetS tri 
ratha damsa. » 

Is and cowclaid Nas a raith, 7 is é a ainm dushl À. Nas, 7 
raith [forjfoirb nGaind meie Delà .i. côiccd Concuhuir indîu. 

Claidis dono Runc a raith .i. Râith Ruine la Dal Aiaide. is 

1 . Tailtiu ingen H. 

2. Sic BB. amuig R. 

3. Dorchlaim LL. :94a 40. Dorclann BB. 

4. rathmuidhecht R. 

5. claided R. claiet H. 



The Rennes Dindsenchas. } 1 7 

edh a ainm d/«fil, .i. [leg. 7] raith îor foirb nGenaind meic 
Delà .i. côiced OiMla meic Mata indiu. 

Is ann ow[a]clai[d] Alestar a raith îor Sleih Collan .i. SYiab 
Leitrech indiu : is de asberar raith Cluana Alesttf/Y. .i. raith 
[for] foirb Sengaind meic Delà — .i. côiced Coi[r]pr/ aniû 1 . 

Unde Râith Ruine 7 Nas 7 Râith Klestair. 

Vel aliter : Nas 7 Bôi da ingin Ruadri 2 meic Taite 3 ri Bre- 
tan, .ii. mnôi Loga meic Scail Bailb. Nas dawo mâthair. Ibic 
meic Logha. Is and adbath- Nds, 7 roadnacht i Nas, conid de 
asberar Nas. Marb hriwi a siur foc^'/oir .i. Bôi, dia eumaid, 
corMj--adnacht i Cnuec Bas, et uude Cnuc Bai âicitur À. Cnoc 
Bua. Tarçlaim Lus; 4 slos;u Gaidel leis o Taill/m co fiad in 
Broga do cained na mbansinim kalaind auguist cacha : bliadna, 
conid de bai nasarf Loga. un^ Lugn^^ad .i. comarc Loga nô 
cuimniugwrf nô aithmed nô feil bais. 

Eochaid the Rough son of Dua king of Ireland, 'tis he that 
made a proclamation to the men of Erin to corne and eut down 
the Wood of Cuan, with laigin (broadbladed lances) and bill- 
hooks and hatchets, in honour of his wife Tailtiu daughter 
ol Magmor. So in a month they eut down the wood, and that 
plain is (now) Oenach Tailten. He asked whether any of the 
men of Erin had shirked the work. Bri Brû-glas, Tailtiu's 
messenger, answered : «There are Ireland's three rath-buil- 
ders, Nas and Ronc and Ailestar, three sons of Dorncla. » 
« Let them be killed for this », quoth Tailtiu. « Not so », 
says Eochaid, « 'tis better they should live than die. But let 
them keep on building raths. » « So be it », replied Tailtiu: 
« let them build thrée raths for me. » 

Then Nas dug his rath, and this is its name, A^7.f, and a 
rath on the héritage of Gand son of Delà, which today is 
Conchobar's province (Ulster). 

Ronc also dug his rath, to wit, Raith Ruine in Dalaradia, 



1 . In R and BB. thèse words (from .i. raith to aniiï) corae next after 
damsa. 

2. Ruadrach, LL. 194a 20. 

3. Caitti LL. 194» 17. Aitte H. 

4. luid R. 



5 1 8 Whitley Stokcs. 

this is the name it lias, and a rath on the héritage of Genand 
son of Delà, that is, today, Ailill mac Mata's province (Con- 
naught). 

Then Alestar dug his rath on Sliab Collan now Sliab Leit- 
trech..Hence it is called the rath of Cluain Alestair, a rath on 
the héritage of Sengann son of Delà, today called Coirpre's 
province. 

Whence Râith Ruine and Nâs and Raitb Alestair. 

Or otherwise : Nas and Bôi two daughters of Ruadri son 
ofCaite(?) king of Britain, were the two wives of Lugh son 
of the Seal Balb « the Dumb Champion ». Now Nas was the 
mother of Ibec son of Lugh. There Nâs died, and in Nâs she 
was buried, hence it is called Nâs. Her sister Bôi died straight- 
way ofgriei for her, and was buried on Cnogba, whence that 
name (Cnogba = Cnocbua). Lugh gathered the hosts of the 
Gaels from Tailtiu to Fiad in Broga « the land of the Brugh », 
to bewail those women on the first day of August in each 
year : so thence was the nasad « assembly » of Lugh, whence 
Lugh-nasad « lammasday », that is Lugh's commémoration, 
or remembering, or recollection, or deathfeast. 

Also in BB. 362^ 15 and H. 34 b . Versified LL. 194» 17. As to lugnasaà 
see Cormac's Glossary, s. v., and LU. 52-' : ôenach Tailten cech lugnasaid. 

Nos now Naas in the co. of Kildare. Sliab Collan a mountain in Clare. 

As to the five sons of Delà see LL. 7 b 35, 127* and Four Maslers, 
A. M. 3266. 



21. Ceilbe. 

Ceilbe, canas ro ainmniged ? 

Ni ansa. Find File mac Rosa Ruaid dochuaid do tig Bea 
[fo. 97 1 ' 2]Gelcnis ingine Coirpri Niafer. Boi d'nliu coirmfleid 
ar cind a hàthflr 7 ni[s]tarfaid do brathfl/r a atlwr, ciarba iilid 
7 ri ind oenfv, 7 ni tVith do achl as 7 arbur, coma and asbert 
Find Filid : 

Nit-raib brig do buanseilbe, 
a Be baile gan brathirsi, 



.— 1 



The Rennes Dindsenchas. 319 

aithbi oll a[r] [tjh'airmitne. 

ni turcbawr sàorflatha 

arbeloib do brondfine 

saoghal sund a * sentaine 

achr- rat[h]aib [nit-raib]. P ***** *" r 

Rosab faium att in ingen comba lan 7 rodûn a comlaid < 
coniïstachti a hanail, co //-apad de, 7 rohadntff/;/ i[si]n airm- 
[sin], tow-aprad a claide^ : «. sunda fo ceil Be and ». Undedicituï 
Celbe. 

Aliter: Cairp/rmrtcRosa, Cairpre Colbi air 7 Niafer. is é ro- 
zânacht saorgiall Temrach beo and, co«id[d]e aslwar Colbeo nô 
Ceilbeo, 7 unde Celbe. 

Vel ita : Dallan mac Machacan S meic Echtigirn, sui Hérenn 6 
ind eicsi 7 i hlidecht. Doluid do tig Gelbe ingine Cerbaill meic 
Muirecain ri Laigm. Is é rotoimsedh cach ridicelta. Luid in 
ingen do failti fris 7 craeb droighen coin hairnib fo coim, 7 
asbert : « Cid fil fom coim, a Dallâiii ? » 

Dixit 7 Dallan : 

Focuirim fin faitsine 
la faedb 8 fesa findecsi 
armbad fochraib faillsiges 

faitsine bas lui. 
donndos droigin delgtigi 
fo dubarnib diballa 
fail fot coim, a caomingnz, 

not-cuireb fo eûi. 

Contuaisi Gelbe la sodhain9 7 asben in fil/: « doriarut IO ar 
dogensa t'ainmed ». « Ni tô », ol an ingen, « bid lat in maig- 

/ 

1 . co LL. is BB. na H. 

/l 2. gr_LL. 

3. condostacht LL. / 

4. claibtid LL. daididh BB. \' 



Machaden BI 

6. Sic BB. \mmorro R. 

7. dicitur R. 

8. sic BB. asod R. 

9. soghain R. 

10. dor iar ut, BB. 



520 Whitley Stokes. 

en cowrancamair, acht m'ainmsi 1 fuirre .i. raith Gelbe, 7 \mde 
Ceilbe. 

Find the Poet son of Ross the Red went to the house of Bé 
Whiteskin daughter of Coirpre Niafer. Now there was an ale- 
feast ready for her father and she shewed it not to her father's 
brother, though there were in his single person a poet and a 
kirig. And nought was found by him save milk and corn. 
Whereupon Find the Poet said « Hâve thou no worth of thy 
goods, O strong Bé, without brotherhood ! may thy honours 
ebb utterly ! : noble lords are not upraised before thy womb- 
family 2 », etc. 

Then a tumor seized the damsel, so that she was swollen, 
and it closed her door, and choked her breath so that she died 
thereof, and she was buried in that place (Ceilbe), and her 
gravedigger said : « Hère under concealment (ceiï) is Bé ». 

Otherwise : Cairpre son of Ross had the by names Cairpre 
Colin and Nia fer. Tis he that there buried alive (bco) the 
free hostage of Tara, wherefore he is called Col-beo, or Ceil- 
beo, and hence is Cel-be. 

Or thus: Dallan son of Macachdn son of Echtigern, a sage 
was he in wisdom and in poetry. He went to the house of 
Gel-be daughter of Cerball son of Muirecan King of Leinster. 
'Tis he that used to divine > everything concealed. The damsel 
went to welcome him, and she had under her garment a 
branch of thorn with its sloes. She said : « What is under my 
garment, O Dallan ? » Dallan replied : « I apply a miracle of 
prophecv, with a cry of knowledge of white wisdom that 
near may be what a prophecv that is silent(?) manifests. A 
brown bush of spiky thorn bearing ignoble (?) black sloes there 
is under thy garment, thou dear damsel. I will make thee 
wail(?) ». 

Thereat Gel-be was silent, and the poet said : « Thy... forl 
will blemish thee ». « Nay », says the damsel: « thou shah 



1 . mainimsi, R. 

2. I cannot translate the last two lincs. 

3 . toimheasaim I conjecture, augur, O'R. 



The Rennes Dindknchas. 321 

hâve the place where we met, only let it bear my name, to 
wit, Raith Gelbe. » And hence is CeiJbe. » 

Also in BB. 362b 22 and H. 35a. The first three paragraphe also in LL. 
200 a 29-41. 

Ceilbc not identifïed. 



22. LlAMUIN.' 

Liamoin, cid diata ? 

Ni ansa. Liamoin Lendcàin 7 Forcartoin 7 Mianach 7 Truis- 
tiu, cethri hingena Dubtaig Dubtaire meic Forgnse ri Deisi 
Breg. co ros-carsat œthrimeic Âic[h]ir Cirr meic Echacb Ondat 
do Érnaib Mumon, do sil Mogha-lama 1 , meic Luigdech meic 
Coirprc Oomcinn, co tancatrtr ceit/;ri meic Àichir 2 aniar co 
tech nDubthaig .i. Fordub, Fomocht, Roimper 7 Fomu a n-an- 
mann, co ro lasat a curu blhdain in Dubthach. Batar ic cuin- 
<£ gid a n-othar iarsain 3, 7 ni tue Dubthach co mbidis mis fri 
blindant oca, ar is ed [Dubthach] rotuill mis fri faichill 7 com- 
bultccht mbliadne. Doluid Dubthach ior creich i Laigm'/;. Leic- 
id-sutm galur forro, arna tisdais leis. Dotaot Dubthach iarwm 
7 elaid-sium da eis 7 cethri hingena Dubthaig l c0 > c0 comar- 
naic Dubthach friu i Lsignib, corus-mzrb a n-ochtav À. Fomu 
fer Liamna, Roimpir fer Forcartana, Fomocht fer Mianca, 
Fer-dub la Truistiun4. Romarbaid àidiu uile .i. Ferdubic Dub- 
athaib Mastew, Fomocht ic Fomocht, Roimpcr i-nGlais Rom- 
pair, Foma a Foma, Lîamain for Liamo, in Mianach i n-Acuil, 
Forcartain i Forcartain, Truistiu îor. Ath [Truistenn]. 

Doluid c\ono aniar a mâthak À. LuachairBairennach a hainm, 
7 a Boirind Corcumruad di, co fuair fis bunaid marbta a ceit^ri 
mac, coromaidacridheindti.Isdi asberar Luachair Bairendach. 

Doluid Aic[h]er co n-apad hi Cnuc Duma Aichir ind Uib 5 
Felmeda. Gwid dia derlW sin rocacholn in filid [fo. 98 a 1] 
Dingnai Laigen, lith ngaile, yrl. 



1 . modha lama R. 

2. Aithir R. 

3 . post R. 

4. leg. Truistinn ? 

5 . ua F., aibh H. 



$22 Whitley Stùkes 

Liamain Fair-robe and Forcartain and Mianach and Truis- 
tiu, tour daughters of Dubtharh Dubthaire son of Forgnae 
king of the Desi ofBregia, were loved by the four sons of 
Âcher Cerr son of Eochaid Andot of the Érnai of Munster of 
the race ofMogh Lama son ofLugaid, son ofCairpre of the 
Bowed Head. So Aicher's four sons came from the west to 
Dubthach's house, and their tiames were Fordub, Fornocht, 
Rompcr and Fonui. For a year they worked out their con- 
tracts (ot service) with Dubthach, and then they were deman- 
ding their wage ; but Dubthach would not give it till they 
should hâve been with him a month in addition to the year, 
tor 'tis he, Dubthach, that always added a month as -against h 
a year's hire and .parmership. 

Dubthach went on a raid into Leinster. In order not to go 
with him they feign sickness. Then Dubthach starts (without 
them), and when he had gone they make où' with lus four 
daughters. But in Leinster Dubthach came across them and 
killed the eight of them, to wit, Fomu Liamain's man, 
Romper Forcartain's man, Fornocht Mianach's man. and 
Ferdub with Truistiu. So they were ail killed: Ferdub at the 
Black Fords of Maistiu. Fornocht at Fornocht, Romper in 
Glas Rompir, Fomu in Fomu, Liamain on (Dûn) Liamna, 
Mianach in Achaill, Forcarthain at Forcarthain, and Truistiu 
atAth Truisten « Truistiu's Ford ». 

Then from the west came their mother Luachair — Boiren- 
nach was her name, and from Boirenn in Corcomruad was 
she — and she foundfull knowledge of her sons' slaughter, and 
her heart brake within her. From her Luachair Boirennach is 
named. 

Âicher went and died on Cnoc Duma Aichir (the Hill of 
Aicher's Mound) in Hùi Felmeda. And to certify that the 
poet sang. Dindgnai Laigm, etc. 

Aiso in BB. 362 b -3b5- 1 : H. }c- 1 ; and Sih.i Gadelica, II. 470. ^:p. where 
•; is said to stand for Dur. Liambna now Dunlavin. 



The Rennes Dindknchas. 



23. Dùn nGabail. 

Dun nGabail, canas ro ainmniged ? 

Ni ansa. Gabal ingen Guirt [Glais meic Fedlimid, co tainic 
Lutair] mac Luirgnigh dia cuingid, co rofii leis. Kmlaid boi 
àidiu Lut[air], 7 secht cind déc lair. Airdiu car/; ralaig [é], 
cseca cubât na gabul, 7 a leth na leithe. Fer ele àidiu coa 
cuingid, Fuiter mac Forduib a ainm, co tainic sein anair, 7 
Labraid Laimderg leis, 7 Brodar -mac meic Sciach 7 Ibar mac 
Sciach 7 [fo. 98 b 1] Glas mac Sgairb, co[r']gabatrtr tech iuirre, 
7 rogab Gablacb Fuiter ar gail, co torchait- le; 7 ni terno nech 
dona tainic anoir do cosnum ingine Guill. Unde 1 Dûn nGabail 
nominatur. 

Gabal was daughter of Goll Glas son of Fedlimid, and Lu- 
tair son of Luirgnech came to ask her, and she slept with him. 
Now thus was Lutair : seventeen heads upon him : higher 
than an}- oaktree was lie : fifty cubits in his fork and half 
(i. e. 25) in his shoulderblade. Now there was another man 
a-seeking her. Fuiter son of Fordub was he called, and from 
theeast he came accompanied by Labraid Redhand and Brodar 
son of Sciach's son and Ibor son of Sciach and Glas son of 
Scarb. And they stormed the house in which she was, and 
Gabal challenged Fuiter to fight, and by her he fell, and none 
escaped of those that came from the east to suive for Goll's 
daughter. Hence Dûn nGabail is named. 

Also in BB. 364a, H. 37 b , Versified LL. 197 11 60. 

Dûn Gobuil, as the name is spelt in LL. is there said to be in Cuthraigi. 
Not identined. 



' 24. Belach nDuirgein. 
Belach nDuirgein, canas roainmniged? 
1 . aride dicitur, R. 



524 Whitley Stokes. 

Ni ansa. Duirgein :ngen Luaith meic Lomghiinigh 1 meic. 
Lomaltaig meic Lathraig do sil Mercill meic SmirJuib 7 Ercad 
ingen Tresaz siiir sidhe Léige ingine IVeasca. No fasd dono 
Ercad la mugaidh tarcend Luaith, conus-iuvin Dûirgin, 7 atféta 
sén dia haxhair amai! conaknerht in gnim. Luid iaxum Ercad 
i mbaigh 2 Indigh meic De[ad] Domnann, ar [ba] bratha/r 
dise, co comtisadh ledodigail a sceoil (or Dw/rgin. Luid d'diu 
Indech le co Belach da mBend, ar ba hé a cr'/na hainm, 7 ïor- 
lorbairt ? Indech a bandail, 7 ni forfaem Dûirgmdô, 7 <ro;/oga[i]b 
a armu 7 imsôi fri hlndech, 7 imsôi-siwm tViae se, 7 oirgis 
Indech in mnai di sodhoin, 7 ferais Duirgein .1. crecht fair- 
sium. 

Hi cuict'i/ \j\iadain dec flaithiusa Nuadat Airgetlam is and 
do«o nobith ic slait 7 ic sirorgz/m forsin mbelach ût, comdh dia 
bas 7 dia Iv/haidh rohainmnigt'J in Belach. 

Duirgein was daughter of Luath son of Lomglûinech (son 
of Lomaltach son of Lathrach, of the race of Mercell son of 
Smirdub) and of Ercad daughter of Tresc (she was a kins- 
woman of Liag daughter of Tresc). Now Ercad used to lie 
with a slave instead of Luath, and Duirgein dctected it (i. e. 
lier mother's adulterv) and told lier father how the act was 
discovercd. 

Then Ercad went to speak to Indech son of Dea Domnann, 
for lie was a kinsman of hers, and get hini to corne with 
lier to take vengeance on Duirgein for lier taie. So Indech 
went with Ercad to Belach dâ Bend — for that was the former 
name of the pass — and entreated(?) Duirgein for a tryst. 
Duirgein refuses it, lifts lier weapons and turns against In- 
dech. Indech turns against lier and slays the woman, but (not 
till after) Duirgein had inflicted fifty wounds upon him. 

In the fifteenth year of the reign of Nuada Silverhand lolk 
were plunderirig and constantly slaying at that Pass ; and 
from Duirgein's death and life the Pass was named. 



1. lomglinnig m. lomaitig R. 

2. ambaidh R. 

x . inforbairt, Lee. 



The Rennes Dindienchas. 5 2 s 

Also in BB. 364b 3 : H. 38* : Lee. 461*. Versified LL. 194* 15. 
Belach nDuirgein not identified. 

As to Nuada Airgetldm, king of the Tuatha Dé Danann, see Revue Cel- 
tique, XII, 128. 



25 



Bairend Cermain. 



Bairend Cerman carias xodinmniged ? 

Ni misa. Cerman Caladcend mac hUargw^a meic Doltaigh z 
7 Digais Dibartach ingen Etarbaidh a bean, secht meic 7 cote 
ingena leo. Casan 7 Fuilech 7 Fledhach 7 Liath 7 Dimoin 7 
Seal [7] Dornmàr anmand na secht mac sin. Capach 7 Mala 7 
Bresa 7 Bairend 7 [Cjliath na côic ingena indsin. Dlomais 
[Digais] doib 7 asbm Cerman friu ara ng[n]itis [fo. 99' 1 1] fri 
/ 1^ £J mia s, 7 fodailset iarwm cach ina cornât ûadib .i. Casan co 
Glend [Cuill], Fulach co Glend Smoil, Fledhach co Der[g]- 
moin, Lia//; co Glend F/Wleit[h], Diinain co Carraic [n]Dro- 
beoil, Seail co Scairb Indech, in Chappach 2 co Glenn Cappaige?, 
Mak for Malain, Bersa ina Muig. Bairend [aroen] re athair i 
Coilliu Cermain 7 ic Babluan .i. aomen amnis frisn-abatr Bai- 
renn, Cliath ig Bmiai na Cleithi, Digais a mâthair ior Sléib 
Digasa. 

Cerman Hardhead (son of Uargus, son of Doltach), and his 
wife Digais Dibartach daughter ol Etarbad had seven sons and 
five daughters. Cassan, Fuilech, Fledach, Liath, Dimain, 
Scâl and Dornmàr were the names of thèse seven sons : Ca- 
pach, Mala, Bernsa, Bairend and Cliath, thèse were the five Lfwutfa'&> 
daughters. (Their mother) Digais refused (food) to them, and 
Cerman told them that they should lessen the burden of feeding 
them4. So then they separated fromthem (their parents), each 



1,. *•-■(• 



1 . doltaidh R. 

2. carpacb R. 
carpaige R. 



X 



3 . carpaige K. 

4. Literally « that they should act against [the burden of dishes ». LL. 
194b 6 has : fognad dûib ag is ernbas « let battle and sword-death serve 

you "' 0^ tw fa w iwhrtl H. fatàM, '! 

Revue Celtique, XV. 7 —yT * 



126 Whitley Stokes. 

by his or lier path — to wit, Cassan to Glenn Cuill « Hazel- 
valley », Fuilech to Glenn Smoil « Thrush-Valley », Fledach 
to Dergmôin « Red Bog », Liath to Glenn Findléith, Dimain 
to Carric Drobeoil, Seal to Scarb Indech, the Cappach to 
Glenn Cappaige, Mala on Malain(?), Bernsa on lier plain, 
Bairenn along with her father in Coille Cermain and at Bab- 
luan (i. e. the name of a river now called Bairenn), Cliath 
at Berna na Cléthe, and their mother Digais on Sliab Digasa. 

Also in BB. 364b 37: H. 38*: Lee. 461b. Versified LL. 194a 58. 
The places mentioned in this taie are said by Prof. Atkinson (Book of 
Leinster, Contents, p. 50) to be in Leinster. 



26. DUIBLIND. 

Duiblind, canas roainmniged} 

Ni ansa. Dub ingen Roduib meic Cais meic Glais Gamna 
ben [Enna] meic Nois meic side a Forcartain, ben ele do [Enna 
.i.] Âidhe ingin Oichinn meic Cnucha, co ro étaigh l Dub 
tria [in uair rofitir, uair ba drai 7 ba banfile isi Dub,] 2 co tu- 
[d]caid la taob in mara co comor treibe Ocind. Dochachain 
bricht mara, coro baithedh isin treib sin co lin a malais, corus- 
rathaig Mairgine gilla Ocinde, 7 imsôi fria, 7 foceird csêr dis 
asa tabaill 'na dochum, co rwj-tascuir [fo. 99* 2] dia canon 7 
cor«5-bruidh, 7 co torchait- isin lindigh. IJnde Duiblind dicitur. 

Dub daughter of Rodub son of Cass, son of Glas Gamna, 
was wife to Enna son of Nos, an elf ont of Forcartan. Enna 
had another wife, namely Aide daughter of Ochenn son of 
Cnucha, and when Dub discovered this, ior she was a druid 
and a poetess, she grew jealous of Aide, and she went beside 
the sea as far as opposite Ochcnn's house. There she chanted 
a sea-spell so that Aide was drowned in that house with ail 
lier family. 



1 . étaidh R. 

2. Sic Lee. 



The Rennes Dindsenchas. 327 

Mairgine, Ochenn's gillie, saw Dub, and turns against her, 
and casts a caer dis out of his sling towards her, so that he 
struck her off her path, and shattered her, and she fell into 
the pool (lind). Whence Dub-Hnd is said. 

Also in IX. i6o a 1 : BB. 364a 29 : H. 38b : Lee. 462» : and Bodl. no. 38. 
Translated (from Lee.) in O'Curry's Manncrs and Customs, II, 288-289. 

Duïb-lind (now corrupted into Dublin) « probablv that part of the River 
Liffey which in later times was known bv the name of Poil or the hole or 
pool ». O'Curry, ubi supra. 



27. FORNOCHT. 

Aliter Yomocht .i. Uince Ochurbel, 7 is de asberar Ochur- 
bel fo bith aroile ier bo achwbeoil ic labraid dia sun, daig ni 1 
labrctd Uinci acht tri lai 7 tri haidche ria samain 7 iar samoin 
cacha blinda, 7 adfed dia muindt/r lergnima na blïadne beus 
amail cach faith. Fer ar fichit a lin dogre's. 

Doluid âidiu Uinci o cath Atha Chind mara rofecht la Finn, 
co tuidehid co Dun Droma Dean .i. druim etir do en .i. usce 
fris dia anoir 7 dia aniar, conïd desin asrubrad Druim nDen 
de prius 2 , et dono ba fidbad tune. Ecmaic Uinchi inadochum 
in duine sin 7 rorand? a trib sechtaib .i. trian for tamnad fedha 
7 in trian ele fri machtadh ndœne 7 in très trian fri loscud in 
duine 7 in denrn^a olchena, com farcobsat formaol iorwocht 
fon samla sin. 

Amsôi aniar Find iar mblïadain co faca a dun ïomocht, cen 
diaidh, cen tech, cen tenidh, 7 se ferac/; ïomocht, 7 imsoat an- 
diaidh Uinchi co hAth ind Uinci .i. Find 7 Oisine 7 Cailti, 
7 dofuit Uinchi léo .i. morseser la cach fer 7 Uinci la hOis- 
ine 7 la Cailti, ar dofubad Find cohanbal isin aurga/7 sin. 
Coma desin asberar Ath ind Uince 7 Fomocbt. 

Otherwise Fornocht, that is Uinche Keymouth, and hence 



1 . Sic BB. dogni R. 

2. Sic BB. Lee. quibus R. 

3 . norand R. 



5 28 Whitley Stokes. 

Keymouth is said, because of a certain man whose lips were 
locked when he was spoken to. For Uinche only spokc for 
three days and three nights before samain (Nov. i) and after 
samain in every year, and he would announce to his house- 
hold-the full deeds of the year like any prophct. One and 
twenty men was always his complément. 

• Now Uinche went from the battleof Ath Cinn Mara which 
he h ad fought with Find, and came to the foot of Druim 
Den, that is, a druim (ridge) between two waters (dâ en), a 
water to the east thereof and a water to the west — hence it 
was formerly called Druim Den and there was also a wood 
then. Uinche chanced to corne to that fort and he divided his 
men into three sevens, to wit, a third for felling the trees, and 
another third for slaughtering the people, and the third third 
for burning the fort and the other buildings. So in that wise 
they left it quite bare, quite naked (Jomocht). 

After a year Find returned from the east and saw his fort 
quite naked, smokeless, houseless, fireless, — gra^sgrown, too, 
quite naked. And they, to wit, Find and Ossian and Cailte, 
pursue Uinche to Âth ind Uinchi, and (there) Uinche fell by 
them, to wit, seven by each man and Uinche by Ossian and 
Cdilte, for Find had been badly wounded in that encounter. 
Whence Ath ind Uinphi and Fornochi are so called. 

Also in LL. 193* 13 : BB. 365b 1 : H. 20^ : Lee. 462*. 
Fornochi perhaps Farnagh near Moat in Westneath, Four Masters, A.D. 
1339. But see Revue Celtique, XIII, 113. 



28. Âth Cliath Cualann. 



Ath Cliath, candi 1 ro ainmniged? 

Ni misa .i. cliatha czokzig doriginset Laigin hi rlaith Mis- 
gegra fo cosaib caorach Aitherne Ailgesaigh l 'ca n-adnacal 
co Dûn n-Étair airm i ragbad allaind Étair for occaib Ulad, du 



1 . ail°;esaidh R. 



The Rennes Dïndienchas. 329 

docear Mes-decW 1 mac Amargiw do laim Mes-gegra ri Lai- 
ghen. Conld dona cliathaib sin rohainmnio;^/ Ath Cliatb. 

Vel ita-: Ath cliath 3 .i. dia robruiset fir Erenn baill in 
Matas roslas H mBrug Mcic in Ôic for Lig Bend, co ro lasat 
iar mballaib i mBoind co nacht a 5 colpta co hlndbtT Colp^Zw 
et unde Indbtv Colptha dicitur, 7 comlaid cliath a comblaid 
iar muir lam fri Heinww, co ro toracht cosin ath ucat. Unde 
Ath Cliath dicitur. 

Hurdles of wattling the Leinstermen made in the reign of 
Mes-gegra under the feet of the sheep of Athirne the Impor- 
tunate when delivering them to Dûn Etair at the place in 
which Allai nd (?) Etair was taken from the Ulaid's warriors, 
where also Mes-dedad son of Araargen fell by the hand of 
Mes-gegra king of Leinster. So from those hurdles Ath Cliatb 
« the Ford of Hurdles » was named. 

Or thus : Ath cliatb: When the men of Erin broke the 
limbs of the Matae, the monster that was slain on the Liacc 
Benn in the Brug maie ind Oc, they threw it limb by limb 
into the Eoyne, and its shinbone (colptha) got to Inber Colp- 
tha (the estuary of the Boyne), whence Inber Colptha is said, 
and the hurdle of its frame (i. e. its breast) went along the 
sea coasting Ireland till it reached yon ford (àtb); whence 
Ath Cliath is said. 



Also in BB. 36s b 42 : H. 20 b : Lee. 462b. The'latter half is versified in 
LL. 194b 18-34 (in line 27 of the facsimile sinnach should obviously be 
'sinn-âth). 

Ath cliatb (Cualann or Duiblinne) now Dublin. Etar Howth. 

As to Athirne see LL. 1 i4 b and Revue Celtique, VIII, 48-55. Mess- 
dead's death is mentioned ibid. p. 57. 

We hâve already met with the Mdtae and the Liacc Benn and the Brugh 
Maie ind Oc supra no. 4. 



1 . mcsàegad R. 

2. ata R. 

3 . cliach R. 

4. a R. 

5. co R. 



3 3o Whitley Stokes. 



29. Benn Étair. 

Bend Édair, canas roainmniged? 

•Ni ansa. Etar ben Gaind meic Deladha, an coicedh ri Fer 
mBolg, is i sin an cétna ben atbath do cmnaid a fir sund prlus, 
7 is and roaânacbt, i mBeinn Etair. 

Aliter Etar .i. o Et«r mac Etgaith robôi a clemna.r Manan- 
dain, is é atbath do seirc Aine, co «-acladh a fert isin beind 
ueat. 

Dûn mBrea dawo 7 Druim Ing 7 Âei Cualand 7 Sliab 1 Lec- 
gach, canas roainmnigtbe ? 

Ni ansa. Dia tudchaidh Partalo;/ tue leis Brea mac Senbo- 
tha, an cétna fer lasa ndernadh tech 7 coire 7 comme ôeinfir 
artus a n-E'mnn, 7 is é congab Dun mBrea 7 in inber ucat, 7 
is and rohadna^. 

Ôe Cualand immorro : cath dobert Cuala 7 Ing mac Doirb 
Glais 2 do Crimtbann Sciathbel .i. do rig Laigen, co ro marbao 1 
Cuala and, 7 coro fuirmed a cend forsin sliab, 7 in cloch for- 
sar' 3 fuirmed in cend sin is i in Ôe Cuala;/;/ sin, 7 dorocha/r 
Ing for Drumaind. XJnde àicitui [Druim] Ing. 

Lecga immorro, dia tu[d]cadar tri meic Camnind meic Con- 
maic, tri hui [Duind] Désa, oidhci samna, do tigh Dcirg do 
gabail Bruidne da D^rga for Coaaire com«5-toraf/;/adar hi sléib 
lecca, co //-ebeart Lomna Druth friu, cloch car/; fir do iuir- 
medh isin tsléib, ar co fesdais a lin ac dul, 7 co fesdais a tes- 
buide ic tuidecht ontogail-* sin, 7 facbait cloch cach mairbann. 

Unde Bend Étair 7 Dûn Brea 7 Druim Ing, Ôe Cuala;/;/ 7 
Sliab Leccacb nominantur. 

Étar wife of Gand son of Delà, the fifth king of the Fir 



1. sleib R. 

2. He is called Ing mac Dobgaid dorbglais in LL. iç4 b 44. 

3 . Sic Lee. in loc forrofuirmed R. in cloc forarfuirmed H. 

4. Sic Lee. tocbail R. 



The Rennes Dindsenchas. 3 3 1 

Bolg, she was the first woman that hère formerly diedof grief 
for lier husband, and where she was buried was on Benn 
Etair. 

Otherwise Étar, that is from Étar son of Etgath who was 
Manannan mac Lir's son-in-law. Tis he that died of love for 
Aine, and bis grave was dug on yonder peak. 

Dûn inBrea, also, and Druim Ing and Oe Cualann and Sliab 
Leccach, whence were they named ? 

Not difficult. When Parthalon came (to Ireland) he 
brought with him Brea son of Senboth, the first man who in 
Erin built a house, made a caldron l and fought a duel : and 
'tis he that îecrk Dûn mBrea and yon estuary, and there he m " ^ 
was buried. 

Oe Cualann, now, Cualu and Ing son of Dorb-glas gave 
battle to Crimthann Shieldmouth, KingofLeinster, and there- 
in was Cualu slain, and on the mountain his head was kid, r - 
and the stone whereon that head was laid is the Oe Cualann. 
And Ing fell on a ridge (druim), whence is said Druim Ing. 

As to Lecca, when the three sons of Conmenn son of Con- 
mac, three descendants of Donn Désa, marched on the eve 
of samain (Nov. 1) to Derg's house to take Da Derga's Hostel 
on Conaire, they reached Sliab Leccach, and Lomna Druth said 
to them that a stone for each man (of their force) should be 
laid on the mountain, so that they might know their number 
when going to, and their losses when coming from, that Des- 
truction; and there they leave a stone for'every dead man. 

Whence Benn Etair and Dûn Brea and Druim Ing, Oe Cua- 
lann and Sliab Leccach are named. 

Also in BB. 366* 27: H. 21a : Lee. 463* : the second and third para- 
graphs are edited (from BB.) in Silva Gadelica, II, 475, 521. Versiried LL. 
194a 35. There is also a poem about Etar son of Etbith in LL. i6o a . As to 
the Fir Bolg see O'Mahony's Keating, chap. 8. As to Partholon, ibid. 
p. 83, 114. 

The incident of warriors making a heap of stones of which each con- 
tributed one, in order to compute their subséquent losses in battle, will be 
found in the Togail Bruidne da Derga, Lebar na hUidre, p. l 86 b -87 a . See 

1 . an iron caldron LL. 



^32 Whitley Stokes. 

also the dindscnchas of Carn Mail, LL. i70 b 20, and infra no. 94. Pcrhaps 
the latest instance of this practice is the cairn built by the Farquharsons 
before marching, in 1745, to their death at Culloden. See Ionien, London, 
1891, p. 49. A similar practice (each man casting an arrow into a common 
basket) was pointed out by the late sir Samuel Ferguson in Procopius, De 
Bello Persico, lib. i, c. 18 (Dindorfs éd. t. I, p. 97). 



30.*Dùn Crimthainn. 

Dûn Crimthainn, canas ro ainmniged? 

Ni ansa. Dun conrôtacht la Crimt[h]an mac Luig[d]ech i 
mBend Etair, qui et Nia [.i.] fer Naire dicebatur : tredecim an- 
nos regnavit. 

IS é docuaid i n-echtra a Dun Cremt[h]ainn nô a Dail Uis- 
nigh, ut ipse àixit, la Nair tuaidhigh in bansidhe, coma tas 
caictighis ar mis [and], dia tubtf/Vt na seotu imdai, imon car- 
pat n-oir 7 imon fi[d]chill n-ôir 7 1 imon cétaigh Crimthainn 
À. lend sainemail, 7 aroile séotu imda olchena; 7 atbath iar- 
sain ahaithle a echtra im-maig 2 Etair, 7 roadnacht ina dûn. 

A fort whîch was constructed on Benn Etair (Howth) by 
Crimthann son of Lugaid who was also called Nâr's nia i. e. 
man, and who reigned thirteen years. 

Tis he that went on an adventure from Dûn Crimthainn or 
from Dâl Uisnig, as he himself said*, with the witch Nar the 
banshee. With lier he slept a month and a fortnight. And to 
him she gave many treasures including the gilt chariot and the 
draughtboard ot gold, and Crimthann's cétach, a beautiful 
mantle, and many other treasures also. And afterwards, after his 
adventure, he died on Mag Etair and was buried in his fort. 

Also in BB. 367* 20: H. 12^: Lee. 464- 1 . 

Dûn Crimthainn « was situated on the hill of Howth, and its site is oc- 

1. .i. R. 

2. amuig R. 

3 . i. e. I suppose, in his poem Md-dochodh a n-eachtra n-ân « well I fared 
du a splendid adventure », which O'Donovan says is contained is the Lea- 
bhar Gabhâla of the O'Clerys. 



The Rennes Dindienchas. 353 

cupied by the Bailie's lighthouse », O'Donovan, Four Masters, A.D. 9. Our 
taie (if I rightly understand it) agrées witli the Armais of Clonmacnois in 
treating the treasures as love-tokens. The Four Masters and Keating make 
them the spoils of an expédition to foreign lands, on which it is said that 
Crimthann was accompanied by his fairy-queen Nâr. She, according to LU. 
5i b , was of the Tuatha Dé (ar ba do Thuaith Déa ben .i. Nâr). 



31. RÂITH Cnâmrossa. 

Rath Cnâmrossa, canas roainniniged ? 

Ni ansa. Mac cecht mac Sloide Seiche do Connachtaib roalt 
Lee Fer Flatha mac Conaire. Is é rotesairg a[c] togail Bruidne 1 
da Derga. cona forruim 2 i 3 cobraid a sceith in mac, 7 rom- 
brui 7 rom-baid lurlur 7 treinimteacht in miledh [fo. ioo b 2] 
7 t^escad 7 tesbach a fola, corondecca hi Corraib Ednecha, 7 
ni fuair acht carnaii cnam comai[g]de 7 lovachta a cobraid dia 
scieth, 7 fosceird in cnamfros sininde, 7 ros-iànacht iarsodoin, 
et | unde] Cnamros âicitur. 

Alher Cnamros. Masr ben Bersa a B^rramain dorad seirc do 
Find mac Cumaill, co ro delb nai cna Segsa co n-ept[h]ib 
seirce indib, 7 focart hlbuirni mac Déduis dia n-adnacol do 
Find, 7 asb^rt fris a teinm 7 a tomoilt. « Ni tô », ol Find, 
« ar nidat cna rois, acht is cna amrois, 7 ni fes cid dia filet 
acht dolba[d] fri hol sera, annso », 7 ws-adnacht Find traig i4 
talmain, et unde Cnamros âicitur. 

Vel ita : Cath Cnam[rosai] rocloi Bresal Belach îor Cairpre 
lÀîechair cona claind 7 for Fiacha/^ Sraibtine [7] îor Eochaig 
Doimlen nonbwr 7 .dcccc. 7 .ix. mile a n-esbaid 7 twcaid a 
frossa cnam issin rathaid ut. Unde [Raith Cnâmrossa]. 

Mac cecht son of Slaite Seched of Connaught fostered Lee 
Fer Flatha son of Conaire. 'Tis lie that at the Destruction of 
Da Derga's Hostel rescued the boy and laid him in the hollow 

1 . bruigne R. 

2. Sic H. feraib R, foraim Lee. 

3. SicBB, a R. 

4. a R. 



334 Whitley Stokes. 

of his shield, whcrein the turtur (?) and véhément going of 
the soldier, and the pouring forth and heat of his blood shat- 
tered and drowned the boy, so that he 4wd in Corra Ednecha/<**W , > 
and of him Mac cecht found in the shield-hollow nought save ***»' 
a heap of broken and severed bones. So in the rath he lays 
down that bone-shower (cnâm-fros), and atterwards buried it. 
Whence Cnâmros is said. 

Otherwise Cnâmros : Maer wife of Bersa of Berramain fell 
in love with Find son of Cumall, and she formed nine nuts 
of Scgais with love-charms, and commanded Ibuirne son of 
Dedos to deliver them to Find, and told Find to eut and eat 
them. « Nay », says Find, « for they are not nuts of know- 
ledge, but nuts of ignorance (ciia-amrois), and it is not 
known for what they are, unless an enchantment for drinking 
love ». So Find buried them a foot deep in the earth. Whence 
Cnâmros is said. 

Or thus : Bresal Belach won the battle of Cnâmros from 
Cairpre Lifechair and his children, and from Fiacha Sraibtine 
and Eochaid Doimlen. Nine thousand, nine hundred and 
nine was their loss, and'their shower of bones (enam-frossa) 
were brought into yon rath. Whence Râith Cnâmrossa. 

Also in BB. $6^ 21 : H. 22a: Lee. 464^. The first story is referred to in 
the Togail Bruidne da Derga, LU. 97 b . The second story is also in LL. 200 a . 

Cndmhross i. e. « Wood of the Bones ». Tins, says O'Donovan, was pro- 
bably the ancient name of Camross, near Barry's Cross, in the county of 
Carlow. Four Masters, AM. 2859. 

Segais is a name of the elfmound in which the Boyne is said to rise, 
H. 3. 18, p. 636 e , and see O'Clery's Glossary. 



32. Maistiu. 

Maistiu l j canas roainmniged ? 

Wiansa. Maistiu id est mes-du, dubailei mbidh mes, utdicitur 

Ba fidbaid aimser robôi, yrl. 
1 . Maistiud R. 



The Renna chas. ))<> 

h\hn : Mai- • a ingen Oengu Daire 

D - mac E ■ *'• Tàobfbta a cricli Cornai, a baonach Oen- 

gwja co comfârnak fn; r . ? . anliccrd ingin Ricisi for lar in 

muigi [Maisten j conzgaib ailges dï 7 r* 

nechaib ro «-apaid reim[p]e de, Ro] Daire a atchur [for 

| do nertlic 2 miled bôi leis, a : iar dia cliind 

r in mai' illig i Sr . Ihe, coniâ Gris 

aile. 

Fel ita.} :M ech 

; tiEtinn 
:ir brollai Oei Oeng 

■!iin [sin], L 1 dicilur. \ 

, 7 atbai .'.i Maistiu do cun. C oild Caoil 

Oc: [aistiu 7 A t } j Mara. 

Maistiu, th; 

(ofbeecl j '' i in time 

' ». 

Other Vlaisi •*■••.■■ , ,- Q t ■ , j 

t D E Long-side carried out 

of Cr: C on Ô Ô >f the 

plain Gris tfj ; bcr, 

did ; G nded of hcr. mal- 

thai - died t\u 
that he had, J; - 
Gris, and in the midpLain rnad'. 
hcr bead, which f itream of Snuad, thenc 

ward called Gri : . 

Or the cm- 



1. do 

2. Sic H. don s! : 

R 

4. K r»/:- a. oir. 

5. b" 

6. quo - : ' • 

7. ÙtetsUU 



336 Whitley Stokes. 

broideress of Oengus mac ind Ôc, 'tis she that formerly made 
in Ireland the shape of a cross on the breast of Oengus' tunic, 
for Oengus had shewed it to her in that place. Whence Mag 
Maisten « Maistiu's Plain » is said. Now Conoll the Slender 
son of Oengus and Maer (from whom Atb Macre, today Atb 
Mara) were twins, and Maistiu as well, as Maer died of grief 
for this Conoll. Whence Maistiu and Atb Mara. 

Also in BB. 368* 21 : H. 22 b and Lee. 465». Edited mSilva Gadclica, II, 
482, 530, where Gris banlicerd is rendered by « Gris ban the worker in 
jewels », and cona gaib ailges de by « conceiving a jealousy at her ». 

Maistiu now Mullaghmast, a fort situate on a hill of the same name, 
about hve miles to the east of Athy, in the county of Kildare. 



Whitley Stokes. 
(A suivre). 



ÉTUDES BRETONNES 



IX. 

sur l'argot de la roche. 

(Suite'.) 

14. En octobre 1893, je me suis attaché à compléter les in- 
formations exposées aux paragraphes qui précèdent 2 . Je vais 
passer en revue les expressions recueillies dans cette nouvelle 
enquête, en les groupant d'après la nature de leurs origines, au 
moins vraisemblables, de cette façon : 

i° Acceptions et combinaisons de mots déjà connus (§15- 

18); 

2° Formes se rattachant à ces mômes mots, par dériva- 
tion, etc. (§ 19-22); 

3 Mots tirés du breton (§ 23-27); 

4 Mots pris ou imités du français (§ 28-29) 5 

5 Termes dont chacun provient de la fusion de deux mots 

(§30); 

6° Onomatopées et mots d'origine obscure (§ 31). 
Je présenterai ensuite quelques remarques sur les rapports 
du breton et de -l'argot. 



1 . Voir Revue Celtique, XIV, 267. 

2. Ma principale source a été Yves-Marie Cathou, dit Blohiq, couvreur à 
Saint-Clet. 



3 $8 E. Ernauli. 

15. L'argot rochois a un vocabulaire assez restreint, mais 
il le met en œuvre de façon à exprimer toutes les pensées fa- 
milières à ceux qui le parlent, sans que des auditeurs non ini- 
tiés puissent y rien comprendre; ce qui est le but et la raison 
d'être des langages de ce genre. Il n'est pas nécessaire, pour 
cela, qu'il possède un mot propre à rendre exactement chaque 
idée. 

Parfois il emploiera, suivant le précepte littéraire de Buffon, 
« les termes les plus généraux », à la place des mots spéciaux 
qui lui manquent ; il dira zvater « de l'eau », pour « de la 
pluie »; rufan « du feu », pour « des éclairs ». Ces emplois 
sont, du reste, suggérés par le breton, qui dit volontiers ober 
ra dour « il fait de l'eau », et ober rà tan ha luc'het « il fait du 
feu et des éclairs » . 

Mais ce qui frappe surtout, c'est la facilité avec laquelle un 
mot rochois peut prendre des acceptions souvent fort diverses, 
et qui sont déterminées par le contexte ou par les circon- 
stances. Rufan ne veut pas dire seulement « du feu » et « des 
éclairs » ; il signifie également « du bois », même celui qui 
ne sert pas à faire du feu ; on dit, par exemple, c'houiler rufan 
« travailleur de bois », menuisier (breton artisan koat). Ah- 
brelhin « fils, ami », signifie aussi « frère ». Gourdajen 
« chose », supplée, au besoin, tout substantif dont l'absence 
se fait sentir. Le sens des mots, en argot français, est égale- 
ment assez élastique : plombe veut dire à l'a fois « heure » et 
« année » (comme le grec <opa, qui n'y est sans doute pour 
rien). 

ié. Un remarquable, exemple de ces fonctions multiples 
nous est fourni par le verbe tunikah, dérivé de luniq, f. 
« messe » (quand on parle d'un prêtre), mais aussi « prière » 
en général : lard i duniq, dire ses prières. Contrairement à 
l'explication proposée Revue Celtique, VII, 50, je crois ce mot 
de la même origine que tunodo, argot rochois, propos en argot, 
cf. Rev. Celt., XIV, 282. Voir plus loin, § 22. 

Tunikan signifie: parler, dire, chanter; demander; écouter. 
La distinction de ces emplois se fait quelquefois par la syn- 
taxe : non het mond da dunikan J'o ches, je ne vais pas vous 
dire, = bret. da larct d'ac'b ; ... da dunikan gant ches, vous 



Etudes bretonnes. 339 

demander, = da c'houlen ganach 1 . Mais l'occasion seule peut 
montrer si tunik ta ! veut dire : « parle donc ! » ou « écoute 
donc ! » 

Ce dernier sens est provenu d'un phénomène familier au 
langage des enfants et connu dans bien d'autres langages, « le 
renversement des rapports ». « A quatre, à cinq ans encore », 
dit E. Egger 2 , « l'enfant prendra l'une pour l'autre les idées 
corrélatives, comme celles de prêter et d'emprunter... Il dis- 
tingue plus facilement entre prêter et donner... La différence 
des deux idées pourrait, en effet, pour ces cas de corrélation, 
s'exprimer dans les langues anciennes par deux flexions du 
même radical : Savsi'Ço), en grec, signifie je prête, SaveîÇoiJtai, je 
me fais prêter, et, par conséquent, j'emprunte... Bien plus: 
àyvo'); et xpuiaxoç, en grec, ont tour à tour le sens actif et le 
sens passif; de même ignarus et ignotus en latin ». 

C'est ainsi qu'en français nous disons consultant pour celui 
qui demande une consultation comme pour celui qui la donne; 
hôte veut dire « celui qui reçoit » et « celui qui est reçu », etc. 

En breton on a, par exemple, dlean, je dois, = vieil irlan- 
dais dligim, j'ai droit à ; plijot, hetot, veulent dire à la fois 
« vous plairez » et « il vous plaira », Rev. Celt., XI, 471 ; 
piaou a (il) possède »3 et « (cela) appartient », Rev. Celt., 
XI, 477 (cf. IX, 265, 266, etc.). 

17. On peut mentionner ici quelques changements de caté- 
gories grammaticales (cf. § 6) : 

Tyara, nom pris adjectivement : eur u/amel dyara, une vieille 
femme. 

VreoT^ au sens de « grand » : rup vreo^, grand monsieur ; 
raton vreo~, synonyme de raton gourd « grand prêtre », curé. 



1. En trécorois, ou lard « dire » s'emploie aussi pour « promettre », 
Jared 'm eus mont rz: j'ai promis d'aller ; lared 'in eus d'an mont, je lui ai dit 
d'aller. Pour « je lui ai promis d'aller », on est obligé de tourner autre- 
ment, si l'on garde ce verbe: ïared 'm eus d'an 'hachai, je lui ait dit que 
j'irais. 

2. Observations et réflexions sur le développement de l'intelligence et du lan- 
gage che% les enfants, 3 e éd., Paris, 1881, p. 44, 45. 

3 . Ce sens est né avant l'autre, dans ce mot qui provient du pronom in- 
terrogatif et relatif. Voir les articles de M. Strachan et de M. Rhys, dans 

es Beitrage de Bezzenberger, XVII, 292, et XVIII, 268. 



340 E. Ernanlt. 

Ces expressions proviennent d'injures seatologiques comme 
« En despit soit fait du beau marchand de marde ! » Nouveaux 
complimens de la place Maubert... 1644 (cité par Ch. Nisard, 
Etude sur le langage populaire ou patois de Paris et de sa banlieue, 
Paris, 1872, p. 321), cf. Littré, qui donne un exemple du 
xvi e siècle, etc. Elles ont été prises ironiquement à l'origine; 
d'ailleurs, comme l'a remarqué M. Quellicn, L'argot des no- 
mades... 42, l'ironie est au fond de toute cette langue popu- 
laire. 

Miniq, ordinairement adjectif: rup miniq, petit monsieur, 
miniq e ^ousilb « la boisson est petite », il n'y a guère à 
boire, etc., est devenu substantif dans miniq Korniq kos « petit 
du vieux cornu, fils du diable », ramoneur. 

18. Souvent le rochois a recours à un autre expédient, la 
périphrase : boulanjcr miniq « petite horloge », montre; c'boue^ 
Xpusilh « maison de boisson », auberge; pod ou gwamel ar 
c'boue^ xpusilh « l'homme » ou « la femme de la maison de 
boisson », l'aubergiste; pod choue^ Doue « l'homme de la mai- 
son de Dieu », le sacristain ; rup ar vilach « le monsieur du 
bourg », le maire; dahnve i wamel « sa future femme », sa 
maîtresse; animer minson « mauvais temps », hiver ; ~ousilh det 
ipusïlhan « boisson pour s'enivrer », rhum; eur flitour d'em 
çariagen « un lit pour ma pipe », un porte-pipe; bilhe^ c'hourd 
« bonne fille », demoiselle; joume gourd « bonne journée », 
année, etc. 

L'emploi de ce procédé cher à Delille est favorisé par le sens 
souvent vague et indécis des mots rochois, qui se prêtent 
avec complaisance à toutes sortes d'extensions, de restrictions 
et d'applications diverses. Le breton en présente, d'ailleurs, 
plus d'un exemple, que l'argot de La Roche n'a qu'à suivre plus 
ou moins littéralement: am^er c'hourd ou joume gourd « beau 
temps, beau jour », printemps, bret. am~er neve = « temps 
nouveau » ; picre~eu c'b!a~« pierre bleue », ardoise, bret. men 
gla^, cf. Rev. Celt., Y, 223. Le déterminant peut se suppri- 
mer, quand les circonstances le font suppléer aisément. Ainsi 
un couvreur que son aide laisse manquer d'ardoises lui dira 
simplement: voari ket piereçeno 'la, minsoner? tu n'apporteras 
donc pas de « pierres », imbécile? 



Etudes bretonnes. 341 

Par une abréviation du même genre, ïagad ijen (œil de 
bœuf), cinq francs, se réduit a lagad, dans eur pe~pevar lagad 
(une pièce de quatre yeux), vingt francs. 

Cette pénurie du vocabulaire, exagérée d'ailleurs dans les 
premiers travaux dont le rochois a été l'objet, ne l'empêche 
point de mériter le titre d'argot spécial, qu'on a eu la velléité 
de lui contester (Annales de Bretagne, I, 458). C'est un trait 
commun à toutes les langues secrètes, bien qu'elles ne soient 
nullement des gueuses fières, et qu'elles s'enrichissent sans 
scrupule, comme ceux qui les ont faites. Il faut mettre a part 
le shelta ou ogham irlandais, qui est d'une opulence lexicogra- 
phique surprenante, ce qui ne l'empêche pas de recourir aussi 
à la périphrase l . 

19. — Les terminaisons grammaticales dont se sert le ro- 
chois ne diffèrent pas de celles du breton. 

Pluriels en : boucho, chèvres, flitouero, lits, c'houéjo, mai- 
sons (c'houiler c'houéjo « travailleur de maisons », maçon), ont 
je%o, om jejo, nous (cf. Rev. Celt., XIV, 269, 270; on lit mon 
gniasse, je ou moi, en argot français, La Chanson des gueux, 
81, 177, 287; Ch. Virmaitre, Dictionnaire d'argot fin-de- 
siècle, Paris, 1894). 

Pluriels en et : dovergnet, chevaux (rub ou pod an dovergnet 
« le maître » ou « l'homme des chevaux », charretier), gri- 
fonnet, chiens, kriped, gendarmes (j'up ar griped « le maître 
des gendarmes », brigadier), ruped, messieurs. 

Pluriels en ien : turgnerien, cochons (singulier turgner). 

Féminins : rupes, dame, plur. rupeçet; igrekeres, vieille femme 
avare, acariâtre ; poenseres, voleuse, grefieres, chatte. Voir § 21. 

Kelien (mouches) n'est donné par M. Quellien qu'au sens 
de « gare ! voilà quelqu'un ! » cf. Rev. Celt., VII, 44, XIV, 
277, et dans kelien minik, enfants. Il est probable que ces deux 

i . « The univers' language... is copious enough to express ail the eve- 
ryday needs of a material existence. It contains words for most of the prin- 
cipal nouns, pronouns. adjectives, verbs. adverbs. and prépositions, the 
less important grammatical particles being either expressed in English or 
Gaelic, or, as is more usually the case, altogether omitted. Compounds, 
too, are largely used to express ideas for whien there are no Shelta words ». 
John Sampson, dans le Journal of the gypsy lore Socielx, octobre 1890, 
p. 215. 

Revue Celtique, XV. 23 



342 E. Ernault. 

expressions, dont l'une fait allusion aux mouchards et l'autre 
aux moucherons (cf. moucheron, enfant, L. Larchey ; enfant, 
apprenti, L. Rigaud) sont les plus anciennes; mais on ne s'en 
est pas tenu là; la locution ar c'heyen miniq « les enfants », 
interprétée assez naturellement « les petits hommes », a fait 
donner à keyen le sens général de « gens, hommes » ; de même 
pour le singulier keyenen, f. (mouche), homme : cur geyenen 
^o tortet, un homme a été tué ; ar c'heyen tortet, les morts. 

20. Pour la dérivation, le rochois possède en propre un 
petit nombre de suffixes, qui d'ailleurs n'ont guère de force 
d'expansion. Ce sont : 

-at, Rcv. Celt., XIV, 274, v. lugnerato, et -od, 282, v. tu- 
nodi, pris à l'argot français, et usités chacun avec une seule 
racine ; 

-aon dans pistaon, qu'on peut soupçonner d'avoir eu un si- 
milaire, voir Rcv. Celt., XIV, 284, v. cran. Cf. la terminaison 
du petit trécorois luteq fernaon, chandelle de résine, équivalent 
moqueur de luteq, Rev. Celt., IX, 258, où fernaon est sans 
doute une variante de Pharaon, d'où le breton laou Pharaon 
« poux de Pharaon », morpions, Rev. Celt., VII, 251. Cette 
articulation finale est rare en trécorois, on peut citer pourtant 
maoh, m., ver, insecte, mot usité à Trévérec, cf. le normand 
mau, m., larve de hanneton, ver blanc, que M. Joret tire de 
* madouein, vieux haut allemand mado, ver (Mémoires de la So- 
ciété de Linguistique, IV, 159). Ce mot se lit en français dans 
le texte suivant : « Il faut taire la guerre aux mulots, aux tau- 
pes, aux courtilières, aux mans, aux chenilles, aux fourmis, 
aux limaçons; que sais-je? à mille animaux qui nous mange- 
raient tout, si on n'avoit soin de les détruire ou de les écar- 
ter ». Le religieux et le jardinier, dans les Nouvelles histoires et 
paraboles, par l' Auteur du Catéchisme pratique ; Paris, chez On- 
Irov, nouv. éd., 1788, p. 112 (l'approbation est de 1785); 

-eou~, eo~, aos, dans bilheo^, bilhaos, argent, billeou^i, payer, 
Rev. Celt., VII, 42, XIV, 272; vreo~, frcou~, freou~i, VII, 43, 
du franc, -aux, très fréquent dans l'argot français, cf. le breton 
d'origine argotique plous, paille, Rev. Celt., VII, 252, XIV, 
277, 283. j'ai eu tort d'expliquer, Rev. Celt., VII, 46. lanteo^, 
beurre, par le bret. lard leu~, saindoux, en trécorois lard leu. 



Etudes bretonnes. 



543 



Ce mot doit contenir notre suffixe, qui n'existe en breton que 
sous la forme ou% (cf. Glossaire moy. bref., v. libonicq), mais 
qui en rochois s'est adjoint une voyelle e, probablement par 
l'influence de freou^ = l'adjectif bret. foerou~. La syllabe eo^, 
eou%, inconnue en trécorois, se retrouve d'ailleurs dans l'ex- 
pression rochoise fort employée war ar beo~, (être) sur le 
pavé, etc., Rev. Celt., XIV, 278, cf. le bret. moy. beauseleun 
« fiente de beste menue » (vannetais houille, franc, bouse). 
Voir § 24. Lanteo% s'expliquerait par une forme * lent ou x ou 
* lentou%e, dérivée de lent pris au sens du provençal lent, lant, 
humide, moite, Mistral, cf. vieux français lentif, onctueux, 
Godetroy; en argot français « beurre » se dit fondant, F. Mi- 
chel, etc. Un semblable dérivé d'adjectif se montre dans l'ar- 
got verdouse, pomme, en fourbesque verdosi, porreaux, en ger- 
mania verdosos, figues, F. M., de *viridosus. 

On' peut signaler encore le suffixe -ouer, -ouar, -our (du fr. 
-oir, -oiré), qui est commun au breton et au rochois, mais que 
ce dernier affectionne particulièrement : flit et fiitouar (flitour , 
flitouer, pi. flitouero), lit, Rev. Celt., VII, 43 ; tortour, cime- 
tière; vnv~our, pot de chambre, latrines. Cf. trimoire, jambe, 
Le jargon de l'argot, de trimer, cheminer, etc. Klang, klangou- 
rcn, bouche, est un mot rare selon M. Quellien ; j'ai entendu 
hlank, langue, et klahkour, bouche : cnr pe^klahkour roget, une 
grande bouche. Klank est, je crois, le français clenche « pièce 
principale d'un loquet, laquelle, reçue parle mentonnet, tient 
la porte fermée », Littré; autrefois clenque, normand du Bes- 
sin Manque « loquet d'une porte », Joret, Mém. de la Soc. de 
Ling., III, 401. Pour le sens, on peut comparer l'emploi po- 
pulaire, en basse Normandie, de déclencher, déclancher, pour 
« parler » ; Littré en donne cet exemple (au Supplément) : « Il 
est resté là une heure sans déclencher [sans desserrer les 
dents] ». Cette association d'idées me paraît plus probable 
que celle que suggérerait le provençal clanco « sonnaille de 
forme aplatie », cf. franc, clinquant, dinquaillc. Le sens de 
« claquement » n'apparaît pas dans les mots bretons de même 
origine : klenkan, ajuster, mettre en ordre, mettre de côté, 
klenk, juste, bien adapté, en petit Tréguier, a gleuk a goste, 
qu'il met de côté, Histoariou, Saint-Brieuc, 1857, p. 9, etc., 



344 £• Ernault. 

klinka, apprêter, arranger, Sauvé, Proverbes, 308, kincla, or- 
ner, parer, ajuster, embellir, kincl, kencl, propre, paré, orné, 
D. le Pelletier, qinch, agencer, attifer, qinqla, orner, parer, 
P. Grégoire, kihkla, Le Gonidec, Troude, et. Rev. Celt., IV, 
159(0(1 la comparaison de kletenn n'est pas justifiée). 

Mentionnons enfin angoluch, absinthe, qui a une termi- 
naison bien connue en argot français : cf. dabuche, roi, Le 
jargon de l'argot, maîtresse, mère, L. Larchey, etc. 

21. Par ailleurs, on se sert en tunodo des mêmes suffixes 
qu'en breton. 

Diminutifs : eltris grima = eîtris grin, eltreçen grin, pain 
d'orge, Vanchiq moan, un pauvre (du nom d'un ancien Rochois), 
M. Quellien donne Fancbar moan. 

Noms d'agent : chifonner, chiffonnier (cf. chifonnein, cher- 
cher des chiffons, Rev. Celt., XIV, 276); moriser, paresseux, 
fém. moriseres (de ober moris, travailler mollement) ; ouser 
bras, grand mangeur; rufahnier eltris « chauffeur de pain », 
fournier. 

La même terminaison se trouve dans le nom de chose ta- 
ryager, m., pipe (cf. Rev. Celt., XIV, 275), de taryek, tabac. 
J'ai mal expliqué ce mot, Rev. Celt., VII, 49 ; il doit venir du 
français thériaque. Cf. bret. tryacql, tryacq, thériaque, P. Gré- 
goire de Rostrenen, vannetais tiriac, Dictionnaire de l'A. ; 
bret. tryacqlèr, vendeur de thériaque, charlatan, Grég., en 
franc, triacleur, saltimbanque, l'A. Voir terh, au § 24. 

Noms s'appliquant à des personnes : rupianel, messieurs, 
rupiaiu\et, dames. 

Noms de choses : mori^aden, f., partie de plaisir, moment 
de repos ; vreoiaàen = louf, bram (cf. ~ousilbaden, la goutte) ; 
mihsonardaj, chose mauvaise, bêtes en général: mihsonardaj 
/a/~ er water 'meini tulodein are, voilà encore les grenouilles 
qui coassent dans l'eau. 

Bache^el, vaches, contient le suffixe féminin de hilbe~et, 
filles, cf. Rev. Celt., XIV, 268, 272, 276. Mais on a tiré de là 
le singulier eur vacbéçen, une vache, d'après les singulatits 
comme piere~en, f., pierre (pi. piere~ei;o), du pluriel français 
pierres, voir Rev. Celt., XIV, 275. Cf. ar guiofen, la chienne, 
Fables choisies... par P. D. de Goësbriand, Morlaix, 1836, p. 9. 



Etudes bretonnes. 345 

Verbes : peyad eur vilhes = peilla, L'argot des nomades, 41 ; 
poehsih, voler; puloc'hi, frapper, cf. Rev. Celt., XIV, 281 ; ru- 
fanian, chauffer, rufanian rufan, allumer des allumettes, faire 
du feu. 

Le simple de gamelad, écuellée, Rev. Celt., VII, 251, est eur 
ganmeî, une écuelle ; cf. van. gameel, f. gamelle, gamelle, s. v. 
bidon, l'A. Celui de Huaniq, le soleil, est Huon, id., on dit 
aussi Huon de Bourbon. Huonic existe en Tréguier comme nom 
de famille. 

22. Variantes diverses de mots rochois connus : 

bruantere^ (pondeuse), poule. 

krip (gendarme), le diable. 

krip Juda~, synonyme de krip Je%u%, gendarme. 

laten (langue), bavard. 

voari, voareih, se promener : mohd de voari an noter, aller se 
promener le soir; apporter, fournir (cf. § 18); aller: voaret 
'no koan^e, asseyez-vous (en breton et 'n koah%i); courir : voar 
'ta, cours donc ! voari war ar beo^, se hâter, courir ; voared e 
war ar beo~, il est parti, ou il est tombé; voari mihson krachet, 
se permettre à tort de cracher (où il ne faut pas). C'est un 
dérivé du breton foar, foire, cf. le rochois divoarein. Aux sens 
de ce dernier donnés Rev. Celt., XIV, 276, il faut ajouter 
l'expression divoares ket, ne le dis pas. 

Au lieu de tunodo, argot de La Roche, j'ai entendu tulodo, 
et de même, pour le verbe tunodi, tulodem : tulodein mihson, 
parler mal, ou dire de mauvaises choses ; crier, en parlant des 
animaux, cf. § 21. La priorité de Vu est assurée par l'étymo- 
logie et par les autres dérivés mentionnés §16. 

Il faut y ajouter, je crois, l'expression tuniq %p taniq « cela 
m'est égal, je m'y résigne », qui, bien que connue hors de La 
Roche, par exemple à Saint-Clet, trouve en tunodo seulement 
une explication plausible. Pour le sens, elle revient à peu prés 
à « c'est bonnet blanc et blanc bonnet » . Tuniq a pu signifier 
« mot, façon de dire », d'après ce que nous avons vu au § 16; 
taniq est une simple répétition de tuniq, avec une variante 
créée sur le modèle d'autres formules de ce genre ; cf. le bas 
cornouaillais cu-a-ca, ric-à-ric, au plus juste, précisément, 
D. Le Pelletier. En petit Tréguier, on dit jeu ha jao, jeu et tu- 



346 E. Ernaull. 

multe ; jao est de même une variante arbitraire de jeu, inusitée 
par ailleurs. C'est une manière commode de produire l'allité- 
ration qui est recherchée dans des locutions comme le moyen 
breton na euff na car, ni ami ni parent. On peut comparer les 
associations de mots rimes étudiées Mélusinc, IV, 494-497 ; 
pet. tréc. na oar na sa na là, il ne sait rien de rien, ni a ni 
b, etc. 

M. Virmaitre explique tuner, mendier, par une apocope de 
importuner, ce qui n'est guère probable. A propos de Tune, 
que Delvau avait traduit: « Bicètre, l'ancien refuge naturel 
des sujets du roi de Thunes », il dit aussi que le vrai mot est 
tuuobe, et que « la prison de la Force, démolie en 1850, était 
ainsi appelée par les prisonniers ». La terminaison de tunobe 
n'a rien à faire avec celle du rochois tunodo ; elle provient de 
Tunebée, synonyme de Tune, que F. Michel décompose en 
Tune -f- b, initiale de Bicêtre ; cf. la formation de Jarguepé, F. 
M., etRev. Celt., XIV, 279. 

23. — Le rochois ne peut se passer de la langue bretonne; 
il en conserve le matériel grammatical, et, en grande partie, le 
vocabulaire. Mais il lui arrive bien des fois de foire de ce vo- 
cabulaire un usage original, soit en détournant les mots de 
leur signification ordinaire, soit en les combinant pour en for- 
mer des périphrases souvent railleuses, des sobriquets. Ici la 
ligne de démarcation entre les deux idiomes peut devenir diffi- 
cile à établir, parce que tout langage familier ou populaire 
se sert plus ou moins des mêmes procédés. 

M. Loth a écrit à ce propos, Annales de Bretagne, I, 458 : 
« On ne peut guère... voir de l'argot dans certaines expres- 
sions métaphoriques; parlons-nous argot parce que nous ap- 
pelons four une bouche ouverte avec trop d'indiscrétion ou 
que la nature a trop largement fendue ? » Il y a là, évidem- 
ment, une question de<mesure ; chaque cas particulier deman- 
derait à être examiné avec soin, encore ne serait-on pas sûr 
d'arriver toujours à une solution certaine. Si le breton influe 
sur le rochois, le rochois déteint aussi sur le breton ; et puis, 
tous les deux peuvent s'être rencontrés, par un hasard fort 
explicable, ou avoir puisé séparément à une source commune. 

Ainsi, j'ai entendu en rochois vorn, grande bouche ; et l'on 



Etudes bretonnes. 547 

dit en trécorois hen 'n eu^ eur génoh vel eur vont « il a une 
bouche comme un four », et dioret 'n eu% i vont, il a ouvert 
sa grande bouche. Il peut se taire que rochois et trécorois 
aient, indépendamment l'un de l'autre, tiré cette expression 
du français. Ou bien l'un des deux l'a passée à l'autre; mais 
lequel a la priorité ? Ce n'est pas facile à décider. En règle 
générale, j'ai laissé de côté les mots de ce genre, comme 
n'étant pas assez caractéristiques de l'argot rochois. 

Il est juste, pourtant, de tenir compte d'une nuance très 
appréciable, dans l'emploi de certains éléments communs au 
breton et au rochois. Des expressions qui chez le premier ne 
sont usitées que par raillerie ou en manière de plaisanterie, 
sont normales et courantes chez le second. La distinction n'a 
pas .échappé à M. Quellien ; par exemple, après avoir donné 
comme de l'argot rochois kiger (boucher) au sens de « mé- 
decin », il ajoute (p. 26) : « Ce terme n'est pas particulier 
aux Rochois, mais il leur est très familier ». Avant de décider 
comment il prendra cette appellation en elle-même peu flat- 
teuse, un docteur fera sagement de distinguer, selon qu'elle 
aura été exprimée en breton ou en rochois. Dans le premier 
cas, c'est une injure ; dans le second c'est, malgré l'étymologie, 
un simple équivalent du mot « médecin » ; équivalent d'au- 
tant plus inoffensif, que « boucher » ne se dit pas en rochois 
kiger, mais marchan niqol (voir § 26). Cf. boucher, médecin, 
dans l'argot des voleurs, A. Delvau, Dictionnaire de la langue 
verte, nouvelle édition... augmentée d'un supplément par 
G. Fustier ; boucher, chirurgien, dans le jargon du peuple, 
L. Rigaud; boucher, chirurgien ; on dit aussi charcutier, Vir- 
maitre. Littré donne à boucher le sens de « chirurgien inha- 
bile et maladroit » ; et. La Fontaine, Le Cheval et Je Loup 
(Fables, V, 8) : 

Tu veux faire ici Parboriste, 
Et ne fus jamais que boucher. 

Il est bon aussi de rappeler la judicieuse remarque de 
M. L. Havet, Mémoires de la Société de Linguistique, VI, 244, à 
propos d'une « locution vulgaire, très ou trop vulgaire si l'on 
veut, appartenant à une variété spéciale du langage qu'on 



348 E. Ernault. 

pourrait appeler le demi-argot ; demi seulement, car les enfants 
le parlent avec candeur. Le demi-argot ne doit. pas être dé- 
daigné par le linguiste ; c'est en lui que la force novatrice du 
langage réside ». On peut dire que les argotiers de La Roche 
sont entants aussi par la gravité comique de leur ironique lan- 
gage ; l'habitude a émoussé pour eux la saveur du burlesque 
qu'il contient à haute dose (cf. l'emploi de vreo%, au § 17). 

Nous verrons plus loin (§ 27) que le rochois a des titres 
particuliers à la possession de quelques mots parfaitement 
bretons de droit, mais qui ne le sont pas de fait, du moins en 
pays trécorois. 

24. Mots détournés de leur sens : 

Babicn, f., pi. babi (guigne), clou; babi du (guignes noires), 
clous-pointes pour les ardoises, en bret. tacho mm glas ; babi 
gwen (guignes blanches), pointes pour les planches. Les dic- 
tionnaires ne donnent que babu, guignes; mais on prononce 
babi dans plusieurs localités trécoroises, par exemple à Saint- 
Gilles-les-Bois ; cf. le haut breton « des badies » et « des ba- 
dues ». Le Nomenclator donne, p. 68, babu bras « carmai- 
gnole », et p. 69 babil « grinche, lat. cerasum art i uni ». Le 
vieux français badeolier, sorte de cerisier, Godefroy, est resté 
dans le haut breton badolier, cerisier, cf. badiolet, confiture de 
cerises sauvages, Sébillot, Traditions ...de la Haute-Bretagne, 
II, 310; au Mans et à Alençon babiole, f., petite cerise sau- 
vage, merise, normand baguiole, id., Viez, Rev. de philol. 
franc, et prov., VII, 200; en petit Tréguier, babioles veut dire 
« de petites cerises ». 

Baslroulb, f. : eurvastroulh, une bonne. Troude donne comme 
cornouaillais et vannetais bastrouill, barbouillé, et Mari vas- 
irouill, femme malpropre ; van. bastroililhein, barbouiller, 
Grég. Cf. trouille, domestique malpropre, femme du peuple 
rougeaude et avachie, Delvau ; provençal mastroui, mastroul, ac- 
tion de patrouiller, visage sale, mastrouia, niastroulha, manier 
malproprement ou maladroitement, patrouiller, Mistral, etc. 

Berlich, m., liqueur mélangée; berlich Moùtroules, mélange 
de vin et d'eau-de-vie ; = berlig, étoffe commune, An dispui 
choquant, v e Le Goffic, str. 18; berkige, m., tiretaine, l'A. 
(drap moitié fil et moitié laine); belinje, serge, du Rusquec ; 



Etudes bretonnes. 349 

en petit Tréguier berlach, toile grossière, moitié fil et moitié 
coton; du v. fr. berlinge (cf. Rcv. Cclt., VIII, 526). 

Blêwen, f. (cheveu) ; mougan eur vlêwen (étouffer un che- 
veu), prendre un verre. 

Branshellat (se balancer) ; mond da vranshellat, aller se 
pendre. 

Faiahs (faïence), pot de chambre, et aussi berger ; voir pod 
ë çanb. 

Givehkle (grands ciseaux), boiteux. 

Gwignqer (celui qui gigotte), tisserand. 

Holen (sel), sucre. 

Jalot (chaudronnier), gourmand. QviYit jalot, chaudronnier, 
P. Maunoir, jalort, chalort, cornouaillais jalot, chalot, Pel., 
jalod, Grég., id. ; vann. jalott, gredin, maraud, pi. jalodétt, 
marauds, canaille, TA. ; jalot, pi. jalodet, gueux, jalotag', gueu- 
serie, Chai. 111s. ; en petit Tréguier jalod bras veut dire « grand 
sot ». Cf. jalo, chaudronnier, dans l'argot des voleurs, Delvau. 

Kites, f., pi. kite^o, couteau; eurgites viniq, un petit couteau. 
C'est sans doute le bret. kites, quitte, (nous sommes) quittes. 

Krank, m., pi. ed (cancre), marin. 

Landon (courroie), chemin; landon houarn, chemin de fer; 
landohni, aller en route. Cette métaphore a été suggérée par 
la devinette publiée Rcv. Cclt., IV, 65 (n° 23); voir milin. 
Le mot vient du français : normand du Bessin landon, cour- 
roie, en poitevin lisière, etc. ; voir Godefroy, s. v. landon. 

Lahperien (sauteurs) : %ouben lanperien, soupe aux pois, ou 
en général soupe où surnagent des légumes, etc. 

Liwah (teindre), mentir : ches so l'nvah are, vous mentez 
encore; cf. bret. liwan gevier « teindre des mensonges », leur 
donner une couleur de vérité; couleur, menterie, conte en l'air, 
dans l'argot du peuple, Delvau. 

Milin (moulin), les dents ; nia la ù (moudre), manger : ma- 
la ù cl tris, manger du pain. Cf. malet gant eur vil in eskern 
(avoine) moulue" par un moulin d'os, dans une devinette du 
petit Tréguier, citée Rev. Cclt., VII, 45 ; voir landon. On 
connaît l'anecdote de l'avare disant à ses valets qu'il trouve en 
train de manger : « Quand donc vos vieux moulins cesseront- 
ils de moudre? » — « Quand il n'y aura plus de grain ». Ceci 



3 50 E. Ernaulî. 

rappelle la réflexion de Don Quichotte, i' e partie, chap. 18 : 
la boca sin muelas es como molino sin piedra, une bouche sans 
dents est comme un moulin sans meule. Cf. ces vers de Rute- 
beuf, cités par F. Michel : 

Pain sec lor convendra moldrc, 
Sans plus, au moulin de leurs dens ; 

argot franc, mou loir, dents, F. M. : bouche, dent, L. Rig. ; 
meules de moulin, les dents, principalement les molaires, dans 
l'argot du peuple, Delvau ; latin mola, moulin et mâchoire ; 
molaris, dent molaire; irlandais lomaill, manger, etc. 

Minist (ministre), âne (franc, id., Rolland, Faune pop., 
IV, 207). 

Mougan (étouffer), boire, commt taga , Rev. Celt., VII, 49. 

Mou s (mousse), aide-maçon. Ce mot breton semble inconnu 
ou dédaigné des lexicographes; mais on lit ur mous, un 
mousse, Rimou ha goulennou, 24 (eur seuil mous, un pareil 
mousse, p. 21 d'une autre édition). Une poésie vannetaise de 
Doué ha mem bro (1844), p. 28, intitulée Er moussik bihau, le 
petit mousse, a été traduite en trécorois, sur une feuille vo- 
lante qui contient deux autres chansons (Lannion, veuve Le 
Goffic) ; le mot mou si k est resté dans cette traduction. Pour l'ac- 
ception rochoise, ci', mousse, apprenti commis, dans l'argot des 
calicots, Delvau ; dernier employé du magasin (s. v. roujfioii). 

Mudes, f. (muette), bouteille. 

Ofiserien (officiers) : eur garg o/iserien, beaucoup de poux. 

Otro (monsieur), taureau; pi. otrone, poux. 

Pal, f. (pelle), cuiller. 

Paluden, f., pi. (marais), toit; paluden c'hla^ « toit bleu », 
toit d'ardoises, bret. toen c'hla^; paluden deil « toit de fu- 
mier », toit de chaume, bret. toen %pul ; c'houiler paludeno 
« travailleur de toits », couvreur en ardoise. 

Perchen, f. (perche), homme de haute taille. 

Pod ë gahb (pot de chambre), berger, en bret. pod ~aoul 
« garçon de vaches ». Cette substitution provient de l'homo- 
nymie de pod, pot, et pod, pot, pour pautr, garçon ; elle est 
cause, à son tour, du changement de sens dans faiaùs. Voir le 
suiv. 



Etudes bretonnes. 3 $ 1 

Pod^aout (berger), pot de chambre. Voir pod ë ganb; les 
deux expressions ont échangé leur sens. 

Présidant (président), âne. 

Roben (robe), pluche de pomme, de pomme de terre ; cf. 
le franc. « pommes de terre en robe de chambre ». 

Roliq, marteau ; diminutif du breton roll, rouleau (à tasser 
la terre, etc.). 

Sal (salle), prison : bos, eur poenser mond d'ar %al, tiens, re- 
garde ! un voleur qui va en prison. Cf. franc, salle de police. 

Skoa (épaule), bossu. 

Tad hos (grand-père) : An Tad kos, le Saint-Père. 

Teat (théâtre) : man 'n erlïkin war i deat (l'arlequin est sur 
son théâtre), la crépière est sur le feu ; plaisanterie amenée par 
le sens littéral du rochois erlikin. M. Quellien donne, p. 31, 
Eman ann erlikin war hedron « l'arlequin est sur son trône ». 

Terk, argile qui sert à crépir ; terre en général : c'houiler 
terk =■ bret. labourer douar, cultivateur; voir targuer, au § 30. 
On dit aussi, dans le premier sens, taragon et tara. Ce sont 
les mots bretons teurk, taragen, tique, cf. Rev. Celt., V, 224. 
L'emploi de terk a été peut-être influencé par le français terre. 
Les idées paraîtront moins disparates, si l'on observe que le sang 
de la tique forme une colle tenace. Quelques enfants bretons 
s'en servent pour tricher au jeu de noix: ils remplacent l'inté- 
rieur par de la terre et ressoudent avec une tique écrasée les 
deux moitiés de la coquille. On pourrait penser aussi à ratta- 
cher terk au vieux français tercq, tereque, tare, terquoy, de la 
poix, en haute Normandie terc, espèce de brai avec lequel on 
marque les moutons, God. ; mais la ressemblance, semble 
plutôt fortuite, comme celle de la locution normande nt\-au- 
terque, celui qui prise beaucoup, God., avec le rochois taryek, 
tabac, voir § 21. 

Tousek (crapaud), avare. Cf. Sauvé, Proverbes, n° 325, avec 
la note, et Rev. Celt., III, 247. 

Tousek ou iousek war lein (crapaud par dessus), navet; pi. 
touseget . 

Fagot (fagot), bois : batimaùcho vagot, comme batimaheho 
koat, sabots, bret. boto koad. 

Velch (rate, et non fiel, Rev. Celt., XIV,- 271), argile. 



352 E. Ernault. 

Tour bil bon, danse, Rev. Celt., XIV, 276, n'est pas inconnu 
en breton, où il désigne une danse spéciale. 

25. Expressions composées, sobriquets (non individuels): 

Brixjlbono 'n otro Doue (clochettes du bon Dieu), chapelet ; 
bijah bri%ilhono 'n otro Doue (secouer les clochettes du bon 
Dieu), dire son chapelet (grisilhon, grelot, petite sonnette, 
Grég.). 

Bugaîe koht 'Gerveur (les enfants du comte de Kerveur), 
corbeaux, parce qu'il y en a beaucoup à Kerveur. 

C'boari boulo (jeu de boules), le tonnerre. 

Dcber bincho (mangeur de chemins), soldat. On dit aussi : 
boufer kilomet (mangeur de kilomètres), et kaser mein = le 
franc, vulgaire « pousse-cailloux ». 

Dever glaou (brûleur de charbon), maréchal ferrant. 

Gromer rac'bed (celui qui gourme les rats), couvreur en 
chaume. 

Juj a beuc'b (juge de paix), chat. 

KapitaVstoup (la capitale de l'étoupe), Ker gabital (la ville 
capitale), La Roche-Derrien. 

Ka% : bed e'r cha^gahd al lard (le chat a enlevé le gras), il 
est midi. 

Kcrnevad : giuinis kernevad (froment de Cornouaillais), 
seigle ; de même, avec un mot rochois, eltris kcrnevad (pain 
de Cornouaillais), pain de seigle. Cf. orange de Limousin, 
pomme de terre, L. Rig., escarpins de Limousin, sabots, 
Delv., craie d'Auverpin (c'est-à-dire d'Auvergnat), charbon, 
Virm., etc. 

Klocb forsadcd (la cloche des forçats), le coup de midi, 
heure où recommence le travail. 

Ko^: an ini ko~ (le vieux), du rhum. 

Laer gwenan (voleur d'abeilles), homme chauve. Je suppose 
que la plaisanterie est fondée sur un double sens du mot gwe- 
nan, qui aura été désigné pour remplacer keyen, mouches, ap- 
pelé à d'autres fonctions (voir § 19); cf. « skating à mouche : la 
tète. Les mouches, quand l'homme est chauve, y patinent à 
leur aise (Argot du peuple) », Virm. 

Lakcs : treid lakes (pieds de faquin) ou, avec le pluriel, pifo 
likijcr, gros pieds. 



Etudes bretonnes 3 s 3 

Losto hir (longues queues), rats. 

Ma breur (mon frère), ou ma chinderv (mon cousin), 
âne. 

Ma ponton Jah (mon oncle Jean), le diable ; pet. Trég. an 
tonton, Mélusine, VI, 64. 

Mal \aout (garçon de vaches), berger, en bret. pod ^aout. 
Mal, mâle, Catholicon, Grég., n'est pas spécial à La Roche 
dans le sens de « garçon, homme » : ur mal iaouank, un jeune 
homme, Gwer%. Br.-I^., I, 154, etc. ; mais je n'ai pas entendu 
ailleurs cette expression mal -^aout. 

Marc h gla^ (cheval vert), la mer ; cf. ar ga^ek âhla^ « la ca- 
vale verte », id., en cornouaillais, Bar^a^ Brei^, p. 230, v. 8. 

Marc'hadour ogroio (marchand d'orgues), bossu ; cf. ogro, 
Rev. Celt., XIV, 275, et « il a un orgue de Barbarie dans le 
dos », Virm., v. boukndos. 

Palhplun : beau dinahn palhplun (être sous le parapluie), être 
ivre. 

Pen, tête, sert dans de nombreuses locutions. On fait sur un 
chauve cette aimable plaisanterie : Héne^ %p bet kerchet peu 
bar% er garniel, il a été chercher une tête au cimetière. On 
l'appelle aussi pen loue hignct (tète de veau écorché), cf. tête de 
veau, individu chauve, L. Rig., et pen irvinen (tête de navet), 
cf. bret. qer moal evel un irvinen, aussi chauve qu'un navet, 
P.-D. de Goësbriand, Fables, 7 ; pen picher (tête de pot). 

La surdité donne droit aux désignations suivantes : pen 
balin (tête de drap ?), cf. bret. ballin, pallin, couverture de 
lit, et grand drap sur lequel on crible le grain au vent, Le Go- 
nidec ; pen beus (tête de buis), en argot franc, tête de buis veut 
dire « crâne dénudé », L. Rig. ; pen bilien (tête de caillou), 
penplom (tête de plomb). Le second élément peut être rochois 
dans le synonyme pen bouqin. J'ai proposé, Rev. Celt., XIV, 
271, d'expliquer bouqin, qui a le même sens, par une défor- 
mation du bret. bou^ar, bouar ; sur le suffixe -quin, en argot 
français, on peut voir, Métn. de la Soc. de Ling., VII, 41, 42; 
sur les mots qui sont tronqués avant de recevoir un suffixe, 
ibid., 46, n. 2. Mais il est possible aussi que bouqin soit le 
français bouquin, vieux bouc. 

Il n'y a pas de doute sur la nature argotique du second mot 



554 £• Ernault. 

dans peu bouch (tête de chèvre), tille légère, cf. Rev. Celt., 
XIV, 272. 

Dans le blason populaire breton, on se sert de peu, suivi 
d'un nom de poisson, pour désigner les habitants de diverses 
localités d'après leur nourriture habituelle : peiui-sardinen, tètes 
de sardine, penn-éog, tètes de saumon, peiiu-werlu-, tètes de 
merlus, Brizeux, Furne~ Brei% (Eu~ ar vroiou), cf. Sauvé, 
Proverbes, 951, et Troude, Dict. bret.-fr., x.penn-sardiu, penn- 
merlus. Ceci rappelle l'argot franc, tête de choucroute, Allemand, 
L. Larchey, Delv., Virm. 

Pevar lagad (quatre yeux), lunettes. Cf. Gloss. moy.-br., v. 
lagat ; quatre-yeux, yeux doublés de lunettes, L. L., quaire-^- 
\eu.x, homme qui porte des lunettes, dans l'argot du peuple, 
Delv. 

Pot ë gwini^ du (l'homme au blé noir), charbonnier; cf. 
boulanger, id., L. L. 

Pot i voto-Jer stoup (l'homme aux souliers étoupés), le Tré- 
pas (bret. an Afiko, m.), qui survient sans bruit. 

Prinsipal 'golech (principal de collège), chat. 

Ragoût penbas (ragoût de bâton), bouillie, parce qu'on la 
tourne avec un bâton (ci. "jus de bâton, coup de bâton, Delv.). 

Skouarn goat (oreille de bois), sourd. 

Vilyor i baeron (le filleul de son parrain), le diable. 

Vornier an ivern (fournier de l'enfer), charbonnier. 

26. Nous pouvons taire un groupe â part des noms propres 
employés comme noms communs. Tels sont les suivants: 

Goneri et Koneri (Goneri), homme qui a la langue bien 
pendue. 

Içabel (Isabelle), lièvre (le bret. gad, lièvre, est féminin). 

]an Mai (Jean-Marie), pourceau. 

Jouasin, et par abréviation /owflj (Joachim), mélange d'argile 
et de paille, en bret. houre. 

Kaïm, avare, qui ne veut rien donner; =moy. bret. Caym, 
Caïn. 

Kateriu, Kato (Catherine), lièvre ; voir l%abd. 

Kerbor^ (Kerbors, nom de lieu) : mond da Gerbor^, se ma- 
rier. 

Labir, personne de grande taille. C'est le nom de Lahire, 



Etudes bretonnes. 3 5 5 

un des valets du jeu de carte, qui a été interprété par l'article 
français la et l'adjectif breton hir, long. Le Hir est un nom 
breton bien connu. Notons en passant qu'il est naturel d'at- 
tribuer à l'influence de ce même jeu la mention d'Hector et 
d'Alexandre, comme types de guerriers invincibles, dans une 
strophe de Buht , ~ mabden (H. de la Villemarqué, Poèmes bre- 
tons, p. 18). 

Manuel (Emmanuel), Dieu. 

01 ter (Olivier), coq. 

Treglo^ (nom d'homme), bossu. 

Vahchiq (petit François), lapin ; Vanchiq bren (le petit Fran- 
çois au son), pourceau. 

Nous pouvons ajouter Zanta Maria, expression empruntée 
aux mots latins sancta Maria, de Y Ave : Te glevou ma zanta 
Maria, tu m'entendras gronder ! 

Peut-être est-ce à cette catégorie qu'appartient dovergn, 
cheval, cf. Rev. Celt., VII, 43, 250; il y a en Bretagne un nom 
de famille Dauvergne. 

De même grallïk, répit, sieste, L'argot des nom., 39, 45, doit 
être un nom propre, diminutif de Grall (P. de Courcy, No- 
biliaire et Armoriai de Bretagne), d'où Abgrall, cf. Rev. Celt., 
II, 72. Ober grall ik, prendre du répit, est ainsi formé comme 
ober Moris, flâner, faire le fainéant, de Maurice. 

J'ai rapproché Landelo, pays lointain, de Landerneau, Rev. 
Celt., XIV, 273 ; il est plus simple d'y voir une autre localité 
du Finistère, Landeleau, mentionnée en 1420, Archives de Bre- 
tagne, VI, 13 ; cf. Rev. Celt., II, 215. Le nom de saint The- 
leau est en breton sant Thélo ; cf. Annales de Bret., VIII, 632, 

L'association d'idées signalée, Rev. Celt., XIV, 286, pour 
le petit trécorois judas, celui qui crache au visage de quelqu'un, 
se retrouve dans ces vers de V. Hugo (Les Contemplations, édi- 
tion définitive, II, 345) : 

Hérode, c'est l'osier des berceaux vagissants ; 
L'âme du noir Judas, depuis dix-huit cents ans, 
Se disperse et renaît dans les crachats des hommes. 

27. Il y a en rochois des éléments bretons qui ne provien- 



3 s 6 E. Ernault. 

nent pus de la langue trécoroise telle qu'on la parle dans le 
pays, mais qui ont dû y exister autrefois. En retenant des 
mots qui tombaient en désuétude dans le langage ambiant, le 
rochois ne faisait que garder son bien légitime, en même temps 
qu'il obéissait à cette tendance naturelle qui le pousse à se 
distinguer du breton ordinaire. Cet instinct conservateur s'ob- 
serve, du reste, dans les autres argots; cf. Lombroso, L'homme 
criminel, p. 460, 461 de la traduction française. 

J'ai retrouvé en tunodo deux des mots bretons qui m'avaient 
paru d'origine argotique, et qui, étant inconnus dans cette 
partie du domaine trécorois, doivent s'expliquer, ou par l'ar- 
chaïsme, ou par l'influence d'un autre dialecte. 

C'est d'abord kaïmanten, voleuse ; cf. bret. caymand, bélître, 
gueux qui mendie par pure fainéantise ; caymandès, gueuse, 
mendiante qui est friponne et voleuse, Grég. ; Rev. Celt., 
XIV, 283, et, pour le suffixe, III, 59; IV, 152. 

Le second mot est kouer, paysan, étudié Rev. Celt., XIV, 
283, 284. Le P. Grégoire donne à pauvre une acception défa- 
vorable qu'il explique ainsi en français : « coir, gueux des 
foires et des pardons », ce qu'il traduit par corcq, pi. ed, fém. 
corcqès, pi. corcqesed. 

Un autre archaïsme rochois est halc'h = moy. bret. calch 
« veretrum ». Il a survécu au breton moyen, mais peu de 
temps sans doute, et ailleurs qu'en trécorois. Troude le donne 
comme suranné, du moins dans cette acception ; bien que 
D. Le Pelletier l'ait révoquée en doute, je ne suis pas con- 
vaincu que le mot ait jamais eu l'autre sens que lui attribuent 
Pel., Le Gonidec et Troude (cf. Rev. Celt., VIII, 36). On dit 
en rochois pod e galc'h, mâle, taureau ; pod e galc'h c'houe- 
minson « le mâle puant », le bouc; cf. puant, bouc, en argot 
français (Lombroso, 451). 

L'hypothèse d'emprunts à d'autres dialectes bretons me 
semble peu probable ; je n'en vois, du moins, aucun qui soit 
certain. 

On pourrait soupçonner une influence vannetaise dans 
braiïk, ni., sou, d'où pod e vrank « l'homme au sou (par 
jour) », le soldat : Kraùk e ijes ? minson, pod e vrank e. Est- 
il marin? Non, c'est un soldat; cf. petit bonhomme d'un sou, 



Etudes bretonnes. 557 

jeune soldat, Delvau. Le vannetais blahk, sou, est d'ailleurs 
un des mots de ce dialecte qui frappent le plus les autres 
Bretons voyageant dans le Morbihan. Mais il faut observer 
que blank ne semble pas encore tout à fait inusité en tréco- 
rois (Rev. Celt., VIII, 527); cf. les Soniou Bret^-I-el de 
MM. Luzel et Le Braz, II, 154. Voir plus loin, § 30. 

Dranm, des pois, doit être le bret. dram, pi. ou, van. eu 
« dragme » (8 e partie d'une once), Grég., que Troude ne 
donne que sous la forme vannetaise drammeu, médicaments. 
Trotach boulijer dranm, soupe de pois, paraît signifier littéra- 
lement « soupe aux boulets d'une drachme »; cf. « boulots, 
haricots ronds, dans l'argot des bourgeois », Delvau. Peut- 
être y a-t-il eu influence de l'homonymie de pois et poids en 
français. 

Il pourrait y avoir également en rochois des archaïsmes de 
prononciation. Bêogal, crier, d'où bêogal buo luhan (crier près 
du nez), éternuer, paraît être une variante d'un ancien *baegat, 
bêler, d'où le moy. bret. baeguelat, mod. béyat, Grég., bégiat, 
Le Gonidec ; pour le rapport des deux diphtongues, cf. beotès, 
bette, Grég., béôte^, Gon., à côté du moy. bret. baetes. 

28. — M. Quellien évalue à une trentaine les mots fran- 
çais empruntés en rochois, et ajoute qu'ils sont rarement dé- 
tournés de leur sens originel (p. 53). C'est pour cette raison 
sans doute qu'il les a laissés à peu près entièrement de côté. 
Voici ceux que j'ai recueillis en dernier lieu; leur traitement 
phonétique dénonce le plus souvent un emprunt tout récent : 

armoâr, armoire. 

bordé: morid en bordé (aller en bordée), faire la noce, s'enivrer. 

brëbi, brebis. 

chan, champ. 

chou, chou, plur. id. : kal% ci choit, beaucoup de choux. 

fromaù, du froment, du blé. 

jiraf : tam jiraf (morceau, espèce de girafe), homme de grande 
taille. Cf. prov. girafo, personne de grandeur démesurée, Mis- 
tral; Littré donne à girafe le sens populaire de « femme 
grande et qui a un très long cou ». 

kastor (castor), chapeau; cf. eun toc castor, un chapeau de 
castor, Ann. de Bret., V, 482, eun tok kastor, Gwer^. Br.-I^.,. 
Revue Celtique. XV. 24 



$j8 E. Ernault. 

II, 422. Littré cite comme familier l'emploi de castor pour 
« un chapeau quelconque, vieux, fripé, même un chapeau de 
femme ». 

krapô, crapaud. 

keûr, cœur. Ce mot existe en petit Tréguier, mais seulement 
en terme du jeu de cartes. Eu a le son fermé. 
. kulot, culotte. 

lahou (la houe), homme de haute taille. 

lumier, lumière; voir § 30. 

malat, malade; (chien) enragé, comme en breton klan. 

marchah, marchand ; marchan eliris (ou pod an eltris) bou- 
langer; marchan niqol, boucher. 

marchan, marcher. 

nave, navet. 

palh, de la paille. 

poch, poche. 

souri, une souris. 

Bosu, bossu, peut être dans le même cas; mais le moyen 
breton avait boxcu, boc%u, mot resté en vannetais : bossu, l'A.; 
voir le paragraphe précédent. 

29. Il y a aussi des emprunts moins littéraux ou plus an- 
ciens, comme ceux qui suivent. 

Biqo, m., chevreau, cf. franc, biquet. 

Chaoulcs, de la chaux ; cf. fr. chaux, chauler. 

Charuo, chariot; charuo gourt (bon chariot), voiture. 

C'houibës, poux, du v. fr. ivibe^, moucherons, cf. Rev. Cell., 
V, 222, v. hibe. 

Jar.gilh, ventre ; jargilh raton, gros ventre. Cf. argot franc. 
gargouille, gosier, L. Larchey ; franc, gargouille, gargouiller, 
jargouiller ; en morvandeau garguille, cou, gosier, gorge, de 
Chambure, Glossaire du Morvan; v. franc, jargueil, pie de 
mer: « a le jargueil le gosier moult grand, large et robuste », 
Belon cité par God. 

Kahbre, fou, sot ; tremenet buo Kaiibre, id., litt. qui a passé 
par Cambrai. M. Virmaitre cite, s. v. mailloche, ce « dicton 
populaire pour qualifier un être déséquilibré : — Il a passé à 
Cambrai, il a reçu un coup de marteau ». Cf. cette phrase 
de Le Duchat, citée par P. Jannet, Les quinze joyes de mariage, 



Etudes bretonnes. 359 

2 e éd., 1857, p. 99 : « Martin et Martine sont les noms qu'on 
a donnés à deux figures qui, chacune avec un marteau dont 
elles frappent les heures, servent de Jaquemars à l'horloge 
de Cambray » . 

Kaplahs, tailleur ; du plur. fr. capelans, nom de poisson, en 
bret. kaplahted. Voir jardin. 

Kataflam, bouillie ; cf. argot fr. cataplasme, soupe très 
épaisse, L. Rig. Littré mentionne la prononciation cataplâme. 
Pour le changement de p en /., cf. tréc. nafies, == léon. na- 
pk%, Gon., « le mal de Naples ». 

Kinkinah, sucre, du fr. quinquina. 

Kouchet kik, battre quelqu'un, litt. « coucher, tasser de la 
chair » ; cf. eur c'houchad den, un homme trapu, à Saint- 
Mayeux, Rev. Celt., IV, 159. 

Mansarden ar chriminal, tablette de la cheminée, du fr. 
mansarde. 

Mariajet, maliajet, marié : eur wamel maliajet, une femme 
mariée ; du fr. mariage. 

Pieriq, café, diminutif du fr. Pierre (cf. Pipi du, Rev. Celt., 
VII, 48) ; Pieriq paregzahp (petit Pierre par exemple), café 
avec eau-de-vie à discrétion. 

Pilon : héne^ 'n eus bet tok pilon, il a eu un coup de marteau, 
il est fou ; du fr. pilon. 

Poenter, coureur de filles, du fr. pointer. 

Tablen, f., table; eun dablen d'ousah, une table à manger; 
tablen c'houes Doue (table de la maison de Dieu), autel ; tablen 
ar rufan (table du feu), foyer; du fr. table. Le vannetais a 
tablen au sens de tableau, image (Doue ha mem bro, 30). 

Taboren, f., coup; rein tabor, donner des coups, tabori, 
frapper ; cf. fr. tambour, anciennement tabor; taborer, tabourer, 
frapper, God. ; prov. taboura, taboula, tambouriner, cogner, 
tapoter, tabourado, taboulado, roulée de coups, Mistral. Peut- 
être faut-il rapporter à la même origine le trécorois taoulet 
(habits) usés, (pommes) mûres; lakad avalo da daouledein, 
mettre des pommes dans une armoire, pour qu'elles achèvent 
de mûrir, cf. De l'urgence d'une exploration philologique en Bre- 
tagne, p. 11 ; Rev. Celt., IV, 167. 

Tok, coup, dans bêne% 'n eus bet tok pilon, ou tok mor^ol, il a 



360 E. Ernault. 

eu un coup de marteau, il est fou ; tok-tok, fou, de l'argot fr. 
toc-toc, cf. Rev. Celt., XIV, 281. 

Trafiqyonner, bourrelier ; cf. fr. trafiquant. 

Zardin, tailleur, du fr. sardine, en bret. \ardinen, ^aldrinen. 
On dit également ~ardin-ka plans dans le même sens. Voir 
kaplahs. 

_ La locution eomp da welet ar pap (allons voir le pape), pour 
« boire du rhum », vient de l'argot fr. pape, verre de rhum, 
L.Rig. 

30. — Le rapport de brahk, sou, à blahk (§ 27) n'est pas de 
nature phonétique ; blahk a été altéré par assimilation au mot 
breton brahk, m., branche. Des contaminations de ce genre 
sont fréquentes ; cf. noter, nuit, d'après le bret. no%, nuit, noter, 
notaire, Rev. Celt., VII, 47; bolohjer, horloge, d'après le 
bret. balancier, Gr., balancer, l'A., balancier, et bolohjer, bou- 
langer, Rev. Celt., XIV, 272 ; lahp, année, d'après l'argot fr. 
plombe, année, et le bret. lamp, saut. 

Taouen, poux, misère, du bret. laouen, pou, Rev. Celt., VII, 
49, XIV, 275, doit sans doute son t au bret. teurk, tique. 

Trotach, soupe aux légumes, Rev. Celt., VII, 50, est le fran- 
çais potage (bret. podaich, Gr.), mais combiné avec le bret. 
treut, maigre ; cf. qoubenn dreudt, qevalenn d remit, tynell dreudt, 
soupe d'avare, soupe maigre, Gr. M. Quellien explique ainsi 
trotach (p. 33): « soupe (surtout la soupe aux choux, aux 
légumes, la soupe des malheureux) ». Cela n'empêche pas 
qu'on dit, par extension, trotach boubou, soupe de bœuf ; tro- 
tach niqol, soupe de viande fraîche, aussi bien que trotach 
charles, soupe au lait, etc. Les mots rochois se dépouillent, à 
la longue, de leur sens dépréciatif (cf. § 15, 17, 23). 

Turgner, pourceau (d'où, par apocope, turgn), = « tour- 
neur, fouilleur (de terre) », en breton turier, pour le sens, cf. 
Rev. Celt., VII, 50; mais, pour la forme, il doit son gn à un 
autre mot breton, turgner, tourneur, celui qui façonne du bois 
au tour, mot que le P. Grég. écrit tuirgnèr, teurgnèr. Le double 
sens du fr. tourner a peut-être contribué à l'association des deux 
mots bretons; elle a eu lieu encore ailleurs qu'à La Roche : 
on dit à Pleudaniel turniadur goet, à Lohuec tergnadur goet, tau- 
pinée, Rev. Celt., IV, 169, cf. turgner-douar « fouilleur de 



Etudes bretonnes. 361 

terre », laboureur, Soniou Brei^-I^el, II, 298. L'emploi de choui- 
lan, fouiller, pour « travailler », en rochois, vient peut-être de 
ce que chouiler terh (§ 24), synonyme exact de turgner-douar, a 
aussi pour équivalent labourer douar, « travailleur de terre ». 

Il faut mettre sur le compte du hasard la ressemblance de 
turgn avec le français truie (de Troja) et avec le breton tour c' h, 
verrat, irl. tore qui paraît venir de to- -f- orc = lat. porcus. Cf. 
moy. bret. Touaren, le Douar ain, mod. douaren, petit-fils, de 
to--\-*ouar-, gall. zuyr= lat. puer, Gloss. moy. br., v. douaren, 
tarauat ; bret. moy. tamoesenn, épi de blé, pour *taffoesen,*taoe- 
sen (par l'influence de tamoes, *taffoes l , tamis), tréc. taon^en, 
van. toe%en, gall. tywysen, huysen, = * t(o)-êss-in, de do -|- * tfer- 
*wâ 2 , cf. grec ot/vy; de *à;vâ3; et gall. trzvyn, nez, = to- 
+ * sroen-i, cf. v. irl. jtô/î, nez, gall. ffroen, bret. froan, 
narine ? 

Lugna, regarder (j'ai entendu lugnan et lugnet) rappelle le 
fr. lorgner, Rev. Celt., VII, 250 ; mais il doit peut-être son u à 
reluquer, considérer, regarder, F. M. Le vendômois lunetier, 
regarder minutieusement, P. Martellière, Glossaire du Vendô- 
mois, 1893, doit être différent; cf. normand du Bessin luné 
« regarder avec étonnement, bayer », Joret, Mém. de la Soc. 
de Ling., IV, 157, verbe neutre, comme le petit trécorois beau 
en lun, qui a le même sens, cf. franc. « être dans la lune », 
être absorbé, distrait. 

J'ai entendu des mots nouveaux où ce procédé apparaît plus 
ou moins clairement : 

Giueganen, f., abeille, pi. gwegan ; c' houes gwegan « maison 
d'abeilles », ruche; du bret. gwénanen, pi. gwenan, id., et du 
nom propre Giuegan. 

Kriminal, m., cheminée, du bret. chiminal, id., et kritni- 
nal, criminel. 

1 . Cette forme est prouvée par le dérivé taffoessat, à côté de lamoesal, 
sasser ; elle subsiste, d'ailleurs, en vannetais : tanoûés et tamoés, Grég. 

2. Pour le changement à' a en e, cf. amecid, Oxf. 2, gall. mod. cyfegydd, 
pioche, de * com-aci-, (lat. acies); pour le traitement de es, cf. bret. moy. 
av%, au-dessus de, écrit aujourd'hui a u\, v. irl. 6s, de *ucs-, grec : J<1: ; 
esue^aff, être absent, dissiuoui « cuydance »,disiuoitt, opiner, etc., de ecs-. 

3 . L'irl. dias, en deux syllabes, Irische Texte, I, 478, — do -\- ac-s-, cf. ■ 
lat. acas, gothique ahs ; pour 1'/, cf. diaraïliu, à l'autre, Ir. T., I, 487. 



362 E. Ernault. 

Lumieraton, lugneraton, lumière, œil ; pao al lumieraton 
« pied de chandelle », chandelier ; an eil lugneraton a lar vreo^ 
d'egile, pet. tréc. an ell lagad a lar hoc' h d'ibcn « un de ses 
yeux dit bran à l'autre », il est louche; une expression sem- 
blable est donnée par M. Virmaitre, s. v. œil, comme appar- 
tenant à l'argot du peuple. Mélange des mots rochois lumier, 
lumière, et lugnerato, yeux. Rcv. Cclt., XIV, 274. J'ai en- 
tendu le verbe lugneratein, regarder. 

Lurohn, juron, blasphème, luronni, jurer, blasphémer; du 
fr. juron et du trécorois luc'het, blasphèmes. 

Tortein, casser (par exemple une jambe), du bret. torein, 
casser, et tort, bossu. 

Ces combinaisons analogiques sont en usage dans l'argot 
français ; ainsi madrin est le mot malin influencé par madré, etc. 

On peut soupçonner qu'un certain rapport de son est par- 
fois la cause de la substitution d'un nom propre à un nom 
commun (cf. giuegan, abeilles). Ainsi la ressemblance de la 
dernière syllabe a pu faire choisir Madelen pour remplacer 
holen, sel, et Charle^ pour le~, lait; Nihol, viande, rappelle en 
argot crignolle, id., F. Michel, crinolicr, boucher, L. L., et 
aussi niorte, viande, Delvau. Mais il vaut mieux ne pas mul- 
tiplier ces sortes d'hypothèses. Le rapport du mot à la chose 
peut être aussi de nature « historique » ; ainsi M. Quellien 
suppose, p. 31, qu'un nom moderne de l'eau-de-vie, I~abcl, 
a été celui de quelque ivrognesse célèbre. Rappelons-nous le 
conseil prudent de Littré (Dictionnaire fr., au Supplément, s. 
v. sabler^) : « En fait de locution, la moindre tradition vaut 
mieux que la plus belle conjecture ». L'argot de YX, c'est-à- 
dire de l'Ecole Polytechnique, sur lequel les renseignements de 
ce genre ne font pas défaut, témoigne du rôle important de 
l'élément historique dans les jargons spéciaux ; cl. Sarcey, 
Annales politiques et littéraires du 15 avril 1894, p. 226. 

31. — L'onomatopée est évidente, dans le mot bizarre per- 
tamtitamteq, tisserand. 

L'origine des mots suivants m'échappe : 

dordahes, sourd. La fin de ce mot rappelle tahe^en, pi. tahe~, 
la dernière crêpe, qui est ordinairement ou trop cuite ou trop 
petite; imbécile, en Tréguier, selon M. Moal. 



Etudes bretonnes. 363 

klakes, bouillie. Cf. claquer, manger, allusion au claquement 
des mâchoires, L. L ? 

32. — Le P. Grégoire traduit « argot, le langage des gueux » 
par luhaich, qu'il répète au mot « narquois » ; à « jargon, 
langue factice, ou langage particulier, comme l'argot, etc. », 
il donne luhaich et gregaich, van. gregach; à « jargonner », 
luhaichi et gregaichi, van. gregagein; à « baragouiner », lu- 
haicha, van. gregagein; à « baragouin, langage qu'on n'en- 
tend pas bien », luhaich, van. gregach. Le Dictionnaire de L'A. 
ne connaît que la seconde de ces expressions : grigage, gregage, 
m., jargon, gregagein, jargonner,' grigage crouanouétt, narquois, 
argot, jargon des gueux ; grigage, argot des mendiants (au 
Supplément) ; grigage, baragouin, grigagein, baragouiner. 

Le Gonidec a, dans son Dictionnaire breton-fr., luchach ou 
luach, m., baragouin, langage corrompu; M. de la Ville- 
marqué ajoute: « jargon, argot, particulièrement celui des 
tailleurs ». Je crois que ce mot est le trécorois luc'hach, éclat, 
vernis, faux brillant, manières affectées, de lue ha, luire; c'est 
ainsi que l'anglais flash, éclat, a pris le sens d' « argot, jargon 
à la mode, slang ». Troude donne comme trécoroise, dans 
son dictionnaire français-breton, l'expression nep a lavar 
luchaich, débauché en paroles, peut-être par confusion avec 
un autre mot; cf. Rev. Celt., IV, 161, v. loegach. 

Le dictionnaire de Le Gonidec n'a grègach que dans le sens de 
« grec, la langue grecque » ; mais on peut comparer gragachat, 
dégoiser, parler plus qu'il ne faut et avec volubilité, addition 
de M. de la Villemarqué. Cf. gregache ar biked, les pies caque- 
taient, Bar~a% Brei~, 237. 

Faut-il identifier gregaich, argot, etc., avec gregaich, van. 
gregach, le grec, gregaichi, van. gregagein, parler grec, Grég. ? 
Au point de vue de la forme, rien ne s'y oppose. Mais gre- 
gaich, gregach, argot, peut tenir de près au français grec, ai- 
grefin, qui, d'après M. Schwob, Mém. de la Soc. de Ling., 
VII, 305, est d'origine argotique et n'a rien de commun 
qu'une fâcheuse homonymie avec le peuple des Grecs. On 
peut voir également, ibid. 311, sur cette glose argotique: 
« ung breton c'est ung larron », un essai d'explication qui 
mettrait l'honneur des Bretons hors de cause. Il faut pourtant 



364 E. Ernaulî. 

remarquer que les argotiers ne se gênent point pour tourner 
en injure bien d'autres ethniques; cf. Lombroso, 454. 

33. Il est impossible de séparer l'argot quimper, tomber, gâ- 
ter (de l'eau), du gall. cwympo, tomber, abattre, bret. skoemp, 
glissant, scabreux ; mais la priorité de ces deux derniers mots 
n'est pas prouvée. L'origine commune pourrait être un bas 
latin *coimpere, issu par dissimilation de coinquere (arbores, cf. 
gall. cwympo coed), comme le sarde cbimbe de quinque. 

L'argot esgourne, oreille, rapproché du breton shouarn, Rev. 
Celt., VII, 50, a une variante esgouverne, L. L., qui rappelle 
plutôt le gallois ysgyfam, mais aussi le français gouverner, 
gouverne. M. Virmaitre donne le pluriel esgourdes. 

34. Voici quelques additions à la liste donnée, § 12, des 
mots bretons dont l'histoire peut être éclaircie par la compa- 
raison de divers argots français. 

Bulari, m., pi. eu, agitation, commotion, embarras, tracas, 
l'A., tréc. ambloari, bret. moy. amloary, peine, souci ; cf. boul- 
vari, boulevari, m. vacarme, tumulte excessif, Delvau ; vendô- 
mois boulvari, hourvari, bruit, tapage, Martellière ; franc. 
hourvari « cri des chasseurs pour ramener les chiens qui sont 
tombés en défaut » ; grand bruit, grand tapage, Littré. 

Cascarat, cascalat, danser la danse des gueux, se frotter les 
épaules en les agitant, Pel. ; cascaret, homme sans importance, 
de mine malheureuse ou d'apparence chétive, argot du peuple, 
Delvau; écu de trois livres, L. L. 

Fîl, intelligence, idée, ruse, en petit Trég. ; fil, adresse, 
habileté, dans l'argot du peuple, qui assimile l'homme à un 
couteau, Delvau; avoir le fil, être adroit, finaud, rusé, dans 
le jargon des voyous, L. Rig. 

Fouillent, (bien) dissipé, Rev. Celt., XI, 197 ; fueilles, pièces 
de monnaie, Villon, Le jargon ou jobelin, v. 166, 215 (Œuvres 
complètes de François Villon, publiées ... par Auguste Longnon, 
Paris, 1892); cf. « ilz appellent argent ... puille », Le jargon 
des Coquillars en 14SJ, Mém. de la Soc. de Ling., VII, 180? 
En tout cas, c'est de feuille que vient feullouçe, bourse, ibid., 
felouse, fouillouse, poche, Le vice puni, ioS,fouilleuses, poches, 
argot du peuple, Virmaitre, cf. le fourbesque foglia, bourse, 
F. M. 170, 429. 



Etudes bretonnes. 365 

Gain, ennuyer, gai, sot (mots très vulgaires), pet. Trég., 
à Saint-Mayeux kai, Rev. Celt., IV, 154; gailhurs, trompeurs, 
tricheurs, Villon, Le jargon 52, gayeux, id.,. 130; v. franc. 
galier, galiier, v. act., se moquer de, God., galier, galler, gal- 
lier, se réjouir, s'amuser, se régaler..., battre, étriller, trom- 
per, surprendre, Roquefort, Glossaire de la langue romane, 1808; 
M. Longnon cite, p. 269, d'après M. Vitu, un vieux proven- 
çal galiador, trompeur. Un. composé de même origine est en- 
gayeur « complice qui attire. . . la foule pendant que son complice 
explore les poches des badauds », argot des camelots, Vir- 
maitre. Je suppose qu'on prononce en-ga-yeur et non comme 
dans le français égayer ; c'est ainsi que M. Virmaitre écrit gaye, 
cheval, = gail, L. L. 

Gréah, habiller ; gréet, bien mis ; gréah eun annval, harnacher 
un cheval, gréach, harnais, petit Trég. ; se gréer « s'habiller, 
dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de ma- 
rine », Delvau. 

Grimandell, dans un casuiste breton « rossignol de serru- 
rier », instrument de fer, servant de fausses clefs, pour ouvrir 
les portes, armoires, etc., Pel. Bien que Le Gonidec donne 
grimandel, m., pi. ou, passe-partout, rossignol, je ne suis pas 
convaincu qu'il ait connu par l'usage ce mot, qui serait proba- 
blement devenu grimandel. Les variations de Troude à ce sujet 
sont significatives. Son dictionnaire français-breton porte : 
« grimandel!, m. Le P. »; nous avons donc ici l'aveu impli- 
cite que, n'ayant jamais entendu ce terme, il en a suppléé ar- 
bitrairement la prononciation et le genre. Au dictionnaire 
breton-français, il donne encore grimandell, p. 253 et 711 ; 
mais la première fois il lui attribue le genre féminin, et au se- 
cond passage, il en fait un mot vannetais ! Le témoignage de 
D. Le Pelletier semble donc unique. Il est permis de se de- 
mander si le texte qu'il avait sous les yeux ne contenait pas 
une faute bien fréquente, n pour u. * Grimaudel serait, en effet, 
le correspondant régulier, en ancien français, de l'italien gri- 
maldello, crochet, rossignol, que je soupçonne d'être d'origine 
argotique, comme rossignol. Ces sortes d'instruments ont reçu 
des voleurs les noms pompeux de monseigneur, pince-monsei- 
gneur, dauphin, monseigneur le dauphin, roi David, Mém. de la 



366 E. Ernault. 

Soc. de Ling., VII, 320; grimaldello peut donc être allié au 
fourbesque grimaldo, père, vieillard, grimo di sant'occhio, pape, 
F. M. 429 (de l'ital. grimo, ridé) ; il est à remarquer que, 
dans le même argot, rossignolo veut dire « cardinal ». 

Grippy, nom burlesque du diable ; griffon, animal fabuleux, 
Grég., voir Rev. Celt., XIV, 286. Le dictionnaire breton- 
français de Troude a le cornouaillais Gripin « un des noms 
que l'on [donne au démon »; cf. grispin, grispis, meunier, 
Halbert, cité par L. L. Le jargon de l'argot porte gripie. 

Grullu, blé noirci intérieurement, voiriez/. Celt., XIV, 286. 
L'argot grelu, blé, doit être d'une autre origine que grenu, 
qui tient à. g remise, farine, F. M., grenafe, grange, Le jargon 
de l'argot, de granum. Delvau tirait grelu de l'adjectif grêle, 
par « allusion à la gracilité de cette graminée » ; je crois plu- 
tôt que le mot est identique au vendômois grelu, prononcé 
gueurlu « rempli, couvert de: un arbre gueurlu de fruits », 
Martel Hère, et que celui-ci dérive de grêle, f. « sorte de crible 
qui n'est plus en usage. C'était une grille serrée, inclinée à45°, 
surmontée d'une trémie dans laquelle on versait le grain. Les 
grenailles passaient à travers les mailles, et le blé nettoyé 
glissait au pied de la grêle », Martellière. Ce vieux mot, de 
même origine que grille et gril, a passé en breton : van. grille, 
crible le plus clair, grêllein, grêllatt, cribler, l'A. L'affinité de 
son sens avec celui de l'argot grelu est évidente ; il n'en est pas 
de même pour l'adjectif vendômois gueurlu, que M. Martel- 
lière fait suivre de la mention : origine inconnue. Ce qui m'en- 
gage à voir dans gueurlu un dérivé de grêle, c'est qu'en petit 
Tréguier grilhet, griyet a exactement la signification de gueurlu, 
et se rattache, pour la forme, au fr. gril, grille : ar ivéen %e ^ou 
vreus ba>x ken hé griyet, cet arbre est tout couvert de fruits, lit- 
téralement « tout criblé » ; cf. a pierres tumulaires criblées 
de chiffres romains », A. Daudet, Numa Roumestan, p. 68 
(chap. IV) ; criblé de dettes, de ridicules, etc. 

Oustilb, m., gaillard qui aime à s'amuser, pet. Trég., 
= ostilh, outil, Grég., v. fr. ustil, ostil, id.; cf. outil, terme 
de mépris, argot du peuple, Virmaitre ; maladroit, gauche, 
Fustier. 

Rigouignat, grincer des dents, etc., Rev. Celt., XIV, 288. 



Etudes bretonnes. 367 

L'argot rigougnard cité à cet endroit, vient de rigouillard, 
drôle, plus fort que rigolo, argot du peuple, Virm., cf. rigolard 
(chose) très amusante, ibid. Cf. le rapport de babigner, parler, 
Villon, Le jargon, 28, 41, ni, à babiller, id., ibid. 40. 

Sabler, gésier, en vannetais, Grég., sabler, Pel. ; sable, es- 
tomac, Le jargon de l'argot; L. L. ; Littré donne, avec un 
exemple de La Bruyère, l'expression « jeter en sable », avaler 
un verre de vin (le sabler). 

Trut, m., (savoir la) manière de s'y prendre, le secret, la 
finesse, pet. Trég. ; truc, manière de voler, F. M., L. L., 
tromperie, malice, argot du peuple; connaître le truc, con- 
naître le secret d'une chose, Delvau. F. Michel cite le titre 
d'une brochure de 1609, sur « un sorcier nommé Gimel TRUC, 
natif de Léon en Bretaigne » ; M. L. Larchey donne quatre vers 
du xiv e siècle, tirés d'une chronique du duc de Bretagne 
Jean IV, où se trouve la forme trut, finesse, qui rime en ut. 
Trut était le nom d'un jeu de cartes, cf. F. M., v. grec. 

E. Ernault. 
(A suivre.) 



MÉLANGES 



i. 



ENCORE SEQUANA. 

Dans le dernier numéro de la Revue Celtique (p. 214), 
M. d'Arbois de Jubainville observe que « Y intéressante hypo- 
thèse de M. Loth (Revue Celtique, XV, 98), paraît corîtredite par 
le gaulois epo- « cheval », = skt. açva- ». 

Il me semble qu'il n'y a pas d'analogie à établir entre les 
deux faits. K palatal dans *ekvo- était dès l'époque indo-euro- 
péenne suivi immédiatement de v : kv s'est transformé en p à 
la même époque que la vélaire indo-européenne devenue en 
celtique qv- a opéré cette transformation. Sequana (Sequani 
aussi), a pu, a dû se prononcer, dans mon hypothèse, * Scat- 
ivana ou * Steo-iuana bien longtemps après cette transformation, 
à l'époque romaine même. K n'était pas en contact direct avec 
w. Comment un Romain aurait-il transcrit une prononciation 
secuvana autrement que par Sequana ? 

L'inscription gauloise d'Alise-Sainte-Reine nous offre deux 
exemples d'une forme tout à fait analogique à Sequana : 
Ucuetc, Ucuclin (accusatif). Je ne sais ce que peut être Ucuete, 
pas plus d'ailleurs que je ne connais l'étymologie de Sequana 
ou Sequani. Je veux simplement montrer qu'il n'y a rien à 
conclure de faits de ce genre. Un Romain eût écrit sans doute 
Uquete, Uquetin. 

J. LOTH. 



Mélanges. 369 



IL 



REMARQUES SUR LE LIVRE DE LLANDAF. 

Je crois avoir suffisamment prouvé que Gaufrei de Mon- 
mouth ne pouvait pas être l'auteur du Livre de Llandaf. 
M. G. Evans s'appuie, à défaut d'arguments tirés d'une étude 
même superficielle de l'ouvrage qu'il a si bien reproduit di- 
plomatiquement, sur la rubrique à la version de la vie de saint 
Teliau du ms. Vesp. A. 14: ïncipit vita S. Teliavi episcopi a 
magistro Galfrido fratre Urbani Landavcnsis ecclesiae episcopi 
diclata. On ne connaît qu'un frère à Urban, du nom d'Esni. 
Il serait assez singulier, d'après M. Evans, qu"il y ait eu en 
même temps à Llandaf deux Galfrid de cette importance : 
pourquoi pas ? Ce que M. Evans n'a pas vu et ce qui m'étonne 
de la part de ce vir oculatissimus , c'est que au-dessus de Gal- 
frido on lit cette correction absolument décisive : A. Stephano. 
Le compilateur serait donc Etienne, frère d'Urban. 

J'arrive à un point plus important : M. G. Evans prétend 
que les vies de Dubricius, Teliau, Clitaucus, ^du ms. Vespas. 
A. 14, ne sont que des transcriptions plus ou moins correctes 
du texte du Livre de Llandaf. Or, il résulte clairement des 
variantes du Vespas. données par l'éditeur en appendice, que 
si la vie de S. Teliau remonte à la même source que celle du 
Vesp., cette dernière reproduit plus fidèlement la version pri- 
mitive. Teliau n'y porte pas le titre d'archiepiscopus qui lui a été 
donné pour fortifier les prétentions du siège de Llandaf, mais 
bien d'episcopus. Le long et curieux récit, manifestement inter- 
polé, du séjour de Teliau en Armorique, n'y figure pas. 

A la page xlvi (Notes on extracts, 1-8), à propos des extraits 
du Codex Licbfeldensis, je lis que l'extrait 2 est une copie d'un 
document du temps de Teilo. Je me précipite, et je lis : Surrexit 
Tutbulc... (suit un texte en grande partie gallois et qui n'en est 
pas pour cela plus limpide, malgré les ingénieuses conjectures 
de M. Rhys, le gallois ne peut être antérieur au ix e siècle). 
Voici la suscription : Teliau testis, Gurgint testis, Cinhilinn 
testis, Sp's testis, Ma familia Teliaui, de laicis Numin, etc. Je 



370 Mélanges. 

me suis longuement et vigoureusement frotté les yeux pour 
trouver là dedans une raison quelconque de reporter ce docu- 
ment au temps de Teilo. Je n'en vois pas d'autre que la signa- 
ture Teliau, testis; totafamilia Teliaui indique le monastère de 
Teliau, c'est-à-dire Llandaf, comme le prouve la suite : de 
laids. Pages 3 et 4, il y a un signataire qui donnerait à ces 
précieux documents une bien autre importance : 3 Deus testis ; 
4 Deus otnnipotens, testis. 
Sans commentaire. 

J. Loth. 

III. 

LE MOT DÉSIGNANT LE CUIR EN GERMANIQUE ET 
EN CELTIQUE. 

Dans son Etymologiscbes Wôrterbuch der deutschen Spr., 
Kluge, au mot leder, cuir, avance que ce mot est particulier au 
groupe germanique. Or, en gaélique comme en brittonique, 
le même mot existe, supposant la même forme en vieux-cel- 
tique qu'en pré-germanique. L'irlandais letbar, gall. lledr, 
breton moyen le%r, bret. mod. 1er romontent à * lëtrô-. L'al- 
lemand leder, anglais leatber, v. norr. lepr supposent un go- 
thique * litbra- et un pré-germanique létrô-m (Kluge, Etymol. 
Wôrt.). Il y a identité de forme et de sens. Le mot est-il 
emprunté par l'une des deux langues ? Laquelle est l'emprun- 
teuse ? Il me paraît certain que le mot a été emprunté par les 
Germains aux Celtes. 

En grec comme en latin, et en d'autres langues, le même 
mot a le sens de peau et de cuir, ce qui n'a rien de surpre- 
nant: TîiAÀa, en grec, corium, scortum, en latin; cxS-toç a le 
sens de peau et de cuir (lat. saï-tu-m, allemand haut = *kùti-s; 
cf. TiiXrrî). La racine qui a donné xéXXa et pellis, l'ail, fell, 
me paraît avoir également donné naissance, en celtique, au 
prototype de letbar, Il car : * lëtrô =* pëlë-trô- ou * plë-trô- (cf. 
irl. scël, gall. cbwedl = *sqve-tlo-, de la racine seq- : cf. ssp£- 
Tpo-v, ©sp-xpo-v). Le mot *(p)lë-trô-m aurait été emprunté par 
les Germains, après la chute du p, en celtique. 

J. Loth. 



BIBLIOGRAPHIE 



Corrigenda in the Agallamh m Senôrach and other texts in 
Silva Gadelica. 

By the kind permission of the Duke of Devonshire I had an 
opportunity during the Christmas vacation of collating the 
greater part of Dr. O'Grady's édition of the Agallamh na Senô- 
rach with the original in the Book of Lismore. Mr. Whitley 
Stokes completed the collation and very kindly placed the re- 
sults at my disposai. He also collated the other texts in Silva 
Gadelica from the same MS. and allowed me to add his list of 
corrigenda to mine. 

The following list contains corrections of ail misreadings 
that either afFect the sensé or involve serious grammatical mis- 
takes. Mère mispellings such as hionnsma for hindsma, tâirnios 
for tâimes — forms unknown to the Book of Lismore — are 
not noticed ; nor hâve I included the numerous mistakes in 
accentuation asféis for feis, airfidech for airjidcch, etc. The fol- 
lowing mistakes, which occur throughout, are hère noticed 
once for ail : for reanabar read renabar throughout, for esba 
read esbaid, for atchualaid read atchuala, for éradh read ira, for 
muinntcrdhas read muinteras, for fuacradh read fuacra, for ar a 
ai read arâi, for cômdhalta read comalta. 

Mardi 1894. 

Kuno Meyer. 



37-2 



Bibliographie. 



66, 
67, 

68, 
69, 



70, 



71, 
87, 



89, 

94, 

99> 
100, 
104, 
105, 
106, 

107, 
110, 



m, 
112, 

ii3 ? 



Dr. O'Grady. MS. 

2 Cerbeoil Cerbaill 

15 feoididh koïdigid 

25 rechtairiu vechhm 

16 nach na 
10 biadh beth 

16 aithcheol aithclvod 

28 dele ocus a fhlaithi 

20 Temair te'mid 

26 beidhit beitit 

36 dna na 

37 duire duine 
14 tonnaigh tonnaid 

24 ro thinnad noiinnad 
31 theighidis theigdis 

9 domon âomuiu 

16 allaid alltaibh 

14 fô fon 

co bfoghnum do foghnum 
14 after fhetar insert on 
22 after rig insert mhara 

3 9 ar in isin 

2 comba curba 
36 after cnuas insert ar Patraic 
26 dWtf on is on Becan 

6 fleide r]ia cor] ma 

22 Finn îéinne 
3 5 a/fer thuarascbail insert ar Patraic 

25 sluag sluaigh 

3 1 d'iarrais do iarais 

38 mbiadh mbeth. 
17, 26 is O^M* 

20 inmcdh imnedh 

30 do ro 

28 d'innisis do innisis 



Bibliographie. 



375 





Dr. O'Grady. 


MS. 


P. 114, 


3 4 a/ter Patraic insert 


ocus 


116, 


10 maighin sin 


inagaid sin (rectius adaig") 


H7> 


33 gombud 


gomba 


118, 


17 do dithaig 

3 7 (et passim) benna- 


rodkhaig 




chtain (ace. sg.) 


hennacht (nom. sg.) 


ii9, 


10 after atbert insert Cailte 


120, 


19 after brat insert corcra 


122, 


8 after roised insert 


tus x 


123, 


2 after duine insert £ 


;alair 


124, 


3 damsa 


fad^redh 


125, 


43 rjoime 


uime 2 


126, 


32 Néira (sic) 


Néircc s 


134, 


7 muig as 


muig m/?as 




11 gin go mbiadh 


gingube//; 




16 i ndruim 


ag drwim 


135, 


4 nimléicfe 
16 Cailte ocus in 


niamléicfe 




naenbar 


Cailte in naenbar 




29 Mhodairn 


Mhoduirn (and so throughout) 




31, 35 ro diobaidh 


rodhighbhadb 




33 Fionn 


sinn 




39 comlann 


comlm 


136, 


20 rjoth 


r]od 




29 hôirdne de 


hoirdne urgranwa d/;e 


137, 


6 brat corrtharach 


brat corcra corrtharach 




29 mac Smaile 


Mucsmaili (and so throughout) 


138, 


7 dno 


no 




26, nir chlos 


ni clos 


139, 


13 cesd 


ceisd 




20 do iadsat 


ro iadsat 


140, 


27 Eithne' ollardha 


Eithne ollawdha (and so throu- 
ghout) 



1 . O'Gr. is right in reading mar aen in 1. 14 ofthispage. It is the Rawl. 
MS. that has maille. 

2. Instead of do hoscladh O'Curry supplied 7 rodhech. 
3 . O'Gr. mistook the ce for a. 



Revue Celtique, XV. 



25 



374 




Bibliographie. 




Dr. 


O'Grady. 


MS. 


P- 141, 


I 


tibrinn i 


tibrinn duit hi 




2 


ina 


an 




33 


ann 


inn 


142, 


39 


do bi 


bui 


i43> 


29 


canastdncabair 


canas a tdncaba/V 


' x 44> 


9 


Muma 


Muma« 




15 


chaithem 


chaithimh 




38 duthchas 


dutha^ 


145. 


12 


subach sobrônach 


subaigh sobrônaigb 




26 


con 


coin... 




28 


mullach 


i mulluch 




35 


fecad 


facad 


146, 


H 


1 

tar féig 


a 

tar ïmn feig 




21 


dele ocus 






26 do chuimhnedsa 


docuimmVft/sa 




29 


fer gualainn 


fer guiûann 




32 


é 


é fein 


H7. 


9 


go noslaiced 


gunosla/Vi 


148, 


2 


biad 


b/;eth 




22 


read bidh ... a cenn ... isin glenu 




23 


dele acht 






32 


ndi bfichit 


deich Jjcbit 


149. 


32 


a r[igfhlaith] 


a a[rdflaith] 




37 


flr Eirenn 


for Eirittfl 




4 1 


rebraide 


treaba/cfi 


150, 


22 


tricha 


teora 




23 


secht 


deich 




28 


mac Trénmôir 


maie Trénmôir 




33 


legh 


leagh (i. e. liagh) 


151, 


1 


nElga 


Ealga 




10 


faisnéis ina 


a faisnéis 'na 




30 


sdithe 


si;/ 


152, 


8 


dit a mbiaid Mae- 








dôc fedba 


ait ambia Moœdôc fedhbha 




25 


fd raibe 


icaraib/;i 




3i 


ro biodh 


nobith 



Bibliographie. 



375 





Dr. O'Grady. 


MS. 


P. 153, 


1 ann 


inn 




2 thainic 


thairnic 




7 ro chàiestar 


rochàisetar 




8 guin 


gniw 




9 flatha Finn 


flatha Qinne 




18 annsan 


annsa 




22 gair .. ann 


gar .. inn 




36 riagam 


rag/;am 


154. 


ié fô 


h 




34 Mongaig 


Mowgaiw 


155, 


4 6g ilarmach 


6g n-ilarmach 




14 anos 


anosa 




16 shàdhaidh 


shithaidh 




25 tulach 


tulcba 


•156, 


7 tri cet 


ceithri cet oclacb 




31 Conaing 


Conang 


157, 


31 Truag an gniom 






on tr. an g. 


IS truag an gnim 


158, 


8 innisin 


innisi 




1 1 tiomnas 


timnais 




33 gach bidh 


gâcha bidh 


i59, 


15 nô go 


nogo 


160, 


25 bi 


bhoi 




28 sul 


suil 




36 Otchonncadar 


Atchonncadar 


161, 


6 deithber 


deithb/r 




14 Muman 


Muimnech 


162, 


13 combud môide 






chreitfios 


comba moidi creitfes 


163, 


9 scribtar 


scribthar (and so tbroughout) 




12 Rudraide tonn 


Rudraide renabar tonn Rudh 




Rudraide 


raige 




23 bud 


dobudh 




35 in dà rig 


in dawa righ 


164, 


5 rachaidh 


racha 




9 isin dûnad 


isin ndunad 


165, 


6 bfiort 


bhfert 



376 





Bibliographie. 




Dr. O'Grady. 


MS. 


i66, 


9 theinned 


ihemneda 




13 ingen 


ingen 11 1 




28 féin 


sein 


167, 


2 haitnid 


haithn/i 




5 ar a gcluinmit 


ar cluinmit 




19 airem 


arim& 




24 thuaith 


ùmathaib 




28 tri fichet 


tri jfcMt 




30 friusan 


friu sin 




35 sisi 


isi 


168, 


13 uaine 


uaine uime 




41 read gérbo [forldr 


1 in fo]rod 


169, 


17 toirrchim 


toirrthim (and so througbout) 




18, 25 bruiden 


bruigm 




36 Adhnuaill 


Adhnuall 


170, 


14 after do m.rérJ Châilte 




25 fl/ter anam mœr£ 


a Cbâilte 


l 7 I » 


3 a/ter lucht insert 


àenma. 




11, 12 bhiadh 


bet/;, bbeth 




15 rôchreidem 


roicredim 




19 sléchtus 


slechtais 




26 atâthai 


itâithe 




27, 29 mhéith 


mhéth 




30 biadh 


bia 




38 fétaitis 


féttais 



172, 


34 


ojter acat insert di 


un 


x 73> 


32 


dothoglaide 


dithog/zlaidi 


174, 


11 


comdlûthta 


com/xl/;lutta 




13 


ajter atbert insert 


Câilte 




34 


a[c] 


ag 




35 


nainches 


ainces 


i75> 


7 


dfiarfaigid 


dfiafraigid 




33 


dhàl 


dhail 


176, 


1 


déchsain 


dédiai» 




11 


fôtbaig 


fôtbuigh acu 


177» 


6 


le a mbud 


le bbudb 




7 


dele sib 





Bibliographie. 



377 





Dr 


. O'Grady. 


MS. 


P. 177, 


*3 


a caradrad 


a cumanw 7 a caradrad/j 




20 


do bheimis 


nobeimis 




37 


buabaill 


buaball 


178, 


7 


comaithche 


comhaigthi 




8 


dogniod 


roneth 




H 


mhaithedh 


mhaite 




20 


ecal 


ecail 




39 


senanm 


senainm 


179, 


18 


do adhar in long 








dna 


d'adhar in long da.no 




23 


d'fiarfaigis diom 


do ùhrfaigis dim 


180, 


8 


adertai 


aderthi 


181, 


n 


do'n aen 


donte 


182, 


5 


after naenchumaid 


insert friut 




24 


chuicedachaib 


cmcedaib 


183, 


10 


is ann 


issed 




35 


cumasach 


cumacht\ach] 


184, 


H 


tecaidh 


teacaim 


185, 


26 


deinmnedach 


deitareadhach 


186, 


6 


the second mhôir is mhôr in MS. 




11 


deifir 


deit/;bzr 


187, 


8 dele ocus 






15 


Uai ri 


Uiari 




21 


înbeir 


Inber 


188, 


30 


after do ghébsa insert ar ant airfrdech 


190, 


26 


after Fionn insert annsin 




32 


bud thruime 


ba truime 




35 


do bi 


7 dobhi 


191, 


39 


gilla 


gialla 


192, 


4 


gach 


gachs. 




-9 


dele sin 






3i 


airfïdéch 


nairfidech 




39 


after ocus insert is 


amlaid roboi in baili 7 


193, 


7 


ro 


do 




8 dele sin 






22 


delg 


irdealg 




26 


bidbada 


bidhbaidh. 



378 

P. 





Bibliographie. 




Dr. O'Grady. 




MS. 


194, 


8 cetri 




îtth 




19 biadh 




beth 




ina hionnsma 




ga hindsma 




23 anmann 




anmanna 




36 taisced 




taiscid/; 




38 ocus ro 




ocus ro 


195, 


4 immaraen 




maraen 




20 crét tinnscra 




crét in tinnscra 




39 do 




ro 


196, 


7 hdith 




hait 




19 ndi céd 




deich cet 




22 bhiadh 




beth 


197, 


3 5 fhedarsa 




fhedar 




39 tôichesdal tuai 


the 


tocesdal ac tûaitb 


198, 


10 aie 




ille 




13 after fichit insert so 




19 an esbaid 




an treas esbuig/; 




24 Fhidaige 




Fhidbmgh 




29 in nuathad 




a nuathad 




37 after éirgedar 


insert 


ar maàa'm 


199, 


2 diol 




dhibh 




5 fichet 




fichit 




7 dabhaige 




Duwaig 



16 Aball Ubal 

32 after tsida insert uile 

3 7 after faithche insert amach 

200, 6 amne imne 
22 fhuin îbu'med 

27 for [dogénam read is ail lib do... 

201, 4 chro croa 

28 dechad dech 
37 mac macsa 

203, 10 in tabach in t-abac 
18 after Finn insert da innsaigfd 
30 roéirig adracht 

204, 7 Adnuaill Adnuall (cf. 169, 36) 
8 Féruaine Fer uaine 



Bibliographie. 



379 





Dr. O'Grady. 


MS. 


204, 


28 cen co ninnisi 


gingubinwisi 




24 re a nâirim 


renairimh 


205, 


3 uim 

1 1 co mbiadh 
20 after so insert ita 


uime 

co m-beth. 




28 teichium 


teiched 




30 tairmthecht 


tammthecht 




34 fherais 


fearais 




38 fô 


îor 


206, 


16 is é 


hed 




29 ràith 


tulaig 




36 um 


imm 


207, 


5 after dingebatsa insert fein 




13 bhiam 


bem 




20 chuingedh 
35 do'n lionn 


chu'mgidh 
do linn 




36 tabair 


tabhwr 


208, 


14 leochuillechta 


leochaillér£/a 




33 denngar 


denngur 




7, 13 feimen 


feimin 


209, 

210, 


13 atâit 

3 9 do fholaig 

1 1 ar bliaiain 


atat 
roiolaig 

is bliadtfin 




16 after Châilte inser 


t ar ri Muman 




17 after bâdar insert ; 


ir Cailte 




20 gilladh 


gilla 


211, 


4 before muna insert 


acht 




11 fl/iter grian insert 


ticim 


212, 


6 shecht 


hocht 




28 do thiced 


coticed 




3 1 craebchorcra 


craebacb corcra 


213, 
214, 


12 tulaig 
18 Degaid 
25 t'imdhell 


tulaig si 

Degad (leg. Dedad) 

t'indeall 




31 sin.. dno 


soin., no 




36 bud ail 


bo hail 




38 dele a after Aillinn 





$8o 



Bibliographie. 





Dr. O'Gkady. 


Mï 


214, 


3 8 dele maith 






39 côt 


coat 


215, 


2 duit 


riùt 




22 mhallghuba 


maie Allgub/;a 


216, 


5 Circall 


Ccrcall 




8 Eothaile 


Eothgaili 




26 Tairrsig nô 


Tarsidh Laigen 



217; 



27 after Thréduirn insert maie Traimhoir 

34 mbiadh mbetb 

5 déise ndéisi 

12 a/fer Glas inftff ocus 



218, 



219, 



220, 



221, 



222, 



223; 



14 [bhiodh] 


nobhidh 




20 Buacachain 


Buadacha(in) 




22 maedm 


macxmb (et sic passim) 


24 dele dhâ 






12 dhligmit 


dhk^mait 




33 tânac 


tMnac 




21 catha 


czthaigûn 




23 fo/br£ in fer insert 


ar se 




27 a/ter sceith insert < 


:onducuidh trit 




8 cà 


g d 




18 saermhacàmdacht 


soermacandûc/;/ 




29 d'éirgedar 


do éirghofar 




3 1 gach 


gacba 




37 dàined 


daine 




14 soichios 


so roiches 




32 after donithi insert 


ar Câilte 




3 3 after comraicthi insert ambliarfam 




34 sibse 


sïbb 




8 lebad 


lezbaid 




17 scéios 


sceeas 




24 omit the first Ocus 






25 fuibrechta 


miltechfa 




31 scél 


scéith 




18 nd.. inam 


nach... innum 





38 after Moduirn insertie 



39 roshûigestar 



rosuidhiuhi«Jtar 



Bibliographie. 



38. 





Dr. O'Grady. 


MS. 




P. 224, 


2 shlân slemainch- 








réchtach 


slemun slanc^chtach 






ié a fer's a mban de 


amban sa ier dhe 






ceol 


ceoil 






29 mhaithedh 


mhaite 






34 mbiadh 


mbeth 






40 ôrbhuide 


oir bhuidhi 




225, 


26 after luga fw^r/ annso 






34 no 


ro 






37 Oscar ocus Oisin 


Oisin 7 Oscar 




226, 


12 ar chlannaib 


ar dainn 






25 maithem 


maithimh 






39 bus 


ib/ms 




227, 


6 dtecht 


tbecht 






12 chaemchruthach 


chaemh cruthach 






17 mac F. 


meic Fh. 






21 do biodh 


roboi 






29 uada« 


uadh 






38 gab 


geibh 




228, 


6 dûnaib 


duintib/; 






7 d'éirig Etrom 


do éirig/; Etrum 




229, 


1 6 fl/ter fiach z«^ rt t// f/;ailti 

3 1 o/ter ollam insert v'tath dé âanann 






35 créd 


cid/j 






36 bud 


ba 




230, 


9 for forfholum 


a forfolum/; 






1 1 tancamar 


tancamame 






23 nim 


neim 






33 d[tû] i sraithid 


dtû fiafra/ghidh 






35 innis 


inniseadwr môr d'f/;is 7 d' 


eolus 




38 gin go mbiadh 


gingube//; 




231, 


18 labairt 


hbra 






19 senôire 


senoraig 






25 Fionn 


(or 




232, 


8 after oclach insert 


grâdha 






35 dele a before fothracad 






37 acat 


acatsa 





3 8 2 



Bibliographie. 





Dr. O'Grady. 


MS. 


P. 232, 


38 acam 


acamsa 


233, 


16 ningnad 


hingnrtd 




19 dele ocus before a 


chur 


321, 


39 dognithe 


ragnithe 


322, 


13 trebar 


teabraid 


- 3 2 3, 


25 sâiter 


sdittir 


3 2 7, 


32 cland Bairinn 


cluana B. 


343, 


5 cur hinnrad 


cur hinâreded 




26 do ôrdaig 


ro ord 


345, 


17 loin 


eoin 




28 gharbglôrach 


gharbh glôrach 




40 biadh 


beth 


346, 


12 tire 


tiri togaiài 




14 uchtuainecda 


usci uainecdha 




27 robud chuma is 


robo cuma ocus 


347, 


9 aes athghaeta 


oie athghaetta 


35i, 


27 lembud 


lemba 


352, 


21 othair 


aes uthair 


353, 


1 5 ndbud 


nd ba 




24 no biadh 


no beth 


354, 


32 Liban 


Li ban (and elsavherc) 


355, 


10 -fiafraigse 


-fiafraigseat 


356, 


25 ina arrthaist 


na narrthaisd 


357, 


n deibidech 


deiberidech 




20 ro 


do 


358, 


1 1 naimdid 


naimhdighi 


359» 


4 dilne 


dilli 



Supplément lexico grammatical au Dictionnaire pratique 
français-breton du colonel A. Troude (édition 1869) en dia- 
lecte de Léon, par J. Moal, aumônier à Brest. Landerneau, chez Des- 
moulins, 1890; 1 vol. gr. in-8, vi-525 p. 

1. L'auteur nous explique, p. 4, 5, que, né en Léon, il 
a vécu longtemps sur les confins du Tréguier et de la Cor- 
nouaille ; qu'il s'est pénétré « de la pureté, de la richesse et 



Bibliographie. 3 8 3 

de l'originalité » de l'idiome breton tel qu'on le parle dans les 
campagnes, et qu'il a pris dans l'usage toutes ses règles et 
tous ses exemples. 

Cependant il déclare aussi (p. 3-4) que son livre « a été fait 
conformément aux données de l'érudit et regretté M. Rou- 
daut, curé de Ploudiry, qui a fixé plusieurs règles de cons- 
truction, ou de tournure celtique, dans un ouvrage assez 
connu des philologues bretons ». Le choix d'un pareil guide 
était dangereux ; car si l'abbé Roudaut s'est montré un excel- 
lent connaisseur de la langue moderne, dans le Supplément aux 
dictionnaires bretons auquel M. Môal fait allusion, il y a donné 
aussi à ses compatriotes le fâcheux exemple de digressions de 
tout genre sur des sujets qu'il n'avait pas étudiés sérieusement, 
et d'énormes hérésies philologiques, dont un critique fort com- 
pétent, Charles de Gaulle, a relevé des spécimens significatifs, 
Revue Celtique, II, 266, 267. 

L'œuvre de M. l'abbé Moal ne mérite pas au même degré 
ces reproches. Ce n'est pas que les excursions sur le domaine 
linguistique y présentent un caractère plus scientifique ; mais 
elles sont beaucoup moins longues et moins fréquentes. 

2. Les 96 premières pages contiennent divers renseignements, 
parmi lesquels on peut signaler d'abord une table des noms de 
baptême (p. 12-18), et une liste des paroisses de Quimper et 
de Léon, suivie de remarques à ce sujet (p. 19-30). 

Il y a là un assez grand nombre d'observations neuves et 
intéressantes. 

Nous voyons, par exemple, p. 29, 30, que le suffixe pluriel 
-i^, qui s'ajoute au nom d'une localité pour en désigner les 
habitants, peut, en bas-Léon, se mettre après le premier terme 
des composés géographiques : Kerberi^ et Keri^-Perr, les gens 
de Kerberr (Saint-Pierre-Quilbignon) ; Santi^-Mark pour San- 
marki^j ceux de Saint-Marc ; Ploui^dider, ceux de Plouider ; 
Guitalii-Mcde (p. 24, 30), ceux de Guitelme^e (Ploudalmézeau). 
On attendrait * Guigi^-Telmeze, quasi vicenses Telmedoviœ, cf. 
Rev. Celt., V, 438, 439 ; mais il est probable que Telmedovia 
renferme en effet deux mots, dont le premier se retrouve dans 
le vieux breton Tel-chruc, Telgruc. On peut comparer Plouegi\ 
ar mor d'ho fatrone^, les habitants de Plouek ar mor (Plouezec) 



384 Bibliographie. 

à leur patronne ; titre d'un cantique, imprimé à Tréguier chez 
Le Flem. 

Cette manière d'infixation rappelle le breton moyen Brei^is 
isell « les gens de Basse-Bretagne », dans un texte léonais, cf. 
Rev. Celt., XI, 358, aujourd'hui Brei%-I%eli%. Par un procédé 
inverse on a dit Kermàis « les gens de cette ville », D. Le Pel- 
letier, == petit trécorois Kéris-me (Gloss. moy. br., v. ren 9 guers). 

Relevons encore, p. 29, l'ethnique féminin Montroule~cnn, 
une Morlaisienne ; le suffixe n'y est pas -e^enn, comme le dit 
l'auteur, puisque le nom de la ville est Montrouk^, mais -cnn; 
cf. Rev. Celt., III, 59; IV, 152. 

3. Vient ensuite une Introduction divisée en trois chapitres. 
Le premier (p. 49-65) est une énumération de détails relatifs 
aux mutations initiales. Les faits ont été patiemment recueillis, 
mais leur classement n'était pas chose facile, et l'auteur n'a 
pas toujours réussi à dégager les lois qui régissent une ques- 
tion si complexe. 

On peut trouver à redire, par exemple, à ces passages de la 
page 6i : « Quand deux mots tendent à se fondre en un 
seul », la consonne muable initiale du second s'adoucit. Exem- 
ples : « a du vad, disposé à ; dour buill, pluie abondante ; la- 
bour vad, bon ouvrage ; ar Vikel Vra^, le Grand Vicaire ; 
ira vad, bonne action ; ober vad, faire du bien (c'est comme 
si on disait : ober tra vad); dans ces exemples les mots sont... 
du genre masculin... Le mot mad, par une licence grammati- 
cale, adoucit son initiale en beaucoup de cas ; ex. : sans aucun 
profit, hep vad ebed » . 

Le principe posé d'abord est trop vague pour être pratique- 
ment utile ; et il s'appliquerait aussi bien, en théorie, à une 
mutation quelconque. En effet, toute mutation initiale a pour 
cause, en dernière analyse, une composition ancienne qui 
faisait que l'initiale apparente devenait médiale et était traitée 
comme telle. La question, pour le grammairien breton, est de 
savoir dans quels cas se produisent aujourd'hui ces groupe- 
ments de mots ; la tâche du linguiste consiste à en remonter 
autant que possible l'histoire et à en déterminer les conditions 
primitives. 

Si nous entendons la règle au sens restreint que M. Moal y 



Bibliographie. 38$ 

attache sans doute, c'est-à-dire en l'appliquant aux mots com- 
posés dans l'acception française de cette expression, nous arri- 
vons à quelque chose de partiellement exact. On peut trouver 
une certaine ressemblance entre vikel vra^ et le français 
grand-prêtre. Je crois que la mutation dans vikel vras est une 
extension de celle qui est régulière dans les surnoms comme 
Per vra^ = Pierre-le-Grand, le grand Pierre ; cf. axen gornek, 
« âne cornu », ignorant, expression injurieuse qui s'est peut- 
être fixée sous la forme du vocatif (= usine *cornàcè), voir 
Rev. Celt., XI, 365, 366; an u^ulier vras, le grand usurier, 
Collection Penguem, Bibliothèque Nationale, ms., f. celt. n° 91, 
f° 163 (2 fois) r . 

4. Les autres exemples cités par M. Moal me semblent dif- 
férents. Lui-même constate que la forme vad a souvent sup- 
planté le radical mad ; et dans son dictionnaire il le prouve 
par des exemples, sous amélioration, bien, bienfait; cf. seis 
gwasvad, sept hommes forts, Gzuer^iou Br.-I^., II, 528. On 
peut comparer en léonais va pour ma, mon, en vannetais 
vennein pour mennein, vouloir, etc., cf. Rev. Celt., VII, 42. 

L'auteur explique par l'ellipse de ira, chose, la locution 
obervad, faire du bien, où M. Loth voit un archaïsme, Rev. 
Celt., XI, 208; ces deux théories me paraissent peu probables. 

On peut supposer que c'est l'emploi fréquent de l'adverbe 

1 . Le titre de cette chanson est U^ulier bras ; on lit aussi an'n^iilier bras, 
fol. 163 , 164 et 165 . M. Luzel l'a publiée, Annales de Bretagne, V, 494-499, 
en mettant uniformément ann uqulier bra\. Il y a, du reste, dans cette re- 
production, d'autres inexactitudes plus graves. Ainsi les deux derniers vers 
delà p. 496, 

Hounès a %o mad d'am liennan, 
Dra da u%ulerienn er bed-nian 

traduits, p. 497, « celui-là est bon à m'ensevelir, (à mettre) autour des usu- 
riers en ce monde », sont écrits dans le texte (fol. 164) : 

— ■ Onnei a %o mad da liana 
Dra da u-çuliere^ er bed man, 

ce qui signifie : « celui-là est bon à t'ensevelir, à cause de ton usure en ce 
monde ». Dra est une erreur pour dre, cf. le vers 7 du même folio, Ne 
kredan ked va naonege^ vras, où va est mal écrit pour ve, et que M- Luzel a 
transcrit Na gredan ket e ve naounerès vra%. Da liana pour da^ liana est une 
prononciation fréquente, cf. Rev. Celt., XV, 153. 



3 86 Bibliographie. 

'vad pour a-vad, er-vad, qui a déteint sur l'adjectif et le nom 
mad ; cf. mervad, je sais bien, de me oar er-vad, etc. La forme 
adoucie a également gagné du terrain dans des mots de sens 
voisin : petit trécorois vi qe well, tu ne seras pas mieux ; wa\ 
\e d'it, tant pis pour toi, au lieu de gwell, gwa%. 

Mais l'expression ober vad n'est point isolée: on trouve de 
même ober van, faire mine, faire semblant, P. Grég., Troude, 
né ra van é-bed, il ne fait aucun signe, Le Gonidec, en petit 
Tréguier ober vaïin; et comme ceci vient du nom féminin 
man, ar van, il est naturel d'expliquer ober vad par une exten- 
sion de l'emploi de la forme adoucie dans le substantif mad : 
on lit ar vad, le bien, Gwer^. Br.-I^., I, 54; Sonjit er-vad, par 
G. Milin, 1866, p. xii, etc. Cette prononciation spéciale a 
l'avantage pratique de distinguer ober mad, faire bien (adverbe) 
de ober vad, faire du bien, et hep ober mahn, sans rien faire, de 
hep ober vaïin, sans faire mine. 

5. La prononciation tra vad, bonne chose, ne me semble 
avoir rien de particulier, puisqu'on dit de même tra gaer, tra 
vra^, belle chose, grande chose, etc., et aussi eun dra, une 
chose. Ce que ce nom a d'extraordinaire, c'est que, féminin 
dans ces circonstances, il prend les adjectifs numéraux mascu- 
lins daou, tri, pevar 1 , deux, trois, quatre. M. Loth a cherché 
la cause de cette bizarrerie dans la survivance d'un ancien 
neutre, Rev. Celt., XV, 96; mais il est bien possible que le 
phénomène ne soit pas dû à une cause morphologique. En 
français quelque chose n'a-t-il pas aussi les deux genres ; et la 
contradiction entre eun dra = « une machine » et daou dra 
= « deux machins » est-elle plus illogique que celle qui sé- 
pare en latin una dies de duo dies ? 

L'hypothèse d'un mot neutre tra en breton ne peut guère 
être appuyée par le gallois deigr, larme, expliqué comme un 
ancien pluriel neutre = *dacrû, Rev. Celt., XV, 95. Car deigr 
représente plus naturellement un pluriel masculin * dacri, aussi 
peu primitif que les pluriels comme * latri, *dracï, *spadi, 
d'où lleidr, voleur, draig, dragon, dy-sbaidd, eunuque, selon 
l'explication de M. Schuchardt. De même le pluriel gallois 

1. On lit pourtant pèder ya dans un proverbe cité Ann. deBr., VIII, 411. 



Bibliographie. 387 

cyrn, cornes, breton hem, = *corni, masc, et non cornu, 
neutre; cf. gall. cyrff, les corps, eirf, les armes, = *corpî, 
* arml ; cestyll, châteaux, = *castelll, bret. qcstyl, qestell, Rev. 
Celt., XIV, 307 ; erydr, charrues, =*aratri, bret. ale^r, œre%r, 
vannetais érér, P. Grégoire deRostrenen; terydr, tarières = 
*taratri(le van. terér, sing., Grég., est probablement un an- 
cien pluriel, comme le gall. deigr). 

G. A du vad n'est pas dans le même cas que les autres ex- 
pressions qui contiennent l'adjectif vad; il semble ici que a ait 
fait adoucir à la fois les deux initiales de tu mad, bon côté. On 
peut comparer la locution da di'Vari, chez Marie, signalée 
par M. Moal, s. v. che^, à côté de ti Mari, la maison de Ma- 
rie. En petit Tréguier on dit non seulement ban de di Vari, 
je vais chez Marie, mais aussi, dans le même sens, hah ti Vari, 
d'où, par extension, bon ti- Vari, je suis chez Marie ; ti bî 
'teus prened %e, chez qui as-tu acheté cela ? 

7. Reste dour buill, qui aurait au moins autant de droit que 
tra vad à l'explication discutée § 5, puisque dour répond au 
neutre gaulois *dubron, cf. Vernodubrum. Mais je verrais plu- 
tôt ici une prononciation abrégée de dour a-buill « de l'eau 
abondamment » ; dans ces sortes d'expressions adverbiales l'a 
se supprime très souvent : ta 'vat, oui certes, etc. 

On pourrait expliquer de même dour vor, eau de mer (van. 
dëur mor) et dour vammenn, eau de source, Grég., pour dour 
a vor, etc. ; cf. dèn a vor, un marin, Grég., den a vor, Gwer- 
ZJou Brei^-I^el, II, 180; oviç^er a vor, officier de marine, oviç%er- 
vor, marinier, officier marinier, Grég. Mais il y a encore à 
tenir compte ici de plusieurs analogies possibles. 

C'est, d'abord, l'influence réciproque du singulier et du pluriel . 
Ainsi oviç^er-vor était favorisé par le pluriel régulier oviç^eryen- 
vor, Grég. ; et inversement le pluriel trompilbou vor, trompettes 
marines, Grég., a dû suivre le singulier trompilb vor (fém.). 

Il est assez naturel aussi que la règle qui veut l'adoucis- 
sement du second terme d'un composé à la façon ancienne ait 
été étendue parfois à des formations nouvelles où les termes 
sont dans l'ordre inverse. On disait régulièrement mor-vlei^, 
Grég., et blei~ mor, loup marin; bki\-vor, Grég., serait une 
sorte de compromis entre ces deux formations diverses. L'ana- 



3 88 Bibliographie. 

logie est d'autant plus admissible que parfois un môme com- 
posé pouvait rentrer à volonté dans l'une ou l'autre catégorie. 
Ainsi D. Le Pelletier donne « den-blei^, loup-garou, c'est-à- 
dire homme-loup », cf. van. un deen bleydet, Grég., un decn 
bleidet, Chalons ms., littéralement « homme changé en loup »; 
mais Grégoire a den-vlei^, qui peut s'entendre « loup qui est 
un homme », cf. vieil irlandais rigfâith « roi-prophète », litt. 
« prophète qui est roi », prophète royal, gaul. *rigovâtis. 
M. Moal explique, p. 56, dour-vd, hydromel, par « eau de 
miel », tout en le classant par inadvertance dans les composés 
dont le premier terme est régi logiquement par le second. En 
ce cas dour-vd serait « miel à l'eau » et viendrait d'un gaulois 
*dubro-meli- qui n'a d'ailleurs rien d'impossible, cf. grec û5pé[AeXi. 

Les expressions à sens possessif sont pour la langue une 
autre cause d'hésitation. On dit eun dén pengam, un homme à 
tête penchée, = * pennocambos , gall. pengam (littéralement 
« qui a une inclinaison de tête »), cf. grec y.tsxXcSxpr^ « qui a 
une lourdeur de tête », mais eun dén pen gwen, un homme à 
tête blanche, = pennos vindos, malgré le gallois penwyn, 
= gaulois Ilsvvoo'jtvoo;; il est clair que l'usage aurait pu en 
décider tout autrement. 

Enfin il ne faut pas oublier que le genre est quelquefois 
instable en breton; la mutation ne peut point toujours le suivre 
pas à pas. M. Moal note, p. 56, qu'on dit bran-vor, cormoran, 
bien que le mot soit masculin. C'est qu'il a commencé par 
être féminin. 

Un composé de dour qui ne donne pas prise au même doute 
que dour buill, c'est dour dom, eau chaude. On dit aussi dour 
%pm, Grég., etc., et cette dernière forme, où Troude voyait 
un caprice inexplicable de la langue (Dictionnaire français- 
breton, v. eau), montre avec certitude qu'elle a traité dour -\- 
iom comme un seul mot ; cf. leur-xi, sol, plancher du rez-de- 
chaussée d'une maison, Troude, etc., Rev. Cdt., V, 126; 
kur-guevr, van. leurhé (avec chute de IV par dissimilation), 
aire d'une ville, Grég. Dour tom existe également, comme en 
français vin aigre à côté de vinaigre 1 . 

1. J'ai essayé de montrer, Revue Morbihannaise, I, 195, que penbas, bâton 



Bibliographie. 389 

8. Le deuxième chapitre (p. 65-87) est intitulé « De quel- 
ques celticismes et règles de construction ». On y trouve 
d'utiles remarques sur la dérivation et sur différents faits de 
grammaire, par exemple sur les nuances de signification que 
peuvent exprimer certaines formes du verbe, p. 75, 76. 

Les pages 69-92, sur le superlatif, contiennent la plus ample 
collection de ces expressions intensives qui donnent tant de 
cachet et de force au langage breton familier. On doit savoir 
gré à l'auteur d'avoir établi cette liste, quoique encore incom- 
plète, et parfois mal distribuée. Mais l'examen de cette ques- 
tion aussi attrayante que difficile' nous entraînerait trop loin 
en ce moment, je le réserve pour un prochain chapitre des 
Etudes bretonnes. 

9. Les sons / et ch sont présentés, p. 65, comme nouveaux 
en breton, et amenés par une prononciation défectueuse de% et 
s. Cette assertion, empruntée à l'abbé Roudaut, qui d'ailleurs 
avait pu la prendre lui-même chez Le Gonidec, Grammaire 
celto-brctonne, 1807, p. 4, 5, est des plus inexactes. Par exem- 
ple, M. Moal dit que sench, changer, se prononce souvent 
chench ; en réalité, ce mot, qui vient du français, commençait 
toujours par le son ch en moyen breton, comme il est facile de 
s'en assurer (Dictionnaire étymologique du bref, moy., s. v. 
chang). C'est sench qui est une altération moderne de chench. 
D'ailleurs, pour être logique, il eût fallu poser comme forme 
correcte *sens. L'auteur a instinctivement reculé devant cette 
conséquence d'un purisme de fantaisie ; mais c'est encore 
trop d'avoir posé un principe si dangereux. Il aurait dû lui suf- 
fire d'avertir, par exemple, qu'en Tréguier kroa^io, des croix, 
devient souvent kroajo, comme kroasiou en Léon, hroachou ; et, 
s'il y tenait, de mettre en garde les écrivains contre l'abus de 
cette prononciation. Mais c'est un abus autrement grave, de 
recommander des formes corrompues comme sakrila^ pour sa- 
hrilaj, sacrilège, qui, si elles existent, sont dues à un zézaie- 
ment à coup sûr fort peu répandu. 



à gros bout, est proprement peu bas « bout de bâton », cf. le diminutif 
ba^ig-pennek, Gwer%. Br.-I^., II, 88, 90, et que peulvan, pilier, n'est pas 
composé de mean, pierre, mais dérivé comme tremenvan, passage. 

Revue Celtique, XV 26 



$90 Bibliographie. 

A quoi bon faire la guerre à un son très fréquent dans tous 
les dialectes bretons, et dont l'introduction dans la langue date 
d'au moins huit siècles, comme l'a montré M. d'Arbois de 
Jubainville, Rev. Celt., III, 222-228 ? C'est comme si les au- 
teurs français se mettaient à écrire ~u^cr, pour faire plaisir aux 
habitants de la Cannebière, sous prétexte que le vulgaire son j 
ne remonte pas au français primitif, puisqu'il était étranger 
au latin. Les inventeurs de cette prétendue réforme du breton 
ont négligé de s'enquérir si le % français, par lequel ils veu- 
lent remplacer le malheureux /, est plus celtique que lui, et 
plus ancien en armoricain. Les témoignages réunis par M. d'Ar- 
bois de Jubainville, Etudes grammaticales sur les langues celti- 
ques, I, 44, pourraient leur inspirer des doutes à ce sujet 1 . 

10. La fin de ce chapitre est gâtée par des fantaisies éty- 
mologiques : arvor, bord de la mer, est donné comme une 
corruption abusive de var vor, p. 86, puis il est question, 
p. 87, de « quelques philologues » (!) qui voient dans cet' ar 
le latin area et l'hébreu aram. 

Le chapitre III, intitulé « Additions », est encore plus ré- 
préhensible à cet égard. Il y a, par exemple, p. 88, un nou- 
velle explication de arvor ipziar%-mor f qui est aussi peu sérieuse 
que les précédentes ; p. 92, une généalogie étonnante de mots 
bretons qui n'ont d'autre rapport réel que de commencer éga- 
lement par la syllabe mou, etc. 

Ces préoccupations n'ont pas seulement pour effet fâcheux 
de fournir au lecteur des notions erronées sur le sanscrit, par 
exemple (p. 88), ou sur le russe (p. 92) ; elles amènent l'au- 
teur, p. 91, à brouiller le breton et l'hébreu dans une préten- 
due règle relative aux adjectifs numéraux. 

Heureusement, encore une fois, de tels écarts sont excep- 



1 . Il ne faudrait pourtant pas en conclure que les Bretons n'aient pas eu 
le son français du 1 avant le xix e siècle. D. Le Pelletier le mentionne, p. 9 
de son dictionnaire: « Les Bretons ont trois sortes de S. . . .La seconde ne 
vaut que Z entre deux voyelles, & après l'article, si elle commence le nom, 
comme en François & en Latin, selon notre prononciation ». Au XVIII e siè- 
cle, l'.v intervocalique alterne parfois avec \ : frenesy et frene^y, frénésie, 
Noueku; ce % devait avoir le son français. Cette prononciation paraît même 
remonter au XVI e siècle, puisque AmbroiseParé a écrit andraqe, cette chose; 
mais ce ne devait être encore qu'une mode nouvelle et peu répandue. 



Bibliographie. 391 

tionnels ; et la plupart du temps ces erreurs relatives à l'his- 
toire de la langue bretonne restent sans effet sur l'exposé 
des faits actuels, qui est le seul vrai sujet d'un travail en 
somme consciencieux et estimable. 

n. Dans la partie lexicographique, qui commence p. 97, 
le fléau de l'étymologie arbitraire ne sévit que de loin en loin ; 
par exemple aux mots abri, altéré, an, curieux. Les éléments 
d'origine latine ou française .en breton sont parfois assez bien 
distingués ; voir, entre autres, le mot adversité. 

L'auteur a pourtant gardé de l'abbé Roudaut des idées pré- 
conçues sur l'âge de certains termes tout récents ; ainsi il qua- 
lifie de « vieux » nulli, annuler, sagrin, chagrin, et regarde 
comme possible l'origine bretonne de trankil, tranquille ! 

Une autre critique qu'on peut lui adresser, c'est que d'or- 
dinaire il ne cite pas ses sources. Je crois pourtant qu'il a 
admis quelques mots qu'il n'a pas entendus ; tels sont milgi, 
limier, et le prétendu vannetais marounad, chant funèbre. Il 
les a pris aux recueils de Troude, mais avant de les donner 
ainsi sous sa propre responsabilité, il eût bien fait d'en véri- 
fier la présence dans la langue usuelle. 

12. Ces taches n'ont qu'une importance secondaire; il est 
juste d'ajouter que, dans la grande majorité des cas, le nouveau 
lexicographe breton parle .pertinemment de faits réels, dont 
quelques-uns sont intéressants au point de vue linguistique. 

Ainsi le cornouaillais dirih, (vache) en chaleur, est l'adjectif 
dont le manuscrit du Catholicon présente le verbe dérivé diri- 
gae^ « estre en sault » (en gallois terica ; cf. Glossaire moyen- 
breton, v. taer, lech). 

Le cornouaillais ludik, (truie) en chaleur, est pour * leudic 
(cf. Rev. Celt., XIV, 313), = gall. llodic, dérivé de llawd 
« subatio », irlandais lâth, rut, que M. Bezzenberger rap- 
proche du slave primitif * létï. Ludic présente une ressemblance 
trompeuse avec le 'vendômois lut, m., « état des chèvres qui 
sont en chaleur », cf. le verbe lutter, qui « se dit des animaux 
qui s'accouplent », P. Martellière, Glossaire du Vendômois, 
1893 '■> et avec I e mot du bas-Gâtinais lidoire, ridoire « truie en 
rut », C. Puichaud, Revue de philologie française et provençale, 
VII, 109, 127. 



392 Bibliographie. 

L'expression e-kal-ia ! eh bien oui ! (s. v. bien) confirme 
l'explication de nealia, non certes, donnée Rev. Celt., XIII, 

354, 355- 
Poulifren, f., miette, zeste, rien, existe en petit Tréguier: 

eur'boulifen, (pas) un brin. L'origine doit être la même que 

celle du morvandeau poul, poulite, bouillie de farine d'avoine, 

"de sarrasin, etc. « Dans quelques textes de basse-latinité, la 

polenta semble être une mesure à l'usage des meuniers... Cette 

mesure indiquait vaguement la quantité de farine nécessaire 

pour donner une portion de bouillie, une quantité à peu près 

équivalente à une poignée », E. de Chambure, Glossaire du 

Morvan. Quant au suffixe de poulifren, il est identique à celui 

de engoulifrer, cf. engouler, manger goulûment, dans l'argot 

du peuple ; A. Delvau, Dictionnaire de la langue verte. 

Un synonyme de poulifren est griusen, zeste, que M. Moal 
écrit aussi krinsen, miette, rien, et qui doit répondre au mor- 
vandeau gricbe, f. « gouttelette, reste de liquide, petite quan- 
tité en général » ; E. de Chambure cite à ce mot le genevois 
grisse, gruau; cf. allem. g ries. 

13. Il serait, naturellement, possible de donner un supplé- 
ment à ce « Supplément aux dictionnaires français-bretons et sur- 
tout au dictionnaire pratique de Monsieur Troude » (c'est le titre 
que porte la partie lexicographique, p. 97). Je vais essayer de 
le faire pour un seul article : automne. 

Cette idée a en breton une riche synonymie, et elle jouit du 
privilège peu commun d'un dicton lexicographique (Brizeux, 
Œuvres complètes, 186 1, t. I, p. 378). Troude avait donné les 
mots suivants : 

dilost-hanv, dilost-haù, m. ; 

van. dilost hag er ble, m. (il faudrait ag) ; 

dibenn-eost, van. dibenn-est, m. ; 

dianeost, m. ; 

rageost, m. ; 

diskar-am~er, m.; 

tréc. hère; 

van. er mi~eu du. 

M. Moal en supplée deux : 

ra~-arc'h; 






Bibliographie. 393 

skub-deliou. 

On peut ajouter : 

hah-goan, m., mot qui se trouvait dans le Dictionnaire fran- 
çais et celto-hreton de Troude, Brest, 1842; cet auteur a eu 
tort d'y renoncer, il est employé dans un proverbe cité par 
Grég., s. v. hiver, cf. Brizeux, I, 378, 380; han-goanv, Sauvé, 
Proverbes, 828. Le dictionnaire français de Le Gonidec a aussi 
han-goan, m. ; 

ar mixyou du, forme léonaise de er mi%eu au, citée par Gré- 
goire de Rostrenen, s. v. octobre; 

mare scub-delyou, Gr., litt. « l'époque du balayage des feuil- 
les » ; selon D. Le Pelletier, scub-deliou est la grande marée de 
l'équinoxe de septembre ; 

van. guenol, gunol, m., Chai. ms. On lit, s. v. autonne: 
« er guenol queru mais selon M r Ing. er guenol signifie sep- 
tembre et non l'autonne » ; et s. v. proposer : « er gunol ma, 
cet autonne ». Queru veut dire Quervignac et Ing. Ingui- 
niel, cf. Rev. Celt., XI, 360; voir aussi XIV, 225 ; 

calon-gouàn, Vocabulaire nouveau..., sixième édition, Quim- 
per, chez la veuve Blot, 1778, p. 9; par confusion avec calon, 
cœur, pour kalan-goanv, la Toussaint, cf. Sauvé, Prov., 816, 
817, 818, quel an gouà « le jour de tous les saints », Nomen- 
clator de 1633, p. 226, van. Kalan-Gouyan, id., miss-Calan- 
gouian, novembre, Dictionnaire de L'A*** ; Calan-Gouyan, no- 
vembre, Officeu, Vannes, 1870, p. 921, etc. Le proverbe 
donné par Brizeux, I, 378, où kala-goan est traduit « au- 
tomne », paraît un arrangement du gallois; cf. H. de la Vil- 
lemarquc, Les Bardes bretons, 2 e éd., p. 178; 

maro-am^er en Goello et Tréguier, Rev. Celt., IV ' , 162 ; 

ko%-am%er, à Saint-Mayeux, Rev. Celt., IV, 162; 

dive^-amser, Introduction d'ar vue^ dévot, par Le Bris, 
xvin e siècle, ancienne édition, p. 330; dive^ amser, éd. de 
Quimper, chez Y.-Y.-L. Derrien, p. 330; 

penn ar bloa%, Brizeux, I, 378; 

autoin, Nomenclator de 1633, p. 223. Voilà un mot qui 
prouve que les langues n'empruntent pas seulement par be- 
soin ! C'est pourtant la seule expression que fournisse le No- 
menclator. 



394 Bibliographie. 

Saison diùehan, litt. « dernière saison », premier équivalent 
breton que donne Chalons ms. pour le français autonne, paraît 
être plutôt une définition qu'une traduction. 

« Nos Bretons », dit D. Le Pelletier, s. v. raç-arch, « n'ex- 
priment ni le Printems, ni l'Automne en un seul mot ». En 
ce qui concerne cette seconde saison, la remarque est démen- 
tie par le trécorois hère. Le plus ancien témoignage à moi 
connu de cette acception est celui de Le Brigant, avocat à Tré- 
guier, qui, dans ses Elémens de la langue des Celtes, Strasbourg, 
1779, donne, p. 50 : « an ère, l'automne » ; mais elle doit re- 
monter bien plus haut, comme l'indique le gallois hydref. En 
petit Tréguier, hère désigne l'époque des semailles ; on en a 
tiré le dérivé hérees : ober ra hérees val vid lia, c'est-à-dire animer 
val vid an hère, il fait mauvais temps pour les semailles, cette 
année. A Gommenec'h, héries se dit de la mue des oiseaux (cf. 
De l'urgence d'une exploration philologique en Bretagne, Saint- 
Brieuc, 1877, p. 8) ; à Trévérec on emploie hère dans ce sens: 
'man 'yîr ober hère, les poules font leur mue. 

L'autre partie de l'assertion de D. Le Pelletier est aussi 
contredite au même passage de Le Brigant, qui rend « le 
printems » par an anv, et « l'été » par an est. Ceci est plus 
exact qu'on ne le croirait tout d'abord. Le P. Grégoire traduit 
« paquerete » par boqcdou hah, bocqedou an haîi et bocqedou an 
néve^-amser, ce qui veut dire également « fleurs du printemps », 
et non « fleurs d'été », comme Troude explique bohejou-hanv. 
Dans l'usage du petit Tréguier, holwdo 'n hah ne s'applique 
pas aux pâquerettes, mais aux primevères, fleurs essentielle- 
ment printanières, comme leur nom français. Et il ne saurait 
y avoir de doute sur cette attribution : les enfants trécorois 
connaissent fort bien la primevère vulgaire, dont ils mangent 
la fleur avec plaisir. 

La confusion entre le printemps et l'été semblerait avoir 
provoqué, inversement, l'emploi de attirer neve au lieu de haït, 
dans ce vers du Bar%a% Brei^ (p. 433) : 

Erru ann am\tr neve- endro gand mi\ even, 
littéralement « voici le printemps de retour, avec le mois de 



Bibliographie. 395 

juin » ; exagération contraire à celle que s'est permise Boileau, 
Satire III, v. 83 : 

Point de glace, bon Dieu ! dans le fort de l'été ! 
Au mois de juin 1 ! 

Mais il est bien possible que, dans la chanson bretonne, la 
mention de juin ait remplacé celle d'un autre mois; cf. les 
passages similaires cités Revue Morbihannaise, I, 377. 

Quant à l'emploi de est « août », pour « été », il n'a rien 
d'invraisemblable ; comparez, par exemple, la formation des 
deux noms de l'automne dilost-hah « la queue, la suite de 
l'été », et dibenn-eost, dibenn-est, le bout,, la suite de l'août (ou 
de l'été). Cette dernière expression nous a conservé le corres- 
pondant armoricain du gallois dyben, fin, conclusion. 

E. Ernault. 



1 . Littré distingue l'été astronomique de l'été météorologique ; ce dernier 
« qui est le véritable été dans le sens populaire », « commence du 10 au 
1 5 mai, et va jusqu'au 1 3 ou 20 août ». 



CHRONIQUE 



SOMMAIRE: I. Le P. Hogan, Todd Lectures, vol. V. — II. Joyce, Old Celtic Ro- 
mances, 2 e édition. — III. Cameron, Reliquiac Celticae, t. II. — IV. Jusserand. 
Histoire littéraire du peuple anglais. — V. Nominations de celtistes. — VI. M. Ans- 
combe et la chronologie irlandaise. — VII. Haverfield, Roman inscriptions in Bri- 
tain. — VIII. Réunion annuelle de l'association cambrienne d'archéologie. 



I. 

Le Père E. Hogan, feïïow de l'Université royale d'Irlande, vient de pu- 
blier, aux frais de l'Académie d'Irlande, un volume de 140 pages, Todd 
Lectures, vol. V, dont le prix modéré, 2 shillings 6 pence, soit 3 fr. 10, est 
à la portée des bourses les plus modestes d'étudiants ; dans l'enseignement 
ce livre pourra être fort utile ; chaque page est divisée en deux parties : en 
bas un texte hagiographique latin, en haut la traduction de ce texte faite en 
irlandais du xi e au xiv e siècle. 

Un résultat de la comparaison du texte latin avec le texte irlandais sera de 
faciliter — aux étudiants qui savent le latin — la préparation du texte avant 
le cours. Cette comparaison, en outre, pourra fournir de temps en temps 
au professeur le moyen d'égayer la leçon aux dépens de ces bons prêtres ir- 
landais du XI e au xiv e siècle, fort vertueux sans doute, mais qui n'étaient 
pas aussi savants que leurs prédécesseurs, les contemporains de nos rois 
mérovingiens, de Charlemagne et de Charles le Chauve. Un passage typique 
est celui où, p. 87, Martinus [S]abariae Pannoniae oppido oriundus fuit est 
rendu par Martain do Frangeait a chenel, « Martin était français de nais- 
« sance ». Celui qui a écrit ces mots ne savait pas ce que c'était que la Pan- 
nonie, mais on ne l'ignorait pas en Irlande au ix e siècle, Dicuil en est témoin ' . 

Les traducteurs irlandais reproduits par le Père Hogan connaissaient la 
langue latine mieux que la géographie, cependant leur procédé de traduction 
peut être discuté. Un exemple se présente à la première page, dès la 

1. Rhetia minor, Noricus, Pannonia, Illiricum, Dalmatia, Liburnia 
finiunt ab oriente Dardania, ab occidente lluminc Rheno, a septentrione fiu- 
mine Danubio, a meridic mari Adriatico. Dicuili liber de mensura orbis ter- 
me, édition Parthcy, p. 9, 1. 11-13. 



Chronique. 397 

troisième ligne du texte irlandais et du texte latin imprimé au-dessous. 
Dans le texte latin se trouve l'accusatif singulier comitem, rendu en irlan- 
dais par imchomet. Tout le monde sait que le latin cornes, comitis est un nom 
d'agent signifiant « compagnon ». Imchomet, mieux imchomet, a le mérite 
d'offrir à peu près le même son que le mot latin, mais c'est un terme abs- 
trait, en irlandais moderne iomhchoimhèd, qu'O'Reilly rend par guarding, 
protecting ; ce mot est composé: i°du préfixe im, qui a ici valeur augmen- 
tative (Grammatica celtica^, p. 877), 2° du substantif coméit, comèt; or l'ir- 
landais comèt glose le latin custodia dans le célèbre ms. irlandais de Milan, 
vm e siècle, fol. 139 c, 7, édition Ascoli, p. 564. Ce substantif sert d'infinitif 

à un verbe dont le thème est com-ô probablement pour com-âuô-, com- 

âue qui veut dire servare, custodire, sur lequel on peut consulter Ascoli, 

Ghssariiim palaeo-hibernicum, p. cix, ex; Thurneysen, Revue Celtique, VI, 
139; Windisch, Irische Texte, t. I, p. 441. Du reste imchomet est identique 
au mot imchoimi't rendu par guarding, p. 758 du glossaire qui termine l'édition 
des Passions et Homélies irlandaises donnée par M. R. Atkinson. 

Naturellement le Père Hogan ne cite pas la traduction de comitem par 
imchomet comme un exemple des cas où la traduction de M. Whitley Stokes 
— ici « le garder » to guard him {The tripartite Life, 1. 1, p. 29, I. 14; cf. 
p. 28, 1. 11), — doit être corrigée par la comparaison avec le texte latin. 

Toutefois, sans songera contester l'intérêt que présente la publication du 
Père Hogan et son utilité, je crois que le savant auteur s'exagère la valeur 
de quelques-unes des rectifications qu'elle lui semble autoriser à faire aux 
traductions proposées avant lui. Dans le Liber- Angueli conservé par le Livre 
d'Armagh, fol. 20, b. 2, saint Patrice parle des « quelques élus », quosdam 
electos, qui se produiront un jour en Irlande. M. Whitley Stokes a publié ce 
texte, The tripartite Life, t. II, p. 353, 1. 5. L'écrivain irlandais auquel on 
doit la Vie tripartite a rendu le latin electi par maicc bethad (édition Whitley 
Stokes, t, I, p. 234, 1. 9), et M. Whitley Stokes a traduit maie bethad par 
« fils de vie », sons of îife. La même formule irlandaise, mac bethad, se 
trouve dans le même ouvrage irlandais, ibid., p. 84, 1. 20, et a été rendue 
de la même façon par le savant anglais, ibid., p. 85. Suivant le Père Hogan, 
M. Whitley Stokes a dans les deux cas dépassé son droit de traducteur. Il 
aurait dû écrire elects « élus ». De même, M. Atkinson, dans son livre inti- 
tulé The Passions and theHomilies, rencontrant l'expression opposée : a meic 
in bais, p. 109, 1. 2426, l'a rendue, p. 354, par: son of dealh « ô fils de 
mort ». Erreur, dit le Père Hogan, l'expression irlandaise est la traduction 
du latin impius, « impions », « impie ». M. Atkinson aurait dû imprimer 
impious. 

Je ne suis pas convaincu que cette critique soit fondée. Si l'auteur irlan- 
dais de la Vie tripartite avait voulu rendre littéralement le latin electus, il 
aurait écrit toghtha, participe passé passif du verbe toghaim, « eligo » ; mais 
il avait désiré donner à sa traduction quelque chose de littéraire qui man- 
quait à l'original. Voilà pourquoi il a écrit maicc bethad « fils de vie», s'ins- 
pirant d'une formule employée par saint Paul, Première aux Thessaloniciens, 
c. V, v. 5 : Vos filii hicis estis et filii diei. L'exclamation a maie bais « ô fils 



398 Chronique. 

de mort », est également une forme élégante substituée à l'expression inco- 
lore impius, en irlandais ciontach ou neimhdhiadha. Ainsi la critique du Père 
Hogan effacerait impitoyablement ce qui fait la valeur littéraire du texte ir- 
landais. 

Il y a d'autres circonstances où l'on peut douter du mérite des traductions 
nouvelles que le P. Hogan propose sur la foi du texte latin. La vie latine 
de sainte Brigit attribue une seconde vue à cette vierge merveilleuse. Brigit, 
se trouvant avec l'évêque Ere et avec plusieurs autres personnes, lui aurait 
dit un jour : « Il y a maintenant une guerre entre ta famille et une autre », 
mine béllum geritûr inter tuam gentem et àliam. Elle voyait un combat à une 
distance qui le rendait invisible pour toute autre personne. Les mots corres- 
pondant à àliam gentem, dans la traduction irlandaise, sont a comaithgiu, 
Whitley Stokes, Three miidh-irish Homilies, p. 70, et le savant anglais a 
rendu cette expression par its neighhours « ses voisins ». M. Ascoli a placé le 
mot comaithech dans son Glossarium pàlaeohibernicum, p. l ; et il le traduit 
par vicinus, proprie qui una vel contigue agros conducit. Il y a, suivant moi, 
dans cette indication du sens propre du mot une légère erreur de droit. On 
appelait comaithech ceux qui tenaient du même chef non pas des terres, mais 
des bestiaux, un cheptel. Or habituellement ces vassaux du même chef 
étaient voisins les uns des autres; de là le sens dérivé vicinus « voisin », 
neighbour. Le sens de « voisin » est évident au t. I, p. 260, 1. 10 des An- 
cient laïcs of hel and, où il est question des quatre comaithehiu d'un champ : 
deux joignent sur les côtés, deux touchent par les bouts. En rendant àliam 
gentem par comaithgiu, l'auteur irlandais de la vie publiée par M. Whitley 
Stokes dans ses Three middle-irish Homilies a prouvé qu'il était un arrangeur 
et non un traducteur, et ceux qui voudront se convaincre qu'il n'était pas 
seul à entendre son rôle de cette façon n'auront qu'à se reporter au passage 
correspondant chez le même M. Whitley Stokes, Lires of saints from the 
Book of Lismore, p. 90, 1. 1669, où le latin àliamgentem n'est pas traduit du 
tout. Brigit dit à l'évêque Ere : « Il y a bataille entre les gens de ta tribu », 
itir do thuaith-si. 

De ces critiques et de quelques autres ' que je pourrais y ajouter, on au- 
rait tort de conclure qu'il n'y ait rien de nouveau à apprendre dans le livre 
du Père Hogan. Je suis d'une opinion tout opposée, sans partager cependant 
sur tous les points la manière de voir de l'érudit auteur. 

Je terminerai en disant un mot des observations qu'à la p. vu de sa pré- 
face, il adresse à M. Kuno Meyer à propos delà critique faite par ce savant. 
Revue Celtique, t. XV, p. 114, des traductions contenues dans le tome II de 

1 . Ainsi, préface, p. xi, le Père Hogan dit qu'il ne faut pas traduire ûasal- 
decon par « archidiacre », « archdeacon » ; or, dans son texte, p. 1,1. 5. bua- 
saldecon (The tripartite Life, t. I, p. 30, 1. 13) est la traduction irlandaise du 
latin archidiaconus, même page. 1. 15 '(The tripartite Life, t. II, p. 272, 
1. 15). Dans quelques cas nasal decon doit être rendu par « illustre diacre », 
mais il est un peu hardi de s'exprimer sur ce point d'une façon absolue et 
sans exception. 



Chronique. 399 

la Silva Gadelica publiée par M. Standish O'Grady. Suivant le PèreHogan, 
M. Standish O'Grady aurait rendu breith aithrige par « pénitence », penance, 
et M. Kuno Meyer se serait trompé en donnant la traduction « jugement de 
pénitence »,judgment of penance. Cette critique de la critique est peut-être un 
peu hâtive. M. Standish O'Grady, dont le Père Hogan prend la défense, a 
imprimé, t. I, p. 5,1. 35, bruth aithrige pour breith aithrighe, et t. II, p. 6, 
I. 4, il a traduit par « dure pénitence »., sore penance, cette locution mal lue 
par lui, et dont le sens littéral est « jugement de pénitence ». Au t. I, 
p. 11, 1. 23, M. Standish O'Grady avait laissé dans le fond de son écritoire 
le mot aithrige, « de pénitence », qui, dans le manuscrit, suit immédiatement 
le mot breithemhnas « jugement », et dans sa traduction, t. II. p. 12, 1. 7, 
on trouve judgment, « jugement », et naturellement aithrige « de pénitence », 
of penance, n'est pas traduit. Ainsi lé Père Hogan fait à M. Standish 
O'Grady l'honneur d'une traduction exacte qui n'existe pas et qui était im- 
possible, par l'effet d'inexactitudes dans la transcription du manuscrit ; je ne 
vois pas comment M. Kuno Meyer s'y serait pris s'il avait voulu exposer 
d'une façon plus brève et plus littéraire, comme le prétend le savant jésuite, 
les rectifications qu'exige la publication de M. Standish O'Grady. M. Stan- 
dish O'Grady, Silva Gadelica, t. II, p. 4, 1. 16, en traduisant par lay on 
him a penance « lui imposer une pénitence », la formule breithemnas aithrige 
do chengal air, t. I, p. 4, 1. 8, 9, s'est exprimé avec plus d'élégance qu'un 
des collaborateurs de la Revue Celtique, t. XV, p. 84, 1. 12 « jugement de 
repentir lier à nous » Qise\ moi). Je l'admets volontiers. Mais ce que l'au- 
teur français de ce membre de phrase voulait nous donner était un mot- 
à-mot et non une traduction. 

Ces observations ne m'empêchent pas de croire que le livre du Père Hogan 
pourra dans l'enseignement rendre de grands services. 



IL 

M. Joyce a fait paraître en 1879 ' a première édition de ses Old celtic ro- 
mances. C'est un recueil d'une incontestable valeur littéraire et dont, par ce 
motif, M. H. Gaidoz a fait avec raison un compte rendu bienveillant qu'on 
peut relire dans la Revue Celtique, t. IV, p. 279. M. Joyce vient de donner 
une seconde édition de ce livre à la librairie David Nutt, de Londres. Pour 
attester un succès, il n'y a pas de meilleure preuve. Toutefois, je regrette 
que l'auteur n'ait pas profité de l'occasion qui se présentait pour remanier 
sa préface et iui donner un caractère un peu plus scientifique. M. Joyce a 
publié deux livres qui. montrent en lui un véritable érudit : The Origin and 
History of Irish Naines cf Places, et Keating for Students of Gaelic. Mieux que 
personne, il sait que parmi ses « vieux romans celtiques », Old celtic ro- 
mances, il y en a un dont l'auteur était contemporain de Voltaire et de 
Rousseau et vivait au milieu du siècle dernier, c'est le poème intitulé Oisin 
ar thi'r ua n-ôg, composé par Michel Comyn, auteur aussi du roman de To- 
rolbh mac Stairn, comme l'a expliqué M. Brian O'Looney dans une lettre 



400 Chronique. 

datée de 1858 et publiée l'année suivante dans le tome IV des Transactions 
of the Ossianic Society, p. 229-2324. 

La plus grande partie des contes publiés par M. Joyce ne remonte pas 
beaucoup plus haut que Oisi'n ar thir va n-ôg. Je ne parle pas de la langue 
qui pourrait avoir été remaniée, mais il faut n'avoir qu'une pratique très 
superficielle de la vieille littérature irlandaise pour s'imaginer que des contes 
comme celui des fils de Ler et des fils de Turenn soient de même date 
que. par exemple la légende de Derdriu et des fils d'Usnech. Autant vaudrait 
nous donner pour contemporains de la Chanson de Roland les derniers romans 
de la geste de Charlemagne et la Bibliothèque bleue. Brian, Iuchar et Uar 
ou Iucharba, qui sont les trois fils de Turenn dans le conte traduit par 
M. Joyce, ont pour père Bress et pour mère Brigit dans la plus ancienne 
littérature de l'Irlande qui fait d'eux trois dieux (Livre de Leinster, p. 30, 
col. 4, 1. 40-42, et p. 187, col. 3, 1. 55-59). Dans cette vieille littérature 
Turenn s'appelle Turill Picreo, meurt à la première bataille de Mag Tured 
et on ne lui connaît pas d'enfants (Livre de Leinster, p. 1 1, col. 1, 1. 24). 
Tout ce qui dans cette ancienne littérature s'accorde avec le conte moderne, 
c'est que Brian, Iuchar et Uar ou Iucharba ont tué Cian, père du dieu 
Lug, et que le dieu Lug a vengé cette mort par la leur, Livre de Leinster, 
p. n, col. 1. 2, 1. 28 ; col. 2, 1. 2, 3. A leur sujet, M. Joyce renvoie au 
glossaire de Cormac, où il n'est question d'eux que dans le commentaire 
anglais et dans les notes ajoutées à la traduction anglaise d'O'Douovan dont 
la publication est due à M. Whitley Stokes. 

Le livre de M. Joyce est expurgé comme les éditions classiques du père 
Jouvency. La mère peut en permettre la lecture à sa fille. Je recommande à 
ceux qui voudront s'en assurer le début de la pièce intitulée « Voyage de 
Maelduin » (M.Joyce écrit Maildun), p. 112, et le chapitre xxviii du 
même morceau, p. 152, où sont racontées les aventures du héros et de ses 
compagnons dans une certaine île. Il faut comparer le récit de M. Jovce 
avec le texte publié par M. Whitley Stokes, Revue Celtique, t. IX. p. 452-455, 
et t. X, p. 63 et suivantes. Le « Voyage de Mael Duin », traité à la façon 
de M. Joyce distraira innocemment les oisifs : on leur recommandera sans 
danger les 01 d celtic Romances ; quant aux érudits, ce livre pourra souvent 
les égarer, s'ils acceptent sans contrôle les renseignements qu'il fournit. 

Dans sa préface, M. Joyce donne des indications sur les éditions anté- 
rieures auxquelles le lecteur pourra se reporter s'il a le sens critique. Mais 
cette bibliographie n'est pas complète. M. Joyce paraît ignorer, par exemple, 
qu'en 1892, M. St. O'Grady a publié dans sa Si ha Gadelica, t. I, p. 233, 
le texte original du « Débordement de Lough-Neagh », avec une traduction 
anglaise, t. II, p. 265 ; qu'en 1893, le voyage des Hui Corra a paru dans la 

1 . L'édition donnée par la Société ossianique est précédée, p. 228, d'un 
avertissement qui commence ainsi : « The Council of the Ossianic Society 
do not hold themselves responsible for the authenticity or antiquity of the 
following Poem ; but print it as an interesting spécimen of the most récent 
of the Fenian Stories. 






Chronique . 40 1 

Revue Celtique, t. XIV, p. 22, grâce à M. Whitley Stokes. Il ne sait pas, 
semble-t-il, que les Aventures de Condla ont été insérées par M. Windisch 
dans sa Kur^gefasste irische Grammatik, p. 1 18, en 1879 ; de là l'erreur qui lui 
fait donner à ce personnage le surnom de coin « joli », au lieu de cam 
« bossu », etc., etc. 

Le livre de M. Joyce est amusant, mais aussi — on le dira, je crois, sans 
blesser M. Joyce — il est peu scientifique, et ce défaut — ou cette qualité 
— a été voulu par l'auteur, qui aurait pu donner à son deuvre un tout 
autre caractère, si cela lui eût convenu : mais il aurait trouvé moins de lec- 
teurs — surtout moins de lectrices — et d'acheteurs, et il n'aurait proba- 
blement pas la gloire d'une seconde édition. 



III. 

La Revue Celtique en 1892, t. XIII, p. 408, 409, a annoncé l'apparition 
du premier volume des Reliquiae celticae, texts, papers, and studies in gaelic 
literature and philology, laissés par feu Alexandre Cameron et mis au jour 
par MM. Alexandre Macbain et John Kennedy (Inverness, chez l'éditeur du 
Northern counties Newspaper). Nous avons reçu le second volume de cette in- 
téressante publication. 

Il contient 660 pages et on y peut distinguer trois parties. La première et 
la plus considérable consiste en reproductions de manuscrits gaéliques 
d'Ecosse du dix-septième et du dix-huitième siècle. La seconde comprend 
un recueil de proverbes actuellement usités et de traductions toutes récentes 
d'hymnes religieuses anglaises. La troisième consiste en leçons faites à 
Glascow de 1868 à 1884 et en divers mémoires, le tout concernant le vo- 
cabulaire et la grammaire gaéliques d'Ecosse. 

Disons d'abord quelques mots de la première partie. Le premier document 
publié est le livre de Fernag, recueil de poésies lyriques écrit en 1688 et les 
années suivantes. Le second est le Livre de Clanranald, conservé par deux 
manuscrits, le Livre rouge et le Livre noir, tous deux du dix-huitième 
siècle ; une portion, rédigée en prose, paraît avoir un grand intérêt pour 
l'histoire moderne d'Ecosse , le reste est en vers. Le troisième est le ma- 
nuscrit Turner, n° XIV de la Bibliothèque des avocats d'Edimbourg, recueil 
de morceaux lyriques du dix-huitième siècle. Le quatrième consiste en deux 
versions de l'histoire de Derdriu et des fils d'Usnech : l'une, celle du ma- 
nuscrit 56 de la Bibliothèque des avocats d'Edimbourg, l'autre celle du 
n° 53 du même établissement. Ces deux versions ont déjà été publiées, i°la 
seconde en entier par M. Whitley Stokes dans les Irische Texte, seconde 
série, deuxième livraison, p. 122 et suivantes, 2° la première en partie par 
le même, ibid,, p. 110 et suivantes, p. 142 et suivantes. 

Voici les principaux sujets des leçons et mémoires : les plus anciens livres 
imprimés en gaélique; histoire et littérature du gaélique ; Dumbarton et 
Arran, études de toponomastique ; l'orthographe gaélique ; Vn final en gaé- 
lique ; étude philologique sur le livre de Deer (cf. Whitley Stokes, Gôide- 



402 Chronique. 

lica, 2 e éd., p. 108, 109) ; les verbes irréguliers en gaélique; recueil d'éty- 
mologies gaéliques. 

Dans ces leçons et mémoires, il n'y a pas, me semble-t-il, beaucoup de 
nouveau, mais l'auteur paraît s'être tenu au courant du mouvement scienti- 
fique. Quant aux manuscrits publiés, il est regrettable qu'en Ecosse on ne 
sache nous donner en fait d'inédit que des textes aussi récents. Je ne com- 
prends pas que les érudits écossais aient laissé à la Revue Celtique, t. XIV, 
p. 450 (1893), l'honneur de publier avant eux la version du Cennach ind 
Rûanado conservée par le manuscrit 40 de la Bibliothèque des avocats d'Edim- 
bourg. M. Kuno Meyer leur avait cependant signalé cette pièce importante 
dès 1887 dans le Céltic Magasine, t. XII, p. 215-218. Les textes irlandais 
inédits que M. Kuno Meyer a indiqués dans la même revue d'après le même 
manuscrit présenteraient un intérêt beaucoup plus général que les textes 
gaéliques modernes édités avec tant de zèle depuis quelques années ' . 

IV. 

M. J.-J. Jusserand vient de publier à la librairie Firmin Didot un fort in- 
téressant volume intitulé : Histoire littéraire du peuple anglais, des origines à 
la Renaissance. M. Jusserand y donne une place à l'épopée irlandaise et aux 
Mabinogion. L'auteur y parle du meurtre des fils d'Usnech, de la maladie de 
Cûchulainn, du cochon de Mac Ddthô, de la mort de Cûchulainn, de la lé- 
gende de Manawyddan, fils de Llyr. Il cite en notes les noms de plusieurs 
des celtistes contemporains, MM. Whitley Stokes, Windisch, Rhvs. Kuno 
Meyer, Nettlau, Zimmer, J. Loth, F. Loth, Duvau. On voit avec satisfac- 
tion pénétrer dans le grand public le résultat d'études qui n'avaient été jus- 
qu'à présent connues que dans un petit cercle d'érudits -. 



Trois de nos collaborateurs ont obtenu des honneurs que nous sommes 
heureux d'annoncer aux lecteurs de la Revue Celtique: M. J. Loth, vient 
d'être nommé pour la seconde fois doyen de la Faculté des Lettres de Rennes. 
Ses travaux sur les dialectes bretons méritaient cette distinction à laquelle 
applaudiront tous les celtistes. Us applaudiront également à la décision de 
l'Académie d'Irlande, qui a réélu le P. Hogan ToJd Iccturer, et à la récente 
promotion de M. Kuno Meyer à l'université de Liverpool, où de îecturer il a 
été élevé au grade de professeur. 

VI. 

Je reçois de M. Alfred Anscombe deux mémoires imprimés, l'un sur la 

1. Sur la Bibliothèque des avocats d'Edimbourg voir aussi une notice de 
M. Gaidoz, Revue Celtique, t. VI, p. 113. 

2. Le Journal des Débats, n° du mardi soir 26 juin 1894, dans un feuil- 
leton signé Augustin Filon, rendant compte du livre de M. Jusserand, donne 
d'après ce livre un extrait du Meurtre des fils d'Usnech et du Cochon de Mac 
Ddthô. 



Chronique. 403 

date de la mort de saint Columba, l'autre sur saint Gildas deRuys et sur la 
chronologie des rois d'Irlande au sixième siècle > . Le premier de ces mé- 
moires est une critique d'une étude du révérend D. Mac Carthy sur le même 
sujet. Il a déjà été dit un mot de cette polémique dans la Revue Celtique, 
t. XIV, p. 92. Je n'ai pas fait de la chronologie irlandaise une étude assez 
approfondie pour avoir une opinion arrêtée sur la question qui divise les 
deux savants, pas plus que pour apprécier la valeur du second mémoire. 

VII. 

La brochure de M. F. Haverheld, Roman inscriptions in Britain, III, 
1892-1893, mentionne quelques noms celtiques lus dans des inscriptions 
récemment découvertes ou dans des inscriptions déjà connues, mais dont 
l'auteur propose de nouvelles lectures : Pertacus, nom d'homme à Silchester, 
p. 7; Brica, cognomen féminin à York, p. 13; la dédicace Apollini Anextlo- 
maro, à South Shields, p. 22 (cf. Holder, p. 153); une dédicace à Jupiter 
par hcohors equilataLingonum , àWallsend, p. 22, 23 avec une planche hors 
texte, etc. L'auteur, p. 15, au lieu du nom divin Marrigae proposé par 
M. Hùbner (C. i". L., VII, 263 a) propose Mar\ti] Rigae. 

VIII. 

Une jolie brochure de quarante-huit pages annonce la réunion annuelle 
de l'Association cambrienne d'Archéologie qui se tiendra à Carnavon le 
mardi 17 juillet et les quatre jours suivants, et à laquelle s'associera la So- 
ciété royale des Antiquaires d'Irlande. Le futur dont je me sers sera remplacé 
par le passé quand cette chronique arrivera aux mains des lecteurs ; mais la 
brochure conservera son intérêt. Elle contient une sorte de guide archéolo- 
gique du voyageur aux environs de Carnavon ; elle est ornée de belles plan- 
ches, parmi lesquelles deux représentent des pierres funéraires datant des 
premiers temps qui ont suivi la fin de l'empire romain en Grande-Bretagne ; 
ce sont celles qui ont les légendes : Aliortus Elmetiaco hic iacct (Rhys, Lec- 
tures on Welsh Philology, 2 e édition, p. 367), p. 19; Fili Lovernii Anakmori 
(Rhys, ibid., p. 368), p. 25 2 . Citons encore les plans de deux vieilles forte- 
resses bretonnes : Craig-y-ddinas, p. 23 ; Dinas Dinorwig, p. 43. Je souhaite 
le beau temps aux excursionnistes que je regrette de ne pouvoir accom- 
pagner. 

Paris, le 14 juillet 1894. 

H. d'Arbois de Jubainville. 

i . Ces mémoires datés l'un d'avril, l'autre de juillet 1893, portent cha- 
cun la mention : PublisheJ by Alfred Anscombe at 28, Carlingford road, West 
Green, Tottenham. ' 

2. M. Hùbner, Iuscriptiones Britanniae Christianae, lit Alhortu Seimetiaco 
hic iacct, n° 146; et Anatemori fili Lovernii, n° 147. Dans la première les 
noms propres semblent peu commodes à lire, et il est diflicilc de faire un 
choix entre la leçon de M. Rhys et celle de M. Hùbner. J'ignore pourquoi 
daps la seconde inscription M. Hùbner a pris sur lui d'intervertir l'ordre 
suivi par le lapicide. 



PÉRIODIQUES 



i. 

SlTZUNGSBERICHTE DER KÔNIGLICH-PREUSSISCHEN AKADEMIE DER WlS- 

senschaften zu Berlin, t. XIX, 1894, p. 33 1. — Mémoire lu par le sa- 
vant épigraphiste, M. Otto Hirschfeld, le 12 avril dernier, sur la question 
de savoir si c'est bien à Timagène que Tite-Live a emprunté le récit de l'in- 
vasion celtique en Italie qui commence par les mots : Equidcm haud àbnuerim 
(livre V, c. 33, § 4), sur lequel on s'est longtemps appuyé pour dater cette 
invasion de l'an 600 avant J.-C. au lieu de 400 environ, conformément à la 
doctrine de Polybe et d'autres historiens grecs. Au nom de Timagène pro- 
posé par K. Mùllenhoff, M. Otto Hirschfeld veut substituer celui de Cor- 
nélius Nepos qui est, comme on sait, antérieur à Tite-Live ; Cornélius Ne- 
pos a écrit un traité de géographie au plus tard vers l'an 64 avant J.-C. et 
un ouvrage intitulé Chronica quelques année après, en tout cas en 59 au plus 
tôt. Il y a de sérieuses vraisemblances en faveur de l'hypothèse de M. Otto 
Hirschfeld. 

II. 

Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Compte rendu des 
séances de l'année 1893, 4 e série, t. XXI, p. 243. Dans un mémoire lu le 
25 août 1893, M. de Barthélémy fait observer que les monnaies des Lon- 
gostalètes, AoyyoaxaXrjTàjv, sur une partie desquelles on trouve les noms 
des chefs Aouxdttxvfo;], B0V.10;, ont été recueillies surtout dans le départe- 
ment de l'Aude qui est par conséquent leur pays d'origine. Le savant aca- 
démicien pense que la colonie romaine de Narbonne a été fondée dans le 
territoire des Longostalètes. 

III. 

Neues Archiv, t. XIX, p. 667. Dans trois manuscrits de l'histoire des 
Bretons attribuée à Nennius, on lit en marge : 

Sic inverti tibi, Samuel, ii est infans magistri mei, id est Beulani presbyteri 
in ista pagina scripti. (Edition San Marte, p. 33, note 8; Pétrie, Momimenta 
historica britannica, p. 55, note 21). 



Périodiques. 405 

Des mss. qui ont fourni cette phrase les deux plus anciens datent du 
xm e siècle ; l'un appartient au chapitre de Durham, l'autre auquel on sup- 
pose la même origine porte le n° CXXXIX dans la bibliothèque du Cornus 
Christi Collège, à Cambridge, le 3 e (MS. Burney, 310) est du xiv e siècle. 

Dans le second et le troisième des mêmes mss., le te:tte contient la 
phrase suivante : Sed, cum inutiles magistro meo id est Beulano presbytero vi- 
sae sunt genealogiae Saxonum et aliarum gentium, nolui cas scribere (Edition San 
Marte, p. 73, note 8; Pétrie, p. 76-77). 

Ces mots manquent dans tous les anciens mss., xe, xn e siècle, et dans 
l'édition irlandaise. M. Zimmer croit que le Beulan mentionné dans ces deux 
phrases latines habitait l'île d'Anglesey. Voici ses raisons : Holyhead dans 
l'île d'Anglesey s'appelle en gallois Caer Gybi et a une église dédiée à saint 
Cybi. Or, saint Cybi, en latin Cepius, a eu un disciple appelé Peulan, et ce 
disciple avait, suivant la tradition : i° une sœur, sainte Gwenvaen qui a 
donné son nom à une chapelle et à une source situées dans l'île d'Angle- 
sey ; 2 un frère, saint Gwyngenau, auquel est dédiée une chapelle située à 
Holyhead, enfin il y a dans l'île d'Anglesey une localité appelée Llau- 
Beulan, qu'on peut traduire par « église de Peulan ». 

M. Zimmer a peut-être sur tous ces saints personnages des renseignements 
qui ne sont pas à ma disposition, et qu'il ne donne pas. Mais les Iolo-mss. 
et la Myvyrian Archaeology qu'il cite sont en général des recueils de docu- 
ments trop modernes pour avoir grande autorité : Robert William, A bio- 
graphical Dictionary of eminent Welshmen, p. 88; Rees, An Essay on wehh 
Saints, p. 266-267, n'indiquent aucune vie de saint Cybi. Je n'en trouve pas 
de mentionnée chez Potthast, Bibliotheca historica medii aevi. En fait de cri- 
tique hagiographique, M. Zimmer témoigne souvent d'une foi naïve, qui, 
dans certaines circonstances, est une vertu, mais dont ici la valeur scienti- 
fique pourrait sembler un peu contestable. Je ne veux pas dire par là que son 
article soit moins intéressant. 

Sur saint Peulan, voyez Rees, p. 237, et Robert Williams, p. 403. De ce 
personnage on ne paraît guère savoir de certain qu'une chose, c'est qu'on 
a mis sous son vocable une église située dans l'île d'Anglesey et appelée, 
comme nous venons de le dire, Llan-Beulan. 

La conclusion de M. Zimmer est qu'une récension de YHistoria Britonum 
a été faite dans l'île d'Anglesey. Il ne nous explique point par quel phéno- 
mène phonétique le Beulanus de YHistoria Britonum aurait dans la tradition 
remplacé son B initial par un P, ou pourquoi, si le Beulanus de YHistoria 
Britonum est bien celui qui a donné son nom à une paroisse de l'île d'An- 
glesey, cette paroisse ne s'appelle pas Lan-jeulan. 

IV. 

Revue de Paris, p. 138 et suivantes. — Article de M. Gaston Paris sur 
la légende de Tristan et Iseult. 

« Le nom de Tristan paraît picte d'origine ». C'est la doctrine de M. Zim- 
mer (Revue Celtique, XII, 397). Il en effet incontestable que le nom de 

Revue Celtique, XV. 27 



406 Périodiques. 

Drostân. dérivé de Drust, et celui de Drust, ont été portés par des person- 
nages pietés. M. Zimmer l'a établi par divers passages des Annales de Ti- 
gernach, exemple, année 724: Clericatum Nechtain régis Pictorum, Druxsi 
post eum régnai (édition d'O'Conor, p. 234), des Annales d'Ulster, exemple, 
année 728: Exactalores Nechtain ceciderunt hoc est... Finguine mac Dros- 
tain. . . BcUuni inter Oengus et Drust regem Pictorum (édition Hennessy, 
p. 182), etc. Le Nechtan de Tigernach et celui des Annales d'Ulster sont 
évidemment le même personnage, malgré la différence des dates, vu l'in- 
certitude chronologique des textes irlandais du temps. Toutefois, le nom de 
Drust a été aussi gallois. La préface du Parce Domine (Whitley Stokes, 
Gôidelica, 2 e éd., p. 96), parle d'un certain Drust, rex Bretan, qui avait une 
fille appelée Drusticc et qui était contemporain de Finnen Maige Bile, lui- 
même contemporain de Diarmait, roi suprême d'Irlande, mort en 558. Par 
conséquent, le nom de ce Tristan, dont le fils Auel fut témoin d'un acte de 
l'évêque de Llandaf, Hergualdus, 1056-1104 (Livre de Llandaf, édit. de 
Gwenogfryn Evans, p. 279), n'est pas isolé dans le pays de Galles. C'est au 
xi e siècle un diminutif du Drust constaté au vi<-* siècle, et il est parallèle au 
Drusticc du même temps. D'autre part, le nom de Drostân semble avoir 
été irlandais ou scott tout aussi bien que picte ou gallois. Le plus ancien 
monument du gaélique d'Ecosse, le livre de Deir, ix e siècle, donne à saint 
Columba, VI e siècle, un élève appelé Drostân mac Côsgreg (Whitley Stokes, 
Gôidelica, p. 108). Côsgreg est le génitif de Cosgrach, variante de l'irlan- 
dais coscorach, adjectif qui veut dire « triomphant » et qui est ici employé 
substantivement. Il n'y a donc pas à s'étonner de ce que Forbes, Calendar 
of scottish saints, p. 326, traduisant le bréviaire d'Aberdeen, a écrit que saint 
Drostan était de la race royale des Scoti, c'est-à-dire des Irlandais établis 
dans la partie septentrionale de la Grande-Bretagne. 

Le nom de Tristan peut dériver d'une forme réduite de la racine qui est 
pleine dans le nom gaulois * Drousos, écrit par les Romains Drausus, DrO- 
sus (Whitley Stokes, Urkeltischcr Sprachschat^, p. 156), et sa forme primi- 
tive Drustan paraît avoir été usitée aussi bien chez lés Irlandais et chez les 
Gallois que chez les Pietés ' . Mais tout ceci est secondaire. 

La question principale que se pose M. Gaston Paris à propos du roman 
de Tristan et Iseult est de savoir quelle est l'origine de la donnée qui en 
forme le fonds. Suivant lui, cette origine est celtique. « En résumé, une 
« conception de l'amour telle qu'elle ne se trouve auparavant chez aucun 



1 . On peut admettre que Drostan soit phonétiquement, d'origine picte, 
comme M. Zimmer semble l'avoir prouvé, sans conclure de là que ce nom 
n'ait pas été très anciennement adopté par les Gallois et les Irlandais. En tout 
cas il n'est nulle part question d'un Drostan picte qu'un sentiment amou- 
reux ait distingué. Le seul Drostan picte qui ait une légende est un druide 
qui guérissait par un bain de lait les blessures des guerriers. Ce récit appar- 
tient au Dinnsenchus d'Ardlemnacht d'où il a pénétré dans le Lebar Gabala 
(Livre de Leinster, p. 196, col. I, ligne 23 et suivantes; cf. p. 15, col. 1, 
1. 22-30) et dans le Nennius irlandais (Livre de Ballymote, p. 203-204). 



Périodiques. 407 

« peuple, dans aucun poème, de l'amour illégitime, de l'amour souverain, 
« de l'amour plus fort que l'honneur, plus fort que le sang, plus fort que 
« la mort, de l'amour qui lie deux êtres l'un à l'autre par une chaîne que 
« les autres et eux-mêmes sont impuissants à rompre ou à relâcher, de 
« l'amour qui les surprend malgré eux, qui les entraîne dans la faute, qui 
« les conduit au malheur, qui les amène ensemble à la mort, qui leur cause 
« des douleurs et des angoisses, mais aussi des joies et des ivresses telle- 
ce ment incomparables et presque surhumaines que leur histoire, une fois 
« connue, resplendit éternellement au ciel du souvenir d'un éclat doulou- 
« reux et fascinant, cette conception est née et s'est réalisée chez les Celtes 
« dans le poème de Tristan et Iseut, et forme une des gloires de leur race. » 
Malgré tout le talent littéraire de l'éloquent et sympathique auteur, 
je ne crois pas un mot de tout cela. Je 'voudrais qu'on me trouvât cette 
folle peinture de l'amour dans la littérature des Celtes avant le xn e siècle. 
La plus ancienne littérature irlandaise nous présente la fiancée fidèle à 
son fiancé, la femme fidèle à son mari, la veuve qui le regrette et lui 
reste fidèle, tandis qu'à côté de la fille et de la femme modèles beaucoup 
d'autres sont de mœurs moins sévères. Mais le type de l'amour illégitime, 
tout-puissant, comme on le trouve dans le roman de Tristan et Iseut, 
est une création française du xn e siècle, et sa naissance est le résultat spon- 
tané du milieu où elle s'est produite 1 . C'est au xn e siècle que dans le mon de 
français, tant sur le continent qu'en Angleterre, les femmes commencent à 
hériter des fiefs et même de la royauté. Des femmes apportent à la maison 
d'Anjou le duché de Normandie, la couronne d'Angleterre, le comté de 
Poitiers, le duché de Guyenne, et font ainsi du petit comte d'Anjou l'égal 
du roi de France, son suzerain. Je me borne à cet exemple. Les femmes 
ont pris dès lors dans le monde féodal une importance inconnue jusque-là. 
Avant cette époque, on n'avait écrit de romans que pour les hommes, c'est- 
à-dire pour des rois et des barons, principalement occupés de guerre. On 
leur racontait des guerres dans lesquelles l'amour ne fournissait que de 
courts épisodes. Ces récits ennuyaient les femmes, mais qu'importait ? Ce 
n'était pas elles qui payaient les auteurs. Quand une révolution dans le droit 
les rendit riches et puissantes, on écrivit pour elles. On créa pour elles des récits 
d'amour agrémentés par un merveilleux que la légende celtique fournissait 
à flots et qui, bien que souvent enfantin, avait pour les imaginations fémi- 
nines un prodigieux attrait. Des noms d'origine celtique ajoutèrent à l'in- 
térêt par leur nouveauté. Certains maris même prirent plaisir à faire lire ces 
récits à leurs femmes. Quand on avait épousé une héritière pour son fief ou 

1 . Dans la vieille littérature irlandaise il est souvent question du charme 
appelé geis ; c'est une prohibition magique, qu'on est libre d'enfreindre, 
mais l'infraction est punie par un châtiment redoutable. Dans cette littéra- 
ture je ne connais pas d'exemple d'enchantement supprimant la liberté, 
comme a été supprimée dans le roman français la liberté de Tristan et d'Iseut. 
Il y a là une thèse philosophique qui sent l'école et qui est étrangère au 
cercle d'idées dans lequel se meut l'intelligence du vieux conteur irlandais. 



408 Périodiques. 

pour sa couronne, on ne pouvait pas le lui dire brutalement comme le ju- 
risconsulte romain Paul, quand dans son commentaire sur l'édit du préteur, 
il écrivait : « Rei publicae interest mulieres dotes salvas habere, propter 
du as nubere possunt. On parlait d'amour à la femme, à la riche héritière, 
et on lui faisait croire qu'on éprouvait ce sentiment d'une façon irrésis- 
tible. Si elle doutait, on lui faisait lire Tristan et Iseut. Faute d'avoir em- 
ployé ce procédé, Louis VII, traité de moine par sa femme, a perdu le 
Poitou et la Guyenne, qu'Eléonore, divorcée, a été porter au comte d'Anjou, 
bientôt roi d'Angleterre. 

Ce que nous savons de la littérature galloise à propos de Tristan est ex- 
clusif de l'idée que l'amour de ce personnage pour Iseut ait été connu en 
Galles avant le roman français. Dans le Songe de Rhonabzuy (édition de Gwe- 
nogfryn Evans, p. 159, 1. 27, J. Loth, t. I, p. 311), Drystan est un des 
conseillers d'Arthur. Les triades du Livre rouge font de lui un porte-dia- 
dème (G. Evans, p. 303, 1. 4, 5 ; J. Loth, t. II, p. 131), un bon ouvrier 
(Evans), p. 304, 1. 24; J. Loth, t. II, p. 238). La seule relation que suivant 
ces vieilles triades il y ait eu entre Tristan et Iseut aurait consisté en ce que 
Tristan aurait gardé les cochons de March, fils de Meirchion, pendant que 
le porcher allait en message vers Essylt (Evans, p. 307, 1. 13, 15; Loth, 
t. II, p. 247). C'est seulement dans les triades toutes récentes de la Myvyrian 
Archéologie, p. 397, Loth, II, p. 260, 261, qu'on voit apparaître l'amour 
de Tristan pour Essylt, femme de son oncle March Meirchiawn. Cette no- 
tion nouvelle est empruntée aux romans français. 

V. 

Bulletin de correspondance hellénique, p, 569, article de M. Henri 
Weil sur de nouveaux fragments d'hymnes accompagnés de notes de mu- 
sique découverts à Delphes par l'école française d'Athènes. Deux de ces 
fragments semblent appartenir à un hymne, npoao'ôiov, composé vrai- 
semblablement pour la fête des Eioxr^ta instituée d'un commun accord par 
les Athéniens et les Etoliens sous l'archontat, dans Athènes, de Polyeucte, 
troisième année de la cent-vingt-cinquième olympiade, 278 av. J.-C, un an 
après la victoire remportée sur les Gaulois qui avaient pillé du temple de 
Delphes, 279, et en mémoire de ce succès. L'établissement de cette fête 
est connu par deux inscriptions que je reproduis ici, parce qu'une partie 
de ceux qu'intéresse l'histoire celtique peuvent en ignorer l'existence. 

['Ej~i IIoX'Jc'jxtou ap-/ovxo; £-': TÎ}s Aîysîoo; Èvoitrj; jcp- 
[ujtavci'a; f, Xa;p;:p<ï>v 'Apycsxpâxoy KsçaXr-OcV £ypa- 
[u];j.âx£U£V 'EXa?7]6o)aàivo; ivaxa (aex' £Ï/âoa; xpta/.o- 
[ax]cî xfj? 7:puxav£Îa: • sooÇsv xw otJjjlw . Kû5£pvt; K- 
[uo]tou 'AXijioûaioç £tr£v ■ èrcaor] xô xâv A;x- 
[wX]wv à7;oos'.y.vôij.£vov xtjv ^pô; xoù; OîoÙ; £'Ja£o£;av 
[ÈiLjrîtp'.atai xov àyuiva xôv xwv Swxrjptwv xiOc'^cu xû Ai- 
[\ t]<5 Ea>T7|pt xa\ '.<]> 'A-o'XÀ'ov. tu [IuOîaj Gzo;j.vfj[Aa xfj 



Périodiques. 409 

[; fi.] d/r^ xîjç ■yEvojj.evr^ç Tcpôç to'j; |3ap6àpouç xoùç È7tia- 
[xjpaxeuaocvxaç but te xooç "EXXyjva; xat xô toû' 'AtcoXXcovoç U- 
pôv to xotvôv tojv 'EXX7fvwv, !«' ouç xa\ ô of,;j.o; IÇOTgfiJîe- 
[v] TO'J; te Ètt'.XeV.toj; -/.a': xoùç '.~Eîç Tjvayaiv'.ouac'v- 
[ouç] U7ièp Tr,; /.O'.vrj; aa)X7]p(a;, /.a': rcspt xouxwv xô XOi- 
[vov to] :wv AtxwXfiiv xal ô crxpaxr|Y<5ç XaptÇevoç àraaxaXx- 
[aot repà? xô]v 8[jj|io]v 7cpea6etav xtjv o'.a),E;o;j.Evr l v o~w; 

Corpus inscriptionum atticarum, t. II, n° 323, p. 147. 

Il faut comparer à cette inscription, celle que M. Haussoulier a publiée 
dans le Bulletin de correspondance hellénique, t. V, 1881, p. 300 et suivantes. 
Comme celle qui précède, elle est datée de l'archontat de Polyeucte et elle 
a le même objet : 

iyrjçiaOai xôv àywva xôv xwv Seoxrjpitov xiOevai xfîh A> 
t Twi 2ojTf;p'. xa': xàk 'ATtôXXwvt :àj'. ]tu6tW, ujîO[ivr]u.a ttj- 
; ;j.i/r,: xijç yevqu£VT)ç JCpôç xciù; (Jap6âpouç xoù; ItsUï- 
xpaxsiiaavxaç ijrf xe toÙ; "EXÀr ( va; xat to 'AttoXXgjvo; Is- 
pov tô xoivôv tojv 'EXXrjvtov 

Le nom des Gaulois dans les fragments d'hymnes récemment découverts 
à Delphes appartient à un passage malheureusement mutilé. On y lit ce- 
pendant les mots r<xX<xxaav «pT)ç. C'est une formule équivalente au KsXxûv 
ccp7)ç de l'épitaphe des jeunes filles de Milet mortes victimes de l'invasion 
gauloise en Asie Mineure, 278 (Anthologia graeca, VII), 492, et du KeXxùv 
as7)a de Callimaque, E ; .; A?,Xov, v. 173, un des plus anciens documents 
que nous ayons sur l'expédition gauloise à Delphes. Dans la dédicace du 
bouclier de Cydias, Pausanias, 1. X, c. 31, § 5, KsXxo'ç est remplacé par 
FaXâTr,; et se trouve aussi associé au substantif "Apîjç ; seulement ce subs- 
tantif y désigne le dieu grec de la guerre et non l'ardeur belliqueuse des 
Gaulois : 

Eux' im xôv TaXaTav fy.u.y.iz Ooupoç "Apr]ç. 

L'hymne delphique dans l'inscription nouvellement mise au jour est accom- 
pagné de notes musicales que M. Théodore Reinach a traduites, et qu'il a 
fait exécuter plusieurs fois à Paris cet hiver avec succès devant des audi- 
toires nombreux d'amateurs et de savants. 



VI. 

Hermine, revue littéraire et artistique de Bretagne, 5 e année, 
1894, t. X, p. 183-184, article de M. Louis Tiercelin. Dans un ouvrage du 
siècle dernier, Eléments succincts de la langue des Celtes gomérites, dont la pre- 
mière édition est datée de Strasbourg, 1779, on lit un couplet d'une chan- 
son languedocienne, et Le Brigant, auteur de cet ouvrage, donne de cette 
chanson une traduction bretonne en six vers, qu'on retrouve avec des va- 
riantes à peu près insignifiantes dans le Bar\a\-Brei\, 6 e éd., 1867, p. 465. 



410 Périodiques. 



VIL 

The Academy, p. 480. — Vendredi i& juin dernier, M. Whitley Stokes, 
dans une séance de la Société philologique, a lu un mémoire du professeur 
Strachan sur l'histoire du verbe déponent en irlandais. — P. 456. Le ven- 
dredi suivant, 8 juin, M. Rhys a dû faire à Jésus Collège, Oxford, une leçon 
publique dont le sujet était « Les anciens Bretons ». 

VIII. 

Hermès, t. XIX, p. 317, article de M. Zimmer, qui propose une cor- 
rection au stigmata d'Ausone, Lutins septem sapientium, v. 13 : 

Pone obelos igitur primorum stigmata vatum '. 

On doit, suivant lui, rétablir, d'après les manuscrits, stemmata. Il s'ap- 
puie sur l'autorité des Hisperica famina, édition Stowasser, Vienne, 1887 
(on peut ajouter Migne, Patrologie latine, t. XC, col. 1 185 et suivantes), et 
sur celle du fragment de Luxembourg publiée par M. Rhys dans le t. I de 
la Revue Celtique. Je constate avec étonnement — étant donné l'esprit de 
contradiction qui fait le fond de mon caractère — qu'ici M. Zimmer me 
semble avoir raison sans restriction. Stemmata « couronnes » veut dire 
« étoiles », et par extension « astérisques » dans une langue bizarre qui, 
vers l'époque où succomba l'empire romain d'Occident, paraît avoir été- 
spéciale à quelques pédants chez les Celtes romanisés. 

IX. 

The Irish Echo. — C'est le titre d'une revue qui paraît à Boston (Etats- 
Unis), et dont on vient de m'envoyer deux numéros, ceux de février et de 
mars-avril 1894. 

Dans le premier, se trouve l'annonce d'an volume qui a récemment paru 
à Dublin chez Patrick O'Brien, 46, Cuffe Street, et dont la Revue Celtique 
n'a rien dit. Le titre de ce volume est Blâithfhleasg na Mhilseânaib na Gaoi- 
dhélge « Guirlande de douceurs irlandaises ». Le principal des morceaux 
contenus dans ce volume est un ouvrage bien connu, mais inédit jusqu'ici, 
de Michel Comyn, auteur d'Oisin ar thir na n-ôg « Ossian dans la terre des 
jeunes » ; je veux parler des « Aventures de Turlogh, fils de Starn, et de 
ses trois fils » ; Eachtra Thoirdealbhaig mhic Stairn maille le h-each- 
tradhaibh a thriur mhac, écrites vers 1750. On y trouve aussi une pièce ap- 
proximativement de même date : « Le château enchanté d'Eochaid Beac le 
rouge », Bruighean Eochaidh Bhig dheirg, qui appartient au même cycle que 
Oisin ar thir na n-ôg. 



1 . Edition Schcnkl, p. 104. 



Périodiques. 411 

Le numéro de mars-avril contient un article de M. T. O'Neil sur les dé- 
bris de l'ancienne littérature irlandaise. On y lit que l'Allemagne est la terre 
par excellence (en français) des études celtiques, et que cependant M. Whitley 
Stokes, sans être d'origine allemande, est incontestablement le plus grand 
des Celtistes vivants. 

L'Iris]} Echo publie des vers irlandais, un abrégé du dictionnaire irlandais- 
anglais dû à Thomas de Vere Coneys, 1849, une grammaire irlandaise par 
M. John O'Daly ; il y donne des nouvelles des sociétés philo-celtiques de 
Boston et de Philadelphie. 

X. 

Il y a aussi une société philo-celtique à New- York, je l'apprends par un 
journal de cette ville, The Irish Republic. Suivant le n° du 28 avril der- 
nier, la Société philo-celtique de New-York est le « pionnier du mouvement 
linguistique irlandais » ; en effet, cette Société a donné le 20 avril un concert, 
féis ccol ' , où l'on a exécuté des morceaux de musique irlandaise avec un 
succès qui a dépassé toutes les espérances. 

XI. 

BOLETIN DE LA REAL AcADEMIA DE LA HISTORIA, Madrid, mai 1894, 

t. XXIV, p. 384-405, Mémoire de M. Antonio Blasquez sur « les côtes d'Es- 
pagne pendant l'époque romaine ». On sait qu'en Espagne il y avait sous 
l'empire romain des populations celtiques sur les côtes de l'Atlantique : par 
conséquent un certain nombre de noms de lieu celtiques figurent dans ce 
travail qui est accompagné d'une carte. 



XII. 

Annales du Midi, n° de juillet 1894, 6 e année, p. 257, Fin du mé- 
moire de M. Bladé sur la géographie politique du sud-ouest de la Gaule 
pendant la domination romaine. 



XIII. 

Annales de Bretagne, t. IX, livraison d'avril 1894. — Ce recueil con- 
tinue à donner nombre de mémoires intéressants pour les personnes qui 
s'occupent d'études celtiques. Nous citerons : Introduction à la géographie 
historique du département de la Loire-Inférieure, par M. Léon Maître, 

1. Je connais fort mal l'irlandais moderne, mais il me semble que j'écri- 
rais féis cèoil ou ciuil, comme on disait féis Temrach. Il existe à Paris une 
société irlandaise dont la devise est : Erin go bragb (sic). On peut être très 
patriote à New- York, à Paris et ailleurs, sans savoir beaucoup de grammaire 
ni d'orthographe. 



412 Périodiques. 

p. 360. Fin de l'étude de M. de La Borderie sur les monastères celtiques 
au vi e et au VII e siècle, p. 379. — Fin de la légende de l'apprenti magicien, 
traduite du breton par M. F. -M. Luzel, p. 409. — Etymologies bretonnes par 
J. Loth : Menez-Bré, p. 429, — Bré = briga; — Lesneven, p. 430, Neven 
— Numin, d'où Numinoe; — Braon, p. 431, Braoti veut dire « meule 
de moulin ». — Chanson bretonne, le pillaouer « chiffonnier » publiée avec 
traduction par M. Le Lay, p. 433. — Suite de la vie de saint Teliau publiée 
par M. J. Loth d'après le Livre de Llandaf, p. 438. 

XIV 

The journal of the Royal Society of Antiquaries of Ireland, 
n° de juin 1894, 5 e série, vol. IV, p. 105 et 115, deux mémoires fort inté- 
ressants sur la plus ancienne histoire de l'Irlande. L'un a pour objet la com- 
paraison du mode de construction des habitations lacustres en Irlande avec 
celui des habitations analogues en Grande-Bretagne et sur le continent ; 
l'auteur est M. Robert Munro, qui continuera cette étude savante dans le 
n° prochain. Le second mémoire a été écrit par M. Goddard H. Orpen, il 
concerne les renseignements géographiques relatifs à l'Irlande dans la géo- 
graphie de Ptolémée; on y trouve un certain nombre d'identifications nou- 
velles de noms anciens avec des noms modernes. Une carte accompagne ce 
travail. 

Paris, le 17 juillet 1894. 

H. d'Arbois de Jubain ville. 



Le Propriétaire-Gérant : Veuve E. BOUILLON. 



Chartres. — Imprimerie Durand, rue Fulbert. 



ESVMOPAS-CNVSTICVS 



Dans la salle des bronzes gallo-romains au Musée de 
Saint-Germain est conservé un buste en bronze, de style in- 
digène, portant le n° 22299. La notice de l'inventaire manus- 
crit le signale comme il suit : « Magasins. Enregistrement de 
pièces anciennes qui n'ont pas été enregistrées en leur temps ou dont 
les numéros sont perdus. 26 février iSyj. Tête en bronze avec ins- 
cription. Esumus. Evreux. » 

Ces lignes, de la main de M. G. de Mortillet, suffisent à 
prouver que l'objet dont il s'agit est entré au Muséeavant 1867, 
époque où mon prédécesseur commença à rédiger les inven- 
taires, avec une exactitude dont feu Beaune, le premier attaché 
du Musée (1863-1868), n'avait malheureusement pas donné 
l'exemple. 

Dans son Mémoire sur la collection de vases antiques trouvée à 
Berthouville, publié dans le tome VI des Mémoires de la Société 
des Antiquaires de Normandie, Aug. Le Prévost a signalé notre 
buste comme découvert en 1830 dans les fouilles de la forêt 
de Beaumont-le-Roger, près d'Evreux 1 . Des ouvriers, au mois 
de février de cette année, avaient rencontré quatre cents mé- 
dailles sous un chêne ; le propriétaire de la forêt lit alors 
commencer des fouilles, qui mirent au jour les restes de 
quatre constructions gallo-romaines rustiques. M. de Staben- 
rath publia à ce sujet un mémoire, que je n'ai pas vu, dans le 
Recueil d'agriculture, sciences et belles-lettres de l'Eure, juillet 1830 
(p. 245); la fig. 5 de la pi. II est une gravure du buste. « C'est, 

1 . Mêm. cité, p. 59. Je dois cette indication à l'amitié de M. Héron de 
Villefosse. 

Revue Celtique, XV. 28 



414 Salomon Reinach. 

dit Le Prévost, un ex-voto du travail le plus misérable ; les 
traits sont forts et encadrés d'un bourrelet de cheveux. » Il lut 
l'inscription ainsi : 

ESVMOPAS- CNVSTICVS- VSLM 

et .tandis que Stabenrath avait admis l'existence d'une divinité 
Esumopas, il préféra croire que le dédicant s'appelait Esumopas 




Cnusticus. Les archéologues normands n'étaient pas non plus 
d'accord sur l'interprétation du buste : tandis que le proprié- 
taire y voyait un Mercure, Stabenrath croyait la tête féminine 
et Le Prévost y reconnaissait un portrait du donateur. 

En 1860, Bonnin, conservateur du Musée d'Evreux, publia 
ses Antiquités gallo-romaines des Eburoviques, ouvrage très rare, 
où sont enfouis des documents que l'on chercherait vaine- 



Esumopas Cnusticus. 4 1 5 

ment ailleurs. A la pi. III du fascicule VIII, il y donne de 
médiocres gravures d'après les objets découverts dans la forêt 
de Beaumont, à savoir le buste avec l'inscription (n° 1), deux 
casseroles (n os 2 et 3), deux fragments d'inscriptions (n os 5 
et 6) et le pied de la seconde casserole (n° 4). La pi. I est un 
plan de la section de la forêt de Beaumont où ont été faites 
les découvertes; sur la pi. II sont réunis les tracés des édi- 
fices décrits par Aug. Le Prévost. Dans la légende (p. 24), 
l'inscription gravée sur le buste est donnée comme il suit : 

ESVMOPASOCMVSTICVS.V.S.L.M. 

Cette transcription très incorrecte est conforme à la gravure, 
qui ne l'est pas moins : il faut lire : 

ESVMOPAS ° CNVSTICVS 
V S L M 

Le point circulaire après esvmopas a été pris par Bonnin pour 
un o ; il a également lu et dessiné un m à la place de I'n, qui 
est très distinct dans le second mot. 

« Ces fragments, aujourd'hui frustes, ajoute Bonnin, sont 
reproduits ici tels que les auteurs de la découverte les ont 
donnés. Les objets 1, 2, 3 [le buste et les deux casseroles] 
appartiennent aujourd'hui à M. Chevalier, percepteur à Har- 
court (Eure). Un moule en plâtre du n° 1 se trouve au Musée 
d'Evreux. » 

Les premiers dons et les premières acquisitions qui ont 
formé le noyau du Musée de Saint-Germain remontent à 1862. 
La même année, MM. Louis Passy et Léopold Delisle réédi- 
tèrent la Notice historique et archéologique sur le département de 
l'Eure, publiée en 1833 par Aug. Le Prévost; à la p. 44 de 
cette réimpression; il est question des fouilles de la forêt de 
Beaumont, mais sans indication sur le sort des objets décou- 
verts : « Les bâtiments dont on a retrouvé les fondations sont 
au nombre de quatre; trois sont des lieux d'habitation qua- 
drangulaires, et le quatrième un sacellum rustique circulaire. 
On a recueilli dans les décombres deux patères en bronze, re- 



41 6 Salomon Reinach. 

marquables par les cercles concentriques de leur surface infé- 
rieure, une inscription votive très fruste sur une pierre cal- 
caire, un buste de Mercure, avec une autre inscription plus com- 
plète, des fragments d'enduit peint à fresque, des tuiles anti- 
ques, quelques médailles et beaucoup d'autres objets. » I Au 
mot Médailles se rapporte une note ainsi conçue : « C'étaient 
des Antonin, des Faustine mère, une Crispine (grand bronze), 
des Constantin (moyen petit bronze), une Hélène (moyen 
bronze), un Tetricus (petit bronze). » Le Prévost ajoutait 
dans le texte : « Un grand nombre de médailles d'argent ont 
été trouvées en bloc sous les racines d'un chêne, à peu de dis- 
tance ; toutes celles qu'on a pu déchiffrer appartenaient au 
m e siècle. » 

D'après l'inventaire du Musée, les deux casseroles gravées 
dans l'ouvrage de Bonnin ont été achetées au mois de mars 1870 
à l'antiquaire Charvet, un des principaux collectionneurs 
d'antiquités gallo-romaines à cette époque. La notice manus- 
crite du n° 13692 (casserole provenant de la forêt de Beau- 
mont-le-Roger, 1830), indique qu'il a figuré, sous le n° 754, 
à l'Exposition universelle de 1867. Il est possible que Charvet 
ait également vendu le buste, après l'avoir acheté au percep- 
teur d'Harcourt, qui le possédait en 1860. 

Cet objet a été signalé en passant dans mon Catalogue som- 
maire du Musée de Saint-Germain, publié en 1887 (p. 31); 
mais je crois qu'il est resté généralement ignoré des archéo- 
logues et philologues celtisants, car j'en ai vainement cherché 
une mention dans les ouvrages suivants : 

i° L'index de la Géographie de la Gaule romaine, d'E. Des- 
jardins ; 

2° VOnomasticon, de V. de Vit; 

3 La Liste des noms supposés gaulois, publiée par le général 
Creuly, Revue Celtique, t. III, p. 167 • 

4 Les suppléments à cette liste publiés par M. l'abbé Thé- 
denat, ibid., t. VIII, p. 384; t. XIII, p. 311. 



1 . Mémoires et notes de M. Auguste Le Prévost, pour servir à l'histoire du 
département de l'Eure, recueillies et publiées par MM. Léopold Delisle et Louis 
Passy. Tome I er , Evreux, janvier HS62. 



Esumopas Cnusiicus. 417 

Un dessin du buste de Beaumont-le-Roger, conforme à celui 
que nous donnons ici, vient de paraître dans le catalogue 
illustré des bronzes gallo-romains du Musée de Saint-Germain. 
Le Catalogue sommaire, d'accord avec l'ancienne étiquette, le 
qualifie d'« ex-voto au dieu gaulois Esumus », mais il est 
certain que cet Esumus est ce que M. de Longpérier appelait 
« un faux dieu. » Dans l'inscription, qui est très lisible, le 
point est parfaitement net. après esvmopas; mais il n'y a 
aucune séparation entre esvmo et pas. Du reste, nous con- 
naissons déjà deux noms gaulois analogues à Esumopas, à sa- 
voir Urupas et Ageàomopas ou Acedomapas 1 . Dans Esumopas, 
il faut probablement séparer Esu-mopas, Acedomopas devant être 
rapproché â'Aceto-dunum (Agedunum) et à'Agedo-virus. On 
peut toujours supposer que le nom du dieu Esus entre en com- 
position dans ce mot. 

Le buste est imberbe, c'est tout ce que l'on peut dire : rien 
ne permet d'affirmer qu'il soit féminin, bien que ce soit plutôt 
mon avis. Le travail en est mauvais, mais très intéressant à 
cause de l'analogie qu'il présente avec une série de têtes en 
bronze, toutes découvertes dans la Gaule orientale, qui sont étroi- 
tement apparentées entre elles et avec certains produits de 
l'art Scandinave. Comme j'aurai l'occasion de publier bientôt 
une collection presque complète de ces monuments, il me 
suffit d'en indiquer ici l'importance ; le buste de Beau- 
mont est h seul monument de cette série qui porte une inscription 
et le caractère tout à fait indigène de cette épigraphe justifie 
les conclusions auxquelles je suis arrivé, d'autre part, par 
l'étude du style. Ce n'est pas de l'art gallo-romain; c'est de 
l'art gaulois sous la domination romaine. 

Salomon Reinach. 



1. Cagnat, Revue Celtique, t. IX, p. 82; Espérandieu, Epigr. rom. du 
Poitou et de la Saintonge, p. 264. Ces deux auteurs citent le nom Esumopas, 
sans indiquer leur source d'information. Voir aussi Holder, s. v. Agedomapas. 



THE PROSE TALES 



RENNES DINDSENCHAS 



33. RÔIRIU. 



(R. I0I a 2). 

Roiriu i 2 n-Uib Mw/Vedaigh, canas roainmniged? 

Ni ansa. Roiriu mac Senain. meic Setna meic rig Connacht 
docer i 2 cath ann la Laigmw, 7 is and ro zànacht, ut ali[i] d/- 
«mt, 7 Roiriu ingen Rarain 5 ngmed rig Laigm, co t«c di 
[a] athair talaig Dotoad4 ina tir, corw^-aitreb, 7 conid inde 
roadnacbt, et de q«ibw^ Duma Rœrend dicitur. 

Roiriu son of Senan son of Setna, the son of a king of 
Connaught, fell there in battle by the Leinstermen, and there, 
as others say, he was buried. And also Roiriu daughter of Ra- 
ran the king of Leinster's chief poet, to whom her father 
gave Tulach Dotoad — [as it was then called — ] in his 
country, and there she dwelt and therein she was buried. 
From which (two Roirius) Duma Rôirenn « Roiriu's Mound » 
is called. 

Also in BB. 368b and Lee. 465b. Translatée! in Silva Gadelica, II, 529. 
In LL. 200 a 55, for the sentence about Roiriu daughter of Raran (or Rô- 

1 . Voir Revue Celtique, XV, 272 . 

2. a R. 

3. Ronain BB' Lee. 

4. Dagoadh BB. docoad Lee. 



The Rennes Dindsenchas. 419 

nàn), we hâve a statement that the princesses Fithir and Dairine were buried 
in that rath. See the Boroma, Rev. Celtique, X, 37-39. 

Rôiriu, gen. Roirenn, now anglicised Reeritt and Reelion, is a hill near 
Athy in the co. of Kildare: see O'Donovan, Four Masters, A. M. 3 549, 
note 5, and Goiàdka, p. 178. 



34. Mag Mugna ocus Brechmag. 

Mag Mugna, canas roainmniged ? Ni ansa, 7 Brechmag ? 

.i. Brechmagh, is andsin rosernad cerna selg Laigen .i. 
enach selga [.i.] dam n-allaid 7 eilit 7 laeg 7 con zWaid 7 in 
cû fodiuid, 7 Abach fil; nodos-gair sic, b[r]acem in dam, bru 
in eleit, baigliu in lég, brech an cû alLtt'i, ut dicitur : 

Atro?ma[r]c braichem is l bru 
ocus baigliu etarru, 
sochaide rodech a mmag 2 
ocus brech aca marbad. 

Mugna àono moo gnoe e .i. moo baiscnib3. 

Nô Mugna moo gnia .i. mo nwcaib sethar, quia fit 4 gnia 
mac sethar, ut àicitur i 5 mBiT//;aib Neimedh gnia sethar .i. 
mac sethar, mac som d'idiu caera dona œraib dob^rt trefuiln- 
gid treorach for a craeb. Tri toirrthi fair [.i.] dercu 7 uball 7 
cnu, [7] intan dofuited in cétni torad nofasad torad aroile. 
Bôi didiu re cian i 5 ndiclith co gein Chuind Cétchatbaig. Ni- 
n[i]ne eces immorro ro[s]trascair i n-aims/r Domnaill meic 
Murchada ri[gh] Erenn. Is é rongaib ailges do. Coimlethan a 
barr 7 in mag. Nô comad i n-aimsir mac n-Aeda Slaine 6 do- 
fuitet moraen 7 Bile Tortan. Tricha ed a tacmacc 7 tri cet ed a 
airde, 7 a duille fair dogrés7. [Unde] Ma^ Mugna dicilur. 

Brechmag « Wolf-field » , otherwise Enach selga, « the Moor 



immach LL, in cath H, in a cath R. 



I. 


sic H. 7 R. 


2. 

3- 


in mag Lee 
abâiscnib R 


4- 
5- 


pit R. 
aR. 


6. 


slainge R. 


7- 


stmper R. 



420 Whitley Stokes. 

of the Hunt » : 'tis there that Leinster's first hunt was scattered 
(loosed ?), to wit, a stag and a doe and a fawn and a wolf, 
and the wolf pursuing them. Abach the poet called them 
thus : the stag brochent? the doe bn't, the fawn baigliu and the 
wolf brech. As he said : I beheld a brachcm and a bru | and 
between them a baigliu | — a multitude saw the plain — | and 
a brech killing them » . 

Mugna, then, greatest (moo) of noteworthy things (gnoe) 
was it, to wit, greatest of oaks (or « sacred trees ») r . 

Or Mugna from nwo-gnia, that is, greatest of sister's sons, 
because gnia means a sister's son, as is said in the Brctba Nemed 
(« Judgments of the Notables ») gnia sethar, that is a sister's 
son. He 2 was indeed a son. Berries to the berries the strong 
(guiding?) Upholder put upon his tree. Three fruits upon it, 
namely acorn, apple and nut, and when the first fruit fell ano- 
ther fruit used to grow. Now it was for a long while hidden 
until the birth of Conn of the Hundred Battles (when it was 
revealed). Njnine the Poet cast it down in the time of Dom- 
nall son of Murchad King of Ireland, who had refused(?) a 
demand of Ninine's. Equally broad were its top and the plain 
(in which it stood »). Or it may hâve been in the time of the 
sons ofAed Slane that this tree and the Bile Tartan fell toge- 
ther. Thirty cubits was its girth, and its height was three 
hundred cubits, and its leaves were on it always. Whence Mag 
Magna « the Plain of Mugna », is said. 

Also in BB. 368 15 26: H. 23*: Lee. 466*. The part about Brechmag is 
also in LL. 200*63, and in the Félire of Oengus, Dec. 11, there is a note 
on the tree of Mugna. See also LL. 200* 12, where four other famous 
trees (including the Bile Tartan) are named. 

Mag Mugna seemsfrom the note just mentioned tohave been in the east 
of Leinster on the brink of the river Barrow. 

Brechmag (anglicised Breaffy) : there are places so named in Connaught 
and Tirconnell. This Brechmag must hâve been in Leinster. 

1 . The eo Mugna hère referred to, was an oak (dair): see LL. 2oo a 12. 

2. Christ apparently is referred to. His Virgin mother is called « our 
sister » in the Félire, Dec. 14, and in Cormac's Glossary, s. vv. niae and se- 
thor. The Trefuilngid treorach « strong upholder », seems an alliterative ken- 
ning for God or Christ. 



The Rennes Dindsenchas. 421 

Conn Cctchathach was overking of Ireland from A.D. 123 to 127: Dom- 
nall son of Murchad from A.D. 739 to 758 : the two sons of Aed SLiine 
(Diarmait and Blathmac) from A.D. 657 to 664. 

baigliu « fawn », seems cognate with Gr. çây.Àoç « lamb », root çay to eat. 



35. Belach Coxglais. 

Bealach Coxglais, canas roainmniged ? 

Ni ansa. Glas in secbtmad mac Duind Desa, dalta do Etz'r- 
scel Mor do rig Eremi, 7 i * Temrai^ roalt in Glas, 7 is é ba 
toisech corcairti la hEt/rscél 7 la Cowaire. Intan iar[u]m do- 
chuadûW a braithre for àïbeirg co hlngcel 2 luid-sium lia conu 
i mag T'tvaiach, cou tarla fiadmuc do, co nâechaid reime fodess 
cusm mbelach n-ucut, co torchair an[d in] mucc 7 in conart 7 
Glas, undtf Belach Conglais. 

Sccht meic Duind Desa didiu : 

Fear gair f/ïsin forcsin, 
Fer lée fri cloistecht, 
Fer rogain fri hairdmes, 
Lomna [druth] fri druidecht, 
/ Fer rogain > f;i nascad niad .i. f/ï galu trenfer, 
Fer gel fri galaib ôeinfir, 
Fer glas fri awcairecht, 

ut âicitur de no;/;//zib;^ et moiribz^ et (actis eorwm isin-Duil 
[Laech-]sloindti Laigen. 

Glas was the seventh son of Donn Desa and a fosterling of 
Etirscel the Great, King of Ireland. In Tara Glas was reared 
and 'tis he that was Master of the Hounds both with Etirscel 
and Conaire. Now when his (six) brothers went a-reaving to 
Ingcél, Glas proceeded with his hounds into the plain of 
Tara, and there he met with a wild pig which went away 
before him southwards as for as yon Pass, and there fell 



1 . a R. 

2. haingel R. 

3 . rogair R. 



422 Whitley Stokes. 

the pig and the hounds and Glas (himself), whence Belach 
Conglais. 

Donn Desa's seven sons ; Fer gair for the look-out, Fer lée 
for hearing ; Fer rogair for judgment : Lomna druth for wiz- 
ardry : Fer rogan for tying up champions, i. e. for cham- 
pions' fights. Fer gel for duels : Fer glas [— Glas, supra] for 
managing packs of hounds. [concairecht, an cœ. Asy.] 

Also in BB. 369* 5 : H. 23a : Lee. 466*. Versified, LL. 195b 16, from 
which it appears that there were more pigs than one, that they were 
fashioned by magie (mucca delbda druîdechta), and that, in fact they were 
the Red Swine of Drebrenn (mucca derga Drebrinne), as to which see 
no. 71 (Duma Selga), no. 73 (Loch NeilT), and no. 77 (Corond). 

Belach conglais now Baltinglas, co. Wicklow. Fer gair, Fer lee and Fer 
rogain occur in the Togail bruidne Da Derga, LU. 84 b . For Conaire and 
Ingcél see the same tragic taie. 



36. Âth Fadat. 

Âth Fadat, canas roainmniged ? 

Ni anse. Imairecc twesat côraid 1 Laigm eturru. 2 .i. Etan 
Cen[n]d^rg mac Cocca coni threbluebt 7 Liath Daire Leith 
Hua Falge o Loch Lurgan coni daind [fo. ioi b 2] .i. Fadat a 
mac, Dôee 7 Cœchne a di ingin, im toradh na B^rba, co tor- 
chair in Liath isin chomruc. Tinoilset cland in Leith la so- 
dhoin 7 marbtar Fadat for a âth isin imairec tanaise. Lenaid 
[iarum] na da ingin iarsin Étan [co]a rath 7 nomarbaid inde. 
7 unde Râitb Etain. Luidset na hingena arcul, co ;;-apaid Dxe 
ic Lindid Dœe for Berba 7 Cœchni for a cluain. Unde Ath Fa- 
dat 7 Râitb Etain 7 Cluain Caechni 7 Lind Dxe 7 Daire in 
Leith. 

Etan cecinit quod sequitur3. 

Monûar ni-for-tâthaig 4 
ni ba deoch do blathaig, 

1 . corcaid R. 

2. sic LL. l.se R. is meant for inîer se. 
5. senciut!ft»r, R. 

4. sic LL. ni iortathaid R. 



The Rennes Dindsenchas. 423 

ni béra îor màthair 

mac o sund [immach] l . 
Fadat o Loch Lurgan, 
aàbeir îrib in t-augtar 2 
dofasth do g£e bulgach 

f;ï Laigniu hi cath. 

Fadat : Ticfa Doe 3 ni dineoch 
co leind is co m[i]leoch, 
co w-arm daigrech direoch, 

do 4 cur coscair cruaid : 
ticfa î Caschni cabsaid 
co n-arm agmtfr arsaid, 
ragaid dar bar n-amsaib, 

issi 6 beras buaid. 

Etan : IS e a fir nzch ietar 
ni-dam-gebend ecal 
dom leud nô dom ledrad 7 

i cath claidbech cruaid. 
dofaethsaid dom tathluib, 
is dofeth îor mbrathair, 
rosia co îor mâthait, 

is me b/ras 8 buaid. 

Fadat : He do dil, a drerfir, 

ni doncoiscfed Gasidil, 
do claideb 9 fein fasndil 

tescîas dit do chend. 
dotrua Doe I0 na ndonnbrat 
ocus Cœchni comnart 
is Fadat fer fond baie, 

bid comrac tri 1 tend. 



1 . sic LL. 6. isi R. 

2. sic LL. antucatar R. 7. sic BB. Iedrag R. 

3 . sic Lee. Ticfad dase R. 8 . sic LL. beris R. 

4. sic Lee. di R and BB. 9. sic BB. claidem R. 

5. tiefai Lee. tiefaid R. 10. sic BB. do crua Das R. 



424 Whitley Stokes. 

Etan : IS misi [in] cur cétach 
co slog adbal echtach, 
am draicc dine drechtach, 

derb is dam is dual. 
tucus mor do cathaib, 
ni gebat frium athaigh, 
dorochair (or n-axhair, 

toeth 2 in mac, monuar. 



Monuar ni 3 



Aïliter Ath Fadhat : Liath Daire Leith teora hingena lais, 
Doe4 7 Caechni 7 Fadhat. Luidset dia îoihruccud hi Linnigh 
na Tarb, 7 mar do sillset foraib fodesin batar i ndelbaib tri ier 
cona n-ulchaibli*. Amsôi Fadhat co torchait ic Ath Fadhat 7 
Das co Lind Dôe co torchair ann. Luidh d'idiu Caschni co Sin- 
sinc[h]ell 'na thigh, 7 audbrais dô a baile fera hic. Unde Cluain 
Caechni. Sic in Mirabilibw^ duorum Sincellorwm. 

Champions of Leinster fought a combat between them- 
selves, to wit, Etan Redhead son of Cocca, with his household, 
and Liath of Daire Léith « Liath's Oakwood » from Loch 
Lurgan, with his children, namely Fadat his son and Dôe and 
Caechne his two daughters, concerning the produce of the 
(river) Barrow (i. e. its fish). Liath fell in that combat. 
Thereat Liath's children gathered together, and in the second 
combat Fadat iskilled. So then the two daughters follow Etan 
to his fortress (râth), and therein they kill him. Whence 
Rail) Etàin. The girls retreated, and Dôe perished in Lind 
Dôe on the Barrow, and Caechne on her lawn [i. e. Cluain 
Caechne]. Whence Ath Fadat and Raith Etainand Cluain 
Caechne and Lind Dde and Daire in Léith. 

Etan sang what follows : 

Alas he, Liath, haunteth you not : there will not be (even) 
a drink of buttermilk 6 . Henceforward your mother will bear 

1 . sic BB. tre R. 3. .m. R. 

2. tseth BB. taoth R. 4. sic BB. D« R. 

5. sic BB. omdulchaib R. 

6. Perhaps « a drink to a woman « : biathach .i. bean, P. O'Connell. 



The Rennes Dïndsenchas. 425 

no son. Fadat from Loch Lurgan, the author déclares to you, 
will fall by a bulging spear in battle against Leinstermen. 

Fadat : Dôe will corne, not a healing draught r , with a 
maatle and a brooch, with a fiery, straight weapon to cause 
hard slaughter. Caechne the constant will corne with a war- 
like ancient weapon, she will overthrow your soldiers, 'tis she 
that will carry offvictory. 

Etan : This is a truth thou knowest not, that I shall hâve 
no fearof being wounded ormangled in sworded hardy battle. 
Ye will fall by my slingstone (?), and your brother will fall : 
he will betake himself to your mother : 'tis I that shall carry 
of victory. 

Fadat : Woe's thy fate, thou base man ! the Gaels will not 
check us : thine own straying swofd will eut off" thy head. 
Dôe of the dun mandes will corne to thee, and vigorous Cae- 
chne, and Fadat a strong-soled (?) man: there will be a con- 
flict with three stark onés. 

Etan : 'Tis I am the hundreded champion, with an army 
vast (and) deedful. I am the dragon of numerous générations : 
'tis certain it is meet for me. I hâve delivered many battles, 
giants will not prevail against me ; your father has fallen : 
the son will fall, alas ! 

Otherwise: Ath Fadat ; Liath of Daire Léith had three dau- 
ghters, Doe and Caechne and Fadat. They went to bathe in 
Linn na Tarb « the Pool of the Bulls », and when they 
looked at themselves they were in the shapes of three bearded 
men Fadat turned and fell at Àth Fadat, and Doe to Linn 
Dôe and there she fell. Then Caechne went to Sinchell Se- 
nior in his house, and for curing lier she offered him her 
stead. Whence Cluain Caechne. Thus it is in the Miracles of 
the Tzuo Sinchell s. 

Alsoiu LL. 195b 2 5 : BB. 369^ : H. 23b, and Lee. 466 b . 

Ath Fadat « Fada's Ford » now Ahade: co. Carlow. See O'Curry, 
Manners and Customs III, 404. 

As to the two Sinchells see Fèl. Oeng. March 26, June 25, the Four 
Masters, A.D. 548 and 982, and Colgan, Acta Sanctorwu Hibemiae, 
pp. 747, 748. 

I . dineach salutary liquor or drink, P. O'C. 



426 Whitley Stokes. 

37. Belach Gabrain. 

Belach Gabran, canas ro ainmniged ? 

Ni ttnsa. Gabrdn câ Failbe Fla[i]nn dodechaid ior lurg Lur- 
gan .i. mue bôi ind Druim Almoine, 7 ni fudir a hinadh leis 
co ndechaid fo thalmhoin i Monaidh Almaine, conid de asberar 
Loch Lurgan i Monaid Alinn. Uair na tarthaidh in eu in fiadh, 
7 nd ron-ela nacb fiadh riam diandergadh nô diangaradh, imsde 
dia thig arcûlu, co roemidh * a cridhe andsin forsin belacb. 
Unde Belacb Gabrain. 

Gabrdn, a hound of Failbe Flann's, went on the track of 
Lurgan, a pig that haunted Druim Almaine, « the Ridge of 
Allen », and had no place (of rest) from the hound, tillitrush- 
ed under ground in the Bog of Allen. So from it is called 
Loch Lurgan in the Bog of Allen. Since the hound did not 
overtake the quarry, and no quarry of his had ever before es- 
caped rapid reddening or rapid warming 2 , he turned back 
homeward, and his heart broke there on the pass (where he 
was buried). Hence Belacb Gabrain « Gabrdn's Pass ». 

Also in BB. 369b 47: H. 24*: Lee. 467**: SilvaGadelica, II, 534.Versified 
in LL. 196a : from which it appears that the pig was grey and blind of an eye. 
Belacb Gabrain now Gowran Pass in the co. of Kilkenny. 



38. Sliab Mairge. 

Sliab Mairgi, comas roainmniged ? 

Ni ansa. Marg mac Giusoigh meic Lodoin Leith Luac/;ra, 
refaire rig Fomoire .i. Cendtarcluais a ainm .i. cefeluasta. 
Eocha dano Munisti for côiàà Gailian ann. Targlamsat Làigtw 
a cis rer/;/aidhe do co Belach N^;«ed. Rainic dano a biad 7 ni 
comarnaic a deogh niadh. Rongab deine im tomoilt in tirm- 
carna co ndeemaie tart braighit do, co tathaim de 7 a cenn fri 
cenn in tsleib. [Unde] Sliab Mairge. 

1. sic BB. arculadh corofeimidh, R. The poem in LL. 196^ 9 has ra 
chiômaid « broke like a nut » . 

2. « being killed or cooked », O'Grady. 



The Rennes Dindsenchas. 427 

Marg son of Giusach son of Lodan the Grey of Luachair 
was the steward of the Fomorians' king whose name was 
« Century-ear », that is, having a hundred ears. Now Eocho 
Muniste was then overthe province of the Gailians (Leinster). 
The Leinstermen brought together the lawful tribute to him 
to Belach Nemed (on Sliab Mairge). Now his food arrived, 
but his champion's drink did not meet him. Eagerness as to 
eating the dry flesh seized him, and drouth attacked his throat, 
so that he died thereof witn his head against the head of the 
mountain. Whence Sliab Mairge, « Marg's Mountain ». 

Also in LL. i6o a 12 : BB. 370^ 16 : H. 24»: Lee. 467b; Bodl. no. 39. 

Sliab Mairge now Slieve Margy in Queen's county. Belach nemed (Belach 
Edinn in LL., B. Eidind. Lee.) not identified. 

As to the Fomorians see O'Mahony's Keating, pp. 116, 124, 126, 142, 
and Rev. Celtique, XII. 58, 129. 

39. Ard Lemnachta. 

Ard Lemnachta, canas roainmniged ? 

Ni ansa. Cath tue Crimthann Sciathbel ri Laigm db Tua- 
thaib Fidhgha 7 Fochmaind. Nert cet cach fir dib. Atbailedh 
[inti] fora nde/'gdàis, 7 ni gabdais renda no febra fnu. 

Tue da.no Crimthann clainn Cruithnig do cobraidh cucu, 7 
doruaichill foirb Fer Fidh[gh]a doib dia mbidis coscraigh 1 . As 
ann isbm Trostan drai Cruithnech : « Tomlactaiter 2 .111. lul- 
gach n-asnndatha i n-am clasaig, 7 nan-gonfat Fidhghaide3 fo- 
thraiether sin lemnacht sin, 7 atré slan o neimib a n-arm. Ana 
slaidfider dibseom immorro dichnetar uile. » 

Fognid samlaid 7 ba coscrach Crimthann 7 torcradar Tua- 
tha Fidhga. Unde Ard Lemnar/;/a. 

Crimthann Shieldmouth delivered battle to the Tribes of 
Fidga and Fochmann, of whom each man had the strength 
of a hundred. He whom they wounded would perish, and 
neither points nor edges used to hurt them. 

1 . coscraidh R. 

2. sic BB. Tamlachtain R. 

3 . nongonfat lïghdbaide R. 



428 Whitley Stokes . 

Now Crimthann brought the clan of Cruithnech (the an- 
cestor of the Picts) to help his men, and promised them, if 
they were victorious, the héritage of the Men ofFidga. Then 
said Trostan a Pictish druid : « Let thrice fifty milch-kine be 
milked into one trench, and let him whom the Men of Fidga 
shall slay be bathed in that milk, and from the poisons of 
their weapons he shall arise healed. But let those of them 
that shall be slain lose their heads. » 

Thus was it done, and Crimthann was victor, and the Tri- 
bes ofFidga fell. Whence Ard Lemnachta « the Height ofthe 
New-milk. » 

Also in BB. ^o* 38: H. 24a: Lee. 4Ô7 b . Versined, LL. 196» 12-32. See 
O'Curry's Lectures, p. 450, O'Mahony's Keating p. 215, Skene, Chron. 
Pict. 450, and Ir. Nenuius éd. Todd, pp. 122, 124, lxviii: 

Ard Lemnachta must be in the barony of Forth co. Wexford, where the 
Tuatha Fidga (infamous for their use of poisoned weapons) formerly dwelt. 
They were, according to LL. I5 a 25 and Lee. cited in Ir. Nennius, lxviii, a 
tribe of Britons. 

40. Loch Garman. 

§ 1 . Loch Garman, cid diata ? 

§ 2. Ni misa. Garman Glas mac Degann rohadnacbt ann, 
7 intan foclas a fert is ann romebaid in loch fo tir. Undc 
Loch Garman et cuiits erat (rater Dea mac Degann, a q//o In- 
ber nDeda i Crich C\i;\\auu et xeliqua. 

§ 3. Aliter Loch Garmon .i. Garmun Garb mac Borna leice 
robaided and la Catha/r Môr hi tipraid Puirt Cœlranna, ar ba 
hé a ctfYainm, 7 is and mebtf/J in loch t//;/c. Feis Temra fo- 
gnit[h]e la Catha/V ar samoin, tri laithi riam 7 tri îaritin, cen 
gait is gan guin, gan aidbriud, gan athgabâil, gan eccraiti, 
gan aithed, co nid ann dofall Garmun minn ôir mna Cathâir 
iar mbeith. don tslog ar mesce. M//5luid Garmon le mind ôir 
na rigna 7 muinter Càthair freis co ruccad fair ic tiprait Cael- 
cenda. conid aca ba[d]ad rornebaidin loch. UndcLoch Garmon. 

§ 4. O Slainge mac Delà, o rig Fer mbolg ainmnigt/#r in 

1. sic BB. a R. 

2 . a tosaig R. 



The Rennes Dindsenchas. 429 

aband .i. Slaine 7 \r\ber Slaine. I n-aimsir Czthâir immorro 
ainmniug//i an locha amail asbert hi I fis Catlw/V. 

§ 5 . Fecht i tosach 2 a bcthad do Cathâir ina codlad co facca 
ingin I in briugtf J [cétaig] co ndeilb càin 7 car/; dath ina tim- 
taig 7 si torrach. Dccc. bliadan di samk/c? co ro té gein mac 
7 ba treseam olda a mâthair in laithe romccaa. Cuirit gliaid, 
7 ni fuair a mâthair inad dia imgabail tfr/;f ter/;/ tre merfô/î in 
ma[i]c. Cnocc oeibind osa cind 2 dib linaib, airde car/; tulaig 
co slogaib and. Bile etrocht amail or 3 isin cnuc, cosnied co 
niula ara airde. Cach ceol ina duillib. Brechtais a torrthea in 
talam [intan] nom-benad gasth. Rogha toraid do car/; oen. 

§ 6. Mos-duisci 4 la sodoin conagatt a drûi .i. Brii mac Bair- 
ceda, inadochum 7 atfet scela do. « Eirnifetsa insin, » ar Brii. 
« Is i in ingen .i. in abann diana[d] comainm Slaine. IS iat 
[fo. I02 b 2] na datha ina hétgud, ôes ca^/;a dana cen mandus 1 * 
fodla no aiste. IS é in briugfl [cétach] ba hathuz/r di .i. talum 
triasa ta cet cach genemain. IS é in mac boi 'na broind .dccc. 
bliadan, loch geinfes a sruthflr na Slaine 7 id lind-siu mus- 
luidfe. Treisi in mac olda a mâthair, in là genfes in loch baid- 
fidh in aband uile. Sloigh imda, cach 'ga hol-si 7 'ga ol-som. 
ISé in cnoc mor osa cind 6 , do nert-sa os cach. IS é in bile co 
ndath ôir corn. tort[h]aib, tusa os Banba ina tlaithius. IS é ceol 
bôi hi mbarraib in bile, h'urlabra hi coma 7 ic coicert breath 
nGa^idel. IS é gasth no trascrad in toradh 7, h'inech-sa fri fo- 
dail s sét 7 moine; 7 rotoimli », ar Brii, « breith na fisi-se », 
7 ri. 

§ 1. Loch Garman, whence is it ? 

§ 2. Easy to say. Garman Glas son of Dega was buried 
there, and whcnhis grave was dug then thelakeburstthrough- 
out the land. Whence Loch Garman. His brother was Dea 
son of Dega, from whom (is called) Liber Dea in Crich Cua- 
lann, etc. 

§ 3. Otherwise: Loch Garman. Garman the Rough, son of 

1 . sic BB. facaid ingen R. 5 . coninindw R. 

2. sic BB. chind R. 6. sic BB. chind R. 

3. ôir R. or BB. 7. sic BB. toraidh R. 

4. mosduisccd R. 8. sic BB. fogail R. 

Revue Celtique, XV. 29 



430 Whiiley Stokes. 

Boimm Lecc, was drowned there by Cathdir the Great in the 
well of Port Coelrenna » the Harbour of Narrow-point », for 
that was its first name, and 'tis there then that the lake burst 
forth. The Feast of Tara was held by Cathdir at samuin 
(Nov. i), three days before and three after, without theft and 
without slaying, without reproof, or reprisai, or enmity or 
elopement. But there German stole the golden diadem of Ca- 
thdir's wife, the assembly being then intoxicated. OfF went 
Garman with the queen's golden diadem, (and) with Cathâir's 
household at his heels, till he was overtaken at the well of 
Coelrind, and when they were drowning him the lake burst 
forth. Whence Loch Garman. 

§ 4. From Slainge son of Delà, from the king of the Fir 
Bolg, the river Slaney is named, and also Inver Slaney. In 
Cathdir's time was the naming of the lake, as he said in Ca- 
thâir's Vision. 

§ 5. Once in the early part of Cathdir's life, as he was 
asleep, he saw a hundreded hospitaliers daughter with a beau- 
tiful form, and every colour in lier raiment, and she was 
pregnant. Eight hundred years she was thus, untilshe brought 
forth a manchild, and on the day he was born he was stronger 
than his mother. They begin to fight, and his mother 
found no place to avoid him save by going through the mtdst 
of the son. A lovely hill was over the heads, of them both : 
higher than every hill, with hosts thereon. A shilling 1 tree like 
gold stood on the hill : because of its height it would reach to 
the clouds. In its leaves was every melody; and its fruits, 
when the wind touched it, specked the ground. The choicest 
of fruit was each of them. 

§ 6. Thereat Cathdir awakes and summoned his wizard, 
Bri son of Baircid, and tells him his taies. « I will rede that », 
says Bri, [« if I hâve a guerdon therefor ». « Thou shalt 
hâve », says the king, « every thing that thou mayest 
demand »]. « This », [says the wizard,] « is the damsel, 
the river which hath the name of Slaney. Thèse are the 
colours in lier raiment, artists of every kind without same- 

1. Literally « beginning ». 



The Rennes Dindsenchas. 431 

ness of distinction or peculiarity. This is the hundreded hos- 
pitalier who was her father, the Earth through the which 
corne a hundred of every kind. This is the son who was in 
her womb for eight hundred years, the lake which will be 
born of the stream of the Slaney, and in thy time it will 
corne forth. Stronçer the son than his mother, the dav that 
the lake will be born it will drown the whole river. Many 
hosts there, every one a-drinking from the river and the lake. 
This is the great hill above their heads, thy power over ail. 
This is the tree with the colour of gold and with its fruits, 
thou over Banba (Ireland) in its sovranty. This is the music 
that was in the tops of the tree, thy éloquence in guarding l 
and correcting the judgments of the Gaels. This is the wind 
that would tumble the fruit, thy liberality in dispensing jewels 
and treasures. And now, « says Bri, « thou hast partaken of 
the rede of this vision ». 

Also in BB. 270b 26: H. 24b; Lee. 468 a . Paragraphs 2 and 3 are also 
in LL. 1 59 a 37 and in Bodl. no. 5. The whole is versifled inLL. 1 96 a -i97 a . 
Crowe has edited the taie in prose and verse (from Lee. and LL.) in the 
Journal of theKilkenny Archaeological Association for January 1872. There 
is much fancy in the account of Cathâir's Vision. 

Loch Garman now Wexford Harbour. Inbcr Dca the mouth of the Vartry. 

Cathâir Môr overking of Ireland from A.D. 120 to 123. 

The briugu cétacb or « hundreded hospitalier », was a landholder legaliy 
bound to entertain travellers and his chief s soldiery, and to possess a hun- 
dred slaves and a hundred of each kind of domestic animal. 



41. Loch Dacàech. 

Loch Dacâoch, canas loainmniged ? 

Ni ansa. Dacaech ingen Cicuil Glicergluin meic Tuathmair 
o Sleib Admoir .i. Cicul doriacht .ccc. fer for oencosaib 7 for 
oenlamaib 7 œnsuilib 7 a mâthah amaille fris. .i. Lot Luam- 
nach, 7 Fuata Bé-Fail a bean, 7 is é fath a a n-imluaid, do 
chosnam Erenn fri macu 2 Miled. 



1 . comadh, comhadh, from corn, comh .i. coimhéud a guarding, watching, 
keeping, P. O'C. 

2. frine a q»o R. 



43 2 Whitley Stokes. 

Amlaid don[o] bôi Fuata, 7 hi torrach, 7 dorhcbt a ham, 
7 rotuisim oen ingin l daill .i. Dacaech a ainm. Muslui uaidhc 
gan fuirech asin purt isin loch, coros-baide and. JJnde Loch 
Dacaech. Figset cath iarwm fri daiiid Miled, 7 doroch[r]adar 
uile hî snnn. 

Dacaech was the daughter ofCicul Glicerglun sonof Tuath- 
mar from Sliab Admor. Cicul came with three hundred men, 
each using only one leg and one hand and one eye, and his 
mother Lot Luamnach, along with him, and his wife Fuata 
Bé Fail. And this is the cause of their journey, to contcnd 
for Ireland with the sons of Mil. 

Thus then was Fuata, with child. And her time came, and 
she brought forth one blind daughter, named Dacaech, who 
fled from her mother without delay out of the maaeion 2 into 
the lake, and drowned herself therein. Hence Loch Dacaech. 
They fought a battle against the Children of Mil and in it they 
ail fell. 

Also in BB. 372^42: H. 26 a : Lee. 470a. Still more meagre versions are 
in LL. i6g b 10-14 and in Bodl. no. 57. See also Silva Gadelica, III, 513. 

Loch Dacaech is now Waterfotd Harbour. « Sliab Admoir » is in the fol- 
lowing poem S. Amhoir. 

In the men « on single feet and on single hands and single eyes » we 
seem to hâve a référence to a magical process : see Revue Celtique, XII, 
99, and add this from the Togail Bruidne Du Dcrga: For oen choiss 7 ôen 
lâim 7 oen anâil rachain dôib insin. « On one foot and one hand and one 
breath she sang that to them », LU. 86 a ». 

In Bè FUI « woman of Ireland » bè (ex * bepes) is a neuter stem in s, 
which Lidén connects with the kebs in German Kebsfraii. See Ceilbe supra 



42. Port Lairgi. 

Port Lairge, cmas xoainmniged ? 

Ni ansa. Fecto^ dolûidh Roth rafle Cithaing meic righ Indsi 
Aine a tirib iat[h] Fomôrach la haircing i tire do cuairt coi- 

1 . ingen R. 

2. port a palace or royal seat : any great building, P. O'C. 

3. haircind Lee. and BB., seems = Welsh arbenn. P. O'C. has âircheann, 
ôircbcann a noblcman, a chieftain. 



The Rennes Dindsenchas. 



453 



crich, co cuala anni, dord na mw/'duchanndo Muirlcht. Roim- 
rdidh forsin lairgi co comhrnaig friû. hsed fuath atcondairc 
ann, na mwrduchaind .i. ingena macdiubta as coeme cruth 7 
âenian, co mongaib buidhe, co c[n]essaib gela ûas uiscib léo. 
Méitit/;/r oen na tular/; àano in t r -ichdar brothwrluibnech 
biastaide 2 dofil léo fo uisgib. Ccchnadar dord n-amra do Roth, 
co rotuil sûan, comwj-dailsed na pidssda ina dôchcum 7 nam- 
brethed i n-aigib, 7 faidhid in muir a kiairg [hijsunda, 7 no- 
talladh 61 cet a mael a chnamha. Unde Voit Lairg[e] 7 assin 
rofoillsig Maen mac Etna : 

Cur crod^rg cet n-ilach 

bréo dâna bdr niad 

iath Aine truagh 3 airle 

ter/;t turthaid céim 4 cechaing 

îecht fordail goth nathwr 

bas bosgill fore guba. 

fit muirbrinà ceol tuilsi 5 

os Ich[t]-muir dord duchand 

drecht nurgart dith n-œnma/'c 

cruaidh Cithaing Roth comainm 

triath araich min[a]airlech 

codh m[b]iasda tonn turchur 

iath nElga 6 coït mbodba" 

mul mâcha sorb 8 sulmer 

slis comfat tocht troimfer 

lôn lairci lecht miled 

dian magus9 port curadh. 

[coir ceachaing ar cach bac«r.] Cur. 

Once upon a time Roth son of Cithang, son of the king of 
Inis Aine, went from the lands of the Fomorians' countries, 
with the chieftain of the land to go round his boundary, when 
he heard somewhat, the burden of the mermaids of the Ictian 



1 . nî R. 6. ndelga R. 

2. sic BB. bîasdâighe R. 7. mbadha R. 

3. truadhR. 8. slorb R. 

4. céin R. 9. sic BB. and Lee. madhar R. 

5 . duilsn/5 R. 



434 Whitley Stokes. 

Sea. He rowed on the sea till he met them. This is the appar- 
ition that he beheld there, the mermaids, to wit, grown-up 
girls, the fairest of shape and make, with yellow hair and 
white skins above the waters. But huger than one of the hills 
was the hairy-clawed bestial lower part which they had be- 
neath. They sang a wonderful burden to Roth, so that he 
slept a sleep. Then the monsters flocked towards him, and 
they carry him off in joints, and the sea sends his thigh 
hère (to Port Lairge), and the drink of a hundred would fit 
on the flat of its bone. Hence Port Lâirge « Port of the 
Thigh », and 'tis that which Maen son of Etain made manifest 
[in the following poem :] 

A bloodred champion of hundreds of paeans, the bold flame 
of your heroes », etc. ^ 

Also in BB. }j2 h : H. 26* and Lee. 470». A variant in LL. 169^ 11 and 
Bodl. no. 24. 

Port Lairge now Waterford. Muir nlcbt the Channel between England 
and France. Inis Aine not identified. 

Murduchainn. A synonymous saniguba occurs infra. In the description of 
the mermaids and the effects of their song, the Dindsenchas agrées with 
Physiologus; see Médiéval Lore, 1893, p. 136. 



43. Mag Roigni. 

Mag Roighne, canas ro ainmniged ? 

Ni ansa. Roighne Romanach dodechaid a hEtail 2 co Gailia 
Narbonem i 3 Francaib, co mbôi ic Torinis. Bac 7 rama 7 
tûagh lais. Tri dana dobtrtsat slôg na Galia fair [.i.] uir do 
tarradh [leg. tharraing ?], 7 muighi a fedhaib, 7 scaileadh 
mwrgabla4 srotha Ligir do tasb Toirinsi, 7 fogni-sim sin fri 
teoraib laithi, 7 adaigestar obair n-aile do tabflzVt fair. Mus- 
tetlai uaidib co Hermw iaium co ndeisid 5 i n-Iniliuch Mecond, 



1 . The rest of this production is by me untranslateable. 

2. hadail R. 

3. aR. 

4. murgablaib R. 

5 . deisig R. 



The Rennes Dïndknchas. 43$ 

ar ba dmim fidbaidhe tune 1 , coro selaigh 2 Roighne co mba 
mag. Unde Mag Roigni âicitur. 

Aliter : Roigne Roscadhach mac Ugaine, meic Eachach Bua- 
àaig, méic rig Erenn, ba seadh a forba lia axhair in magh sin, 
et unde Mag Roigni àicitur et hoc carmen * : 

Atcuala daigfer ndamach, 7 ri. 

Roigne the Roman went out of Italy to Gallia Narbon- 
ensis in France and dwelt at Tours. A billhook and a spade 
and an axe he had. Three tasks4 the people of Gallia impos- 
ed upon him, to wit, drawing mould, and (clearing) a plain 
of trees, and letting out an inlet5 of the river Loire from the 
side of Tours. Ail this he did in three days, and (then) he 
feared that another work would be imposed upon him. So 
then he fled from them to Ireland and settled at Imliuch Me- 
conn, for it was then a wooded ridge. This did Roigne clear 
(of trees) so that it became a plain. Whence Mag Roigni is said. 

Otherwise : Roigne Roscadach son of Ugaine, son of 
Eochaid the Victorious, son of the King of Ireland, had that 
plain as his héritage from his father. Hence Mag Roigni is 
said, and also this poem : 

I hâve heafd of a hostful noble, etc. 

Also in LL. 159b 28 (whence Silva Gad., II, 481, 528): BB. 373^25 : 
H. 26 b and Lee. 482b. Mag Roigni is a plain in the barony of Kells, co. Kil- 
kenny. Imliuch Meconn not identified. 



44. Mag Femen, Mag Fera, Mag Fea. 
Mag Femm 7 Mag Fera 7 Mag Fea, canas roainmniged? 



1 . nunc R. 

2. selaidh R. 

3 . cormac R. 

4. dan .i. obair, Lee. Vocab. 

5. lit. a sea-inlet : murghàbhal À. gàbhal mara a creek or harbour, P. 
O'C. pi. n. muirgobuil Ml. 4) J i2, Old-Bret. morgablou, gl. aestuaria. 



436 Whitley Stokes. 

Ni ansa. Tri meic Mogaich meic Dachair do daind Bratha 
meic Deatha [.i. Femen 7 Fera 7 Fea]. Twcad tûag 7 bac 7 
rama etwrra. Intan nobid Femen ic fuilgeth [nobid] Fera 1 ic 
bacad 7 Fea ic tmmugud. Iman dowo nobid Fea ic bacad [no- 
bid] Fera ic fuilged [7] Feme» ic tammigud. Foceirdedh cacb 
uaidib dia celi claschludh er/maid dar in mag beous, coro tsle- 
chtsa[t] tri muigi .i. Mag Femin 7 Mag Fera 7 Mag Fea. 

Aliter: da dam Dile ingine Lugmanrach adbathatar ann, Fe 
7 Maen a n-anmann, et unie Mag Femen compomtur 7 [Mag 
Fea .i.] Fea ingen ElcmflzVe. 

Femen, Fera, fir fatha, 
do sil delbglan deg-Datha, 
Is iad 2 roslir/j/sat na maig3 
Fe[r]a is Femen a ïiàbaid. 

Three sons of Mogach (Mogad ? Inogach ?) son of Dachar 
of the clan of Brath son of Dëath, namely Femen and Fera 7 
Fea. An axe and a billhook and a shovel they brought be- 
tween them. When Femen was shovelling Fera was hacking 
and Fea lopping. But when Fea was hacking Fera was sho- 
velling and Femen lopping. Over the plain each of them kept 
throwing a change of tools to the other : so they cleared three 
plains, namely Mag Femen and Mag Fera and Mag Fea. 

Otherwise : two oxen of Dil daughter of Lug-mannair died 
there, to wit Fe and Mœn were their names, and thercof (the 
Fé-men in) Mag Femen is compounded ; and Mag Fea (takes 
its name from) Fea daughter of Elcmaire (and wife of Net 
maclnddi — LL. 198*" 1 43). 

Femen, Fera, truth of knowledge | of good Dëath's pure- 
formed race, | 'tis they, Fera and Femen, that cleared the two 
plains ofwood. 

Also in LL. 168b 28: BB. 3 7 3 b 17: H. 27s Lee. 470: and Bodl. no. 16. 
Edited from BB. in Silva Gadelica, II, 528: from Bodl. in Folklore, III, 
483-4. Versified, LL. 198* 32. 

1 . Fear R. 

2. uad R. 

3 . muig R. 



The Rennes Dindsenchas. 457 

Mag Femin in the co. Tipperary. The etymology from the oxen's names 
is also in Cormac's Glossary and in LL. 2io a 15. 

Mag Fea « a level plain in the barony of Forth, in the county of Car- 
low », O'Don. Mag Fera not identified. 



45. Tond Clidna. 

Tond Cli[d]na canas roaiïwiniged ? 

Ni ansa. Clidna in[gen] Genaind meic Triuin doàecha id a 
Tulaig da roth, a Muig Mell Tire Tairrngire la hluchna Ciab- 
faindech do rochtain Meic in Ùcc. Dorad sen breg impe, 7 
rosepfaind ceol di isin nai creduma i mbôi *, owatuil fris, 7 am- 
soi a seol frithrosc co tudchaid 2 timcell Erenn fo des, co to- 
racht Clidna. 

IS é tan ronuarcaib i[n] m[ur]brucht nemforcnedech > coro- 
scail fo cricha an beatha frecnairc, foddig robdtfr iat tri 
mortuile Erenn in inbaid-t sin .i. tuile Clidna 7 tuile 
Ladrand 7 tuile m[B]aile ; ach[t] ni i> n-aenuair conuar- 
caibsed. Robe in tuile medonach tuile Ladrand. Dorimart 
in tuile i 5 n-arda 7 [fodali] fo tir Erenn, como tarraid in cu- 
rach n-ucat 7 in ingen ina codlad and forsin trdig, cor'- 
baided annsin Clidna Cruthach ingen Genaind, a qua 6 Tonn 
Clidna nominztur. 

Genand mac Triuin, t[o]rom dil, 7 ri. 

Agus fôs amail rocan Cailti for an dind cétnz i 5 n-aimsir 
Patraicc ara n-agallaim7 éccsamail ingantaigh doronsat ar 
dindsencAaj E'irenn. 

Clidhna cindfind, buan a bét, yrl. 

Clidna daughter of Genann son of Trén went out of Tu- 
lach da Roth (« the Hill of two Wheels »), out of the Plea- 
sant Plain of the Land of Promise, with Iuchna Curly-loeks 

1 . naid creguma ambôi R. s . a R. 

2. ducaid R. 6. quo R. 

3 . nemforcnedecht R. 7 . nagallaib R. 

4. inmaid R. 



438 Whitley Stokes. 

to get to the Mac ind Oc. Iuchna practised guile upon her. 
He played music to her in the boat of bronze wherein she 
lay, so that she slept thereat, and then he turned her course 
back, so that she rounded Ireland southwards till she came to 
Clidna. 

This is the time at which the illimitable seaburst arose and 
spread throughout the régions of the présent world. Because 
there were at that season Erin's three great floods, namely, 
Clidna's flood and Ladru's and Baile's; but not in the same 
hour did they arise: Ladru's flood was the middle one. The 
flood pressed on aloft and divided throughout the land of 
Erin till it caught yon boat and the damsel asleep in it on the 
beach. So there she was drowned, Clidna the Shapely, Ge- 
nann's daughter, from whom Tonn Clidna « Clidna's Wave » 
is named. 

Genann sonofTrén, etc. 

And also in Patrick's time as Cdilte sang on the same dind for 
their diverse, marvellous Colloquy which they made on Ire- 
land's topographical legends. 

Also in LL. i68 b i : BB. 374*2 : H. 24b : Lee. 47 i b ; and Bodl. no. 10. 
and Ed. 2 b 1. Edited (from Ed.) in Silva Gadelica, II, 481, 528. 

Tonn Clidna « a loud surge in the bay of Glandore [co. Cork] much cele- 
brated by the Irish poets », O'Donovan, Topogr. Poems, p. Ixvi. 

Mag Mell a name for Fairyland, which seems from this taie to hâve been 
(like the fabled Atlantis) south or S. W. of Ireland. 

Mac ind Oc son of the Dagda and Bôann. Ladru the first man that died 
in Ireland, LL. 1273 6. 

The « Colloquy, » the Acaïïam ha Scnôrach, edited from the Book of Lis- 
more, in Silva Gadelica, I, 94-233. 

A boat of bronze occurs also in the dindsenchas of Ess Ruaid, no. 81. 
Compare the boat of copper which Wainamôinen, in the last runo of the 
Kalevala, créâtes by his magical singing. 



46. Carn Hûi Néit. 

Canin H/h' Neit, canas roainmniged ? 

Ni ansa. Bres mac Ehdan meic Neit, i 1 Neit mac Nuachai, 

1 . sic Lee. né R. 



The Rennes Dindscnchas. 439 

nô Neit mac Angada senatha/r Breis co n-apa/d ann, acht as é 
Bres fodesin atbath and, ar is e Bres ro/zaitechair [o]ol céiî ca- 
cha cleithe i n-Erinn do hcbt bô [mâile] uidre nô do lacht bo 
oendatha 1 olcena, hi Raitb Nec/tfain Bascain rig Mwman nô 
Necht[ain] Lamdffrg. Forollscath 2 buar Mwman la suide hi 
tinid 3 ratha. Ro[foill]er/;/a iarwm do litin luatha ruis lin com- 
dar dubodra. A comoirle Logha rn^'c Et[h]lenn 7 [Findguill 
meic Findamnois] in drûad4 doronad sin, cor' delbstft indisin 
.ccc. bo cranda co lin[n]paitib dubodraib ina [n]gablaib arson 
delae .i. uithi. Rofothraicit iarwm for dubrodée. 

Dotait iaxum Bres arco faiced éccosc in buair sin 7 coro 
tomlachtais fiadhu, 7 ba Cian doiw eturro. Rofaisced udidib a 
mboi acaib din rodu amail bid blegun wodombligthe 5. Geis 
do Erendc[h]aib cew a romain i n-ain[f]ec/.tf, 7 geis dosum gen 
a ol a mbligfidhe ann. 

Blegair iaram dos^m tri cet duibsesra do rodo ruad mona 
C0«as-eib. Adb^r[a]t aroile secht hiih'i 7 secht mis 7 secbt mbliadna 
{or sergad do, 7 rotoirmcill Erinn f/ïa leigis, co toracht in carn 
cétna, co n-apaid and. Undc Carn ûi 6 Neit nomenatur (sic). 

Bres son of Elathan son of Net — that is Net son of Nua- 
cha or Net son of Angaid ancestor of Bres, died there. But it 
is Bres himself that died there, for 'tis he that in the reign of 
Nechtdn Fairhand king of Munster (or Nechtân Redhand) de- 
manded from every rooftree in Ireland a hundred men's drink 
of the milk of a hornless dun cow, or of the milk of a cow 
of some other single colour. So Munster's kine were singed 
by him (Nechtan) in a fire of fern, and then they were 
smeared with a porridge of the ashes of flaxseed, so that they 
became dark-brown. That was done by the ad vice of Lugh 
mac Ethlenn and of the wizard Findgoll son of Findamnas; 
and they also formed three hundred cows of wood with dark 
brown pails in their forks in lieu of the udder. Thèse pails 
were dipped in black bog-stuff. 

1 . uigre oendatha .i. do lac/;/ bo ûigre R. 

2. for fo-ro-lscalh prêt. pass. sg. 3 of fo-loscaim « suburo », W. golosgi. 

3. tinig R. 5. sic BB. nodombligfe R. 

4. d/ùag R. 6. ûa R. 



440 Whitley Stokes. 

Then Bres came to inspect the manner of thèse cattle and 
so that they might be milked in his présence, and Cian 
(Lugh's father) was also among them. Ail the bogstuff they 
had was squeezed out as if it was milk of which they were 
milked. The Irish were under a tabu to corne thither at the 
same time, and Bres was under a tabu to drink what should 
be - milked there. 

So three hundred bucketfuls * of red bogstuff are milked for 
him, and he drinks it ail ! Some say that he was seven days 
and seven mouths and seven years wasting away because of 
it, and he traversed Erin seeking a cure till he reached the 
same cairn, and there he died. Whence Carn bi'ti Néit is named. 

Also in LL. i6$) a n : BB. 374b 28: H. 28»: Lee. 472b. 

Carn hûi Néit is said to be the ancient name of the Old Head of Kin- 
sale, co. Cork. 

As to Bres son of Elathan, see Revue Celtique, XII, 63, 69, 71, 73. 

As to Lugh son of Cian and Ethliu, ibid. 75 et seq. 127. 

The object of Bres in demanding the milk of one-coloured cows was, 
probably, to make his wife or wives fruitful. As to the prolific properties 
of such milk (ânes bleos eu meoluc) see Cockayne's Leecbdoms, III, 69. 



47. Crotta Cliach. 

Crota Cliach, canas roainmniged? 

Ni ansa. Cliach exuitire Smirduib meic Smail ri na tri Kos, a 
SidBâine. Doluid sidein do thôc///readh [fo. io5 b i] Conchinde 
ingine Bûidhb assid Fear Feimin. Nô comadh Baine a hainm. 

Bôi da.no Cliach bUadain lâ[i]n ic senmaim forsin dinn sin, 7 
ni roacbt co Sidh mBuidhb ni budh neassa la méit cumar/;/a in 
tsidha-, 7 ni coemhnagair ni dond ingenraidh3, acht ro seph- 
faind a croit co roimuidh in 4 talam foi, conzàh as romaidhî 
in draig. 



1. This is a guess : dub-sesra is compounded of dub « black » (hère per- 
haps a mère intensive prerix)and sesra borrowed from Lat. sextarius, whence 
also W. hestaur. 

2. sti'gha R. 4. an R. 

3 . don ningin raigh R. S . romaigh R. 



The Rennes Dindienchas. 441 

As de atâ Loch Bel Dragan .i. drag tinedh fuair mbuime 
TVnoc ann a richt bradain, comdh Fursa ros-atig issin loch r , 
7 issé sin in draig tairrngerthar im réil Eôin do twrgabâil (or 

Erinn £ri deredh domhain [i ndigail Eoin Baiste], 7 is dcsin 
atdt Crota Cliach i 2 Mumain. 

Cliach from Sid Baine (« Baine's Elfmound ») was harper 
to Smirdub son of Smal, king of the Three Rosses. He went 
to invite Conchenn daughter ofFodb from the sid of the Men 
of Femen. Or may be Baine was her name. 

Now Cliach was a full year making music on that hill ; but 
because of the elf's magie might, he got no nearer to the sid, 
and he could do nothing to the girls. But he played bis harp 
till the earth beneath him burst, and thereout the dragon 
brake forth (and Cliach died of terror — tathaim ar finie). 

Hence is Loch Bel Dracon « the lake of the Dragon's 
mou th. », to wit, a dragon of fire which Ternôc's fostermother 
found there in a salmon's shape, and Fursa drove it into the 
lake. And that is the dragon which is prophesied to arise on 
St John's day at the end of the world and afflict3 Ireland in 
vengeance for John the Baptist. And thence are Crota Cliach 
in Munster. 

Also in LL. i6çp 38: BB. 373* 39: H. 28b Lee. 47 3 a, and Lebar Brecc 
242b — Stowe MS. D. 4. 2, fo. 5o b 2. Edited from BB. in Silva Gade- 
lica, II, 477, 523. Edited from Lebar Brecc in O'Curry's Lectures, p. 426. 

Crotta Cliach « Cliach's Harps « (he used to play two at the same time) 
must be on or near Sliab Crot (now Slieve-Grud or Mount-Grud) in the 
co. of Tipperary. O'Donovan (Topogr. Poems, p. lsxxiii) says it is the an- 
cient name of the Galtee mountains. 

Ternôc probably 011e of the five saints commemorated by the Irish Church 
on Jan. 30, Feb. 8, Feb. 28, July 2 and Oct. 3 ; but which? 

Fursa doubtless the abbot of Perunne, commemorated on Jan. 16. His 
so-called Irish Life, preserved in the Bibliothèque Royale, Brussels, 2324- 
2340, ff. 50->-52 b , is.an almost literal translation of Beda's Latin, Hist. 
Eccl., III, iy. 



1 . boch R. 

2. a R. 

3 . This scems implied in the prep. for 



442 Whitley Stokes. 



48. Cenn Febrat. 

Cend Febrad, can as no ainmniged ? 

Ni ansa. Feabra mac Sin derbbrathair sidh[e] do Dhedadh. 
mac Sin, conià romarb Cain mac Deirg Du[a]îaigh, co tue a 
cenn cossin sliab ucut. Unde Cenn Febrat àicitux. 

Doluidhiarwm Garban mac Dedhadh, a quo Dûn nGarbain, 
dia dighail for Cain mac Deircc DujYjk^, conidh romarb for 
Sléibh Câin, 7 co rug a cenn co Cend Feabrad. Mor lâech 
[fo. io5 b 2] 7 Miches 1 ro adhnac/;/ ann la suidhibh im Lugaid 
Laighi 7 [Dojdera mac Aurmora in file 7 Ethne 7 Maer 7 
Mumain [leg. Mugain ?], 7 ri. 

Febra son of Sen was own brother of Deda son of Sen, and 
Cain son of Derg Dualach killed Febra and brought his head 
(cenn) to yon mountain. Hence Cenn Febrat is said. 

Then Deda's son Garban — from whom Dûn Garbain is 
named — went to avenge his uncle on Cain, and killed him 
on Sliab Cain, and brought his head to Cenn Febrat. Many a 
hero and hero's wife has been buried with them there — Lu- 
gaid Lage and the poet Dodera son of Aurmor and Ethne and 
Maer and Mumain (Mugain ?) and so forth. 

Also inBB. 375 b ic): H. 29*: Lee. 473b. 

Cenn Febrat « the ancient name of a part of the mountain of Sliabh 
Riach to the south of Kilmallock, on the confines of the counties of Lime- 
rick and Cork ». O'Donovan, Four Masiers, A.D. 186. SpeltGv;;/ Abratia 
LL. 288 b , Revue Celtique, XIII, 440, where Lugaid Lâga and Dodera are 
mentioned. 

Ddn Garbain now Dungarvan, a seaport in the south of theco. of Wa- 
terford. 

49. Cenn Cuirrig. 

Cend Cuirrigh, canas roainmniged? 

Ni ansa. Cuirrech Life, dia ta Raith Cairr/^, is do ba hingen 

1 . laithes R. 



The Rennes Dindsenchas. 443 

Cochrand mâtbair Diarmata hi Duibne. Inann dono mâthair 
la Cuirrt'c/; 7 la Fothadh Canann 7 la Teidi îngin Meic Niadh, 
a qua 1 ^Enacli Teite, ben sein Find meic Ragawma. 

Find dono do marb Dub hua Duibne, dia roibe Diarmait 
mac Duib meic Duibne, cliamoin sein C«zV[r]igh. 

Bôi cocadh amna; eterra. Imraidi 2 iarwm Cmrrecb modh 
nod-gahad eill for Find. Bôi bancara oc Find i 3 n-oirt/;cr Fe- 
min ior bru Suire anoir, i 3 cathair Duine lascaig, Bodamoir 
a hainm — is di gàvsxher Raith Badhamlirac/;. Is i foluing&fh 
Find do biudh 7 étgud. Luid dono Cuinech co teach Badham- 
rach gurus-on 7 g^r' airg Cathraigh Duine Iascaz^. Dotait 
Find focetoir for slicht C«/r[r]igh, for Sûir, for Feimm, for Tei- 
tiu, for Roighniu, for Eôir, for Gabran, for Bt'rba, co facaFind 
îoscad in fir riam, 7 doleic sleigh fua sgath, 7 docachain b/ïcht 
for a hind, 7 builtuis ind, 7 doa'r de, 7 dotart Find a cenn 
leis co comarnaic madoin moch arabarach cus'm sliab for aice 
Feimm aniar, 7 foc^rd ilaidh ind im cenn Cuir[r]igh, conid de 
goixther Cuirrig. 

Is iarttwz dorochrtir Find mtfc Reghamna^ 7 Teiti a ben do 
oenguin Find dia folwat don cormaim dogeine Find do Fo- 
thad. 

Currech Lifi, from whom is Raith Cuirrig, had a daughtcr 
Cochrann the motherof Diarmait hua Duibni (by her husband 
Dub). And Cuirrech's mother was the same as the mother of 
Fothad Canann and of Teite daughter of Mac Niad, from 
whom Oenach Teite is named. Teite was the wife of Find son 
of Ragamain. 

Now Find killed Dub hua Duibni, whose son was Diarmait 
mac Duib son of Duibne. He was Currech's son in-law. 

So there was savage warfare between them (Find and Cia- 
rech). Then Cuirrech bethought him of a way to get an ad- 
vantageî over Find. In the eastern part of Femen, on the eas- 



1. qwo R. 4. Redhamna R. 

2. sic BB. imraidigh R. 5. eall .i. greimnobaoghal,P. O'C. 
î. aR. 



444 Whitley Stokes. 

tern bank of the Suir, in Cathair Dune Iascaig, Find had a 
paramour named Badammair (from her Rath Badammrach is 
called). 'Tis she that used to sustain Find with food and rai- 
ment 1 . So Cuirrech went to Badammair's house andslew her, 
and destroyed Cathair Dune Iascaig. Forthwith goes Find on 
Cuirrech's track, by Femen, Tête, Roigne, the Nore, Gabran, 
the Barrow, till he saw before him Cuirrech's shadow, and 
throughout the shadow he hurled a spear, chanting a spell 
over its head, and strikes it into Cuirrech, who fell thereby. 
Then Find took Cuirrech's head, and came on the morrow in 
the early morning to that mountain (Cenn Cuirrig) a little to 
the west of Femen, and s et a to mb of stone there about the 
head. Whence Cenn Cuirrig is so called. 

Afterwards Find son of Regamain and his wife Teite fell by 
a single blow ofFind (son of Cumall ?) when they went away 
from the alebanquet which (the latter) Find had made for 
Fothad (Canann). 

Also in BB. 376* 34: H. 29 11 : Lee. 474*. Versificd, LL. 191b 31. 

Cenn Cuirrig must be somewhere near the Curragh of Kildare. Cathair 
Dune Iascaig, now Cahir a town on the Suir inTipperary. 

Raith Badammrach was perhaps near Cahir. See O'Curry's Lectures, 
p. 305, and Revue Celtique, VII, 291. 

As to the relation of Cuirrech's shadow to his soûl, see Tylor's Primi- 
tive Culture, 2d éd., I, 430, 435. Some other events which took place after 
Cuirrech's death are recounted infra in no. 52. 

50. Temair Luachra. 

Temair Luac/;ra,canas roainmniged? 

Ni ansa. Tea 2 ingen Lui[g]dhech meic Itha bean Eirimon 
meic Mïicd, 7 is di tnecad Temair Luachra. 7 Temair Bregha 7 
cicb Temair olcena dofil i 3 n-Eire. Luacair immorro fodesin 
ba magh scothach co reimes mac n-Ugaine 7 co gein Chuind 
ut ali[i] dicunt, fodéig is indi dobruindset Siûir 7 Eôir 7 Berba 



1 . Compare Cormac's Glossary, s. v. Orc trèith. 

2 . Temair R. 

3. a R. 



The Rennes Dindsenchas. 445 

7 Loch Riach 7 Loch Léin i 1 Luachair, 7 atces Bile Tortan 
7 Éo Rosa [7 Craeb Mugna 7 Craeb Dathi] 2 , de quïbus Finn- 
tun dixit : 

In Luachoir dowo, in Luachair, etc. 

Tea daughter of Lugaid son of Ith wife to Erem son of Mil 
(from lier Temair was derived), and to lier was given Temair 
Luachra and Bregian Temair and every other Temair which 
exists in Ireland. Now Luachair itself was a flowery plain till 
the time of the sons of Ugaine — or (as others say) till the 
birth of Conn (of the Hundred Battles). For 'tis then3 that 
(the rivers) Suir and Nore and Barrow burst forth, also Loch 
Riach, and Loch Léin in Luachair ; and Tortu's Tree and the 
Yew of Ross and the Tree of Mugna and the Tree of Dathe 
were (first) seen. Whereof Fintan said : 

The Luachair, then, the Luachair, etc. 

Also in BB. 376b; h. 29b: Lee. 474 b . Edited from BB. in Silva Gade- 
lica, II, 477, 523. 

Temair Luachra somewhere near the town of Castle-island in the co. of 
Kerry, v. O'Donovan, Four Masters A.D. 1580, p. 173 1, note c. 

As to Tea and Temair Breghda v. supra, no. 1. 

Ugaine was killed (according to the Four Masters) A. M. 4606. 

The Suir rises in the co. of Tipperary, the Nore inKilkenny, the Barrow 
in the Slieve Bloom Mountains. Loch Riach is in Galway, Loch Léin (now 
the Lakes of Killarney) in Kerry. As to Tortu's Tree (an ash), the Eô Rosa 
(a yew), the Tree of Mugna (an oak), and the Tree of Dathe (an ash), 
see LL. 199b 61 et seq. 

51. Sliab Mis. 

Sliab Mis, canas ro ainmniged? 

Ni ansa. Mis ingen Mairedha, ben Caeimgin Congancnis 
meic Degdd, is di tucad Sliab Senaig Gairb meic Degad ina 
tochra. 7 ar airisem 'go a fir tareis na himirce dia tanic Eochaid 
7 Rib da mac Ma/reda meic Cairedha, a quibus Loch nEchach 

1. a R. 

2. sic Lee. 

3 . indi « therein ». i. e. in the rentes of the sons of Ugaine. 

Revue Celtique, XV. 30 



446 Whitley Stokes. 

7 Loch Ri, cundased forb forsa rir Mis l atharda, in sliab ucat. 
Unde Sliab Mis. 

Ailiter : Sliab Mis no Sliab Mifis, ar a ni ba mifis .i. ba hanfis 
do macaib Miled in sluag dolfa frith ann la Fodla 7 Banba 7 
Eriu. 

' Mis daughter of Mairid son oi Cairid and wife of Coimgen 
Hornskin son of Dega. 'Tis to her the mountain of Senach 
the Rough son of Dega was given as her dowry and for 
staying with her husband after the flitting (of her family) 
when Eochaid and Rib, Mairid's two sons (a quibus Lough 
Neagh and Lough Ree) set forth. So that the land for which 
Mis bartered a patrimony, is yon mountain. 

Otherwise, Sliab Mis or Sliab-Mi-fis , because the magical 
army, there devised by Fodla and Banba and Eriu, was a mi-fis 
« mis-knowledge », that is, was a delusion, to the sons of Mil. 

Also in BB. 376 b 49 : H. 30 a : Lee. 474 b . A version of § 2 in LL. 
i68 b 19 : Bodl. no. 17; and Ed. fo. 3» 2. See too Silva Gadelica, II, 485, 
532. 

Sliab Mis now Slieve Mish, a mountain in Kerry, between Tralee and 
Killarney. 

For the story of the elopement of Eochaid and Rib see LU. 39 a -39 b , and 
the dindsenchas of Loch nEchach, Ed. no. 55: BB. 390": H. 49»; and 
Lee. 496 a (edited from Ed., Folklore, IV, 474); see also infra no. 79. 

As to Fodla, Banba and Ériu, the three queens of the Tuatha dé Da- 
nann, see the Four Masters, A. M. 3500 and O'Mahony's Keating, p. 198. 
The spectral army conjured up to resist the sons of Mil is referred to in the 
Franciscan Liber Hymnorum p. 38, cited in the Rolls Tripartite Life, p. 426. 



52. TlPRA Sengarman. 

Tipra Sengarman 7 Airer Criblaighe 2 , canas roainm- 
nigthe ? 

Ni ansa. Sengarman SJéb'i Mis, ben Cuirrich Liphe, mâlhak 
Slechtaire meic Sengarman, isti rohort[sat] Ooch 7 Dûn 7 

1. fororinnais R. forsroir irmis BB. forar earmais Lee, forar airis H. 
forsa rir LL. 
2. criblaidhe R. 



The Rennes Dindienchas. 447 

roairgset Cathraig l Comfosaid 7 Gandan a Caislib Gannan, 7 
roairgset Muingfind buime Find 7 roloiscset macraid Droma 
B^rrtach 7 Dubroit in[An]nôit Formaili i ndigail Cuirrich. 
Conid hi suidiu imrecaim Criblach Connacbtach 7 Crimthann 
a mac doib co ndernsat corœ etarra iar fogail fri Find, 7 ros- 
len Find co Carn Doim Deirg i 2 Luachair, airm i 2 fil Tipra 
Sengarmna indiu, conid andsin fuair Slechtaire fotoll talman, 
7 bawrfria ciana ann, 7 imtiagtais ass3 fri fogail cacb n-oidhci, 
7 co fuarawr laithe n-ôen os Luachair [Ajini Oisin mac Find 
a oenur, 7 nuchurut 7 non-bfret léou hé co n-adbaid. Cowid 
annsin rosnaid-i Osine in snaschur, 7 foceird e la sruth na ti- 
p/at co ranic co hAth na Feile airm i 2 mbôi Find. Conus-gab 
Find in snas iar suidiu inalàim 7 asben : « Osine dorigne so »; 
7 \otar lasin sruth gô a bunad, co ia.ca.xar in fotoll talman i 2 
mbadar, 7 noclaidet> iorru, 7 comluid Criblach iarsuidhiu, co 
rue Find ar Criblaigh 6 ind Airer Criblaige7. 

Luidh Slechtaire uaidib co Berre, conid and atorchair. 

Luid Crimthann a ôenur uaidib, ar ni bi orgain cen oensciu- 
la[ng]. Bentair a cenn do Sengarman 7 facbait a corp [i]sin 
tiprait. 

Unde Tipra Sengarman 7 Airer Criblaige 8 dicùntuv. Fergus 
Finbel file Find ro cachain in roscad so sis : 

Tipra Sengarman fo a snas, yrl. 

Sengarmain of Sliab Mis was Cuirrech Lifi's wife and Slech- 
taire's mother. 'Tis they tl.aL in revenge for Cuirrech (v. su- 
pra, no. 49) destroyed Croch and Dun, and wrecked Cathair 
Comfossaid and Gannan in Caisel Gannain, and killed Find's 
fostermother Mongfind, and burnt the children ofDruim Ber- 
tach, and Dubrôt in Annôit(?) Formaile. Whereupon Cri- 
blach of Connaught and her son Crinthann met them, and 
they entered into an alliance, after making a foray on Find. 



1. cathraid R. 5. nocloet R. 

2. a R 6. c/iblaidh R. 

3. imtiagat dais R. 7. oirer criblaide R. 

4. nonoeg R. 8. criblaide R. 



448 Whitley Stokes. 

Then Find pursued them ail to the Corn Daim Deirg « the 
Cairn of the Red Stag » in Luachair, the place at which Ti- 
pra Sengarmna « Sengarmain's Well » is today, and there 
Slechtaire discovered an underground cuve, wherein they 
dwelt for a long time. Every night they used to go forth from 
it a-raiding, and one day they found, on Luachair Aine, Find's 
son, Ossian, alone. They make a prize(?) of him and carry 
him off to their dwelling. There Ossian eut a chip from a 
spearshaft (which Crimthann had given him to trim), and 
cast it into the stream from the well, so that it got to Alh 
na Féile « the Ford of the Féale », where Find was dwelling. 
Then Find took the chip in his hand and said « Ossian made 
this ». And Find's men ascended the stream to its source and 
saw the earth-cave in which were Criblach and the rest, and 
dug into it. Then Criblach fled, but Find overtook lier in 
Airer Criblaige, (and there he killed her). 

Slechtaire escaped from them to Berre, and there he fell. 

Crimthann was the only one who escaped — for « there 
is no destruction without (at least) one fugitive » . 

Sengarmain's head is eut otï, and they leave her body in 
the well. 

Whence Tipra Sengarmna and Airer Criblaige are said. 
Fergus Finbel, Find's poet, sang this roscad below : 

Sengarmain's Well under its chip, etc. 

Also in BB. 377*22: H. 30b: Lee. 475 a . Versified, LL. 1 9/ a 53, where 
it is said that Sengarmain and Criblach had each the strength of nine, and 
that what Ossian cast into the stream was a bail which he had made 
of the chips from the spearshaft. A précis of the story is given in O'Curry's 
Lectures, p. 306 : he says that Tipra Sengarmna is in the S. E. of the co. of 
Kerry. Airer Criblaige « Criblach's Harbour », not identitied. Berre now 
Beare, in the S. W. of the co. Cork. 



53. FlNDGLAIS. 

Findglais a Luacha/V Degad, canas roainmniged? 
Ni ansa .i. Blathnat ingen Mind ri Fer Falga, bancele Con- 
voi meic Daire, banserc-side Conculainn. Lsi rogell Coinculainn 



The Rennes Dindse/ichas. 449 

o[i]dhchi samna dia saighid * do digail [na] n-erc n-Iuchna 
Eachacb Echbeoil, 7 in coire, 7 berrta Conciliai nn dia cloidem 
Conrâl, dia rofumalt don bochur in cenn iarsuidhiu, co tue sin 
comairle do Coinrôï tarclaim claiina Degad do denum a cathrach 
i n-oenlô, 7 co tuedis cach coirthi ;wbiad 'na suide 7 'na sesam 
léo, 7 ni bôi-sium acht in senur. Ba sed comarc boi etwrra, 
tomla cbt na mbo do lecun lasin sruth, cor'bo find in glaisi 
inandocum. Unde Findglais- àicitur. 7 oireset in cdûiiaig 
izrum. 

Blathnat daughter of Menn King of the Men of Falga, wife 
of Cû-roi son of Dare, was Cûchulainn's paramour. 'Tis she 
thatpromised that Cûehulainn should corne to her on Hallow- 
een and take vengeance for Eochaid Horsemouth's cows, and 
for the caldron, and for the shaving of Cûehulainn by Cû-roi's 
sword when Cû-roi afterwards smeared his headwith cowduns: 2 . 
And she counselled Cû-roi to gather the clans of Deda to build 
his fortress.in a single day and that (for this purpose) they 
should bring with them every pillar-stone (in Ireland), whe- 
ther lying or standing. So Cû-roi was left ail alone. This was 
the token (?) that was between them (Blathnat and Cûehu- 
lainn), to let the milking of the cows flow with the current so 
that the stream as it came towards them (Cûehulainn and his 
Ulstermen) was white. Hence Findglais « white stream » is 
said. And afterwards they (killed Cû-roi and) wrecked the 
town (and carried off Blathnat to Ulster). 

Also in BB. 378*29: H. 3 1 ^ : Lee. 476*. The version in LL. 169b 42 is 
fuller, and has been edited in Silva Gadelica, II, 482, 530. 

Findglas a stream in Kerry ending at Traig Li (Tralee). 

Fir Falga is glossed in LL. 169b by inse Gall indiu « the Hébrides today »; 
but O'Curry, Lectures, p. 588, note (172), says that « Falga was, I believe, 
an old name for the Isle of Man ». 

The story of Blâthnat's betrayal of her husband is also told in O'Maho- 
ny's Keating, pp. 283-284. The end of the matter was that Ferccrtne, Cû- 
roi's bard, followed Blathnat into Ulster, saw her standing with her lo- 
ver on the edge of a cliff, rushed towards her and clasping his arms 
around her, flung both himself and her down the précipice. For the Irish 

1 . sic BB. soidheR. 

2. bôchar cowdung. dimin. boichreàn, P. O'C. 



450 Whitley Stokes. 

original see Bas Conrôi mie Dôiri, 22. G. 21 (a ras. in the library of the 
Royal Irish Academy), p. 146. 

Blâthnat's signal reminds one of the sawdust set floating down a stream 
in a taie (I think) in Saxo Grammaticus. 



54. Srub Brain. 

Srub Brain, canas roainmniged? 

Ni ansa. Cû culainn doàechaid mdegaid na Jub-ellc o Dun 
Delga co ro marb en cach thire dib gus'm mbranen déidenach 1 . 
Rohorta leis ic Redg 7 ic Ramann, 7 topacht [a chenn] do 
suide 7 roindaim a lama ina fhuil, 7 isbeir « Srub brain and » 
coa thabflirt in chind (or in cairraicc. 

.LLL. a lin ; secht n-airtim tra ina gulbain cach eoin, 7 secht 
cubait rigi moa munbragait : cuirp remra 7 cosa remra léo, 7 
m^snaitis nuir dib. De qu'ibus Srub Brain àicitur. Itim (sic). 

Tithus drecht dronamnus, jû. 

Cûchulainn pursued the black bird-flock from Dundalk, and 
in every country (he crossed) he killed one of the birds, down 
to the last raven 2 . It was destroyed by him at Redg and at Ra- 
mann, and he eut off its head from it and bathed his hands in 
its blood, and said, when putting the head on the crag : Srub 
brain and « a raven's s-tream there ». 

Thrice fifty was their number. Seven handlengths, now, 
were in each bird's bill and seven royal (?) cubits round their 
necks : thick bodies they had, and tliick feet with which they 
swam the sea. Of whom Srub Brain is said. 

Also in BB. 378» 39: H. 30 b : Lee. 476 b . Versified, LL. 154b. Edited 
(from H.) in Kuhn's Zeitschrift, XXXIII, 82. 

Srub Brain now Shruve Brin, or Stroove Brin, in the N. E. extremity 
of the barony of Inishowen, co. Donegal. « Water oozes from the bank, 
and forms a well, near high-water mark », O'Don., cited in O'Curry's Lec- 
tures, p. 477, note (1$), « to which ail the deranged people of the country 
are wont to resort », O'Don. Supplément to O'Reilly, s. v. sraobh. 



1 . deigenach R. 

2. brainéun a crow or raven: a cadaverous bird, P. O'C. 



The Rennes Dindsenchas. 451 



55. Loch Léin. 

Loch Léin, canas roaimuniged ? 

Ni ansa. Len Linfiaclach mac Ba[i]n Bolgaig 1 meic Ban- 
naiçh 2 meic Glamaidi meic Gomir. Cerd Side Buidb. Is é bôi 
isin loch oc gnim niamkrtar Fainde ingine Flidis. Iar scur a 
oipre cach n-ôidhchi foceirded uad a hindeoin sair co hln- 
deoin na nDeisicwjin fert, 7 tri frosa foceirdedh .i. fros usci 7 
fros tined 7 fros do nemoind corcarglain; 7 donith Neman- 
nach3 in cetna oc slaide chu[a]ich Concobair [meic Nessa] 
atuaid jr\. XJnde Loch [Léin nominatur]. 

Lén Linfiaclach son of Bolgach, son of Bannach, son of 
Glammach, son of Gomer, was the craftsman of Sid Buidb 
« Bodb's Fairymound ». 'Tis he that lived in the lake, 
making the bright vessels ofFan,d daughter of Flidais. Every 
night, after leavins: off work, he would cast his anvil east- 
wards away to Indeôin na nDése « the Anvil of the Decies », 
as far as thegravemound; and threeshowers it used to cast (to 
the holy grave), namely a shower of water and a shower of 
fire and a shower of pure purple gems. The same thing (i. e. 
the casting away of his anvil) Nemannach practisedwhenbeat- 
ing out the cup of Conor mac Nessa in the north, etc. Whence 
Loch Léin is named. 

Also in BB. 3 79 a 5 : H. 32^: Lee. 477 a : Bodl. no. 18. Versified, LL. 
154b 35 4. Edited (from BB.) in Silva Gadelica, 477, 523. O'Curry gives a 
précis of the taie in his Manners and Customs, III, 203. 

Loch Léin now the Lakes of Killarney in Kerry. Sid Boidb, also called Sid 
Femin, in Munster. Indeôin na nDése now Mullaghnoney (i. e. Mullach in- 
deond) near Clonmel, co. Tipperary. 

1 . bolgaid R. 

2. bannaidh R. 

3 . nith nem oi;/d R. 

4. In the lithographie facsimile, 154^42, saiwne should bc fai;mc, and 
the whole line should be read as : diar' chum cen tiamgestal tais | niam- 
lestar Fainne Flidais. This will serve to correct the gibberish in O'Curry's 
Manners and Customs, III, 203, note (289). 



452 Whitley Stokes. 

The threc showers which the anvil used to cast as it scems, spontane- 
ously, to the holy grave (co noebligi, LL. 154b 49) seem to hâve been an 
ofïering to the ghost of the person (whoever he was) there buried. 



56. Carn Feradaig. 

Carnn Feradhaigh 1 , canas ro ainmniged? 

Ni ansa. Feradhar/; mac Rocuirp meic Gollain meic Conmail 
meic Eb/V dorocha/r and la Tigmimas 2 mac VoWaig, 7 is la 
Tigernmas 2 torchair Gwma[e]l i cath Oenaig 5 Machae, 7 ro 
marb Rocorb mac Gollain hi cath Elli, 7 romarb Feradach 
iartain i4 cath Cairnn Feradaigh, 7 is é insin (en Feradaig. 
Unde Carnn Feradaig nominatur. 

Feradach son of Rochorp son of Golldn son of Conmael son 
ofEber fell there by Tigernmas son of Follach, and 'tisby Ti- 
gernmas that Conmael fell in the battle of Oenach Mâcha; 
andi Rochorp son of Gollân died in the battle of Elle, and Fer- 
adach died afterwards in the battle of Carn Feradaig, and 
that (Carn Feradaig) is Feradach's tomb. Whence Carn Fera- 
daig is named. 

Also in BB. 379 1 46: H. 30k: Lee, 477 11 . Versified, LL. 15^ 11. Edited 
(fromBB.) in Silva Gadelica, II, 494, 545. 

Carn Feradaig was probably, says O'Donovan, Four Masters, A. M. 3656, 
the ancient name of Seefin, in the barony of Coshlea, in the south of the 
co. Limerick. 

Tigernmas monarch oflreland, A. M. 3580-3656 (F. M ). 



57. LUIMNECH. 

Luimnech, canas roainmniged ? 

Ni ansa. Comdal robœ it/r MumainS 7 Connachta co tuesat 
leo a cathfîru in da ris: -i- da mac Smuchaille meic Bacduib. 



1. sic BB. feradhaidh R. 4. a R. 

• 2. sic BB., H. and Lee. tigernach R. 5. muwmaiu R. 

3 . œnaid R. 



The Rennes Dindsenchas. 453 

Rind 7 Fœbur a n-anmanda. Rogab indalanae îor foesam 
mBuidb a Sid Femin. Gabtfw araile [for] faessam Ochaille a 
Sidh Cruachna. Tucsat na cathfir a ceird muccada 1 ar aird, 7 
doluid car/; dia commes hi sruth, 7 odhurluimni liathglassa im 
slog in da dal, conïd annsin tainic a tuili ind, 7 ni roairigset la 
met in oenaich, co rue in sruth a luimne uile dib, comd ann 
atbrrtsat na derecaidi : « Is luimnechda in t-'mber indorsa ! » 

Nô lumman ainm [fo. io8 b 1] in sceith, 7 intan bas occon 
imargail rofoxal in sruth a luimne dona laxhaib .i. a sciatho, 
co n-erbratar ind ris; o Thul Tuinne : « Is luimnechda in t-in- 
ber indorsa ! » Unde Luimnech. 

There was a set meeting between Munster and Connaught, 
and the two kings brought with them their champions the 
two sons of Smuchaill son of Bacdub. Rind « Point » and 
Faebur « Edge » were their names. One of the twain placed 
himself under the safeguard of Bodb (the elf-king) out of Sid 
Femin : the other under that of Ochaill (another elf-king) 
out of Sid Cruachna. The champions (having entered the water) 
displayed their « swineherd's art ». To judge between them 
every one pressed into the stream, ail the men of the two 
parties wearing dun, grey-green cloaks (luimne) 2 . Thereupon 
came the floodtide, which they had not pcrceived owing to 
the greatness of the assembly, and the current carried ofî" ail 
their cloaks. Then said the look-out men : « The inver (estu- 
ary) is now full of cloaks! » (luimnechda). 

Or lumman is a name for a shield, and when the contest 
was going on, the current carried away from the heroes their 
luimne, that is, their shields." Whereupon the kings said from 
Tul Tuinne : « The inver is now full of shields » (luim- 
nechda). 

Whence Luimnech. 

Also in BB. 379b 18: H. 33a: Lee. 477 b : Bodl. no. 20. Versified, LL. 
1 5 5 a 25. Edited (from BB.) in Silva Gadelica, II, 478, 524 : from Bodl. in 
Folklore, III, 486-7. 



1. muccach BB., muciac/;/aiH., muccaidcc/;/a Lee, muccada Bodl. 

2. Compare Cormac s jolumain. 



454. Whitley Stokes. 

Luimnech the old name of the lower Shannon. 

Tul Tvinne was the name of a hillock overlooking the scène of the con- 
test between Rind and Faebur. Another near Fert Finntain in the territory 
of Loch Derg is mentioned infra. 

What was the nature of this contest ? Is ceird muccada « swineherd's art » ? 
the first of the seven avatars of thecombatants beingthat of the swineherds. 

As to thèse avatars, see LL. 247» and Irische Texte, 3d séries, part i, 
pp. 241. See also infra no. 66. 



58. Slige Dala. 

Slige 1 Dala, can[a]s ro ainmniged? 

Ni ansa. Dala Glas do Gregaib na Scithia, is ûad do- 
garar Slige Dala. Créa ingen Ei[d]lecon a ben, a qua 2 Ros 
Cre[a] womimtur. Dala Glas dmo 7 Cannân da mac E[d]l\con 
tancatar cona. mnaib asin Scithia àr imgabail sluaiged. Caire 
dawo ben Candain, a qua 2 Dûn Cairiti nominatur. Rogab Can- 
dan dano i Cluain Candain a Crich Eli, 7 i Caislib Cannâin 
tathaim, 7 roclasa a fert and. 

XJnde Slige Dala 7 Cluain Cannain 7 Ros Cré 7 Dûn Cai- 
rin now//?a[n]tur. 

Coicc primrôid Ercnn .i. Slige Asail 7 Slige Midluar/;ra, 
Slige Cualann, Slige Dala, Slige Mor. 

Slige Asail cetamz^: fos-fuair Asal mac E)ôir Domblais re 
ndibtvgachaib Mide oc torachtem Temra. 

Slige M\[d]luacbra da.no, fos-fuair Midliiachair mac Da- 
mairne meic Diuballtaig meic rig Sruba Brain oc torar/;/ain 
feisi Temra. 

Slige Cualann, fos-fuair Fer fi mac Eogabtf//ria meschuirib* 
side oc saigid Tcmra. 

Slige Dalo. fos-fuair Setna Seccdcrg mac Durbaide ria ndrui- 
[d]ib hlrmMinan oc saighidh 1 Temra, nô is Dala fodesin ros- 
airnecht dô. 

1. SlideR. 

2. q»o R. 

3. re ndx[s]coraibh, Bk. of Lismore 96 11 1. Mmscairc is explained a di- 
sturber, an agitator, P. O'C. But hère meschuirib is pi. dat. of a compound 
of mes « weapon » and cuire « host » . 

4. saidhigh R. 



The Rennes Dindsenchas. 455 

Slige Môr .i. Eiscir Riada, iside comraind Erenn inde .i. o 
Ath cliath Cualann œ hAth cliath Medraighe. Fos-fuair Nâr 
mac JEngusa humaill ria laithe gaile hlrrais Domnonn, ic im- 
cosnam thosaig, comtis iat toisigh toirisidis Temraig. 

Aidci geine Cuind tra frithea na roit sea, amail asbeir Airne 
Fingin. 

Dala Glas of the Greeks of Scythia, from him Slige Dala 
is called. Créa daughter of Edlec was his wife : from her 
Ross Créa is named. Dala Glas, then, and Cannân, Edlec's two 
sons, came with their wives out of Scythia to avoid warlike 
expéditions. Cannân's wife was Caire, from whom Di'ui Cairin 
is named. Now Cannan set up in Cluain Canna in in the district 
of Ele, and in Caisel Cannain he died, and there his grave 
was dug. 

Whence Slige Data and Cluain Cannain and Ross Créa and 
Dûn Cairin take their names. 

The five chief roads of Ireland, namely Slige Assail, Slige 
Midluachra, Slige Cualann, Slige Dala, Slige Môr. 

Slige Assail, in the first place, Assal son of Dôr Domblas 
found it before the brigands of Meath when proceeding to 
Tara. 

Slige Midluachra, then, Midluachair son of Damairne son of 
Diubaltach son of the king of Srub Brain, found it when pro- 
ceeding to the Feast of Tara. 

Slige Cualann, Fer Fi son of Eogabal found it before the 
elfmound's armed hosts when going to Tara. 

Slige Dala, Setna Seccderg son of Durbaide found it before 
the warlocks of Ormond, when going to Tara. Or it is Dala 
himself that discovered it for him. 

Slige Môr, that is, Eisçir Riada, 'tis this that divides Ireland 
in two, namely from Ath Cliath Cualann (Dublin) to Ath 
cliath Medraige (Glarin Bridge near Galway). Nâr son of Oen- 
gus of Umall found it before the champions of Irrus Dam- 
nonn, when contending for leadership, so that they might be- 
rne first to arrive at Tara. 

On the eve of the birth of Conn (of the Hundred Battles) 
thèse roads were found, as saith (the taie called) Airne Fingin. 



456 Whitley Stokes. 

Alsoin BB. 380^23: H. 33': Lee. 478». Versified, LL. 1 5 ^ 8. The prose 
recension of §§ 1 and 2 in LL. 169b 23 (edited in Silva Gadelica. II, 
477, 5 2 4) and in Laud 610, fo. 84 11 1, varies greatly. The Lecan version 
of the paragraphs about the five roads has been edited in Petrie's Tara, 
pp. 204, 205. 

According to O'Donovan (Book ofRights, pp. lviii, lix) Slige Dala was the 
great southwestern road oflreland, which extended from the southern side 
of Tara hill, in the direction of Ossory. Slige Assail was a western road ex- 
tending from Tara in the direction of Lough Owel near Mullingar in West- 
meath. Slige Midluachra was a northern road. Slige Cualann extended from 
Tara in the direction of Dublin and Bray. Slige Mér was the great western 
road, the lie of which is defined by the Eiscir Riada, a line of gravel hills 
extending from Dublin to Medraige near the town of Galway. 

Srub Brain: see 110. 54 supra. Ormond (Urtnumu) m the co. of Tipperary. 
Irrus Damnonn now Erris, a barony in the N. W. of the co. Mayo. 

Fer Fi son of Eogabal : see Rev. Celtique, XIII, 438, 464. 

Conn of the Hundred Battles: v. supra no. 34. 

The « Aime Fingin « F. 's Watching » is the story of Fingein mac Luchta 
and the ban-side Rothniam, of which there are copies in the Book of Lis- 
more (ff. q6 a i~97 b ) and the Book of Fermoy, ff. 24^-25^. 



59. SlNANN. 

Sinand, canas ro ainmniged ? 

Ni ansa. Sinend mgen Lodoin Luchairglain [meic Lir] a Tir 
Tairrngire dodechflz'd do Tiprait Connla. fil fo muir dia forcsin. 
Tipra sin fo 'tat cuill 1 7 imbois na heicsi .i. cuill 2 crinmoind 
aiusa. [7 a n-aen uair bmchtais a meas 7 a mblath 7 a nduilli,] 
7 i n-oen frois dofuitet forsin tiprait, co tuarcaib rigbroind 
chorcarda faim, [co coenaid na bradana in mes, conad hc 
sug na eno cuirthear suas ina mbolcaib corcardaib,] 7 b/'uinnit 
secht srotha éicsi as, 7 imsoat and afrithisi. 

Luid \axum Sinend do saigi[d] in imbois, ar ni testa ni fuirri 
acht soas tantum. Doluid lasin sruth co tice Linn Mna Feile 
[.i. Bri Ele 7 retins i n-imthus roimpi], 7 traigis in topur, 7 
rolen co hura na haband, Tarr-cain. Imasrâi[n] iar suide co 
tarla a tarr faen ïnim, 7 ro biais bas iar tiachtain in tire cen- 
taraig'. Un^ Sinann 7 Linn Miu'i Féile 7 Tarr-cain. 

1 . sic H. ciuil R. 

2. sic H. 7 coll R. 
5 . centaraid R. 



The Rennes Dindsenchas. 4^7 

Sinend daughter of Lodan Lucharglan son of Ler, out of Tir 
Tairngire (« Land of Promise, Fairyland ») went to Connla's 
Well which is under sea, to behold it. That is a well at 
which are the hazels and inspirations (?) of wisdom, that is, 
the hazels of the science of poetry, and in the same hour their 
fruit, and their blossom and their foliage break forth, and 
thèse fall on the well in the same shower, which raises on 
the water a royal surge of purple. Then the salmon chew the 
fruit, and the juice of the nuts is apparent on their purple bel- 
lies. And seven streams of wisdom spring forth and jturn there 
again. 

Now Sinend went to seek the inspiration, for she wanted 
nothing save only .wisdom. She went with the stream till she 
reached Linn Mnâ Feile « the Pool of the Modest Woman », 
that is Bri Ele — and she went ahead on lier journey, but the 
well left its place, and she followed it to the banks of the river 
Tarr-câin « Fair-back ». After this it overwhelmed her, so 
that her back (tarr 1 ) went upwards, and when she had corne 
to the land on this side (of the Shannon) she tasted death. 
Whence Sinann and Linn Mnâ Féile and Tarr-cain. 

Also in BB. 381* 30: H. 39* : Lee. 479s and Bodl, no. 33. Versified, LL. 
1 5 6 a 6 . The words in brackets are from Lee. Sinann gen. sinna, now the 
Shannon, Bri ele now the Hill of Croghan in the N. E. of King's county. 
Tarchain, not identified. The story is parapbrased by O'Curry, Manners and 
Customs, II, 142-144. See also O'Donovan's note in his translation of Cor- 
wac's Glossary, s. v. Caill Crinmon : O'Curry's note on the « salmon of 
knowledge » and the poetic endowment of those that hâve the luck to 
catch and eat one, Battle of Magh Leana, p. 97, and his Fate of the Chil- 
dren of Tuircnn, p. 175. 

The earliest mention of the nine hazels of wisdom, which grew at the 
heads of the chief rivers of Ireland, appears to be in the Dialogue of the Two 
Sages, LL. i86 b 36, where Néde mac Adnai says that he has corne a caill ib 
À. a nôi collaib na Segsa ... a caillib didiu assa mbenaiter clessa na sûad 
tanaesa « from hazels, to wit, from the nine hazels of the Segais 2 . . . , from 
hazels out of which are obtained the feats of the sages, I hâve come. 



1. Hère, as in LU. 65» 39, tarr seems to mean back, not, as usual, 
belly. 

2. The name of the mound at which the Bovne rises, see O'Clery's 
Glossary, s. v. Seghais, and H. 3. 18, p. 636 e . 



458 Whitley Stokes. 



éo. Sliab n-Echtga. 

Sliab n-Echtga, canas roainmniged ? 

Ni ansa. Echtga hUathar/j ingen Urscothaich meic Thin[n]i 
dô Thuaith Dé Ùanànn, is and ro ait, i Cuil Editait i toeb 
Sidi Nenta la Moach Maelchend. Robas da.no dcogbaire Gaind 
7 Sengaind coa cuingid, .i. Fergwj- Lusca-beist mac Ruidhi. 
As aire atberthi Lusca-beist de, fobith peist roalt .i. asa noi- 
dendacht [in a medôn], nô asa lusca .i. asa cliabaine. Ro£em in 
ingen feis leis fodaig feraind cuchtaire 7 deogbaire bôi ina 
laim o rig fer Olnecmacht .i. ô Mam co fairrgi. Ni bôi da//o 
indm«5 leisium 7 bôi forba. Bôi da.no ïndmus lesi 7 ni bôi 
forba. Ised da.no ftwatecht-si ina slabra fuither fossuid cona. fe- 
baib, 7 dobert-som disi [in sliab.] Unit' Sliab nEchtga. Btrtair 
ïmmorro da boin ind tune I , 7 bmd in bo atûaid trian mblechta 
sech in mboin andeas, 71'L 

Echtga the Awful, daughter of Urscothach son of Tenne of 
the Tuath Dé Danann, was reared by Moach Baldhead in Cûil 
Echtair beside Sid Nenta. Now Gann and Sengann's cupbearer 
was a-seeking her hand, even Fergus Lusca-béist son of Ruide. 
He was called Lusca-beist because he had reared in his inside 
a worm (béist) from his luscaidecht, that is, his infancy, or 
from his lusca, that is, his cradling. The girl consented to 
wed him because of the kitchener and cupbearer's land which 
he held from the kîng of the men of Connaught, to wit, from 
Maenmag to the sea. Now he, Fergus, had no goods, but 
he had a héritage, while she had goods, but no héritage. 
What she asked as her bride-gift was a permanent estate / 
with its benefits 2 , so he gave her the mountain. Hence 
Sliab Echtga « Echtga' s mountain ». Two cows are now 



1 . nunc, R. 

2. fuithir à. fearann land, q. d. fo thir .i. tir mhaith « good land »: 
fosaidh of resting, at rest, still. feabh .i. maith goodness, also good, P. O'C. 
The expression ferann fuithir occurs infra no. 63. 



The Rennes Dindsenchas. 459 

brought thither, and the cow from the north yields one third 
of milk in excess of the cow from the south. 

Also in LL. 167» 43 : BB. 381b 31 : H. 40 : Lee. 48o b , and Bodl. no. 21. 
Edited (from LL.) in Silva Gadelica, II, 478, 525 : from Bodl. in Folklore, 
III, 488. A précis of the story is given by O'Donovan, Four Mastcrs, 
A.D. 1598, p. 2055, note h. 

Sliab nEchtga, anglicised Slieve Aughty, is the name of a mountainous 
district on the confines of Gahvay and Clare. Sid Xenta a fairy-mound in 
Connaught, of which Sigmall was - the lord. Garni and Sen-Gann two of the 
sons of Delà the Fer Bolg: see O'Mahony's Keating, p. 84. Macnmag : see 
infra, no. 63. 

61. Âth Cliath Medraigi. 

Ath Cliath Medraigi, canas ro aiiumiiged? 

Ni ansa. Dia tuesat œicced Olnecmacbt 7 na secht Maine 
cona. trichtaib cet [cethern *] tain bô Dartada ingine Regamna 
a Mumain 2 conus-tomeht Echu Becc mac Cairpri ri Cliach Mu- 
man, co fiannlach 3 Muman amaille friss, i n-iarmoracht na 
tana, co rallsat na Maine falcliatha sciach 7 draigen 4 isin n-ath 
conus-ioracbt cobraids o Cruacham, 6 Ailill 7 6 Meidb. Unde 
Ath Cliath. 

When the province of Connaught and the seven Maines 
with their three thousand kerns brought out of Munster the 
drove of the kine of Dartaid daughter of Regamain, Eoehu 
the Little son of Cairpre, king of the Munster Cliu, went 
in pursuit of the drove, accompanied by the champions of 
Munster. So the Maines set wall-hurdles of thorns and bram- 
bles in the ford, until out of Cruachu help had corne to them 
from Ailill and from Medb. Hence Ath Cliath « Ford of Hur- 
dles ». 

Also in BB. 382*30: H. 40* : Lee. 481a. Bodl. no. 26. Versified in 
LL. 1 56b 20. 



1. sic LL. :56b 27. 4. sic H, sciath 7 droigen, R. 

2. amumumain R. 5. cobraib R. 

3. fiandlad R. lianlach H. 



460 Whitley Stokes. 

Medraige now Maaree in Ballynacourty paiish, co. Gahvay. 

The seven Maines were sons of Queen Medb. Their names are given in 
LU. 56 b , and the Bodleian Dinnsenchas, Folklore, III, 492, and are explai- 
ned in the Côir Anrnann, H. 3. 18, p. s8$i a . 

The story relates to an incident arising out of the Tâin bô Dartada, but 
not found in the taie so named. Of this there are copies in H. 2. 16 and 
Egerton 1782, and a fragment in LU. p. 20, col. 2; and it has been edited 
by Windisch, Irische Texte, 2te série, 2. Heft, 185-205. 



62. Mag n-Aidni. 

Mag n-Aidhne r , canas ro ainmniged ? 

Ni ansa. Aidhne mac Allgubae meic Eithriuil is e in cetna 
fer no atâd tenid 2 longpuirt art«5 re mflcaib Miledh. Fobith 3 
ni ba hecen do acht tofascad a dà glac co snigtis 4 richsi teined a 
suilib a mér meitis fiadubla adnûi i tus a mbuana, 7 ba hé sin 
in cet/;rama[d] ferfichet dona[i]b rathmogaib [tucsad meic Mi- 
lead leo a n-Eirmd do denam cach uird bai aco,] conid hé ros- 
laid in mag n-uc[ud do bodesin.] Unde Mag n-Aidne [nomi- 
natur, 7 is and adbath Aidne.] 

Aidne son of Allguba son of Eithrél, he is the first man 
that kindled a camphre for the sons of Mil. Because he needed 
only to wring his two hands, whereupon flashes of fire 
poured out of his knuckles, as large as fresh wild apples when 
their harvesting begins. And he was the twenty-iirst man ot 
the rath-makers whom the sons of Mil brought to Erin to build 
every ord (course of stones, or do Iapidum?) which they had. 
And 'tis he that cleared yon plain for himself. Whence Mag 
nAidni « Aidne's Plain » is named, and there Aidne died. 

Also in BB. 382b: H. 41*: Lee. 482b, and Bodl. no. 22. Versified, LL. 
1 s6 b 37. 

Mag nAidni « a level district in the présent co. of Gahvay, ail comprised 
in the diocèse of Kilmacduagh », Four Masters, A. M. 3727, note m. 



1 . naighne R. 3. Fobith ar R. 

2. sic B. noadâd teine R. 4. sic BB. snidfs R. 



The Rennes Dindsenchas. 461 



63. MoENMAG. 

Maenmag, canas ro ainmniged ? 

Ni ansa. Moen mogaid mac Mded, is é nohenad claind 
nGailim, is e ce'/na fer roberrad i n-Eirind .i. Forbarr sœr mac 
M'ùed; 7 ba rathmogaid dano in Msen sin. Is do dano tuccad 
Berramain a m?én a berrt[h]a. Unde dicitur Berramain .i. so- 
mâin in berrtha, 7 is lais roslechta ferann fuithir mac Forduib, 
conid edh isberar Maenmagh, 7 is and atbath Masn iarum .i. i 
Mx j nmaig. Un^ dicitur Moenmag 7 Berramain. 

Moen a slave of the sons of Mil, 'tis hethatshaved Gailem's 
children, and the first man that was shaved in Ireland was For- 
barr, the wright of the sons of Mil. And that Moen, moreover, 
was a rath-builder. 'Tis to him that Berramain was given as 
payment for his shaving. Hence is said Berra-main, that is 
considération (sc-mâin) for the shaving (berrad), and by him 
the fuither-land of Fordub's sons was cleared, so it is called 
Moenmag « Moen-plain »; and afterwards Moen died there, to 
wit in Moenmag. Hence Moenmag is said, and Berramain. 

Also in BB. 382b 39: H. 4i b :Lec. 483»; and Bodl. no. 25, whenceitis, 
edited in Folklore, III, 491. A shorter recension in LL. 167b 6, which is edited 
in Silva Gaddica, II, 478, 525. 

Moenmag nowMoinmoy, a territory lying round Loughrea in the co. of 
Galway. Berramain near Tralee, see Revue Celtique, VII, 295. 



64. Loch Dergdeirc. 

Loch Dergderc, can as roainmniged? 

Ni ansa. Feircmne mac Ath[g]lô primfiK Ularf, fer as ansa 
bôi i n-Eir//Z7z, 7 is é noga[e]dadh J [fo. 1 1 i a 2] in mnôi oc lam- 
nad 7 nochuindged 2 arm cosin fer comraicc, 7 in fer n-aile 
'mo oen rose. Is e dano dodeebaid do saighid Eachach meic 

1. nogasdad Lee. nogaided BB. 

2. nôcuinid R. 

Revue Celtique, XV. 31 



462 Whitley Stokes. 

Luchta mn'c Lughair meic Lmgdech LaimfinJ ri Muman, dia 
faigdi 'mo oen deirc i ndon circe 1 Boirche rucsat an eceis 2 
aniar, 7 tue Eochaid 3 a oenrosc tflrcend a aigthe. 

Luid iarwm Eochaid dia nighe, 7 rosir in luachair 7 ni fûair 
[usce,] co ro tarraing dlâi asa bun, 7 co ro tinsain usce iarwm, 
comd as ronig[ed] a derc [f]as, 7 amail tue a cenn iothri fon 
use/ fo derg uile in topwr, 7 dorhehtatar* a da rose don rig ar 
firt feile, 7 ama// rosill ar an topwr 7 ishen : « Is derg-derc in 
derc-so, 7 bud hé a hainm la cach. Unde Loch Dergdeirc di- 
citur. » 

Ferchertne son of Athlo, chief-poet of Ulaid, was the cruel- 
lest man that ever lived in Erin. 'Tis he that would slay the 
woman in childbed, and would demand his weapon from the 
combatant and his single eye from- some other man. 'Tis he, 
moreover, that went to Eochu son of Luchta son of Lugar son 
of Lugaid White-hand, King of Munster to beg his single ey 
in payment s for Boirche's hen which the poets had broughte 
from the west; and Eochaid, to save his honour, gave him 
his single eye. 

Then Eochaid went to wash (the blood off his face), and 
searched the rushry and found no water : so he tore a tuft (of 
rushes) from its roots, and then water trickled forth. With this 
his empty eye was washed, and as he dipt his head thrice 
under the water ail the well became red. Then because ot 
the miracle of generosity (which Eochaid had performed) 
both his eyes came to the King, and as he looked on the 
well he said : « A red (derg) hollow (derc) is this hollow, and 
this will be every one's name for it. » Whence Loch Derg- 
deirc is said. 

Also in BB. 383» 26 : H. 4i b : Lee 483'% and a ms. in the Royal Irish 
Academy, D. 4. 2, fo. 56b 2. Versified, LL. 157 11 15. 



1. circirce R. 

2. ruesad in ecsi, Lee. rucsat in ecis, BB. 

3 . œng;« R. 

4. R. repeats. 

3. don .i. tindlocad, Lee. Vocab. 



The Rennes Dindienchas. 463 

A similar story is told in LL. 114b 6-19 (edited in Rev. Celtique, VIII, 
48), where the poet's name is Athirne. 

The words i ndon circe boirche are somewhat obscure. They seem mon 
circe bairche in BB. But Lee. lias inndon chirci boirchi, with ig (O. Ir. ic 
« payment ») written over don. « Boirche's hen » is mentioned elsewhere. 



65. Raith Cruachan. 

Raith Cruachan, canas roainmniged? 

Ni ansa. Cruachu nô Crôchan Croderg inelt Etaine dode- 
chaid ïor a'iïhed la Mid^r Briç Léith a Fremaind a hOenug l 
Oengz^a. Ba cara divw Mid/r in Sinech Side Cruachan. Ta- 
raill îarum ara dile dia hacallaim, coro fostaid [fo. 1 1 i b 2J i 
saidiu fri nôi trath 2 . Dorumenair dzno Eda[i]n co mba la Mi- 
der in sid sin, « In hi do t/;reb inso ? » ol Edain. « Ace son, » 
ol Midhir, « is nesa do thurgbail greine mo t^bsa inddso, » 
ol Midhir. « Ces[t], cia buaid duinne tadall in sidasa 7 in 
maighe didiu? » ol Crochenn. « Biaid t'ainmsi fair a log 
t'aistair, a Crocend, » ol Midhair. 

Luid iarum Midhair gu Brigh Leith, conad ann rotogladfair 
la^ Eochaig Airemom. 

Tosach Tochmairc Etaine andsin. Dindsenchwj Ratha Crua- 
chan insin. 

Cruachu or Crôchan Croderg was the handmaid of Etain 
who eloped with Mider of Bri Léith from Fremann, from 
Oenach Oengusa. Now Sinech of Sid Cruachan (« the Elf- 
mound of Cruachu ») was a relative of Mider's; so because of 
his affection for her, he, Mider, went to converse with lier, 
and there they were detained for nine watches. So Etain sup- 
posed that that elfmound belonged to Mider. « Is this thy 
dwelling ? » says Etain. « Nay, » says Mider « my dwelling is 
nearer than this to the sunrise ». « Query, » says Crochenn, 
« what profit hâve we in visiting this elfmound and the 



1 . oenud R. 

2. co cend nomaide LL. 157a 24. 

3 . rotoglaid for R. 



464 Wlùtley Stokes. 

plain ? » Says Mider : « O Crochenn, in guerdon of thy travcl 
it shall bear thy name. » 

Then Mider went to Bri Léith, which was then destroyed 
by Eochaid Airem. 

There is the beginning of Etâin's Wooing. That is the dind- 
knchas of Raith Cruachan. 

Also in LL. I70 a 43 : BB. 384a 1 : H. 42 b : Lee. 484b and Bodl. no. 27. 
Versified, LL. 1 57^ 6. Edited from BB. in Silva Gadelica, II, 490, 539: 
from Bodl. in Folklore, III, 492. 

Rdith Cruachan now Rathcroghan, between Belanagareand Elphin in the 
co. Roscommon. For a list of the extant remains there see O'Donovan's 
note, Four Masters, A.D. 1223. 

As to Eochaid Airem, Mider and Etâin see LU. I30 b -i32, Egerton 1782, 
fo. n8 a 2, O'Curry M. and C, II, 192-194, III, 162, 191. The Tochmarc 
Etdine lias been edited by Windisch, Irische Texte, I, 113: see §§ 15, 16, 
where sûiighe should hâve been printed Sùiighe (the gen. sg. of Sinech), not 
vuiighe, as Zimmer asserts. 

aistair (better aistir~) gen. sg. of aister « labour, travail, travel » == *ad- 
sîtro-, from ad and urkelt. saitro- (Ir. saethar). For posttonic i from ai cf. 
Lat. in-quiro, ex-îstumo, tru-cîdo. 



66. Àth Lu ain. 

Ath Luain canas roainmniged ? 

Ni ansa. Ath Mor a ainm ar tus co gleicc * in Duind Cuai- 
lg[n]e 7 ind Findbennaigh, ised atfet in 2 Echtra Nera imthus 
na da muccaid 3 badar i secht rec[h]taib .i. bliada/» lan cach hae4, 
7 bawr hé sin da mac Chruind meic AghnomtfH, Rucht 7 Ruicne 
a n-anmand. Eitte 5 is Engan a da n-ainm ina n-énaib. Cû 7 
Cethen iad ina conaib. Bledh iat 7 Blodh ina mbreacoib 
Boinne. Gruinniuc 7 Dubmuc iad diamdar duirb. 

Doluid iarwm in Cruindiucc co Glais Cruinn i 6 Cuailg[n]e. 
Luid dano Dubmucc co ndellic[h] i n-Ûardii Garaid7. Luid 
dano bô do Daire mac Fiachna conos-ib digh a Glais Cruind 
7 co tarrla in duirb ina broinn co mbo laogh iardain. Luid 

1. sic R ni b , glic R U2 a 2. 5. Éitce R. 

2. sic R 1 1 i b , a R U2 a . 6. a R. 

3. sic R 11 i b , mucad R ii2 a . 7. garaig. 

4. sic R m b , ao R U2 a . 



The Rennes Dindsenchas. 46$ 

da.no bô do Meidb, conoss-ïb dig a tiprait Gdraidh, co tarda di 
in duirb eile 7 ba laog hé ina broind iartain r . 

Marba dano na di bao dia mbreith, in tarb tair donn, in tarb 
tiar immorro tarb d^rg, findbendach. larum donacht bo Nero 
cona tarb ina diaidh 2 , co ro geis oc Râith Cruachan coro mo- 
thaig'm Findbennach, coro gleac doib, 7 bafortail mdanaid, co 
n-erracht Medb do gresacbt a tairb, co torcair in tarb tue ben 
Aignin, conid and asbm ben- Agnin : « Faichle lat a athrtz'r mo 
tairbse .i. Dond Cuailnge ». 

IS hruni doluid [Medb] co ceithrib coicedhaib Erenn hi crich. 
n-U\ad, 7 Yergus d'eolus rempu, co riaeht Magh Coba, conid 
and sin bitar XJlaid 'na ceis [.i.] caic[thig]is ldn ina longport. 
Medb dano ria trian ele dona sluagaib co nacht Dûn Soboirce, 
co tue mnai Gwaill Cemaig [as.] 

Cechaing Bûide mac Bain Blaith co Glenn na Samaisce, 
conid ann fuaramr in Dond Cuailnge, co tue leis coa longphort. 
Is ann bae 3 Concobur hi Cind tire intansin. Robator dano tri 
meic Yiachracb À. Ros 7 Daire 7 Imchad, tri [meic] rig Cu[a]- 
\gni [7] Findtan mac Neill 7 Cetherw mac Findtain 7 Iliach 7 
Rocha/W mac Faithemoin 7 Sualatar/? mac Becaltaig, athair 
Conculainn, inarîdiaidh 4 3 conid iarum donacht Cuculainn, co ro 
marb ilmile dib o Gâirig co hllgairigh 7 o samoin co[sin] cet- 
ain iar n-imbulg foroib, co toracbi Concobar anoir, 7 cia ro- 
moid siar iartain 5 is siar rxxcad tain bô Cualngi, 7 rosiacbt 
[fo. H2 a 2] in Dond Cualngi co Tarbga 6 , coro gleacsat hi 
secbtmad là tnaig, comd de isb^rar Tarbga, 7 dorocha/r in 
Findbennach la Dond Cualngi, 7 rofodhail7 iar suidhiu ic 
Loch Dirige, 7 tue a Ion co hÀth lûain, 7 a da airrbe co Muc- 
fhind, 7 a cride co Dun Croin, 7 a drond co Droing n-Asoil, 
7 a leas co hlnis Glais, 7 a leenœ co Lecoin Moir Midhe ; 7 
car/; airm hi rue ni de maraid fair a ainm in baill sin. UntfV 
Ath Luain nowinatz/r. 

Ath Môr (« great ford ») was its name at first till the con- 

1 . po5t R. 5 . poit R. 

2. diaigh R. 6. tarbda R. 

3. bao R. 7. rofoghail R. 

4. ndiaigh R. 



466 Whitley Stokes. 

test of the Dun (Bull) of Cualnge with the Whitehorned. 'Tis 
this that Echtra Nera narrâtes, the story of the two swineherds, 
who were (incarnate) in seven shapes, a full year in each of 
them. And those were Cronn son of Agnoman's two sons, 
named Rucht and Rucne (when they were swineherds), Ette 
7 Engan (« Wing and Talon ») were their two names when 
birds. Cû and Cethen were they when wolves. Bled and Blod 
were they when trout of the Boyne. Crunniuc and Dubmuc 
(leg. Duinniuc, Tuinniuc?) when they were worms. 

Then Crunniuc went to Glas Cruinn (« Cronn's Stream ») 
in Cualnge, and Dubmuc went and lay down in (the well 
called) Uaràn Garaid. A cow belonging to Daire mac Fiachna 
drank a drink out of Glas Cruinn, and the worm therein en- 
tered her womb and afterwards became a calf. A cow of 
(Queen) Medb's went and drank a drink out of Garad's Well, 
and the other worm entered her, and afterwards became a 
calf in her womb. 

Now the two cows died in calving (two bull-calves) ; the 
bull in the eastwas dun, the 1 bull in the west was red, white- 
horned. Afterwards Nera's cow came with her bullcalf behind 
her, who bellowed at Raith Cruachan so that the Whitehorned 
perceivedhim. They fought and the yearling prevailed. Where- 
upon Medb arose to encourage her bull, and the bull which Ain- 
gen's wife had brought fell, so then Aingen's wife said « Be- 
ware of the sire of my bull! » that is, the Donn of Cualnge. 

So then Medb with four of the provinces of Erin marched 
into Ulster (to carry off the Donn), with Fergus for their 
guide, till she reached Mag Coba, and there were the Ulaid in 
their debility 2 a full fortnight in their camp. Medb then, lead- 
ing the second third of the armies, marched to Dunseverick, 
and thence took Conall Cernach's wife. 



i . Hère the taie should tell hovv the calves grew up. the former becom- 
ing known as the Donn of Cualnge, the latter as the Whitehorned of Ai. 
By the Morrigan's contrivance (Rev. ("'cit. , XII. 128) the Donn bulled a 
cow belonging to Nera (one of King Ailill's warriors) or rather to his son 
Aingen. This cow produced a bullcalf, which, as we shall see, fought and 
was defeated by the Whitehorned. 

2 . SeeLL. I25 b , andd'ArboisdeJubainvillc, Essai d'un catalogue, pp. 89-90 



The Rennes Dindsenchas. 467 

Buide son of Ban Blath went to the Glen of the Heifer, and 
there they found the Donn of Cualnge, so he brought himto 
his camp. At that time Conor was in Cantire. Now there 
were Fiachra's three sons, Ross and Ddire and Imchad, three 
sons of the king of Cualnge, and Finntan son of Niall, and 
Cethern son of Finntan, and Iliach and Rochaid son of Fai- 
theman, and Cûchulainn's father Sualtach son of Becaltach 
behind them ; and then came Cûchulainn, and killed many 
thousands of them from Gdirech to Ilgdirech, and from Hal- 
lontide to the Wednesday after Candlemas, till Conor arrived 
from the east. And though he afterwards routed them in the 
west, westward the drove of the kine of Cualnge was taken. 
And the Donn of Cualnge came to Tarbga, and there he and 
the Whitehorned fought on the seventh day of spring — 
whence the name Tarbga — and the Whitehorned fell by the 
Donn, who after this rent^him to pièces at Loch Digi, and 
brought his lôn « hip » to Ath Lûain, and his two foreribs to 
Muc-find, and his heart to Dûn Croin, and his chine to Dronn 
Asail, and his thigh to Inis Glas, and his cheek to Leca Mor 
Midi ; and on every place to which he took aught of him the 
name of that member abides. Whence Ath Luain is named. 

Also in BB. 384b 14: H. 43*: Lee. 486>>. Versified in LL. 158a. 

Ath Luain « Luan's Ford », now Athlone, a town on the Shannon, on the 
borders of Westmeath and Roscommon. 

Echtra Nera has been edited by K. Meyer, Revue Celtique, X, 212-228. 

As to the seven avatars of the two swineherds see LL. 247" and Irische 
Texte, 3 te série, 1. Heft, p. 245. As to pregnancy from drinking, see Hart- 
land, The Legend of Perse-us, I, 113, 116, and Revue Celtique, IX, 12. 

Uarân Garaid, see the Rolls Tripartite Life, p. 106. Cualnge now Cooley 
in the co. Louth. Glenn na Samaisce a valley in Cualnge. Tarbga: see the 
dindsenchas of Mag Tarbgai, LL. i66 b 47 : Bodl. no. 28, edited in Folk- 
lore, III, 493. Loch Digi, also in LL. 158-1, not identified. Leaca Mor Midi 
now Lackin , formerly an abbey near Bunbrusna, in the barony of Corkaree 
and co. of Westmeath. 



67. TURLOCH SÎLINNE. 

Turloch Silinne, canas ro aintnniged? 

Ni ansa. Silénd inge[n] Machàir meic Dubûiaig meic Rune 



468 Whitley Stokes. 

is and robôi a trebthas; conas-totracht Blonoc ingen in Tûi 
mec Rige coro[s]saraig moa forba, conïd ac sadad J mandrach 
dia lôegoib ro mebaid in loch la Blonaic, coinà uaidi ainmni- 
gth/V in loch. Rotheich Silenn iarsin co nicht co hairm ir-ro- 
maidh Loch Silend, dia roclas a fert, cornu uaithi ainm[nigthir] 
in loch. 

Silenn daugh-ter of Machar son of Dubthach son of Rune, 
there was her habitation, till Blonoc daughter of the Tue son 
of Rige came to her and outraged her as regards her héritage. 
So when Blonoc was building huts for her calves the lake 
burst forth, and from her the lake (Loch Blonaice ?) is named. 
Thereafter Silenn fled till she reached the place where Loch 
Silenn burst forth, and then her grave was dug. So from her 
the lake lias its name. 

Also in BB. 385b 27: H. 44*: Lee. 487b. Versified, LL. 158b 4. 
Loch Silinne now Lough Sheelin, on the borders of the counties of Ca- 
van, Longford and Meath. See the Four Masters, A. M. 3581. 



68. Findloch Cera. 

Findloch Cera, canas ro ainmniged ? 

Ni ansa. Enlaidie Thire Tairrngire dodechadflf [d]o failti 
fri Patraic dia mbôi a Ouachoin Aigle, coro fersatar gleic dia 
n-itib frisin loch, coro[b] find[ith]ir \zmhnacht, 7 is ai adbmiis : 
« A chobair Gasdhel, tair, tair 7 toirche ! » Ba hisin tochwi- 
riudh Vatxaic leo, conas-toracht Patraic 7 coros-bennach in 
loch. Conïd airesin asbcrar Findloch hi Ceru. 

A birdflock of the Land of Promise cameto welcome (Saint) 
Patrick when he was on Cruachan Aigle ; and with their wings 
they smote the lake so that it became as white as new-milk. 
And this is what they used to say : « O help of the Gaels, 
corne, corne and corne hither ! » That was the invitation they 



1 . sagad R. 



The Rennes Dindsenchas. 469 

had for Patrick. So Patrick came to the lake and blessed it. 
Wherefore Findloch « White-lake » in Cera is said. 

Also in H. 44 b : Lee. 487. Versified, LL. 158b. 
Findloch Cera now Lough Carra, near Ballinrobe in the co. Mayo. 
Cruachan Aigle now Croaghpatrick, a mountain about five miles west of 
the town of Westport in the same county. 



69. Mag N-Âl. 

Magh n-Âi canas roainmniged ? 

Ni ansa. Ae mac Allgubai in cethrmiad mog fichet tuesat 
meic M'ûed leo, is é conataigh cosno moighidib sin coro slech- 
tadis magh leis, conià iadsin ro slechtsat [fri cethri uairib fich- 
et]. Coros-gàid z Ai iar scur doib im dilsi in maige sin do 7 
moa ainm fair. Unde Mag n-Ai â.icitnr. Conid dia derbad sin 
rocachain in file indso : 

[fo. 113" 1] A fir dia teis i Magh n-Ôi, yrl. 

Ae son of Allguba was the twenty-fourth slave that the sons 
of Mil brought with them (to Ireland). 'Tis he that asked 
those slaves to clear that plain along with 'him : wherefore 
they ail cleared it in four and twenty hours. When they 
had done the work Âe entreated them to give him the owner- 
ship of that plain and (to bestow) his name upon it. Whence 
Mag n-Ai « Âe's Plain » is said. And to certify this the poet sang : 

' « O man, if thou enter Mag n-Ai », etc. 

Also in BB. 386* 15 ; H. 44 b : Lee. 488 a . Edited (from BB.) in Silva 
Gadelica, II, 491, 539. 

Mag n-Ai, now Machaire Chonnacht, a large plain in the co. Roscom- 
mon, between the towns of Roscommon, Elphin, Castlerea and Strokes- 
town. Four Masters, A.D. 700, note i. A différent etymology (from Ai, 
the name of Enna Aignech's hound) is given in the Dindsenchas of Loch 
Néill, infra no. 73. For a third (from ae « liver ») see O'Curry, Manners 
and Custoins. II, 11. 



1 . coroscaid R. 



470 Whitley Stokcs. 



70. Mag Mucraime. 

Mag Mucraime, canas ro ainmniged ? 

Ni ansa. Muctret drûidec/;/a doriar/;/ a huaim Cniachan co 
hOil/7/ 7 co Meidb, coïo millset ith 7 blicht in cach maigin i 
mbidis, 7 ni cumgadis fir Eïenn ar-rim nô a tarrdharc in car/; 
maigin i mbidis, co tainic Oil/7/ 7 Medb do sernad a selga co 
Fraechmagh 7 coro taifnit co Belach na Fert, coiiid annsin tar- 
raid Medb mue dib ar chois, co fargaib a lethar ina laim, 7 
coro rimit iar suidhe isin maig sin. Unde Mag Mucraime. 

A herd of magical swine came to Ailill and Medb out of the 
Cave of Cruachu, andthey usedto blight corn and milk where- 
soever they were, nor could the men of Erin in any place 
count them or look them over 1 . So to set their hunt afoot 
Ailill and Medb came to Fraechmag « Heatherfield », and 
chased the swine as far as Belach na Fert « the Pass of the 
Graves », and there Medb caught one of them by the leg; but it 
left its skin in her hand, and thereupon they were counted in 
that plain. Whence Mag Mue-rime « Plain of Pignumbering ». 

Also in BB. 386*40: H. 45a : Lee. 488b. Versified, LL. 162b 13. Edited 
(from BB.), Silva Gadelica, II, 490, 539. 

Mag Mucrama a plain near Athenry in the co. of Galway. 

A similar story is told in LL. 290*, edited in Rev. Celtique, XIII, 448, 
450. 

71. Dumae Selga. 

Dumae Selga, canas roainmniged ? 

Ni ansa. Ard Cain a cétamm co seilg se mue D<rbrmde in- 
gine Eachach Fedlig, cetserc sein 0[e]ng«^a meic ind Oc, 7 di 
batflr daltaide na muca diamtar dôinc, co tue mâthak na fer 
À. Dalb Garb, bricht forrui cumusc hi cnuas eno Coille Kchaid. 

1 . tardharc